Archives de l’auteur : Rêve à Deux

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A propos Rêve à Deux

Un grand voyage à la voile autour du monde

Retour hors des sentiers battus

Samedi 21 mars 2026 vers 09:30 nous quittons notre mouillage préféré de Petit Ilet et mettons le cap sur Saint Pierre. Le corps mort, réservé via Navily, n’est pas des plus facile à prendre (les bouées sont fixées à la chaîne mère par deux aussières très tendues un vrai piège pour les quilles à bulbe. Nous complétons notre approvisionnement en fruits aux deux supérettes de la ville. On aurait bien voulu aussi une ou deux boîtes d’œufs mais c’est la pénurie totale, ils ne sont même pas sûr d’en avoir la semaine prochaine.

Ha oui ! On ne vous a pas encore dit mais on à finalement choisi notre destination. Nous avons décider de quitter les Antilles et de rentrer à Lagos (d’où nous sommes partis début octobre). Je vous entend d’ici : « vous êtes fous c’est encore un trop tôt pour la traversée, il faut laisser passer toutes les tempêtes qui se forme en ce moment sur la côte américaine, les Açores vont être impraticables. »

On est bien d’accord avec vous c’est pour ça qu’on ne va pas prendre la route habituelle via les Bermudes et le Açores, on va y aller directement au près contre l’alizé.

Depuis quelques temps j’avais commencé à étudier les conditions météo envisageables sur notre trajet retour. Pilot Charts et NullSchool comme précédemment (voir cet article) mais pas grand-chose de plus à en tirer qu’on ne savait déjà : pour la route classique le mois de mai est la meilleure solution. Par contre on a réussi cette fois-ci à simuler des routages de la traversée complète sur les années précédentes en utilisant les gribs historiques ECWMF disponible en téléchargement gratuit sur le site de l’organisation (contrairement à leur gribs prévisionnels qui ne sont pas accessible au public).

Bref, cette étude nous a montré qu’une traversée suivant plus ou moins l’orthodromie était possible en une trentaine de jours même en mars avec bien sûr beaucoup de près mais avec des conditions de mer et de vent généralement modérées pour peu qu’on prenne soin de se glisser dans la zone parfois étroite entre le plus fort de l’alizé au sud et les systèmes dépressionnaires ou les calmes de la dorsale anticyclonique au nord.

Et en tous cas les prévisions du jour, tous modèles confondus, pour les 15 prochains jours sont excellentes, alors, en ce dimanche matin 22 mars, on y va !

La côte de Saint Pierre à Grand’Rivière au nord de l’île est très belle avec les pentes boisées de la Montagne Pelée.

Le passage du Canal de la Dominique se fait très vite grâce au courant de marée favorable mais il s’inverse rapidement remplacé par un courant océanique beaucoup plus fort et nettement plus contraire qu’indiqué sur les prévisions RTOFS et Copernicus. 50 milles parcourus sur le fond le premier jour 70 le suivant à ce train là ce n’est pas un mois qu’on va mettre mais deux. Heureusement le courant disparaît presque totalement le troisième jour et la moyenne remonte a un niveau plus raisonnable. Autre sujet d’inquiétude : les sargasses. On croise d’immense banc difficile à éviter de jour impossible la nuit. On en rencontrera pratiquement jusqu’à la longitude de Madère. Quand le vent le permet on fait des 360o ou on laisse le bateau reculer dans un virement de bord pour les décrocher de la quille de l’embase et du safran. Plusieurs fois il a fallu plonger pour les dégager car ses amas piègent souvent des cordages ou des grands morceaux de plastique. Ces courtes plongées nous aurons aussi permis de constater que les deux poissons pilotes qui nous suivaient fidèlement depuis Tobago (on les avait baptisé Tanguy et Laverdure – les moins jeunes comprendront) nous avaient abandonnés. Heureusement pour eux ! On était un peu inquiet de savoir comment ils allaient supporter la traversée et surtout les eaux plus froide de l’autre côté de l’océan.

