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(4)La Terre de Feu et la Patagonie (remontée du Chili par les glaciers)

Dimanche 6 janvier 2019: IMG_0170

IL a fait froid cette nuit et il a neigé sur les sommets, nous restons au chaud sous la couette et nous ne sommes pas pressé pour nous lever. Le matin c’est nettoyage du frigo et l’après midi étude des cartes et des guides pour la suite du voyage. Puis après délibération nous décidons qu’il est mieux de partir ce soir quant le vent sera calmé pour une navigation de nuit qui nous avancera dans la partie la plus difficile du Magellan. On fera tout de même une petite ballade à terre pour juger de l’impénétrabilité de la forêt primaire et explorer les abords de la crique par les rochers. Après une brève sieste nous nous préparons à partir il est 20 heure nous avons encore deux heures de jours suffisamment pour sortir de la caleta avec suffisamment de visibilité pour éviter le kelp. Il fait un froid de canard 5°, nous mettons les voiles et avançons en louvoyant pour passer le fameux cap Froward le cap le plus sud du continent Américain (le reste étant des îles J).IMG_0135On essai de pénétrer la forêt

Lundi 7 Janvier2019 : IMG_0203

Minuit le vent est complétement tombé et nous avançons maintenant à petite vitesse au moteur sur une mer qui devient progressivement d’huile. Pendant que Domi se repose dans la couchette je renvoie le foc et arrête le moteur. Une légère brise de nord-est s’établit et nous propulse à 5 nœuds c’est Byzance.IMG_0252

Ce canal est très large, grandiose de chaque côté on peut admirer les sommets avec leurs glaciers et leurs neiges éternelles. Pas de cargo, ni de paquebot cette nuit. Nous sommes seul sur ce grand détroit de Magellan pourtant réputé assez fréquenté.IMG_0257

Dans la matinée, nous atteignons le paso Ingles, passage étroit qui zigzague entre les montagnes, ensuite le paso Tortuoso avec l’armada qui surveille le trafic. Et pour finir le paso Largo où de nouveau le Magellan reprend ses formes de large canal. Bon c’est assez pour aujourd’hui il nous faut du repos et c’est à 20 heure que nous arrivons à Playa Parda Chica et nous nous couchons fourbu de notre longue route. Demain rebelote nous allons profiter de ce bon vent d’est pour nous avancer le plus possible et surtout en finir avec le détroit de MagellanIMG_0272Playa Parda Chica (Approche S 53°18’90-W 73°00’50)

Mardi 8 Janvier :

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Le réveil sonne à 5 h (vous parlez d’une vie de retraités). A 7heure 15 les aussières et l’annexe sont rangées, l’ancre est à bord. A 7h45 nous sommes sortis de la caleta et les voiles sont hissées. C’est qu’il nous en faut du temps pour tout ramasser quand on à un amarrage à l’épreuve des ouragans…Il faut marquer cette journée il fait BEAU ! et même je dirais chaud (sous la véranda , ne rêvons pas trop)Nous avions oublié comme c’était bien, Domi a même mis ses lunettes solaires c’est pour dire. Je fait du pain pour l’occasion, nous avons de l’électricité, les panneaux donnent à plein. J’ai aussi mis la ligne de pêche mais sans conviction. Nous déboulons avec le courant à 8 nœuds avec tout la toile et à 16 heure nous quittons le Magellan ouvert sur l’océan aujourd’hui sans aucune houle mais un bon vent par le Paso Tamar et rentrons dans le canal Smith.

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Nous avions décidé de nous arrêter à Puerto Profundo, tout au début du canal Smith mais avec ce soleil radieux et cette petite brise de sud ouest qui nous propulse dans la bonne direction, c’est trop bien ! il faut continuer et profiter au maximum de cette aubaine, d’après les gribs, le mauvais temps de nord devrait reprendre dès demain.

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Nous passons le Paso Shoal et les îlots Adélaïde, ou on peut encore voire l’épave rouillée d’un cargo Américain qui avait raté la passe dans la première moitié du vingtième siècle, et arrivons Caleta Dardé juste à temps pour mouiller avant la nuit.

IMG_0318Caleta Dardé (S 52°28’60-W 73°35’46)

Nous choisissons la crique la plus abritée de la caleta, manifestement souvent utilisée par les pêcheurs de centollas et ficelons littéralement notre bateau en vu du gros temps annoncé pour le surlendemain.

 

Mardi 9 janvier 2019:

Relâche, nous allons à terre brûler nos ordures, et faire un petit tour, j’ai envie de dire du lac tellement cette baie est fermée. C’est aussi le jour de la lessive mais comme je n’ai pas de torrent , la lessive attendra.

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Mercredi 10 janvier 2019 :

On se renferme un peu plus dans le bateau, le vent souffle dehors, c’est menaçant mais il ne pleut pas . Tout est sec à bord mais pour combien de temps ? Un peu de chauffage nous fait du bien mais c’est juste pour améliorer le confort car il ne fait pas encore froid. Le front chaud est sur nous attendons le front froid. Après midi calme à relire les récits des navigateurs et à préparer le parcours jusqu’à Puerto Eden.

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Jeudi 11 janvier 2019 :

L’air est visible tellement il pleut. Je peux récupérer de l’eau Domi m’a mis le récupérateur mais il ne pleut plus assez et le vent souffle trop fort pour que nous le laissions la nuit. Tant pis je me contenterai de l’eau qui s’accumule dans dans l’annexe, cela fait un bon réservoir et pour la lessive et la vaisselle c’est très bien.

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Vendredi 12 janvier 2019 :

La météo n’est toujours pas bonne pour partir , on commence à prendre racine et le moral n’est pas au bon fixe surtout qu’il pleut toujours et la condensation s’en donne à cœur joie dans le bateau . Nous passons notre temps un chiffon à la main pour essuyer les carreaux. On a l’impression que tout se que l’on touche est mouillé. Heureusement la chambre elle reste bien sèche et nous dormons comme des loirs.

(3)La Terre de Feu et la Patagonie (remontée du Chili par les glaciers)

Mercredi 2 Janvier 2019 :

Nous avions prévu de repartir mais la météo annonce encore des vents de nord ouest très fort, il nous faudra attendre encore un jour …

Jeudi 3 janvier 2019 :

Quel patelin ! 99 % d’humidité, le sol est gorgé d’eau, toute la nuit nous avons entendu le ruisseau gonfler et devenir un torrent. La nuit, nous avons des insomnies tellement on se demande comment on va réussir à sortir de ce trou d’eau avec ce vent de travers qui ne se calme pas?

