Archives mensuelles : février 2025

Canaries 5) El Hierro

Notre grand coup de cœur pour cette partie du voyage, El Hierro est la plus Sud et la plus authentique de îles Canaries. Ses paysages sont magnifiques, ses habitants sympathiques et souriants et pourtant elle est épargnée par le tourisme de masse. Surtout n’en parlez à personne, il ne faudrait pas que ça change! .

Le 4 janvier 2025 après bientôt 3 semaines passées essentiellement à explorer Ténérife de long en large nous quittons la marina de San Miguel. Le vent et la mer venant du Sud nous allons mouiller dans la baie d’Abona histoire de reprendre nos marques et de nous reposer d’un début de grippe. Abona est l’un des rares mouillages abrité des vents de secteur sud, nous y passons 2 nuits le temps qu’ils repassent au nord. Ce qui se produit le 6 à midi pile. Nous avons déjà levé l’ancre et sortons de la baie. Mer parfaitement plate (c’est rare ici), 10 à 12 nœuds de NE, nous faisons un grand détour vers le sud pour contourner le dévent de Tenerife et garder juste ce qu’il faut de vent jusqu’au bout. Au levé du jour nous sommes sous les hautes falaises d’El Hierro. Le temps de tirer un petit bord pour laisser le ferry faire sa manœuvre de sortie et à 8:30 nous sommes amarrés au ponton. Le port parfaitement équipé (pontons sur piles avec des grands catways) est à moitié vide.

L’enregistrement se fait au bureau de la police portuaire dans le hall de la grandiose gare maritime. Le tariff est de 0,372 EUR/m² (pour nous 12,80×4,30=55,04 m² soit un peu plus de 20EUR/jour).

L’endroit est très spécial, entouré de pentes abruptes d’aspect lunaire avec juste quelques maisons accrochées en bas de la falaise. L’infrastructure portuaire est assez bien intégrée dans le décor. Par rapport à tous les ports de l’archipel c’est sans aucun doute l’un des mieux protégés de tous les vents mais c’est surtout et de loin le plus calme : une demie douzaine de bateaux de voyage dont la majorité est là pour passer l’hiver au chaud dans un coin tranquille (c’est un peu notre cas) et les autres faire une dernière étape européenne avant la traversée vers le Cap Vert ou les Antilles (attention si votre destination, votre pavillon ou votre nationalité requiert une sortie officielle de l’UE, vous ne pourrez pas la faire ici). Ces voiliers de grandes croisières sont complétés en milieu de semaine par les quelques rares charters/locations qui osent faire le saut si loin de la vie nocturne trépidante des autres îles. Aucune circulation automobile en dehors de l’arrivée et du départ des 2 ferrys journaliers et cerise sur le gâteau une plage, juste de l’autre côté de la jetée intérieure, très bien aménagée avec des rampes de descente à travers les galets et toujours praticable car à l’abri du grand môle extérieur. Dans le terminal il y a un café assez agréable et une mini-supérette plutôt bien achalandée pour sa taille et avec du pain tous les matins. Pour des plus grosses courses il faut monter à Villa de Valverde la capitale de l’île (Bus ligne 7, cinq départs tous les jours), les commerces d’alimentation sont tout près de la gare de bus (supermarchés , et 5-oceanos pour les surgelés) Bref un endroit idéal pour se reposer et nous remettre de cette grippe qui ne veut pas nous lâcher.

Valverde la capitale d’El Hierro

Mais c’est surtout la base parfaite pour explorer cette île merveilleuse. Elle est parcourue par de très nombreux sentiers de randonnées et il est bien sûr possible de monter à pied depuis la côte et de redescendre en bus ou de monter en bus jusqu’au départ de sentier choisi, traverser une partie de l’île et revenir par un autre bus. Compte tenu de l’usure de nos articulations, les randonnées pédestres de toute une journée sont désormais un peu au dessus de nos capacités. Nous avons donc choisi d’explorer l’île en voiture en faisant de fréquents arrêts et de courtes marches. (Cicar a un bureau dans le terminal mais il n’ouvre que sur demande: réservez sur internet la veille l’employé sera là pour vous remettre les clés – les tarifs sur El Hierro sont les plus bas de tout l’archipel, environ 30 EUR pour la catégorie de base, toutes assurances comprises, zéro caution).