Pendant cette traversée nous n’avons jamais eu plus de 25 nœuds de vent (la plupart du temps c’était plutôt 15 ou moins) ni des creux de plus de 3 mètres. Le bateau n’a pas tapé et nous avons toujours bien dormi entre les quarts et bien profité de nos repas. On a même pu faire quelques heures sous spi dans une dizaine de nœuds de vent à mi-parcours et passer les trois derniers jours avant l’arrivée au portant. Nous n’avons pas eu, non plus, beaucoup de calme plat (seulement quelques heures de moteur) par contre les prévisions météo et les routages étaient tous les jours une nouvelle surprise avec des routes proposées allant du Cap Vert aux Açores. On s’est finalement contenté de surveiller les mouvements des dépressions et de l’anticyclone pour rester en zone sûre ce qui nous à fait passer juste au sud de Madère.

Nous avons croisé très peu de navires sur cette route, 2 ou 3 cargos et un paquebot identifiés à plus de 20 milles par l’AIS et une nuit, un plaisancier faisant route au nord (droit vers le mauvais temps) qui a dû nous appeler en VHF pour éviter la collision (à notre décharge son AIS ne portait pas à plus de 100 m et n’a donc déclenché notre alarme qu’après son appel et il n’avait que des feux de balcons peu visible)

72 heures avant le passage de Madère nous avons accueilli notre premier passager clandestin : une colombe tropicale. Elle était plutôt mal en point, l’air épuisé et toute ébouriffée. On la laisse se reposer à l’arrière du cockpit et elle repart . Le lendemain une autre vient et accepte de boire un peu d’eau et de manger les graines de sésame qu’on lui offre. Au fil du temps elle s’enhardit et vient jusqu’à nos pieds sous le dog-house pour chercher à manger. Elle reste avec nous quelques jours. Au large de Madère elle a bien repris ses forces et commence à voleter autour du bateau. Elle nous quittera finalement seulement en plein milieu de la DST du cap Saint Vincent a une trentaine de milles de Lagos.

Mais elle ne sera pas la seule passagère. Juste quand nous passons Madère, pourtant à une cinquantaine de nous avons la plaisir d’accueillir un chardonneret qui vient faire des gros câlins à Anne suivi deux heures plus tard par un martinet qui fonce directement au fond de la cabine et vient farfouiller dans nos filets de rangement au-dessus des banquettes du carré.On est en pleine période de migration et les oiseaux reviennent en Europe.

Le passage de Madère sera aussi la récompense de nos efforts car après tout ce près c’est un petit vent portant qui nous propulse jusqu’à Lagos où nous arrivons le jeudi 23 avril en début de soirée soit 31 jours de traversée pour 4058 milles parcourus (route directe 3105 milles). C’est loin d’être un record mais finalement c’était très cool.

Vendredi matin nous avons juste le temps de dégréer les voiles d’avant et de ranger un peu. Nous avons rendez vous à 17:00 pour la mise à terre. A 16:30 nous sommes sous le travelift. Mais, problème, ce n’est pas le modèle habituel, il est en panne et celui-ci est beaucoup plus petit. Après plusieurs essais infructueux (ils ont même essayé de nous lever incliné sur l’avant) nous sommes finalement contraints d’enlever le pataras et démonter l’éolienne. Cette tâche accomplie, Rêve à Deux est rapidement sorti de l’eau et calé sur ses bers. Pas besoin de nettoyage au karcher, la carène et l’hélice sont nickel grâce au séjour dans les eaux acides des rivières en Guyane et au Suriname elles ont été parfaitement décapées et n’ont nécessité aucun nettoyage depuis.

Quelques jours de nettoyage et de rangement et nous prenons le bus pour notre traditionnelle pause estivale dans la campagne tourangelle. Nous retrouverons Rêve à Deux fin septembre pour de nouvelles aventures.

Martinique: l’intérieur et Saint Pierre

Aujourd’hui notre objectif c’est l’intérieur de l’île et la côte-Ouest. Nous partons de bonne heure pour pouvoir visiter le fameux jardin de Balata un jardin botanique très réputé en pleine forêt tropicale.