Le réveil sonne à 4 heures. Dans une demi heure le jour se lève. La marée n’attend pas, il faut partir au plus tôt pour avoir le courant favorable dans le Paso Aguirre et enchaîner les Canaux Brecknock et Cockburn dans la foulée. Départ aux aurores, nous avons de l’énergie pour repartir de ce coin certes magnifique mais pluvieux au possible. Il n’y a presque plus de vent et le bout des pêcheurs en travers de la crique nous aide bien.Tout se remet en place les bouts sont rangés, l’annexe retournée à l’arrière du bateau et l’ancre remontée, vraiment fastoche, on se demande bien pourquoi çà nous à tracassé pendant notre sommeil ! C’est vraiment dommage il y a du brouillard et nous passons le canal Brecknock sous une pluie glaciale.IMG_0033

Des paysages magnifiques apparaissent dans la brume du matin et s’estompent aussitôt. Nous sommes dans le golf du Morbihan puissance 100 en période glacière ! Partout des îlots assez hauts nous protège de la grande houle du pacifique. Nous progressons à la voile tranquillement. Nous ne prendrons pas le canal Occasion (raccourci abrité pour atteindre le canal Cockburn) le temps étant parfait sortir directement du Brecknock goûter quelques milles en pleine mer. Nous ne verrons pas la Caleta Brencknock, parait-il la plus belle de la région, il nous aurait fallu remonter tout le Séno Occasion au moteur et nous aurions raté la journée de vent favorable. Pas de houle ni de grosses vagues, Il y a le vent idéal pour rejoindre rapidement le canal Magdalena que nous rejoignons rapidement sans oublier de nous faire peur avec un williwow aperçu sur la côte devant nous et qui nous fait affaler les voiles en tout urgence. On est au taquet, il passera finalement un mille devant nous mais c’est toujours bon pour s’exercer! Nous avions choisi de mouiller à Puerto King pour la nuit. Malheureusement un autre bateau nous y a précédé et occupe la seule place vraiment abritée de la baie. Nous ressortons pour faire les 7 milles qui nous sépare du séno Chico.IMG_0048.JPGSeno Chico (S 54°25’ 84-W 71°07’85)

Il faut faire vite car il est déjà tard et il n’y a pas d’autres mouillages accessibles avant la nuit. Ce fjord profond entouré de murailles vertigineuses, se termine par un glacier que nous apercevons suspendu au dessus des falaises de roches luisantes. Grandiose ! le mot est faible. Nous mouillons dans une anfractuosité de la paroi ou se jette un ruisseau : la caleta Laguna. Nous allons devoir passer deux jours ici. Demain le vent d’ouest va encore forcir.

Vendredi 4 janvier 2019:

Dehors le vent souffle fort, nous voyons les nuages déffiler à toute allure au dessus du fjord. Dans notre crique encaissée (presque une grotte sans toit) bien accroché à un arbre d’un côté et à un rocher de l’autre nous sommes secoués par les raffales brutales qui descendent de la montagne. Le guide indiquait : « abrité de tous les vents » heureusement ! je ne sait pas comment ce serait sinon ! IMG_0068.JPG

Nous profitons d’une brève accalmie pour descendre à terre, faire de l’eau au torrent et de la lessive, heureusement car ensuite tout l’après midi il vente, pluie et neige verglacée. Toutes les roches et les falaises autour de la crique dégoulinent en permanence. Dans le fjord, la marée descend et nous voyons passer quantité de growlers qui se sont détachés du glacier. Il faudra faire attention demain en ressortant.

Pour remettre du cœur à l’équipage je fais des crêpes que l’on avale avec plaisir au dessert avec une délicieuse confiture d’ananas que nous avions faite au Brésil.

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Samedi 5 janvier 2019:

Il a neigé et les sommets sont recouverts de poudreuse. La nuit a été calme mais avec le jour, les rafales recommencent à descendre de la montagne et pour changer il pleut. …Nous quittons cette « grotte » humide, qui nous a tout de même bien protégé pendant le coup de vent, et rejoignonsIMG_0079.JPG le canal Magdaléna. En passant nous ne pouvons même pas prendre la photo du glacier suspendu au dessus de nous, il pleut trop. Pourtant une fois dans le canal c’est le calme plat et nous restons une partie de la matinée avec le moteur au ralenti, mais où sont les 25 à 30 nœuds d’annoncés ? On ne s’en plaint pas et une bonne partie de ce passage réputé pour être agité et avalè sur une mer d’huile.IMG_0134.JPG

Après l’île Sépia le vent se lève, 25 nœuds dans l’axe du canal, il faut tirer de bord mais au moins nous pouvons arrêter le moteur. Nous essuyons quelques rafales à 30 nœuds mais pas de williwaw

IMG_0100Phoque faisant la sieste

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En fin d’après midi après seulement une vingtaine de virements de bord nous arrivons à Caleta Beaubassin.

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Caleta Beaubassin(S 54°04’89-W71°03’27)

C’est une crique magnifique et bien abritée des vent dominants par contre elle est réputée pour ses williwaws. A peine une heure après notre arrivée cette réputation est confirmée. Domi avait peut-être mis beaucoup trop de chaîne ou peut-être l’ancre a-t-elle déparée toujours est-il que cette rafale violente et tourbillonnante nous tombe dessus et le bateau se met à tendre la chaîne si brutalement qu’on se retrouve presque sur les rochers qui bordent la plage de cailloux. Il nous faut remettre des aussières supplémentaires à terre, et tourner le bateau de tel sorte qu’il soit tenu à l’avant et à l’arrière par des bouts accrochés à de bons gros arbres, là plus rien ne bouge et l’ancre n’est là que pour nous permettre de repartir demain matin.