Le Mirador de La Pena, dessiné par l’artiste canarien Cesar Manrique surplombe El Golfo

El Hierro est la plus jeune des îles Canaries, elle est sortie du fond de l’océan il y a seulement un peu plus d’un million d’année soit il y a dix fois moins longtemps que Ténérife. Son sommet, le pic Malpaso culmine à 1501 m mais dépasse à peine du haut plateau qui l’entoure. Les irruptions successives de la dorsale ont provoqués des effondrements, modelant son relief de façon très originale: la partie Ouest s’est effondrée formant une immense caldeira semi circulaire entourée de hautes falaises (El Golfo) , un accident géologique similaire mais de moindre importance s’est aussi produit sur la partie Sud Est (Las Playas). La côte sud est le théâtre des irruptions les plus récentes comme en témoigne les champs de lave. Et au milieu une sorte de haut plateau couvert de prairies au nord, d’une laurasylve (forêt primaire) dans les zones les plus humides principalement à l’Ouest et une forêt de pins canariens à l’est. Ici peu de barrancos et encore moins de vallées profondes ce qui lui donne un aspect à la fois massif et fragile très différent des autres îles de l’archipel. Mais plutôt qu’un long discours voyons tout çà en images.

Les paturages « irlandais » entre Monacal et San Andres

4)Ténérife côté Sud à Est de l’île

Et les côtes Est et Sud ? Ont-elles été massacrées à tout jamais sur l’hôtel du tourisme et de l’industrie ? Non, pas tout à fait, il reste encore quelques îlots d’authenticité disséminés deci delà en bord de mer et sur les hauteurs. Essayons de les découvrir en partant de los Gigantes et en se dirigeant vers Santa Cruz.

Al Cala

Deux ou trois kilomètres au Nord Ouest de Playa San Juan se trouve la petite ville de Al Cala. A peine perturbée par l’immense hôtel cinq étoiles Melia, le front de mer au nord du village à été aménagé pour permettre l’accès aux piscines naturelles. Le centre, avec ses ruelles étroites et sa place ombragée, fait penser à une petite station estivale de Méditerranée du début du siècle dernier. Plus ou moins protégée de la houle par les gros rochers noirs qui bordent la côte, le vieux port n’est en fait qu’une cale de mise à l’eau, les barques des pêcheurs étant stockées au sec. La terrasse de pierre noire qui prolonge le quai à été aménagée pour la baignade. L’eau est claire et très poissonneuse on y a même aperçu une tortue. L’ambiance paisible qui se dégage de cet endroit est très agréable.

La caleta

une petite baie tranquille et une portion de côte sauvage entre deux gigantesques complexes à touristes. Quelques tentes se cachent çà et là, babacools où backpackers arrivés au bout de leur voyage où travailleurs locaux dans l’incapacité de se loger en raison de la flambée des prix de l’immobilier.

Taucho et les parapentes

Juste au-dessus de la « touristopole » de Playas de Las Americas. Un tout petit village et une falaise d’où sautent les adeptes du parapentes. Mais de là partent aussi plusieurs très beaux circuits de randonnées remontant à travers la corona forrestal.

Vilaflor et son église

Un village typique et son église du XVIème siècle sur la route qui monte au Teide

La Montaña Rossa et la plage del Medano

Un cône volcanique juste au bout des piste de l’aéroport et une plage particulièrement prisée des kitesurfers

La baie d’Abona

Guimar et ses pyramides

Thor Eyerdahl l’aventurier et ethnologue rendu célèbre par ses traversée des ocèans sur son radeau de roseau le Kon Tiki a tenté de démontrer que ces pyramides étaient d’origine pré-colombienne et prouvaient qu’il y avait eu à cette époque des échanges entre l’Amérique centrale et l’archipel. Après analyse il s’avéra que ces monuments ne dataient que du 19ème siècle mais quel était leur usage et par qui ont ils été construits reste un mystère même si l’hypothése du délire Franc-Maçonique d’un riche propriétaire terrien a été évoquée. Le jardin botanique qui les entoure et le musée vaut quand même une visite.