Nous arrivons à neuf heure passé de quelques minutes mais nous sommes déjà trop tard, le parking est complètement plein, des dizaines de voitures se garent tant bien que mal sur le bord de la national rendant le passage des autres véhicules dangereux. Une foule de touristes débarquent des voitures et des bus. Même si par le plus grand des hasards on arrivait à trouver une place, une telle affluence ne nous fait pas envie du tout. Un peu plus haut la route traverse un parc naturel, c’est bien le diable si on ne trouve pas un sentier de rando un peu moins fréquenté.

A peine un kilomètre plus haut on se gare sur l’aire aménagée pompeusement baptisée l’arboretum, en fait une aire de pique-nique et une zone de cinquantaine de mètres tout autour convenablement entretenue avec quelques pancartes indiquant le nom des arbres. De là un sentier monte à travers la forêt mais il est devenu complètement impraticable faute d’entretien.

Le troisième essai sera le bon: un peu plus bas de l’autre côté de la route il y a un chemin forestier apparemment interdit au véhicules mais pas aux piétons.

Le chemin s’enfonce dans une forêt profonde avec de très grands arbres. La similitude avec la forêt amazonienne ou celle de la Guyane où nous étions il n’y a que quelques mois est frappante. On passe un ruisseau on marche une bonne heure jusqu’à une autre rivière ou on en profite pour se rafraîchir. La faune et la flore sont au rendez-vous et surtout, on est tout seul dans ce magnifique environnement.

La faim commence à se faire sentir aussi faisons nous demi-tour et c’est à deux cent mètres de la route que nous faisons notre plus belle rencontre : une énorme araignée au corps à peu près aussi grosse que mon poing c’est une aviculaire antillaise (Matoutou falaise en créole) une espèce de mygale endémique de l’île.

Nous reprenons notre véhicule et quittons rapidement la N3 pour la D1 qui serpente dans une vallée très encaissée. Pause déjeuner au restaurant Chez Chantalou à Fond Saint Denis. Tenu par une grand-mère très sympathique, la cuisine traditionnelle est simple mais très savoureuse et la vue magnifique.

Nous continuons la descente de la Vallée jusqu’à Saint Pierre.

Ancienne capitale et port principal de l’île la ville de Saint Pierre a été complètement détruite par l’éruption de 1913 (30 000 morts des dizaines de navires coulés). Aujourd’hui la catastrophe est encore omniprésente dans le moindre recoin.

On parle d’une cataclysme qui s’est déroulé il y a seulement un peu plus d’un siècle et pourtant les ruines paraissent presque aussi anciennes que celles de Pompei ensevelies sous les cendres du Vésuve il y a presque 20 siècles.

L’un des très rare survivant est un prisonnier enfermé là pour un délit mineur. Sa cellule était située au pied de la falaise et n’avait presque pas d’ouvertures ce qui lui à permis de survivre à la nuée ardente et aux gaz brulants et toxiques générés par l’explosion du volcan.

Voilà cette belle journée se termine il est temps de rentrer à l’étang Zabricot en longeant la côte côté mer Caraïbe. En chemin baignade rapide sur la plage du Carbet et pause paysage au point de vue de l’anse Marigot.

Le Lendemain, nous rendons la voiture dans l’après-midi mais tant qu’à être dans une grande ville française on en profite jusqu’à la dernière minute pour refaire les approvisionnements, en dehors de quelques fruits et légumes ici ou là nous n’avons pas fait de vrais courses depuis notre départ du Surinam. Donc visite à La Vie Claire pour le bio, Carrefour Dillon pour le reste sans oublier un passage au marché de Dillon pour les fruits et un magasin de plongée pour nos masques qui commencent à montrer des signes de fatigue. On remplit aussi les jerrycans de gasoil (la dernière fois c’était au Brésil et on évite au maximum les pompes des ports).

La voiture rendue, on saute dans le tram qui nous dépose au centre ville et après plus de 30’ d’attente on ne voit toujours pas notre bus correspondance arriver (normalement toutes les 10’). C’est là qu’on apprend que les chauffeurs sont en grève depuis le début de la semaine… et c’est donc en taxi que nous rejoignons la marina.