 

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(2)La Terre de Feu et la Patagonie (remontée du Chili par les glaciers)

28 décembre 2018: IMG_9839

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Départ de la caléta sous un beau ciel bleu, nous en profitons pour faire des photos. Au passage du point de contrôle de l’armada à Punta Yàmana (l’équivalent d’un sémaphore chez nous) , Domi communique sa position, le nom du bateau et le nombre de personne à bord c’est la condition obligée qu’impose la marine Chilienne pour assurer le sécurité des bateaux navigants dans leurs eaux . De plus tous les soir à 8 heure Domi envoie un mail au MRCC Valparaiso (l’équivalent Chilien du CROSS Etel ou Corsen) pour indiquer notre position. Nous avançons sous voile et quelques fois quant le vent se fait faible et que la vitesse tombe en-dessous de 3 nœuds nous devons appuyer avec le moteur au ralenti. Nous quittons le Beagle pour embouquer le canal O’Brien. Nous avons remis toute la toile, il y a très peu de vent et la mer est presque d’huile. Tout à coup le vent monte brutalement à plus de 25 où 30 nœuds voire plus on a pas eu le temps de regarder. Le bateau démarre en se couchant, Domi choque la grand-voile et comme je suis à la barre je lui dis de l’affaler ce qu’il fait sans traîner. C’est se qu’on appelle une racha (nom local pour les williwaws), deux minutes plus tard on en parlait plus, le calme était revenu. Pour cette nuit, nous avons choisi la caléta Silva au nord de l’île Londonderry, c’est l’anse la mieux protégée du coin. Les pêcheurs y ont laissé des cordages pour amarrer les bateaux en travers de l’anse. Nous nous approchons gentillement et mettons nos amarres à terre comme d’habitude bien assurées autour des arbres les plus gros que nous pouvons trouver.IMG_9858.jpgCaleta Silva S 54°56’86-W70°46’60

Nuit calme, juste le bruit d’une cascade au fond de la crique qui nous bercera dans notre sommeil. IMG_9897.JPGIMG_9855.JPG

29 décembre 2018 :

La météo annonce plus de 25 nœuds dehors. Nous restons au mouillage pour réparer une petite déchirure sur la grand-voile rien de grave, mais il faut le faire. On en profite du rare soleil (qui permettra de tout sécher rapidement) pour faire la lessive est au ruisseau. Dans l’après-midi grimpette sur les pentes entourant la caleta pour voir l’autre côté de l’île.

IMG_9890.JPGChurrete On approche facilement les oiseaux qui nous accompagnent dans notre ballade

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30 décembre 2018:

Départ à 10 heure, c’est de plus en plus tard me direz-vous ? Mais non c’est voulu, la mer se calme à cette heure là et c’est précis. Nous repartons donc sous une mer plate avec un petit temps pour traverser le canal Ballenero qui est en fait une immense zone qui s’ouvre sur le Pacifique. Le temps est plutôt maussade nous passerons la journée en cirés sous quelques averses.IMG_9985.JPGPuerto Atracadéro (S 54°41’33-W71°32’71)

 

Nous arrivons à Puerto Atracadéro vers 18 heure.

Il est important de noter que appellation « Puerto » (port en français) ne veut absolument pas dire qu’il s’agit d’un port avec une jetée ou des habitations : c’est simplement une anfractuosité de la côte ou un bateau pourrait éventuellement s’abriter si besoin en était car ici sur des centaines de milles, il n’y a pas âme qui vive.

Puerto Atracadéro est un endroit où les pêcheurs viennent s’abriter et monter leur camp pour la nuit mais la saison de la pêche au centollas (sorte d’araignées de mer géantes) est terminée et il n’y a personne que leurs amarres tendues en travers de la crique entre le rocher et la terre nous sera bien utile pour rentrer le bateau aussi près que possible du rivage et bien nous abriter car du mauvais temps est annoncé pour demain et les jours suivants. C’est très beau, nous avons une vue sur des centaines d’îles et îlots qui nous protègent des vents d’ouest et de la houle du pacifique.

31 décembre 2018:

Sous un ciel chargé nous partons en promenade au sommet de la plus proche montagne. Nous sommes entourés de falaises granitiques. On est loin des glaciers ici mais la vue est fantastique. Nous redescendons juste à temps avant le grain. L’après midi Domi fait une ultime tentative réussi enfin à réparer le chauffage en refaisant entièrement le câblage et de mon côté, je prépare un petit repas amélioré pour notre premier de l’an en amoureux, avec comme seul compagnons un couple de canards vapeurs (pato vapor, c’est une race de canards qui ne peuvent pas voler car ils n’ont que des embryons d’ailes. Par contre leur pattes palmées sont très puissantes et très rapides si bien que quand ils fuient à grande vitesse – plus de 20 km/h – on dirait des roues à aube d’un bateau à vapeur d’où leur nom, c’est très amusant de les observer.)IMG_0013

recette de gâteau aux noisettes ,crème de marron et chocola au rice cooker

Ingrédients :

350 g de confiture de châtaigne

100 g de poudre de noisette

3 oeufs

100 g de beurre

50 g de crème fraîche

50 g de chocolat

100 g de sucre (on peut inclure une moitié en sucre de canne)

1 sachet de sucre vanillé

50 g de farine

1 cuillère à café de levure chimique

1 pincée de sel

Mélangez la farine, la noisette, la levure et le sel.

Dans un autre saladier, battre les oeufs avec le sucre et la vanille jusqu’à ce que le mélange blanchisse puis incorporer le chocolat fondu avec le beurre ensuite la crème.

Ajoutez la confiture de châtaigne, mélangez puis incorporer progressivement la préparation des ingrédients secs (farine, noisette …).

Beurrez un moule rond, carré ou à cake et y verser la pâte. Mettre la cuve dans le rice cooker et lancer la cuisson

Au bout de 5 minute il est fort possible que votre cuiseur passe automatiquement sur « maintien au chaud ». Laissez comme ça 20 minute.

Remettre sur la position « cuisson »

Attendre 10 minutes

C’est prêt !

(optionnel) Verser le sucre glace

IMG_0297.jpgRégalez-vous.

 

1-La Terre de Feu et la Patagonie (remontée du Chili par les glaciers)

22 décembre 2018:

IMG_9181Départ de Porto Willams Club Naval de Micalvi (S 54°56’09-W67°37’12)

Nous partons le soir du 22 décembre quant le vent se calme, juste au levé de la lune. Il est 10h 15 C’est le solstice d’été et nous avons droit à une énorme lune. Normalement nous n’avons que quelques heures de nuit mais avec cette lune nous n’aurons pas de nuit du tout, elle va éclairer notre route jusqu’au matin. Au fur et à mesure que nous avançons nous découvrons un nouveau paysage de montagnes enneigées. La température de l’eau chute et il ne fait que 6° ce soir. Les montagnes qui nous entourent forment un cadre grandiose. Dans, le lointain, au fond de cet écrin, Ushuaïa apparaît scintillant de mille éclats. C’est une ville touristique et les illuminations de noël s’imposent. Comme expliqué dans un article précédant, nous avons fait l’impasse sur l’Argentine, nous ne verrons donc d’Ushuaïa que ces lumières dans la nuit.

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Il est 4 heures, il n’y a pratiquement pas de vent le Beagle est à peine ridé et le soleil fait son apparition sur les sommets enneigés, sublime…

A quelques milles du mouillage que nous avons choisi, un îlot avec une balise de chenal où toute un colonie de phoques entassés pelle-melle sur le rocher se prélasse au soleil.

