Reconnaissance côtière autour de Bali

Notre séjour à MedanaBay sera cette fois-ci très bref. Le temps de faire la lessive (8000rp/kg à la marina) et les courses chez un marchand de légumes hindou très bien achalandé à Tanjung (plus rapide, plus propre et pas beaucoup plus cher que le marché traditionnel) et nous sommes repartis toujours cap à l’Ouest. Nous sommes partis avec un petit passager clandestin : une chauve-souris fructivore (fruit bat) c’était cachés dans le foc enroulé, on a eu beaucoup de mal à la convaincre de lâcher la voile et de s’envoler pour la terre.

On nous avait parlé de Lovina comme étant une escale fantastique, nous allons donc voir çà. Il est 6:30 heures le vendredi 13 mai 2022 quand nous quittons le mouillage de Medana pourtant les brises évanescentes ne nous permettrons pas de couvrir les 75 milles du parcours avant la nuit et loin sans faut. Au large de la côte nord de Bali il y a de nombreux dispositifs de concentration de poisson. Certain sont bien éclairés beaucoup mal et certains pas du tout. C’est donc au radar que nous nous frayons un chemin. Fort heureusement la mer et parfaitement plate et ces petits radeaux de bambou nous renvoie des échos étonnamment clairs mais nous savons qu’à la moindre vague ils deviendrons parfaitement invisibles.

Il est minuit quand nous arrivons à Lovina (de son vrai nom Kalibubuk) La large baie aux fonds remontant tout doucement vers la plage ne pose aucun problème pour une arrivée de nuit surtout qu’il n’y a aucun autre bateau d’ancré.

La première chose qui frappe quand on descend à terre c’est les fioritures et autres scultures d’inspiration hindou qui ornent tous les bâtiments fussent-ils temples, commerces restaurants ou maisons d’habitation. Chaque île d’Indonésie est vraiment un pays à part ! La deuxième chose c’est le désespoir des habitants qui ont dû survivre tant bien que mal à ces deux années de COVID,eux dont l’économie est entièrement basée sur le tourisme. Du coup ils sautent littéralement sur le premier étranger qu’ils voient (aujourd’hui c’est nous:() pour lui vendre des bijoux traditionnels, des perles, des fruits, de la boisson, une promenade en bateau pour aller voir les dauphins ou en voiture pour aller voir les cascades ou des temples et il est très difficile de leur faire lâcher prise et de les convaincre que pour l’instant on veut juste se dégourdir les jambes le long du bord de mer. Pour les chutes d’eau et les temples on aura tout le temps d’en faire la tournée avec nos amis Régine et Michel à la fin du mois.

Quelques courses chez Pepito un super marché de type occidental relativement bien achalandé mais sans plus (pour l’Indonésie jusqu’à présent la palme revient toujours au Saga de Sorong) plus pour voir ce qu’ils avaient que par réel besoin. L’après midi nous vidons les jerrycans de gasoil qui nous restent dans le reservoir et allons à terre pour les remplir. Aucun problème pour trouver une voiture et un chauffeur mais les stations du coin ne vendent que du Solar (bio diesel à l’huile de palme, très mauvaise combustion) ou au mieux du DEXlite (jaune foncé et très gras) il faut aller jusqu’à Seririt à 15 km de là pour trouver du DEX (le carburant diesel le plus propre disponible dans le pays, équivalent de notre Euro 4) Nous en ramenons 165 litres il fait déjà bien nuit quand le dernier Jerrycan est rangé au fond du coffre. Ce sera toujours çà de moins à faire avant notre grand départ le mois prochain.

Dimanche matin nous levons l’ancre direction la pointe Ouest de l’île. Le vent est faible mais on a tout le temps alors on s’amuse à chasser les risées . Il est 17:00 quand nous ancrons au milieu de la petite baie de Banyuwedang. C’est une très jolie baie parfaitement protégée de tous les vents, on y rentre par une passe étroite mais sans danger, elle est entourée de mangrove et de collines boisées. La vue depuis le mouillage est époustouflante, à l’Ouest le sommet des volcans de Java flamboient dans le soleil couchant, du sud et à l’Est les sommets découpés des montagnes de Bali sont mis en valeur par les derniers rayons. Dîner au restaurant du Menjangan Dynasty resort, sur la plage. Décors superbe mais repas décevant, prix élevés et portions à peine suffisantes pour une midinette anorexique.

Toute la péninsule et l’îlot de Menjangan à l’ouest de la baie constitue le parc naturel de Bali Ouest et l’accès en est maintenant très réglementé, pas question d’y aller sans ticket d’entrée (après Komodo on a l’habitude) et surtout sans prendre un guide.

On décide de se contenter de profiter de la baie. Ballade à terre jusqu’aux sources chaudes (une piscine aux allures de temple hindou) mais on avait oublié de prendre nos maillots.

Mardi 17 nous décidons de repartir vers Denpansar pour remettre nos passeports à notre agent/sponsor Bisavisa pour la dernière prolongation de nos visas.

Nouvelle étape à Lovina pour la soirée et la nuit. A peine ancrés nous avons 3 propositions pour aller voir les dauphins….