Le vendredi 20 mars nous quittons la marina pour aller mouiller de nouveau à Petit îlet à côté de la mangrove. L’idée est de faire un bon check-up de la quille à la tête de mât à notre Rêve à Deux et de réfléchir à la suite du voyage. Nous examinons plusieurs options la plus logique serait d’aller vers la Guadeloupe avec une bonne escale aux Saintes et à Marie Galante voire même à la Dominique mais une autre possibilité a commencé à germer dans nos tête depuis quelque temps…

Martinique: La Trinité et la côte-Est

On profite du fait qu’un temps dégagé sans grain de pluie et un alizé modéré est prévu pour la journée pour aller découvrir la côte au vent (Est). Nous prenons donc la direction de La Trinité.

Principal objectif de la journée la presqu’île de la Caravelle.

Premier arrêt Pran Lavol et le monument dit des ailes de l’oiseau moqueur.

Nous faisons ensuite un détour par l’anse Spoutourne avant de continuer sur Tartane où nous visitons l’ancienne distillerie de rhum G.Hardy. Nous ne sommes pas amateur de boissons distillées mais la visite est très intéressante.

A la hauteur de l’anse Bonneville la chaussée goudronnée de la D2 fait place à un chemin empierré. Même si elle semble toujours carrossable on préfère jouer la prudence et ne pas risquer de perdre la caution de notre voiture de location pour un caillou qui vole. On continue donc à pied jusqu’au phare de la Caravelle, une heure et demie à notre rythme.

La forêt est belle et la vue du phare à couper le souffle. Le chemin se poursuit jusqu’à la station météo (automatisée depuis quelques années) et continue le long de la côte pour faire le tour complet de la presqu’île. Un peu trop dur pour nos vieilles jambes, on profite donc au maximum du paysage et des explications sur l’histoire du phare et de la station météo avant de revenir au parking par le même chemin.

Retour à Bonneville juste à temps pour déjeuner. Cette fois-ci le repas est excellent et la vue magnifique.

On jette un coup d’œil au passage au port et à plage de Tartane avec ces barques colorées.

Nous reprenons la route en direction du nord de l’île toujours en longeant la côte.

Arrêt à Sainte Marie petite ville côtière connue pour son Tombolo, cet isthme non permanent reliant la plage à l’îlet portant le même nom que la ville. Le tombolo se forme et se défait selon les marées et les courants. La plage est devenue pratiquement impraticable, recouverte de tonnes de sargasses échouées et se décomposant dans une odeur pestilentielle.

Et on continue, toujours vers le nord, apercevant au passage le petit port du Marigot intégralement bloqué par les sargasses.

Mais la journée est déjà bien entamée il faut avancer. Peu après Le Lorrain on quitte la N1 et la côte pour la N3 et l’intérieur de l’île. Court arrêt à L’Ajoupa-Bouillon pour un rapide coup d’œil à l’église. On passe tout près de la Montagne Pelée, le fameux volcan de l’île encore actif et dont l’éruption de 1905 à fait 30 000 morts, mais son sommet se perd dans les nuage.

Pose à Morne Rouge, un village qui nous fait beaucoup penser à celui de Santiago del Teide lui aussi au pied d’un volcan actif de l’autre côté de l’Atlantique. La vue sur la vallée qui descend sur Saint Pierre est à couper le souffle. Nous sommes déjà trop tard pour visiter le musée du volcan mais les quelques panneaux explicatifs nous permettent d’entrevoir ce qu’a été la catastrophe.

Ce sera notre dernier arrêt de la journée.

Le temps de faire quelques courses et il fait tout à fait nuit quand nous rentrons au bateau.

Martinique: Fort de France

Lundi 16 mars 2026, le bus nous dépose Gare de Clemenceau juste à côté du cimetière. Nous découvrons le vieux centre ville de Fort de France le long du canal Levassor. Nous rejoignons le marché couvert par les ruelles qui alternent ruines délabrées et commerces en tous genres. Le déjeuner au marché couvert est plutôt décevant (prix élevés et peu de saveur). Le marché n’a que de marché le nom. Ici très peu de produits frais, on trouve surtout des boutiques de souvenirs et des étalages de produits pour touristes (de tous façon quoi que l’on trouve pour ramener en métropole est fabriqué en Chine comme nous avoue un commerçant).