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23 Décembre 2018:

IMG_9468.jpgCaleta Letier (S 54° 56’52-W 68° 26’72)

Il est 8 heure, nous arrivons à la caleta Letier. C’est notre premier mouillage à la patagone (ancre à l’avant, l’arrière amarré aux arbres). Nous avons tellement vu et revu cet amarrage en rêve que tout se passe comme sur des roulettes. Le vent monte dans la matinée comme prévu mais nous sommes bien à l’abri. Nous descendons à terre pour faire une bonne ballade histoire de nous dégourdir les jambes. Le terrain boisé est facile, nous passons de l’autre côté de la colline pour apercevoir le canal de Beagle blanc de moutons (et ron et ron petit patagon – air connu). Quelle chance d’être à l’abri. Nous allons rester deux jours pour nous balader et passer Noël tranquille.

IMG_9461Ici la forêt est praticable, les vaches et autres mammifères circulent à l’intérieur.

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Le 25 décembre 2018:

Il est 5 heure quant le réveil sonne et oui même à la retraite on fait sonner le réveil…On craignait un peu la manœuvre de départ avec l’ancre et toutes ses aussières mais le vent dans l’anse est nul et le départ se fait sans difficulté. C’est qu’on n’a pas beaucoup d’espace quant on est ainsi amarré aux arbres. Par contre pour enlever le kelp de l’ancre Domi en bave et se promet de confectionner quelque chose de sérieux pour le couper. Il est 6 heure quant nous quittons caletier Letier.

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Sous trois ris et trinquette nous louvoyons dans le canal de Beagle. Sur cette mer plate, Rêve à Deux est une bombe, nous avançons à 7 nœuds à 45° du vent, c’est agréable même si le vent est fort et dans le nez. En plus le pilote barre parfaitement au près et nous ne sortons de l’abri douillet de notre véranda que pour les virements de bord (35 nds dans la journée, heureusement que la trinquette passe bien et se borde facilement.

 

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IMG_9610.JPGCaleta Olla (S 54°56’44-W 69°09’41)

 

Nous prenons le bras nord du canal et mouillons en fin d’après midi dans la caleta Olla, superbe mouillage au dessous d’un glacier (Ventisquero Francés) aux belles couleurs bleues entourés de sommets élancés.

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Il y a déjà un bateau, mais se n’est pas un problème, il y a de la place pour plusieurs bateau dans cette caleta sans se gêner. C’est un bateau français d’une dizaine de mètres qui fait du charter autours de l’île Gordon, on leur fait bonjour mais nos signes de la main resterons an réponse… Après avoir mis les amarres à terre nous allons faire une ballade qui devrait nous mener à une cascade. Nous traversons une grande tourbière plus ou moins marécageuse en suivant les sentiers (en fait des traces de passage laissées par les animaux). Nous entendons le bruit de la chute d’eau mais nous ne la voyons pas. Elle est enfouie dans les arbres et les buissons, inaccessible. Nous renonçons après une heure de marche.

IMG_9555On peut prendre un autre moyen de transport pour passer sur le Beagle!

26 Décembre 2018 :

Le lendemain nous restons dans l’anse, nos voisins sont repartis vers Port Williams nous laissant seul (toujours sans un mot ni un signe…). Dehors, le vent a forcit mais çà ne nous gène pas, nous sommes bien à l’abri. Aujourd’hui, c’est grande promenade : nous allons essayer de voir le glacier

IMG_9598Rayadito petit oiseau rencontré dans la forêt derrière la Caleta Ola

La marche le long du rivage puis à travers bois est très agréable mais malgré les explications lues sur le guide nous ne trouvons pas le sentier menant à son pied et c’est de la hauteur d’une colline en face que nous le découvrons le spectacle majestueux et féerique.

Domi monte seul un peu plus haut voir le lac en contre bas et aperçois un guanaco qui crapahute dans la montagne.

 

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L’après midi on se repose au bateau, bricolage pour tous les deux. Mauvaise nouvelle pour nous, il y a encore de la mayonnaise dans l’inverseur du moteur. L’inverseur semble prendre l’eau seulement quand l’hélice vibre c’est à dire au dessus de 1000 tours/mn. Après réflexion nous décidons donc que nous continuerons à la voile. Calypso et Adrien l’on fait l’année dernière avec un bateau beaucoup moins rapide que Rêve à Deux au près, on devrait pouvoir s’en tirer. On pourra toujours utiliser le moteur pour faire les manœuvres pour mouiller et se déhaler par calme plat. On changera l’huile toutes les semaines pour limiter la corrosion. Mais nous allons essayer d’aller plus vite et renoncer aux détours vers certains glaciers et autres endroits éloignés (il y a de toute façon déjà bien assez à voir sur la route principale) pour remonter en deux mois au lieu de trois initialement prévus pour avoir le temps de réparer à Puerto Montt sans rater la période favorable pour traverser le Pacifique.

 

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27 décembre 2018:

Levé à 8 heure départ tranquille après le petit déjeuner. Nous allons faire l’avenue des glaciers. C’est comme cela que cette partie du canal partie du canal de Beagle est surnomméeIMG_9667IMG_9661.JPG

Nous sommes sous voile et progressons gentillement en profitant de ce paysage fantastique..

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Nous passons devant le glacier Italia qui tombe directement dans la mer et passons à son pied en évitant les growlers (morceaux de glace) qui s’en détachent en permanence. Nous entendons les craquements du glacier qui avance et le fracas de la glace qui se détache et tombe à la mer. Si je vous dis que c’est beau je suis largement en dessous de la réalité, magique, magnifique, inoubliable, les adjectifs manquent pour décrire ce que nous voyons…IMG_9718.JPGIMG_9730

Nous arrivons à la caleta Julia à 15heure 30, il nous faut encore une bonne heure pour sécuriser le bateau avec deux amarres à l’avant et à l’arrière. Mais nous sommes encore suffisamment tôt pour aller à terre voir le lac au dessus de la cascade et admirer le panorama des sommets et des glaciers aux alentours. Pour nous ce soir pas de vent de prévu et nous sommes contents d’avoir une nuit calme et sans le bruit de l’éolienne.IMG_9758

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IMG_9746.JPGCaleta Julia (S 54°54’67-W 69°47’10)

1) La Terre de Feu et la Patagonie (préparation)

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Derniers préparatifs à Puerto Williams :

Trois choses sont essentielles pour survivre à un périple de deux à trois mois dans cette région :

1 – Savoir à tout moment précisément où l’on est.