Au matin à huit heure nous mettons les voiles. Le vent nous rejoint avant la pointe pas tout à fait face à la route directe mais il y aura des bords à tirer. Au passage de la pointe Bungkalang le vent monte d’un cran nous contraignant à prendre un ris que l’on enlève très rapidement. Toute la journée nous progressons bien le long de la côte qui est très belle. C’est intéressant de voir de jour tous ces radeaux que nous avions aperçu de nuit à l’aller. En fin d’après midi nous sommes devant Ambat ou nous voyons des dizaines de pirogues traditionnelles partir vers le large avec leur voile triangulaire de couleur puis revenir vers la terre.

Nous sommes en avance sur le routage de ce matin, si on continue comme çà on arrivera de nuit à Serangan ce qui nous parait un peu risqué. Mais la mer très confuse sur la pointe Nord Est de Bali ne permet pas réduire vraiment la vitesse sauf à s’arrêter complètement. Nous en sommes encore à chercher une solution confortable quand le courant s’inverse brutalement. Nous avons maintenant plus de 4 nœuds de courant contre nous ! Le problème n’est plus du tout de ralentir mais d’aller le plus vite possible pour l’étaler. Toute la nuit nous progresserons péniblement mille par mille long de la côte Est de l’île, en compétition avec un remorqueur et sa barge sur des trajectoires pour le moins bizarre.

Au lever du jours nous sommes au nord de l’île de Lembongan, soit une progression de 15 milles en 8 heures, quand finalement le courant s’inverse avec la marée et les derniers milles sont avalés rapidement.

La passe d’entrée de la baie de Serangan est facile et bien balisée. La baie est complètement remplie de «live aboards» dont beaucoup sont manifestement en travaux. Après avoir tourné en rond pendant un moment nous trouvons finalement un corps mort libre que les bateaux voisins nous confiment qu’on peut utiliser. Le village de Serangan très active malgré le peu de touristes est plutôt une bonne surprise avec ses ruelles bordées de temples et le canal séparant la presqu’île de l’îlot voisin réserve de tortues.

Il y a parait-il un hypermarché carrefour à Denpensar nous y rendons en taxi (taxis Blue Bird, on réserve grâce à une application sur le téléphone et on paye ce qui est indiqué au compteur à la fin de la course – plus la peine de marchander avant de monter) pour voir ce qu’on pourrait y trouver pour remplir notre cambuse avant la traversée de l’Océan Indien. Transmart Carrefour est un centre commercial affligeant, c’est immense mais il n’y a pas grand-chose. Il faut chercher un moment pour trouver un logo carrefour quelque part. De prime abord çà ressemble à un Carrefour normal avec son rayon électroménagers, vêtements et son espace gigantesque consacré aux denrées alimentaires sauf qu’il n’y a aucun choix, seules des piles de quelques produits identiques remplissent le gondoles avec pratiquement aucun produit occidentaux, australiens ou même asiatiques : en résumé à peu près la même chose que dans n’importe quel supérette Indomart mais à des prix plus élevés.

Notre mission principale pour la journée est de remettre nos passeports à notre agent (appelé ici sponsor) pour le renouvellement des visas. Il est un peu débordé et ne peut venir les chercher nous convenons donc d’aller les lui remettre au bureau de l’immigration qui est de l’autre côté de la ville. Denpensar ressemble plus à une vrai ville que la plupart des endroits ou nous sommes passés. Maisons et édifices aux styles bien particuliers, avenues bordées d’arbres, marchés et commerces, l’atmosphère semble plutôt agréable.

Avant de rentrer au bateau nous allons nous offrir un excellent homard à l’ail et un mérou grillé dans un restaurant de Serangan (tous deux délicieux, les serveurs étaient très gentils mais ne connaissaient vraiment pas le métier) puis nous flânons dans les ruelles et assistons au coucher de soleil sur la lagune.

Rentré au bateau nous étudions les possibilités qui s’offrent à nous. Le port est manifestement plein et nous ne savons pas combien de temps nous pourrons utiliser cette bouée, ce matin en arrivant sur le ponton un quidam nous en a demandé 150 Krp par jour mais comme il n’a pas insisté, c’était sans doute une arnaque. Autant donc aller dès que possible sur Gili Asahan ou nous voulons laisser Rêve à Deux pendant que nous visiterons Bali et Lombok avec nos amis. Mais nous ne sommes pas à la bourre non plus. Pour éviter les déboires de la nuit dernière et passer des heures à lutter contre le courant nous étudions donc en profondeur les fichiers météo et toutes les cartes de courants. Deux options se dessinent 1) partir demain matin avec le courant descendant, passer par le sud de Nusapenida (côté océan) et retrouver le courant montant pour franchir le détroit de Lombok dans un vent de sud est de 10 à 12 nœuds (travers). Ou 2) partir le jour suivant de très bonne heure (avant la renverse) passer par le nord de Nusapenida pour traverser le détroit sur plus ou moins la même trajectoire que les ferrys. La solution 1 est sur le papier la plus rapide mais on risque de rencontrer une mer plus formée, la solution 2 risque de nous faire arriver très tard voir d’être obligé de remonter sur Gili Air.