On continue l’exploration par les rues piétonnes, la cathedrale St Louis (fermée). On se fait agresser au passage par un individu manifestement sous l’emprise de drogue qu’une locale nous aide à calmer.

Puis le front de mer avec le Fort St Louis (encore lui, qu’a-t-il donc fait pour la ville?) en arrière plan. si la petite baie est très prisée des plaisanciers qui veulent être en ville, l’estacade Est, elle, très appréciée des pélicans.

Passage par une boutique d’accastillage très bien achalandée pour acheter un bout pour remplacer une bosse d’enrouleur. Si beaucoup de maisons sont en ruine, cela n’empêche pas les peinture de rue de proliférer et il y en a de très belles.

On termine la visite de la ville par une exposition de costumes déjantés à l’espace culturel Camille Darsière (ancien palais de justice).

Impression mitigée donc après notre premier contact avec cette ville. Elle dégage un certain charme mais ce charme est presque complètement effacé par le mauvais état et le manque de mise en valeur des bâtiments du centre ville. Conditions climatiques difficiles et/ou manque de moyen ? D’autres villes de la région ont su mieux faire.

Entre temps nous avons trouvé une voiture de location disponible pour les 5 jours que nous pensons passer sur l’île mais il faut aller la chercher à l’aéroport. Nous prenons donc le tram qui nous y emmène en 20’. On va pouvoir découvrir l’intérieur de l’île!

Martinique: de la baie de Sainte Anne à la baie de Fort de France

Vendredi 13 mars 2026 au levé du jour nous doublons comme prévu la pointe de Dunkerque après une nuit de navigation paisible. Parti hier soir nous n’avions aucune raison de nous presser pour couvrir les 73 milles qui nous séparaient de Saint Vincent en arrivant de jour. Nous découvrons la baie de Sainte Anne littéralement couverte de voiliers à l’ancre, sans doute plusieurs centaines, on a rapidement arrêté de compter… Encore plus impressionnant que la grande plage d’Houat un week-end d’été. Mais chose étonnant l’endroit est très grand et il y a encore de la place. On trouve rapidement un bon espace dans la partie nord de la baie mais le fond est mauvais et l’ancre ne parvient pas à bien accrocher on se déplace quelques centaines de mètre plus au sud un peu plus vers le milieu et là ça accroche bien. On est à 750 m de la plage mais en kayak ce n’est pas un soucis et de toute façon le mouillage est interdit dans une bande de 300 m le long de la plage.

A terre, bistros et restos, une boulangerie et un petit Carrefour-Market, on se demande vraiment pourquoi l’endroit attire tant de monde (sans doute parce que c’est un bon abri par vents dominants et qu’il y a de la place.

Nous repartons le lendemain matin pour la baie de Fort de France.

On se glisse entre le fameux Rocher du Diamant (où on avait fait une plongée mémorable lors de notre premier passage en 1993) et la pointe du même nom. On passe devant les anses d’Arlet, doublons le cap Salomon et tirons des bords jusqu’à la pointe du Bout qui marquent l’entrée de la baie de Fort de France. Nous avons réservé une place à la marina de l’Etang Zabricot pour quelques jours à partir de demain mais pour cette nuit nous allons ancrer au calme tout au font de la baie au Mouillage de Rivière Salée à une centaine de mètres de Petit Ilet. Il n’y a que 2 autres bateaux. L’endroit est parfaitement abrité et les mangroves qui l’entourent le rende très agréable. Un endroit idéal pour se reposer.

Le lendemain matin le vent souffle à 25 nœuds du Nord Est. Les 4 milles qui nous séparent de la marina sont avalés rapidement avec un bout de chiffon en guise de voilure. Les rafales rendent la manœuvre d’accostage un peu délicate (prise des pendilles vent de travers) mais avec l’aide du marin et des voisins de ponton on s’en tire pas trop mal.