2- Pouvoir se faire une idée aussi précise que possible de l’évolution de la météo sur le parcours.

3 – Avoir suffisamment de nourriture à bord.

 

Savoir à tout moment précisément où l’on est est l’un des aspects les plus critiques de la navigation dans le dédale des canaux de Patagonie. Il nous faut absolument des cartes à jour. On télécharge à grand peine (le wifi du Micalvi est d’une lenteur désespérante) les dernières mise à jour des cartes Cmap et Navionics chez Maxsea (merci à Laetitia pour sa patience). La dernière étant plus détaillée dans beaucoup d’endroit. On dispose aussi d’une copie des cartes papier officielles. Le problème est que même dans leur mise à jour la plus récente, hors des chenaux principaux ou passent les cargos et autres paquebots, elles ne sont pas précises, contour de côte approximatifs et positions décalées de plusieurs centaines de mètres. Il n’est pas rare que le carte nous place sur la terre ferme alors qu’on navigue bien au milieu du canal. Donc prudence ! Ne pas se fier aux cartes les yeux fermés. Heureusement il existe d’autres moyens pour s’y retrouver. Il y a bien sûr la navigation à l’ancienne en reconnaissant visuellement le contour de la côte et en prenant des relèvement au compas. Le radar est aussi une aide très précieuse bien sûr en cas de mauvaise visibilité mais aussi par temps clair simplement pour vérifier si la distance par rapport à la côte que donne le GPS sur la carte est bien exacte (et le cas échéant corriger). Et enfin (un grand merci à Damien), il y a les images satellites géo-référencées que nous pouvons utiliser avec Oziexplorer pour suivre notre route mais surtout vérifier les mouillages (on voit même le kelp) avant d’y rentrer. A noter que les images provenant de Bing sont d’une définition bien supérieure à celles de Google Map. Il faut tout de même être prudent avec les images satellite car elles donnent qu’une vue aérienne de la zone sans indication de profondeur et certains passages sont parfois cachés sous les nuages… Note de l’éditeur: sur la plupart de canaux ou nous sommes passé, à part la partie sud du Beagle (la dispute territoriale avec l’Argentine y est peut-être pour quelque chose) la cartographie Maxsea (Cmap et Navionics, mise à jour novembre 2018, basée sur la dernière mouture des cartes officielles de l’armada) c’est en fait révélée exacte et précise, de nombreuses bouées munies de transpondeurs AIS ont été installée récemment dans plusieurs passages critiques du canal Smith au canal Messier et ne permettent plus de doute. Bien sûr, beaucoup des caletas on nous mouillons restent trop petites ou trop à l’écart des routes principales pour être couvertes en détail.

 

La météo est aussi un facteur déterminant pour faire une navigation en toute sécurité, choisir son mouillage et savoir quand repartir et quand rester. Nous utilisons l’Iridium pour charger les gribs (des fichiers de prévision météo générés par ordinateur pour le monde entier par la NOAA), ces prévisions sont plutôt fiables et assez précises mais il faut les télécharger au moins 2 fois par jour car ici le temps change très vite. Nous utilisons des fichiers GFS avec une maille de 0,25 prévisions de 3 heures à 96 heures pour la zone ou nous sommes (vent, rafales, pression, température et couverture nuageuse – saildoc ne fournis pas les précipitation) et de temps en temps un fichier beaucoup plus gros couvrant une bonne partie du Pacifique sud est sur une maille de 1 mille par 12 ou 24 heures sur 10 jours (vent, pression, température, vagues) pour avoir une idée de l’évolution de l’anticyclone et de la formation des fronts. Pour des passages comme le golfe de Penas on prend en plus les fichiers WW3 complet pour se faire une bonne idée de l’état de la mer. Nous recevons aussi les bulletins météo NAVTEX émis par la marine Chilienne donnent une vue d’ensemble mais ne sont pas précis. Le casse tête se sont les courants qui dans de nombreux chenaux sont assez voire très forts et dépendent bien sûr de la marées. Leur force et direction sont données sur les cartes marines en fonction de la marée mais ces dernières sont très influencées par la direction et du vent, et en général nous avons tout faux l’heure de la renverse devenant imprévisible et parfois ne se renversant pas du tout (le Golfe du Morbihan c’est quand même plus simple).

 

Le choix des mouillages et des passages à emprunter en fonction du vent est un autre casse tête et les guides nautiques ainsi que le blogs de navigateurs qui nous ont précédés sont des aides très précieuse et deviennent rapidement les bibles du bord. Nous avons à bord Patagonia & Tierra de Fuego des Italiens M. Rolfo et G.Ardrizzi le plus utile et le plus détaillé, le pilote RCC Chile de A. O’Grady qui donne quelques info complémentaires, les instructions nautiques US (inutiles hors du détroit de Magellan) et les blogs de Kousk Eol, Fleur de Sel, Ernest, Chougash ainsi que les commentaires précieux de Robert et Armelle.

Dans toute la région, le vent dominant souffle de l’ouest au nord-nord-ouest. Quant on remonte les canaux vers le nord le vent est donc pratiquement toujours de face. Nous passons donc le plus clair de notre temps de navigation à tirer des bords. Vent contraire donc mais en plus changeant de direction et de force à tout moment. Il faut être prêt à choquer la grand-voile où même à l’affaler si le vent monte brutalement. Les Williwaws sont des vents violents et tourbillonnants qui descendent brutalement des montagnes bordant les canaux en faisant écumer la mer. Ils peuvent atteindre 60 nœuds ou plus. Heureusement ils ne durent en général que quelques minutes ( mini tornade en quelque sorte). Dans les passages sujets aux williwaws, nous optons pour la sécurité et naviguons en général avec 2 ris et trinquette même par vent modéré. Nous avons le temps et ne sommes pas en retard sur notre parcours.

 

La nourriture.IMG_1447Savoir faire du pain à bord et un plus mais avec un cake aux fruits confits c’est encore mieux !