Vendredi 20/5, 4:00 du matin nous sommes réveillés par un orage très violent, la foudre frappe à quelques mètres du bateau mais la pluie diluvienne nous permet de remplir nos réservoirs avant de s’arrêter aussi vite qu’elle était venue. Puisque nous sommes debout de bonne heure, autant y aller. Il n’est pas 7 heures quand nous franchissons la passe.

Dehors la mer est plutôt calme et le courant porte au large, le choix est rapide nous prendrons la route sud. Le vent de secteur Est est assez irrégulier. Par endroit il s’oppose au courant générant des vagues très courtes si bien que quand il descend en dessous de 9 nœuds on a du mal à avancer, qu’à cela ne tienne, on appuie légèrement au moteur dans ces moments là. Le courant nous pousse au large mais n’est jamais franchement contraire. A midi nous sommes à la pointe Sud Est de Nusapenida et de ses superbes falaises. Le courant devient carrément favorable et augmentant sa puissance, le vent aussi à mis beaucoup de Sud dans son Est si bien que la mer certes parfois un peu confuse n’est pas trop agitée. Nous traversons le détroit à plus de huit nœuds sur le fond. A 15:30 nous prenons le dernier corps mort libre devant Gili Asahan. Il nous reste une grosse semaine pour préparer notre escapade terrestre, ranger le bateau pour accueillir nos amis et effectuer les quelques vérifications et réparations de routine en vue de la traversée de l’Indien, et nous sommes bien contents d’être ici au calme plutôt qu’au milieu de la vie trépidante de Bali.

Pour les voileux : Bilan météo de ces ballades autour des îles Indonésiennes

Les prévisions de vent du modèle allemand ICON semble de loin les plus fiables pour la région, elles sont disponibles via le module météo de MaxSea Time Zero (ce qui permet de les utiliser pour faire des routages) et sur Windy. Elles sont bien plus réaliste que celles générées par le modèle Européen ECMWF, disponible via Predictwind ou Windy, ou le modèle GFS, disponible via Saildocs, Zygrib, Windy et d’autres sources (seule la direction est à peu près fiable).

Pour les courants le modèle RTOFS (disponible via Saildocs) est fiable pour la direction générale du flux mais sa force est souvent sous-estimée. Copernicus est fiable en force et en direction mais les données existent seulement pour 48 heures (Windy – Time Zero) . Les indications de courants portées sur les cartes sont souvent fantaisistes. La plus grande difficulté dans cette zone est de pouvoir estimer l’influence du courant de marée sur le courant océanique, ce flux qui traverse en permanence l’archipel de/vers l’Indien ou le Pacifique.

Note ces constatations s’appliquent seulement à la partie de l’archipel Indonésien où nous avons navigué et particulièrement les zones côtières. Au large, en zone océaniques, même si des différences importante subsistent la fiabilité des modèle GFS et RTOFS devient très bonne ce qui est rassurant parce qu’étant disponible sur saildocs ils sont facilement téléchargeables par Iridium ou même radio BLU/SSB

Dragons et touristes

Mardi 3 mai 2022, baie de Batu Montjo, île de Koodo, Les collines arides et escarpées parsemées de roches rouges, ocres ou beiges affleurent les pentes abruptes qui entourent la baie lui donne un aspect grandiose et hors du temps, très différent de tous les paysages que nous avons pu voir dans cette Indonésie qui nous semblait jusqu’ici toujours couverte d’une jungle verdoyante impénétrable. On imagine facilement les fameux varans, ces lézards monstrueux, véritables fossiles vivants (contemporains des dinosaures), appelés ici dragons de Komodo, qui ont fait la célébrité de l’île, se cachant dans ce paysage austère pour épier notre arrivée. Nous mouillons l’ancre par 16 mètres dans une eau calme et transparente devant la plage et bien sûr nous sommes seuls !. Nous sommes en tout début d’après-midi, le temps de nous restaurer et nous descendons faire un tour à terre. Pas de traces de varan mais la plage et recouverte de déchets de toute sorte. Une petite séance de snorkeling nous fait découvrir le beau récif ou s’ébattent des poissons de toutes couleurs mais là encore dès qu’on s’approche de la plage, les fond sont recouverts de déchets plastiques. A part les rares voiliers qui viennent parfois mouiller ici, il n’y a pas de touristes dans cette partie du parc naturel, il n’y a pas non plus de ville ni de village à proximité, ces détritus viennent donc de tout le pays, portés ici par les courants marins, c’est une vrai catastrophe, il est plus que temps que les autorités prennent les mesures nécessaires !

Nuit paisible, à terre on entend des grognement bizarre, sans doute des varans en maraude. Au matin nous repartons en logeant la côte nord de l’île. Nous croisons plusieurs bateaux de plongée devant la superbe Gili Lawa Laut, où il est parait-il désormais interdit d’ancrer pour préserver les coraux. Nous avons choisi la baie de Loh Gebah juste de l’autre côté qui est bien abritée et où il devrait il y avoir des corps morts. Il y a effectivement 2 corps morts mais les haussières sont complètement pourries, enfin pour une nuit sans vent, çà devrait faire l’affaire, d’ailleurs, dans la soirée un gros « live aboard » (bateau locaux traditionnels qui font des mini croisières dans l’archipel) faisant au moins 5 fois notre poids viendra s’amarrer à la deuxième bouée que nous avions considérée vraiment trop limite pour Rêve à Deux. L’après-midi on explore un peu la mangrove et la plage qui semble plus propre que la précédente mais le récif en bordure est lui aussi très affecté par les déchets plastique. On aperçoit quelques cochons sauvage (l’un des mets préférés des varans) mais ici non plus pas de trace de dragons, que des bruits suspectes.