L’Etang Zabrico est une petite marina très agréable pratiquant des tarifs raisonnables. Une bonne base pour parquer le bateau et explorer l’île. Sur place il n’y a de quoi survivre : un petit supermarché, une boulangerie, 2 laveries automatiques et 2 loueurs de voitures. Pour aller plus loin que ce soit au centre ville de Fort de France où à l’aéroport il y a un arrêt de bus. Petit conseil, si vous voulez prendre le bus, n’oubliez pas de télécharger l’appli Martinique Transport sur votre téléphone: pas de possibilité de payer directement au chauffeur il faut prendre le billet en ligne (ou dans les distributeurs des principales stations de tram). On a eu beaucoup de chance la grève du réseau de transport de l’île ne commençait que le lendemain ce qui nous a permis de faire un tour au centre ville et d’aller chercher une voiture de location à l’aéroport puisque les 2 loueurs sur place n’avaient plus aucune disponibilité.

Saint Vincent: Mount Wynn Bay et Chateaubelair

Saint Vincent est une île magnifique mais les informations de navigateurs sur leurs blogs ou sur Navily font état de « boat boys » (ces jeunes qui viennent vous accueillir quand vous vous approchez de la côte en vous proposant de vous aider à mouiller, de vous servir de guide à terre ou de vous vendre poisson ou fruits), ils sont très agressifs dans de nombreux mouillages. La différence énorme de niveau de vie entre les locaux et les voileux de passage et le comportement de certains équipages qui se croient tout permis peut expliquer sinon excuser leur comportement. Nous nous contenterons donc d’une escale de 2 nuits à Mount Win Bay mouillage bien tranquille et de très bonne réputation et d’un arrêt rapide à Chateaubelair pour faire notre dédouanement de sortie.

Quand nous arrivons à Mount Win Bay nous sommes seuls au mouillage : dans la région c’est vraiment exceptionnel surtout que la plage est la montagne en arrière plan sont superbe et en plus il n’ y a pas de resto ni de bistro pour gâcher la tranquillité (sans doute la raison principale pourquoi l’endroit n’est pas plus fréquenté par les charters. Nous serons rejoints avant la tombée de la nuit par Stephane et Sofiane sur leur Janneau. C’est eux qui nous avaient prévenu du risque de dérapage à Port Elizabeth On les invite à venir prendre un verre à bord le lendemain. Ce sont deux musiciens classiques qui ont décidé de tout quitter pour commencer un tour du monde.

Le premier soir, un cata viendra mouiller tout près de la plage en début de nuit et repartira dès l’aube et le deuxième soir c’est un trimaran. Et c’est tout, c’est dire que le mouillage est vraiment tranquille (ne le répétez à personne que ça reste comme ça le plus longtemps possible).

Jeudi 12/03/2026, tout début de matinée, on lève l’ancre pour Chateaubelair qui n’est qu’à à peine 7 milles. En route on appelle Kemroy, le « boat boy » le mieux côté par la majorité des usagers de Navily pour éviter de difficile négociations à l’arrivée . A notre entrée dans la baie, il nous guide vers la partie côté nord au pied des falaises à une centaine de mètres de la plage.

Pour l’instant nous sommes seuls. Le fond est de bonne tenue mais très sale, couvert de plastiques et autres déchets. D’après la carte le village s’appelle Fitz Hugh. Une fois à terre nous verrons que l’endroit semble très pauvre. Le bureau de douane est tout à l’autre bout de la baie dans la village de Chateaubelair proprement dit. Comme nous ne sommes là que pour le dédouanement de sortie Anne reste sur la plage pour garder le kayak (que depuis Tobago nous préférons utiliser comme annexe) pendant que je vais faire les formalités. Formalités expédiées très rapidement le plus difficile étant de trouver le bureau et une fois le bureau trouvé mettre la main sur le douanier…

Nous sommes de retour à bord pour déjeuner. Vers 17:00, alors que le mouillage s’est déjà bien rempli, après une bonne sieste nous levons l’ancre pour la deuxième fois de la journée. L’idée est de zapper Sainte Lucie et d’aller directement sur la Martinique pour arriver à l’anse de Sainte Anne au levé du jour. Mais avant que la nuit tombe nous profitons des paysages magnifiques le Saint Vincent et particulièrement la vue sur le volcan de la Soufrière et ses coulées de lave descendant jusqu’à la mer. Le volcan est encore très actif, sa dernière éruption date de 2021.