Santa Cruz

Capitale de l’île depuis 1837et actuel siège du gouvernement de tout l’archipel (les Canaries sont une province autonome) en alternance tous les quatre ans avec Las Palmas de Gran Canaria. A l’origine un simple fortin construit par le conquistador Alonso Fernández de Lugo pour lutter contre les Guanches, puis un petit port de pêche, sa grande baie protégée eu vite fait d’attirer les convoitises notamment Anglaise. Le grand Amiral Nelson y aurait d’ailleurs perdu un bras en et la flotte anglaise la bataille 1797.

4)Ténérife: la côte historique

De Garachico à la péninsule d’Anaga s’étend la côte le plus verte de l’île c’est aussi la partie de l’île ou la proportion de touristes par rapport aux locaux est de loin la plus faible : c’est la plus fraîche et la moins ensoleillée et parfois même il y pleut rendez-vous compte quand on a acheté son billet soleil garanti : l’horreur ! Mais pour nous c’est la plus agréable de l’île et surtout les villes et villages y sont chargés d’histoire.

Malgré des pentes escarpées mais grâce à cette pluviométrie plus élevée qui fait fuir le touriste et a une température moyenne plus basse et surtout plus constante, c’est sur cette côte que se sont installés les premiers habitants, les Guanches, suivis une douzaine de siècles plus tard par les colons Espagnol. En effet grâce à ces conditions météorologiques favorables sur un sol riche en cendres volcanique il était possible de cultiver la terre. En plus des cultures vivrières des premiers habitants, la culture de la canne à sucre et de la vigne se développa rapidement permettant aux plus riches exploitants d’exporter leur production.

La ville de Garachico fut fondée par le marchand génois Cristóbal de Ponte en 1496, tout de suite après la défaite des tribus Guanches par l’envahisseur Espagnol. Elle devint très vite le port principal de l’île par où passait toutes les exportations. Il est difficile d’envisager aujourd’hui cette petite ville à la côte rocheuse battue par la houle du large comme un grand un port actif. Sa période faste fut d’ailleurs de courte durée. En en 1646 un glissement de terrain fit 200 morts et coula une quarantaine de bateaux et en 1706 une forte irruption volcanique remodela complètement cette partie de l’île, ensevelissant complètement le port sous une coulée de lave. La ville elle-même et une grande partie de la population fût, cette fois-ci, épargnée ce qui nous permet encore aujourd’hui de visiter son joli centre illuminé pour les fêtes avec notamment le couvent de San Francisco. Suite à ce cataclysme, le petit port de La Orotava (aujourd’hui Puerto de la Cruz) se développa et devint LE port de l’île (voir plus bas).

Il faut aussi se baigner dans les piscines naturelles Del Caleton crées dans des tunnels de lave effondrés (Décembre 2024 : l’accès à ces piscines était interdit).

A noter aussi que depuis quelques années, la ville dispose d’un superbe port de plaisance. Mais si l’abri est bon une fois à l’intérieur des jetées, c’est l’entrée qui pose problème dés qu’il y a de la moindre houle.

Tout à côté de Garachico se trouve la ville d’Icod de los Vinos dont comme son nom l’indique la richesse économique fût longtemps basée sur la production de vin.

La ville crée à peu près à la même époque que sa voisine est célèbre pour son centre historique, son église San Marcos et le jardin qui l’entoure mais surtout pour l’arbre le plus vieux de l’île : le dragonnier millénaire (mais il n’aurait en fait que 400 ans.)