Au matin nous avons la visite des rangers. Nous sommes dans le parc et il faut passer à leur bureau pour payer l’entrée (150 000 rp par personne + 100 000 pour le bateau soit environ 25 euros). On leur explique qu’on s’en va pour faire les provisions à Labuhan Bajo, mais rien à faire il faut payer. De peur qu’on s’éclipse en douce avant de payer (ou peut être par pure gentillesse) ils amènent Domi dans leur bateau rapide jusqu’au bureau du parc sur Gili Lawa Darat à un gros mille de là. 20’ plus tard il est de retour à bord.

Les jours fériés de la Eide sont terminés Il est temps d’aller refaire nos provisions, nous mettons le cap sur Labuhan Bajo, l’une des villes principales de Flores et plaque tournante du parc de Komodo. Le port de Labuhan Bajo est situé sur le bras de mer séparant la petite île de Bajo de Flores. La ville a manifestement fait de gros efforts au niveau de l’architecture et de l’aménagement du front de mer autour du port. Le port lui-même abrite des dizaines et des dizaines, peut-être même des centaines de « liveaboard » (voir plus haut), tous construits sur la base de bateaux de travail traditionnels en bois mais dont les superstructures ont été revues pour l’hébergement et le confort des passagers dans un grande variété design allant du cossu le plus classique aux concepts les plus improbables faisant planer un fort doute sur leur comportement à la mer. Malgré la période festive et l’afflux de touristes locaux et asiatiques la grande majorité des bateaux restent encore au mouillage. C’est entre 2 de ces vaisseaux qu’on nous indiquera une bouée libre, le marin nous aidera d’ailleurs très gentiment à passer nos haussières. La ville est entièrement tournée vers le tourisme, centre de plongée, agences de voyage proposant des mini croisières, bars et restaurants, magasins de mode. On trouvera quand même 2 supermarchés à l’assortiment classique. Le marché au poisson dont la halle est pourtant pratiquement neuve est d’une saleté repoussante par contre le marché au fruits et légume de Wae Kesambi (15-20’du port en taxi) est très appétissant et super bien achalandé.

Après une nuit sur ce mouillage, les « live aboards » qui rentrent commencent à nous faire sentir qu’ils aimerait bien utiliser le corps mort que nous avons emprunté, aussi, sitôt nos courses terminées nous repartons pour l’île de Rinca qui fait aussi partie du Parc Naturel de Komodo. Il paraîtrait qu’il y a là bas plus de dragons que sur Komodo proprement dite et qu’ils seraient beaucoup plus facile observer. Nous arrivons à l’anse de Loh Buya, nous attendant à la trouver bondée mais surprise à part 2 ou 3 pirogues de pêcheurs amarrées au ponton, nous sommes seuls. Il est 17 heures, le parc fermant vers 16:00 tout le monde à déjà du repartir pensons-nous. L’endroit est très beau et parfaitement protégé on verra bien demain quand ils ouvriront.

Mais juste avant que la nuit ne tombe tout à fait 4 rangers sur leur bateau viennent nous voir. Leur moteur fait des siennes et ils ont toutes les peines du monde pour nous accoster. Quand finalement ils y arrivent ils nous disent que le parc est fermé et qu’il faut qu’on parte tout de suite. On leur dit qu’il fait déjà presque nuit et qu’on ne pourra pas trouver un autre mouillage dans l’obscurité. Après quelques tergiversations ils acceptent que l’on reste en nous faisant promettre de repartir au plus tard à 8:00 demain matin, de ne prendre aucune photo de l’endroit et de ne dire à personne que nous avons passé la nuit ici, le projet de construction en cours doit rester secret. De quoi s’agit-il ? D’une base militaire stratégique ? d’une centrale nucléaire ? Renseignement pris, ils sont en fait en train de construire un parc d’attraction sur le thème de Jurrassic Parc en utilisant le renom des dragons de Komodo et une bonne partie de leur territoire. Vous avez dit parc naturel et protection des espèces en voie d’extinction???…

direction de la baie de Loh Liang sur Komodo ou se trouve l’entrèe pricipale du parc. Il n’y a pas un souffle d’air et la mer entre les îlots brille comme un miroir ce qui rend les turbulences provoquées par le fort courant encore plus impressionnant heureusement il est dans le bon sens. Finalement un peu de vent se lève au milieu de ce court passage et c’est à la voile que nous entrons dans cette grande baie.