Bequia: Port Elizabeth

Jeudi 5 mars 2026, nous quittons Canouan pour Bequia. Avec la houle de Nord-Ouest prevue en mer Caraïbe (Oui N.O. , vous avez bien lu, même avec l’alizé soufflant du N.E. et la grande houle du même secteur côté Atlantique, d’ailleurs il y a une alerte vague submersion par météo France sur les Antilles françaises) Port Elizabeth devrait être assez bien protégé.

L’alizé est toujours très soutenu (25 nœuds). Vent de travers jusqu’à West Cay on déboule à 8 – 10 nœuds tenant tête à un JPK 45 FC tout neuf pourtant plus long que nous d’un bon mètre.

La baie de Port Elizabeth est bien remplie mais elle est assez grande pour accueillir tout le monde. Nous ancrons une première fois devant Princess Point mais le fond est constitué d’une fine couche de sable sur de la roche plate: une très mauvaise accroche confirmée par notre voisin de derrière qui vient gentiment nous prévenir qu’ils ont dérapé hier soir au même endroit. On se déplace donc vers l’ouest de Princess Margaret Bay.

Port Elizabeth est un lieu hautement touristique mais la ville a su garder un aspect traditionnel très attrayant avec ces petites maisons colorées bordant son front de mer ombragé.

En plus un joli sentier à été aménagé le long de la côte passant devant les restos et les hôtels permettant de s’y rendre facilement depuis Princess Point.

Les habitants sont sympathiques et accueillants du moins ceux qui ne sont pas complètement sous l’emprise du rhum ou du cannabis (en vente libre ici).

Pour les courses il y a le marché, plusieurs boutiques de fruits et légumes et de l’autre côté du port un super marché assez bien achalandé et une bonne boulangerie (si vous aimez le pain de mie).

Belle balade pour aller de l’autre côté de l’île jusqu’à la grande plage de Friendship Bay. La vue est superbe. La houle vient se briser sur les rochers entourant la plage. Nous allons boire un verre avant de remonter et revenir sur Port Elizabeth

Nous passerons 4 bonnes journées sur cette île très agréable dans une ambiance « vacances » avant de repartir pour l’île de Saint Vincent.

Canouan: baie de Charlestown

Pour notre entrée à St Vincent et les Grenadines nous décidons de pousser jusqu’à Canouan plutôt que de la faire à Union, la baie de Clifton étant très mal protégée dans le fort vent d’ouest qui souffle ces jours-ci. Du coup on zappe aussi Mayreau et les Tobago Cays qu’on avait beaucoup aimé lors de notre premier passage en 1994 en partie pour la même raison mais surtout à cause de ce que nous avons lu à propos de la fréquentation intensive des catas de charter.

Sous le vent des îles la mer n’est pas formée et sous trinquette et un ris les 30 milles sont rapidement avalés même si il a fallu tirer quelques bords. Le mouillage de Charlestown est grand mais bien abrité et chose étrange il n’y a que quelques bateaux. Le responsable du port nous propose un corps mort mais nous dit qu’on peut aussi ancrer. Les bouées semblant un peu trop proche de la plage à notre goût nous ancrons.

En début d’après-midi nous descendons à terre pour les formalités d’entrèe. La douane est dans le grand bâtiment administratif tout près du port. Rêve à Deux est dédouané en quelques minutes. Par contre pour l’immigration il faut se rendre à l’aéroport

C’est une excellente occasion pour découvrir un peu cette île moins touristique que ses voisines de l’archipel aussi plutôt que de prendre un taxi nous y allons à pieds.

Sur le bord de la route nous croisons de nombreuses tortues terrestre de toutes les tailles assez surprenantes avec leur tâches oranges sur le dos.