 

Nous pensons mettre entre deux et trois mois pour remonter jusqu’à Puerto Montt. Pendant tout ce temps là il faudra manger au moins trois fois par jours et il ne faut pas trop compter sur l’épicerie du coin : la première, Puerto Eden, est à mi-parcours mais n’a pas grand chose à offrir. Il nous faut donc embarquer assez de nourriture pour tenir jusqu’au bout. Nous avons déjà à bord pas mal de conserves, graines et produits sous vide acheté en France avant le départ on glanés lors de nos escales au Brésil, en Uruguay et au Falkland. Mais nous ne savons pas très précisément ce qu’il reste. On commence donc par faire un inventaire complet sur un tableau excel sur lequel on classe les produits par type d’aliment (protéines, féculents, légumes, céréales etc) en indiquant les quantités disponibles. En divisant par les portion individuelles nécessaire on obtient le nombre de repas possibles et on identifie rapidement les quantités manquantes par type d’aliments pour arriver aux nombre de repas équilibrés nécessaire. (et Domi qui croyait qu’étant en retraite il n’entendrait plus parler d’Excel et de tableaux croisés.) Il ne nous reste plus qu’à faire les courses pour compléter. La bonne nouvelle c’est qu’entre les 4 épiceries (le terme supermarché serait sans doute exagéré) et le sympathique marchand de légume dans son couloir délabré nous trouverons tout ce dont nous avons besoin ici à Puerto Williams. Nul besoin donc d’aller à Ushuaïa faire les courses comme la plupart des bateau le font : c’est toujours çà de gagné (Ushuaia est en Argentine il faut donc faire toutes les formalités d’entrée et de sortie des deux côté et de toute façon revenir à Puerto Williams refaire tous les papiers pour continuer, les canaux étant territoire chilien)

Petit lexique pour mieux comprendre les termes utilisés lors de nos navigations Patagones.

( à lire impérativement avant de lire les textes suivants )

Armada : la marine nationale chilienne, ils ont en charge la surveillance et la défense de leur très longue et très découpée façade maritime mais aussi de l’entretient et de l’opération des phares et balises. Ils sont de plus responsables du secours en mer et pour le faire de façon efficace leur centre de coordination des secours (MRCC) demande à tous les bateaux naviguant dans leur zone de communiquer leur position et destination plusieurs fois par jour par radio ou par E mail. Ils sont en général très sympa et près à aider les plaisanciers.IMG_1168.JPGArmada de Puerto Aguirre.

Caleta : petite crique souvent une simple anfractuosité dans la côte rocheuse parfois un joli bassin bien abrité. Elles n’ont souvent pas de nom sur les cartes officielles. Les noms utilisés ont été donnés par les pêcheurs qui les fréquentent ou les navigateurs qui les ont découvertes.IMG_9454Caleta Letier (abri de tous les vents).

Canal : rien à voir avec le canal St martin ou le canal de Nantes à Brest, ici pas question d’aller promener médor sur un chemin de halage. Ce sont tout simplement des bras de mer en général relativement étroits et très profonds qui serpentent entre les îles ou entre les îles et le continent.

IMG_0562Canal Trés Cerros (sortie de la Caleta Colibri)

Canard vapeur : non ce n’est pas une variante diététique du fameux canard laqué. C’est une race de canard (Tachyeres pteneres) dont les ailes atrophiées ne leur permettent pas de voler. Par contre, il s’en servent très bien pour « pagayer » et avec l’aide de leur pattes musclées munies de nageoires très puissantes il peuvent nager très vite a la surface de l’eau (plus de 20 km/h) et le mouvement très rapide de leur petits ailes battant l’eau les fait ressembler aux roues à aube des vieux bateaux à vapeur, d’où leur nom. Ils nagent aussi très bien sous l’eau. Se sont des animaux adorable et drôles qui vivent en couple et se nourrissent apparemment d’algues, de mollusques et de petit crustacés. Nous n’avons jamais vu plus d’un couple dans une même caleta.IMG_0016Déguisement obligé pour le soir du nouvel an.

Cascade : chute d’eau (oui comme chez nous) c’est juste qu’ici il y en a qui sortent de partout. Dans certains endroits comme par example le canal Grapler les montagnes environantes sont littéralement dégoulinante de cascades. Il faut dire que la pluviométrie annuelle s’établit à plus de 5000 mm (5 fois plus qu’en Touraine) et certaines années atteignent 7500 mm. Il faut bien que toute cette eau sorte de quelque part J. Comme il n’y a pas d’animaux (ni d’humains) l’eau de ces cascades est potable mais elle est souvent colorée à cause de la tourbe et des résidus végétaux. On s’en servait principalement pour la lessive, la toilette (si, si on c’est même lavé de temps en temps) et la vaisselle.IMG_0600le Paso del Indio (il a tellement plu que la montagne est couverte de cascades)

Charter : Voilier le plus souvent français (mais pas seulement) offrant des croisières à des passager payants pour découvrir la région. Beaucoup sont basé à Puerto Williams (Chili) et opèrent à partir d’Ushuaïa (Argentine). Ils proposent des circuits autour de l’île Hoste (bras sud et nord du canal de Beagle : la tournée des glaciers) et du Cap Horn pour les plus petits (de moins en moins) et jusqu’en Antarctique pour les plus gros et les clients les plus aventureux (la grande majorité). C’est une très bonne façon de découvrir la région par la mer avec un skipper expérimenté et un bateau bien adapté sans avoir à les faire 6000 milles de la descente depuis la France. Il n’y a plus à notre connaissance de voilier charter proposant la remontée complète des canaux (trop long et trop compliqué administrativement) mais il y a des bateau Chiliens au départ de Puerto Montt qui proposent des croisières sur Chiloé, l’archipel de Chonos et jusqu’à la Laguna St Rafael

 

 

Estero : sorte d’estuaire, les plus petits sont l’équivalent de nos abers les plus grands sont de vrais fjörds qui n’ont rien à envier à leur équivalent norvégiens. Certains ont d’ailleurs été rebaptisés « fjordo »IMG_1461.JPGEstéro Huilard (un havre de paix une fois à l’intérieur)

 

Forêt : rien à voir avec la forêt de Chinon, de Fontainebleau ni même de Brocéliande. Ici il s’agit de la forêt primaire telles qu’elle se présentait il y a des milliers d’années. En Terre de Feu et sur les îles la débordant sur son sud-ouest il y a trop de vent et les températures sont trop basses, elle à donc du mal à se développer en dehors de quelques versants abrités et comme sur certaines de ces îles (par ex. Navarino) il y a un peu de bétail et quelques guanacos (sorte de lama sauvage) certains endroits sont donc pénétrables. Passé cette zône et plus on remonte au nord, il n’y a plus aucun mammifère herbivore terrestre, il fait encore plus humide et la forêt devient totalement impénétrable. Quand on essaie de trouver un bel arbre pour s’y amarrer au dessus des rochers, on se trouve le plus souvent face à une sorte de haie très dense faite de buissons, de mousse et des branches les plus basses des arbres., le tout tellement entrelacé que même à la machette on ne peut y rentrer. Les arbres ont des formes torturées, souvent des troncs apparemment robustes sont en fait complètement pourris et ne tiennent que par la mousse ou les plantes parasites qui les entourent. Les troncs et les branches tombées servent de germoirs aux suivant qui poussent à travers.