Une très longue jetée a été aménagée pour accommoder les nombreux bateaux de touristes. Pour l’instant il y en a déjà une quinzaine mais on en voit qui arrive toutes les 5’. Nous jetons l’ancre pas loin du quai et nous rendons à terre aussitôt. Il y a déjà beaucoup de monde. La porte à peine franchie on nous attribue un guide mais avant de commencer la visite il faut payer notre entrée : 150 000rp et 100 000rp de taxe gouvernementale par personne, 100 000rp pour le bateau et 120 000 pour le guide (soit 720 Krp environ 45 EUR) pour ce prix le fonctionnaire nous confirme qu’on pourra passer la nuit à l’ancre. Le parc propose en principe 4 sentiers pour les visites. Un court d’environ 30’ , un moyen d’à peu près une heure, un long de 3 heures et la piste dite « aventure » pour la journée ou plus si on campe. Mais toute de suite le guide refroidit notre ardeur la piste longue et la piste aventure sont fermées pas ordre du gouvernement. Le circuit court est encombré par tous les touristes des tours opérators qui veulent boucler la visites en un minimum de temps. Allons donc pour la piste moyenne mais il nous faudra vraiment traîner les pieds pour la faire durer toute une heure, à la fin notre guide commençait d’ailleurs à s’impatienter en pensant au nombre de tours qu’on lui faisait manquer (ils sont payés 60 000rp par visite et par groupe de maximum 5 personnes quelque soit l’itinéraire choisi, tant qu’il y a des touristes qui arrivent sur l’île, ils n’ont donc aucun intérêt à trainer en route…) .

Bon assez craché dans la soupe, on verra tout de même 5 dragons dont un gros entourés de 50 touristes, mais le clou de la visite est sans doute cet oiseau jaune (Kapodang) et cette araignée très spéciale. Près de la plage on verra aussi de nombreux cervidés que l’on soupçonne être attirés là volontairement par du fourrage ou de la nourriture pour « fixer » quelques dragons sur place et satisfaire ainsi les touristes.

Nuit à l’ancre de l’autre côté de la baie devant une plage tranquille (après 16:00 tous les touristes sont repartis) ou s’ébattent des cochons sauvages. On entendra aussi les même grognements qu’à Batu Montjo et notre guide nous a confirmer hier qu’ils sont bien des cris de varans…

Lundi 9 mai, le but de la journée est de faire le tour de Komodo par le Sud et l’Ouest pour aller passer la nuit à l’ancre dans l’immense caldera de l’île de Banta. Pas de soucis pour arriver à Pulau Lankoi à l’extrême sud-Ouest de Komodo mais là, nous rencontrons un courant contraire allant jusqu’à 5 nœuds que les 7 nœuds de vent ne suffisent pas à étaler et nous devons appuyer au moteur. Heureusement après quelques milles le courant diminue et nous pouvons progresser normalement non sans essuyer un bel orage au passage.

Le soleil se couche quand nous arrivons à Banta et le vent de Nord Est de 8 à 10 nœuds qui souffle depuis quelques heures a levé une petite houle qui rentre directement dans cette grande baie très ouverte. Les falaises tombent à pic dans la mer et il n’y dans la baie que 2 ou 3 terrasses de sable tout près du rivage ou la profondeur n’est pas trop grande pour mouiller. Pas les conditions idéales, donc, pour une nuit tranquille. Nous décidons de profiter de cette petite brise pour continuer notre route.

La nuit se déroule en une alternance de voile et de moteur dans un vent plutôt faible et très variable en direction puis tombe complètement. Il y a beaucoup de dispositifs de pêche mais ils sont tous bien éclairés. Au matin nous sommes par le travers le la pointe Juli. Nous décidons de faire une pose dans la baie de Kilo qui semble assez bien abritée en attendant que le vent se lève. Kilo est un très bon mouillage par vent de Nord Est à Sud mais la plage est très sale et l’endroit n’est pas joli heureusement les gamins qui viennent nous voir sont adorables. Cette escale nous confirme ce que nous avions identifié à l’aller: la côte nord de Sumbawa est assez belle vue du large mais dispose de peu de mouillages sûrs et encore moins qui présentent un intérêt touristique.

Vers 17 heures le vent se lève et nous repartons. Timide d’abord, il se renforce rapidement jusqu’à 25 nœuds au large de la point Katupa nous contraignant à réduire la voilure. Mais en un peu plus d’une heure les conditions redeviennent plus clémentes et c’est vent de travers dans une gentille petite brise que nous arrivons à l’île de Medang à l’heure du petit déjeuner. Nous ancrons dans la baie au nord-Ouest de l’île. L’eau est bleue limpide parfaitement transparente, à 15 m nous voyons parfaitement l’ancre sur le fond.

A peine ancré nous avons la visite d’Adnan. Lui et sa mère nous ont vu arriver depuis le village (plus à l’est) quand nous longions l’île. Il a tout de suite mis sa pirogue à l’eau et déplié sa voile pour nous rejoindre. Il nous apporte 2 superbes noix de coco en guise de bienvenue. Il ne veut pas qu’on les lui paye, c’est cadeau ou plutôt il aimerait bien qu’on lui donne des choses dont ils ont besoins sur l’île. Finalement il repart avec du riz, un tuba pour la chasse sous-marine des lunettes de soleil pour sa sœur et des lunettes de lecture pour sa mère qui aime bien lire.

Enfin d’après-midi, encore une fois pour profiter des vent favorables de la soirée, nous levons l’ancre destination cette fois-ci Lombok et un endroit que nous connaissons bien : Medana Bay pour une courte escale ravitaillement et lessive.