Cette île semble avoir beaucoup moins souffert du cyclone que ses voisines plus au Sud. La végétation semble en meilleur état et on ne voit pas de bâtiment endommagé.

Tyrell Bay: le cimetière de bateaux de Cariacou

Passè Cistern Point et le Mont St Louis c’est un nouveau spectacle de désolation qui s’offre à nous.

D’abord, ce sont quelques épaves de navire de pêche ou de commerce échouées sur les rochers. De loin on distingue de nombreux bateau de plaisance au mouillage, tout semble à peu près normal mais quand on s’approche on se rend compte que beaucoup d’entre eux n’ont plus de mât?.

En discutant avec des navigateurs on comprend ce qui c’est passé. En juillet 2024 quand Béryl à été annoncé, la saison de navigation était déjà finie et de nombreux plaisanciers avaient déjà préparé leurs bateaux pour la saison des cyclones, bien amarrés dans la mangrove du « Careenage » sur la rive nord de Tyrell Bay. Les quelques places encore disponible dans cet abri, réputé comme un excellent trou à cyclone, ont tout de suite été prises par ceux qui naviguait encore. Bref c’était plein à craquer: 100 bateaux, 200 bateaux, les témoignages varient. Et c’est juste là sur cet endroit précis que Béryl a atteint son paroxysme.

Sous l’assaut des éléments déchaînés les bateaux ont été jetés les uns contre les autres certains ont coulés d’autres ont été gravement endommagés, les mâts et les gréments se sont enchevêtrés, beaucoup ont démâté. Quelques mois après la catastrophe, les autorités de Grenade on décidé de nettoyer la mangrove (classée espace naturel protégé). Un navire spécialisé muni d’une grue est venu sur place et les bateaux ont été sortis de là un par un (du moins ceux qui flottaient encore – de nombreuse épaves restent encore à évacuer de la mangrove et des alentours) et amarrés sur les corps morts de la baie. Quelques uns sont en réparation dans l’un des deux chantiers de la baie mais beaucoup des bateaux sauvés n’étaient malheureusement pas convenablement assurés. Certains propriétaires n’ayant pas les moyen d’effectuer les travaux nécessaire, un grand nombre de ces bateaux endommagés risquent de rester là encore un moment…

Les formalités de sortie se passent comme sur des roulettes dans le tout petit bureau dans la cour du resto à côté du chantier et le 4 mars au matin nous quittons cette île dépendant de La Grenade pour le Pays suivant de l’arc Antillais.

Hillsborough: la capitale fantôme de Carriacou ( L’île la plus touchée par le cyclone Beryl )

Hillsborough Bay

Dimanche premier mars 2026, l’alizé soufflait fort quand nous avons quitté Petite Martinique mais passé Gun Point (la pointe nord de Cariacou) nous sommes sous le vent de l’île et à part quelques rafales qui descendent des collines toute la côte est bien protégée du vent et de la houle. Nous mouillons devant la jetée de Hillsborough sur un fond de sable de bonne accroche.

Avant le passage du cyclone Beryl, Hillsborough était la principale ville de l’île avec de nombreux commerces, de belles demeures et deux églises. Nous sommes dimanche. Ceci pourrait peut-être expliquer le calme qui y règne mais en fait il semblerait que non seulement les touristes mais aussi la plupart des habitants aient déserté la ville.


Aujourd’hui Hillsborough est carrément une ville fantôme dont presque tous les bâtiments sont encore en ruines y compris les deux édifices religieux.

Le cyclone a aussi grandement endommagé la végétation. Bien sûr de nombreux arbres ont été arrachés mais même ceux qui sont restés debout on souffert. Nous ne sommes qu’en tout début de la saison sèche, tout devrait encore être bien vert comme c’était le cas à Tobago ou à Grenade. Or en beaucoup d’endroits le paysage semble desséché et jauni.

Nous quittons Hillsborough pour aller faire nos formalités de sorties à Tyrell’s bay juste de l’autre côté de la pointe.

Bonne surprise au passage: il reste encore des cocotiers debout sur Sandy Island!