IMG_0177Forêt impénétrable

IMG_1296Forêt aménagée, 20 ans pour aménager l’ île Jéchica

Humidité : ici elle n’est pas relative mais absolue, permanente et persistante. Elle est beaucoup plus difficile à supporter que le froid (nous n’avons pas eu de températures inférieures à 5°C). Elle pénètre partout et fait moisir tout ce qu’elle imprègne très rapidement. Avec notre pont en sandwich de mousse de 30 mm et notre coque en bois de 27 mm nous étions mieux isolés que beaucoup et le chauffage une fois réparé est une aide précieuse, mais tous les endroits ou l’air ne circule pas (derrière les coussins, dans le fond des placards etc), deviennent des points froids ou la condensation se forme aussitôt. Une seule solution aérer chaque fois que c’est possible et surtout contrôler et essuyer tous les jours (voire plusieurs fois par jour) tous les endroit ou elle se forme.

 

Humains : espèce animale très répandue sur notre planète mais totalement absente de la quasi totalité de la Patagonie.

 

Kelp : sorte d’algues pouvant ressembler aux grandes laminaires que l’on trouve en Bretagne mais elles sont beaucoup plus longues (jusqu’à une vingtaine de mètres). Pour le navigateur le kelp est à la fois une bénédiction car il permet de voir bien à l’avance ou se trouvent les haut fonds rocheux (très utile à l’entrée des caletas ou dans les passages étroits) et une plaie car il empêche les ancres d’accrocher au fond et se prend dans les appendices (quille, safran, hélice). Il nous est arrivé d’accrocher une masse de kelp dérivante si grosse que le bateau c’est presque arrêté est devenu non manœuvrant. Une seule solution faire un tour complet sur soi-même pour essayer de se dégager…

IMG_8540Tout petit kelp en général 10 fois plus grand

Mouillage : en Bretagne, on choisi un endroit ou il y a encore de la place, on jette l’ancre on s’assure qu’elle à bien accroché et on descend prendre l’apéro. En Patagonie on cherche une caleta protégée de tout les vents et dont l’entrée est praticable par le vent qui souffle, on identifie le côté où de bons vieux arbres semblent les plus gros et les plus droits : le côté le mieux protégé des rafales dont la direction est souvent très différente de la direction du vent à l’extérieur. On mouille l’ancre de telle façon à ce qu’elle puisse aider à ressortir le lendemain, on saute dans l’annexe et on commence à tirer les aussières à terre, on les amarre aux plus gros arbres possibles ou, à défaut d’arbre suffisamment robuste, aux rochers disponibles. En général on utilise 3 aussières, une à l’avant et deux à l’arrière (quand la configuration de la caleta le permet) parfois plus quand la météo s’annonçait mauvaise (donc autant d’aller et retours). Nous avons à bord en plus des bouts et câblots habituels deux bout de 100 et 200 mètres en dyneema (10mm et 8mm, solide, très léger et flottant donc très facile à remorquer à la pagaie et en plus on les a eu à un très bon prix, merci Delphine) sur enrouleur à l’arrière (à la scandinave) et une aussière polyéthylène 19 mm de 110 mètres lovée dans un bac dans la baille à mouillage à l’avant. Le but est que le bateau tire le moins possible sur son ancre et ne puisse plus bouger (éviter) dans les rafales. Le tout dure souvent plus d’une heure. Dans le sud, quand il faisait bien froid, je faisait la manœuvre en combinaison de survie étanche pour plus de sécurité, les bords de la plupart des caletas étant en général abrupts et glissants. Après tout çà un bon repas chaud suivi d’une bonne nuit de sommeil sont plus appropriés que l’apéro.IMG_9741Caléta Julia mouillage bien abrité de tous les vents

 Pluie : presque tous les jours mais il y a parfois des éclaircies. Elle est froide te pénétrante. Jusqu’à 7500 mm/an dans les bonnes années. Oubliez les vestes de mer hightech, le gore tex et autres tissus respirant, le seul vêtement qui permette vraiment de rester au sec c’est le bon vieux ciré jaune de préférence Cotten.

IMG_0585(non on ne fait pas de pub dans ce site)

Puerto : dans de très rares cas il s’agit d’un vrai port (Puerto Williams, Puerto Aguirre) dans la plupart des cas c’est simplement une anse un peu plus grande qu’une caleta, il peut d’ailleurs il y avoir une ou plusieurs caletas dans un puerto. Il ne faut pas non plus s’attendre à trouver des constructions ou des habitations : sur les milliers de km de la côte Patagone il y a des dizaines de puertos mais ils sont tous sauvages et inhabités.

IMG_0941.JPGPuerto Sergio (clin d’œil à notre ami Sergio).

Seno : bras de mer large et profond entre deux montagnes, fjord. Beaucoup mènent à un glacier.

IMG_0069Seno Chico (il donne dans le canal Magdaléna)

Vent : en général fort, toujours dans le sens de canaux la plupart du temps de nord donc opposé à notre route. Comme nous ne pouvons compter sur notre moteur pour avancer on choisissait de naviguer quand le vent soufflait à moins de 30 nœuds dans les rafales (force 7). Nous n’avons eu que quelques jour ou il soufflait plus fort nous forçant à rester au mouillage et plusieurs fois quelques heures de calme plat ou nous avons du utiliser le moteur à faible régime pour avancer. Par contre le vent se calme en général en soirée (après 18 heures) et forcit le matin (à partir de 8 – 9 heures) pour ne pas trop galérer dans les manœuvres d’arrivée et de départ nous nous arrangeons donc pour partir tôt et arriver tard. La moyenne du vent sur notre parcours entre Puerto Williams et le Canal Darwin.était aux alentours de 15 à 25 nœuds (force 5 à 6) soit un ou 2 ris dans la grand voile et trinquette. La grand voile haute et le génois n’ont été utilisés que très rarement.

IMG_0389Canal Sarmiento sous la pluie et bien venté.