Autour de Lombok

Lundi 25 avril 2022, après plus d’un mois de travaux à terre, l’envie de naviguer nous démange. L’idée générale est d’aller jusqu’à Komodo mais avant nous voulons voir la côte Sud de Lombok. On commence doucement, les dernières courses effectuées et les passeports avec nos nouveaux visa prolongés récupérés, il est déjà 16:00 : juste le temps d’aller jusqu’à Gili Air pour passer la nuit. Le lendemain matin sans aller à terre (Domi n’est pas emballé par l’aspect station balnéaire de Gili Air) nous profitons du vent favorable pour aller vers le sud de Lombok. Le spi est hissé rapidement et c’est à plus de 8 noeuds que nous voyons la côte défiler. Première escale avant de sortir du détroit, Gili Asahan moins connue que sa voisine Gili Gede mais tout aussi belle. Le mouillage est bien protégé et les corps-morts pour l’équivalent de 3 Euros la nuit, pas de quoi s’en priver. Pas loin, on aperçoit Nomad mais José et Nathalie ne sont pas à bord. A peine sur la plage, nous tombons sur Marcel, un Quebequois qui vient de convoyer un bateau depuis la Thaïlande et qui a comme nous passé pas mal de temps à Abu Dhabi. Nous passons la soirée avec lui au resto du resort en échangeant nos souvenirs du désert.

Je confirme les touristes sont bien des vaches à lait

Le lendemain nous avons à peine le temps de passer saluer José et Nathalie immobilisés là par une panne moteur, avant de partir tant l’appel du large se fait pressant.

Il y a peu de vent mais le courant aidant la sortie du détroit de Lombok se fait tranquillement. Nous entrons enfin dans l’Océan Indien, notre troisième de cette circumnavigation. Il nous accueille à bras ouverts avec sa grande houle très longue. La côte sud est faite d’une alternance de haute falaises déchiquetées et de grandes plages de sable blanc ou la houle vient se briser en superbe rouleaux même par temps calme comme aujourd’hui, un paradis pour le surfeurs.

Nous tirons nos premiers bords dans cet océan que nous espérons traverser bientôt…

La première grande baie de cette côte, Teluk Sepi, est un mouillage parfait. Bien protégée de tous les vents, une dizaine de mètres de fond de sable, c’est là que nous passerons cette nuit. L’entrée est un peu délicate car il faut slalomer entre les très nombreux radeaux utilisés apparemment pour la culture des algues heureusement il fait encore bien jour quand nous arrivons.

Jeudi matin nous repartons vers l’est toujours en tirant des bords dans un vent modéré sur cette grande houle. Objectif d’aujourd’hui, Teluk Gumbang. Très large entrèe mais ici aussi encombrée de radeaux. En plein milieu de la baie il y a un magnifique rouleau ou jusqu’à la tombée de la nuit de nombreux surfeurs s’amusent. Mais de chaque côté de cette vague le plan d’eau est parfaitement calme. Nous choisissons la branche Est avec l’intention d’aller faire une promenade dans le parc naturel qui occupe la péninsule demain matin. Mais la baie à du s’ensabler depuis que la carte du Cruising Guide Indonesia a été éditée nous contraignant à mouiller très loin du fond de la baie. Trop loin par le vent qui souffle ce vendredi matin.

Nous repartons donc sans être descendus à terre. Il y a plus de vent que les jours précédents et en début d’après-midi nous devons même prendre le premier ris en commençant la remontée du détroit entre Lombok et Sumbawa. La côte Est de Lombok est plutôt basse et plate alors que de l’autre côté se découpe de hautes montagnes. Les mouillages suggérés dans le guide sur la côte Ouest de Sumbawa ne nous emballent pas. Soit ils ne sont pas protégés de la houle du large soit ils sont occupés par le terminal d’une compagnie minière mais rien n’est proposé sur la côte de Lombok. En cherchant un peu sur les images satellites, on finit par dénicher une baie qui semble bien abritée côté Lombok dans l’espace entre la péninsule de Tanjung Cumi et les îlots jusqu’à Pulau Maringki (Gili Maringkik). Le village qui occupe toute la petite île semble tout droit sorti d’un conte des milles et une nuits ou des histoires de Simbab le Marin avec sa mosquée au dôme doré qui le surplombe. Mais il y a des dizaines de bateaux de pêche mouillés là et là où il n’y en a plus il y a trop de fond pour ancrer par contre côté péninsule, dans l’une des petites rias découpées entre les ondulations des champs de maïs on trouve rapidement notre bonheur entre deux constructions de pêche au carrelet (le filet pas le poisson) qui sont ici fort heureusement des constructions en bambou plantés dans le fond et non des bateaux ancrés comme c’est souvent le cas dans ce pays… En plus pour un fond de baie l’eau est plutôt claire nous y passerons l’une de nos nuits les plus paisible (pas de haut parleur de mosquée ici).