L’étroite plaine côtière est couverte de bananeraies. Les premiers bananiers furent sans doute introduits dans l’archipel au XVIème siècle mais la culture de la banane ne devint une activité économique et une source d’exportation importante seulement à la fin du XIXème siècle. c’est aujourd’hui sa deuxième ressource (après le tourisme). Sur cette côte, les conditions climatiques permettent une culture à l’air libre alors que dans les endroits plus sec les parcelles sont recouvertes d’un voile textile, c’est plus agréable à l’œil. La plus plantée est une variante locale de la Cavendish, en raison du climat elle mûrit en 6 mois au lieu de 3 dans les régions inter-tropicales ce qui lui donnerait une saveur plus parfumée et plus sucrée.

En logeant la côte on arrive à Puerto de La Cruz les restes du port stratégique de l’île sont noyés dans les constructions modernes, hôtels et autres immeubles destinés à la location. Il n’est pas facile de s’imaginer les lourds galions et autres vaisseaux marchands faisant escale dans le port exposé aux vents de nord et à la houle et en repartant chargé de vin. Le centre historique ce limite au port lui-même et à quelques constructions qui l’entoure car, nous l’avons dit, il ne s’agissait, à l’époque du port de La Orotava, cette ville magnifique située à 400 mètres d’altitude et à quelques kilomètres seulement de là.

La Orotava fut aussi fondée en 1496 après la défaite du dernier chef Guanches (mencey) Bencomo par le conquistador Alonso Fernández de Lugo. Les terres des aborigènes furent distribuées aux nobles castillans ayant participé à la conquète.

La région était bien irriguée et la terre plus fertile que nulle part ailleurs sur l’île. A l’époque il y avait même assez d’eau pour faire tourner des moulins. (c’était avant le réchauffement global) Devant ces somptueux hôtels particuliers et autres demeure bourgeoises opulentes, on comprend la richesse des exploitations qui ont découlées de ce partage. Elle devint si riche qu’en 1648, un décret royal l’émancipa de l’autorité de la Laguna capitale officielle de l’île. Cette prospérité issue pendant les premières décennies de culture de la canne à sucre puis de la vigne fluctua au cours des siècles au gré des conflits entre les royaumes européens mais se maintint pour être renforcée à la fin du XIXème siècle par l’apparition de celle de la banane.

Tout au long de cette côte il y a de nombreuses criques ou piscines naturelles certaines sont inaccessible car il faut traverser des exploitations bananières beaucoup sont impraticable dès qu’il y a la moindre houle de Nord ou Nord Ouest (80 % de l’année). Notre piscine préférée est à Jóver juste en dessous de Tejina. on y accède par une petite route qui passe entre les bananeraies. Un parking, quelques maisons avec un petit bar resto sur l’arrière. L’endroit est surtout fréquenté par les locaux le dimanche. La piscine naturelle est sans doute la plus agréable de toute l’île. Elle est facilement accessible, d’une bonne profondeur d’un bout à l’autre, très bon ensoleillement (nous sommes sur la côte nord:)) et surtout elle est praticable pratiquement quelque soit l’état de la mer.

Aprés Tacoronte, on peut pousser encore le long des falaises de Bajamar, au pieds desquelles il y a encore plusieurs piscines dont une immense plus artificielle, jusqu’à la Punta del Hidalgo où la route s’arrête et où commence l’un des sentiers qui s’accroche aux pentes abruptes de la vallée pour pénétrer au cœur du parc d’Anaga.

Nous finissons cette promenade par la visite de San Cristobal de La Laguna. Aussi fondée en 1496 elle fut la capitale de l’île jusqu’en 1823 et est encore le siège de l’évêché et de la plus importante université de l’archipel. La vieille ville est un peu enfouie dans le développement urbain et commercial généré par sa proximité avec Santa Cruz et l’aéroport Nord. Mais le centre historique est bien préservé et il est très agréable de déambuler dans ses rues piétonnes. Ce serait la première ville coloniale à avoir été créée sans mur d’enceinte. Elle aurait aussi servi de modèle à de nombreuses villes construites sur le continent américain par les conquistadors.