Voilier : embarcation à voile, yacht, bateau de plaisance, très commun à Puerto Williams (un bonne quinzaine était amarrés au Micalvi lors de notre passage dont plus de la moitié était des charters) et paraît-il à Ushuaïa, nous n’avons pas été vérifier, totalement invisible en suite. Sur plus de 1000 milles (2000 km) parcouru entre Puerto Williams et Chiloé nous en n’aurons vu que 8…

 

IMG_0662.JPGJour d’affluance à Perto Eden. Clary à Pia et Ulf et Rêve à Deux

Puerto Williams

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Puerto Williams, la ville et le port le plus Sud de la planète, est située sur l’île de Navarino dans le Canal de Beagle. C’est le point de départ obligé pour toutes les expéditions vers départ pour le Cap Horn, l’ Antarctique ou les canaux de Patagonie. C’est ici que se font toutes les démarches administratives et obtenir les autorisations nécessaires pour partir. Rien de très compliqué mais c’est obligatoire et les fonctionnaires et militaires en charge sont toujours aimables et accommodants. Puerto Williams est une petite ville de 2200 habitants qui survit principalement grâce à la base de la « Armada » (la marine nationale chilienne) et à son port de pêche.

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Il y a aussi une usine de conditionnement de centollas les fameux crabes araignées du coin. En saison (c’est à dire maintenant J) il y a les touristes, essentiellement des marcheurs et des randonneurs venu explorer les sentiers del’île Navarino un peu comme on va au Népal. Les quatre supermercados (de la taille d’une petite épicerie de quartier en France) raisonnablement achalandés. Il y a aussi un marchand de légumes et de fruits très sympa et avec un choix raisonnable qui vend ses produits dans un couloir en construction (ou en démolition c’est difficile à faire la différence). Tous ces commerces sont ravitaillés par le ferry qui vient de Punta Aréna chaque vendredi soir. Le samedi matin est donc le grand jour des courses pour tout le monde mais seulement quelques équipages de voiliers, la plupart préférant faire le détour par Ushuaia pour se réapprovisionner en produits sophistiqués. Ce ne sera pas notre cas, nous avons décidé de zapper Ushuaia pour plusieurs raisons. D’abord c’est une grosse ville qui n’a aucun attrait sinon ses supers marchés bien achalandés, (comme nous revenons des Malouines nous avons tout se qu’il nous faut à bord et ce qu’on trouve ici nous suffit) ensuite Ushuaia est en Argentine, et les formalités d’entrée et de sortie sont les plus compliquées d’Amérique du Sud. Ils ont de plus la réputation de chercher des poux dans la tête au plaisancier sur les papiers et le matériel de sécurité. En plus si on y allait, il nous faudrait de toute façon revenir en arrière jusqu’ici à Puerto Williams pour refaire les formalités d’entrée et le permis de navigation au Chili (le reste des canaux est entièrement Chilien). Donc, non merci Ushuaia et l’argentine se passeront de nous !

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La ville s’étend tout le long de la baie depuis le port de pêche en passant par la base de la marine et se termine par le port de plaisance en fait une petite anse bien abritée où un vieux bateau  de transport de la marine « le Micalvi » a été coulé pour servir de ponton aux bateaux de passage. Cette semaine le Micalvi affiche complet avec une vingtaine de bateau à couple. On y trouve de nombreuses nationalités mais avec tout de même une très grande majorité de bateau français dont de nombreux charters qui remonte de l’antarctique. C’est une faune étrange, très intéressante et très attachante ou se mêlent grands aventuriers et navigateurs plus modestes.

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Ici à Puerto Williams tous les plaisanciers se connaissent. Les plus anciens organisent des fêtes dans le Micalvi et la marine a mis à la disposition un énorme barbecue à gaz et chacun apporte sa nourriture et sa boisson. Chacun échange ses récits de voyage d’aventure et de découvertes. Un accordéon et une guitare et l’ambiance est assurée jusque tard dans la nuit. Jusqu’à il y a quelques mois, le Micalvi était géré comme un club nautique, il fallait payer sa place à couple, le bar fonctionnait comme un bar normal mais depuis quelques temps il n’y a plus d’administrateur et c’est devenu un peu l’auberge espagnole. Heureusement la marine n’a pas encore coupé ni l’eau ni l’électricité.

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Tout de suite au dessus du village des sentiers de randonnées montent dans la montagne. Il y a un parcours de plus de cinquante kilomètres bien balisés et d’autres sentiers font le tour de l’île. Il est possible d’y faire des trekking de plusieurs jours et des espaces pour bivouaquer sont indiqués sur le plan. Il faut être en très bonne condition physique car les dénivelés sont très important et les conditions météo très changeantes et souvent très difficile (vent violent, pluie, neige). Nous avons fait les 15 premiers kilomètres sous un soleil radieux.

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Nous sommes arrivés le Jeudi 13 décembre comme nous l’avions planifié au départ des Sables (chance ou génie de la navigation à vous de choisir). Nous resterons une semaine ici et repartirons ce samedi 22 décembre ou dimanche pour commencer notre lente remontée vers Puerto Montt. Nous avons tout fait les entrées au Chili, demande du zarpe (autorisation de navigation dans les canaux), une prolongation de nos visa de deux fois 90 jours . Préparation du bateau pour passer du mode « océanique » au mode « canaux ». Téléchargement des cartes et des logiciels pour pouvoir lire les photos satellite (Merci Damien !) et nous y retrouver au mieux dans ces endroits très mal cartographiés. Nous avons embarqué 500l de gaz oil (300 litre dans le réservoir et 200 en bidons) très important car une grande partie de la distance à parcourir jusqu’à Puerto Montt se fera au moteur contre le vent et il n’y a pas de station service sur la route. Mais se sont surtout les courses qui remplissent le bateau. C’est qu’il en faut de la nourriture pour un parcourt de trois mois dans les canaux où nous ne sommes pas sûr de trouver de quoi se ravitailler.

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Voilà tout et bien ficelé nous pouvons enfin partir, nous allons regretter cet endroit magique entouré de ces chaînes de montagne, nous aurons eu tous les temps de la pluie, beaucoup de vent, Pétole de la neige avec les sommets enneigés mais aussi le soleil d’été où j’ai pu ressortir mon short pour quelques heures. Sans oublier les fêtes, les moments privilégiés et les expérience échangées avec les amis Français, Chiliens, Hollandais …

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Nous remontons vers le nord vers les glaciers, les paysages d’une beauté sans nom nous y attendent, nous avons trois mois pour les découvrir cool…

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Nous pensons arriver à Puerto Montt pendant la deuxième quinzaine de Mars. D’ici là nous n’aurons sans doute pratiquement pas accès à internet. Il n’y aura donc peut-être pas beaucoup d’articles mais vous pourrez continuer à suivre nos positions et nous essaieronsIMG_9187 d’envoyer des nouvelle via twitter.

A suivre …

Anne et Domi