Samedi 30 avril, le plan pour la journée est de remonter tous le détroit (Selat Alas) et trouver un mouillage côté Sumbawa quelque part du côté de Poto Tano. La matinée est cool, le vent est faible mais suffisant pour contrer le faible courant et son orientation Nord-Ouest nous permet de bien progresser sur la route en restant sur un seul bord. Les choses se corsent un peu en arrivant dans la partie la plus étroite du détroit devant Pulau Belang, le vent se renforce certes un peu mais le courant aussi (jusqu’à 4 nœuds) et les deux sont maintenant pile dans l’axe. Nous multiplions les virements de bord pour profiter de chaque refusante et gagner sur la route mètre par mètre. On aurait bien aimer pouvoir faire quelques courses avant le long weekend de la Eide marquant la fin du Ramadan (Idul Fitri en Indonésien) ou tout sera fermé. Mais le plan d’eau autour du village de Poto Tano n’est rien d’autre que le terminal des ferry dont les rotations incessantes rendent le mouillage très désagréable, tant pis, on survivra bien jusqu’à jeudi avec ce qu’il nous reste! Il fait presque nuit quand nous ancrons sur une petite étendue de sable à 18 mètres de profondeur entre les îlots de Pulau Mano et Pulau Talong, il y a du courant et on est un peu exposé: pas forcément le mouillage idéal s’il y a du vent mais rien de tel n’est prévu pour la nuit.

Dimanche nous partons de bon heure pour être sûr d’arriver avant la nuit à Pulau Moyo à 45 milles dans un vent faible et un courant contraire. Le vent s’établit fort heureusement dans l’après-midi et nous permet d’arriver à temps pour choisir le bon endroit pour mouiller notre ancre. L’île de Moyo est magnifique (c’est une réserve naturelle) mais sa côte est bordée de coraux tombant à pic sur des fonds de plus de 100m il faut trouver le petit coin de sable pas trop profond et pas trop près de la côte ni des récifs pour pouvoir éviter (tourner avec le vent). Le lendemain matin un vent de sud d’une quinzaine de nœuds s’est levé parallèle à la plage, il faut y aller.

Toute la matinée le vent de travers nous propulse rapidement et dans la bonne direction. On passe entre la terre (Sumbawa) et le volcan Satonga dont le cratère est rempli par un lac d’eau turquoise. On aurait bien aimer s’y arrêter mais le mouillage n’est pas du tout protégé et les mouillages indiqués dans le guide sur la côte face à l’île sont aussi ouverts à la houle, ont une trop grande profondeur trop près du bord et sont devant des plages de villages constellées de déchets de toute sorte.

Qu’à cela ne tienne : on continue, rien de tel qu’une petite nav de nuit pour se remettre en jambes. Bon ! Sauf qu’entre temps le vent à encore tourné et qu’on se retrouve à tirer des bords. Toute la nuit le vent n’arrêtera pas de changer, et on alternera les virements de bord, prises de ris et renvoi de toile, pendant un moment on devra même remplacer le foc par la trinquette dans un grain d’orage.(Le bateau est bien rincé c’est toujours ça de pris) Le matin tout est rentré dans l’ordre, le jour se lève sur le double cône du Bantoh et une gentille brise de sud nous propulse à 7 nœuds sur une mer plate vers les falaises de Banta et les sommets pelés de Komodo…Quelle récompense!

retour sur l’eau

Le temps passe et les travaux avancent. Le Ramadan est là, les nuits sont rythmées des prières diffusées toute la nuit par les haut parleurs de la mosquée toute proche, c’est un peu difficile de s’endormir les premières nuits mais on s’y habitue vite. Nos voisins de chantier un par un finissent leurs dernières couches de peinture et remettent à l’eau pour repartir vers de nouvelles aventures. D’abord Nomad et Soul Sacrifice, l’un pour Bali puis la Réunion l’autre pour l’Australie via les Flores mais tous deux devront encore rester dans le coin un bon moment pour résoudre nombres de soucis techniques. Ensuite c’est au tour de Philippe d’être remis à l’eau, cap sur la Malaisie mais avec une escale à Kalimatan (Bornéo) pour aller voir les Orang Outan,

ensuite c’est Pablo et son Mandragore, ils sont pressés d’être en mer, on se donne rendez vous en Tanzanie au mois d’août, lui passera par la Malaisie, les Maldives et le Seychelles, nous par la Réunion.

De notre côté le CopperCoat est fini, Rêve à Deux a été légèrement déplacé pour nous permettre de peindre aussi sous les pattes de calage.

Le Sail drive est de nouveau comme neuf. Tous les points de notre longue « to do list » ont été dûment cochés. On est donc près à remettre à l’eau sauf que nos rotules de safran ne sont toujours pas là. Elles sont bien partie de France mais le « tracking » de FEDEX est très aléatoire: nous n’avons vu que le colis était à Jakarta que 48 heures après son arrivée, personne ne nous a écris ou téléphoné pour nous informer et nous demander de payer la taxe d’importation. Il a fallu que Soraya téléphone pour moi en Indonésien pour que finalement je puisse recevoir la facture et effectuer le virement. Sauf que nous étions déjà vendredi de Pâques et le système Européen de virement instantané était fermé pour tout le long weekend. Même Wise n’y pouvait rien. Finalement Mardi, l’argent est arrivé sur le compte de FEDEX et ont-ils pu me livrer? Non! Ils ont fait une appel d’offre pour trouver un transporteur qui veuille bien l’acheminer à Lombok… on parle de 2 bagues en plastique pesant 500g et valant 75 Euros dans une enveloppe: on nage en plein délire. Finalement, le traking de JNE l’entreprise locale qui avait reporté cet énorme marché était heureusement beaucoup plus précis que celui de DHL est on a pu aller le chercher en vélo (merci Phllippe) à leur bureau de Tanjung dés qu’il est arrivé Jeudi matin… Ouf! Peter n’étant pas disponible la semaine prochaine, le risque était de devoir reporter la mise à l’eau jusqu’après la Eide.

jour de Pâques les poules sont de sorties

Aussitôt, staff de la marina est mobilisé pour creuser une fosse sous le bateau pour remettre le safran en place et nous prêter main forte dans cette délicate opération. A peine une heure après le moment ou j’ai récupéré le colis chez le transporteur le safran de Rêve à Deux est en place. Un grand merci à Arno et toute l’équipe! Je passe le reste de la journée à remonter les pilotes et à graisser les liaisons et à vérifier le fonctionnement complet du système de barre. Peter nous confirme la mise à l’eau (le splash comme l’appelle familièrement les anglosaxons) pour Dimanche midi. On en profite donc pour effectuer quelques travaux intérieurs en souffrance tels que le raccordement des anciens panneaux solaires (voir cet article) et surtout le grand nettoyage, rangement et réaménagement de l’intérieur pour repasser du mode travaux au mode navigation et du mode double au mode croisière en équipage afin de pouvoir accueillir dignement nos amis Régine, Michel, Kevin et sa compagne qui viennent passer 2 semaines avec nous fin mai.

et maintenant c’est Adam et Emilie

Finalement le grand jour arrive, nous sommes près mais grand tirant d’eau oblige, nous passerons en numéro deux pour avoir une marée suffisamment haute. C’est nos surfeurs californiens qui passeront en premier et c’est un peu la panique car ils ne sont pas tout à fait près, il faut dire que la somme de travaux qu’ils ont effectués en quelques jours est vraiment impressionnante. Il seront pourtant sur la remorque à temps mais coup de théâtre de dernière minute, juste au moment de toucher l’eau le moteur ne démarre pas et c’est à la main qu’il faut les tirer jusqu’au ponton. Ils sont très déçus, ils avait prévu de faire la fête avec des amis à Gili Air ce soir mais surtout ils sont impatients d’aller retrouver leurs enfants.

Reve à Deux attend son tour patiemment

Notre tour vient et à midi, dimanche 24 avril soit 1 mois et 3 jours après notre sortie de l’eau nous flottons à nouveau. Mais se n’est que mardi après-midi que nous partirons enfin. Il nous faut en effet attendre nos passeports toujours aux mains de l’immigration et passer au marché acheter fruits et légumes. Tout s’enchaine parfaitement et à 15:00 nous quittons Medana Bay.

Nous voilà parti pour une nouvelle aventure

dernières petites courses avant de partir et retour à cheval

Travaux sous Rêve à Deux

On vous le disait dans le dernier article: fini les vacances!

Vous avez peut être l’impression que chaque fois qu’on s’arrête de naviguer quelques semaines c’est pour faire des travaux. C’est tout à fait vrai! Pour des navigations sereines et des traversées sans soucis, un bateau de grand voyage doit être entretenu de façon régulière et approfondie chaque fois que c’est possible et de préférence avant que des problèmes ne surviennent . A titre de comparaison, nous avons parcourus plus de 15 000 milles lors des 12 derniers mois ce qui représente entre 10 et 15 ans d’une navigation estivale semi intensive: il est facile de comprendre les besoins d’entretien et de renouvellement que cela entraine. En Nouvelle Zélande nous avions mis l’accent sur le gréement, les voiles et le pont. Plus récemment à Sorong c’est le moteur et les panneaux solaires qui nous avaient occupés. Cette fois-ci, comme nous nous préparons à la traversée de l’Indien et la remontée sur l’Europe, il est temps de se pencher sur ce qui se passe sous la ligne de flottaison. Après 4 ans de navigation sans chantier important la liste des travaux est longue:

  • Le CopperCoat: antifouling (protection sous marine contre les algues et coquillages) semi permanent nous a donné entière satisfaction, depuis 4 ans. Nous naviguons toujours avec une coque parfaitement propre et de plus en plus lisse. Mais aux endroits les plus souvent nettoyés il commence à s’user, en remettre quelques couches nous assurerait une protection encore plus durable.
  • Le joint de quille avait été fait au mastic souple genre sikaflex est abimé par endroits on va le refaire mais cette fois ci à l’époxy
  • Les rotules/paliers de safran: après 5 ans et plus de 40 000 navigués, ils ont pris du jeux, rendant la barre moins agréable et moins précise, sollicitant davantage le pilote et grinçant dans les mouillages un peu rouleurs. Il est temps de les changer
  • Le saildrive: les anodes sont à changer, la peinture à refaire, les joints spie de l’arbre à remplacer et les roulements à caler.

Et bien sûr tous ces travaux sont à faire sous le bateau! Il nous faut donc être sur la terre ferme

Medana Bay est la seule marina d’Indonésie à pouvoir sortir un bateau avec une quille profonde à bulbe comme le notre . Il sont équipés d’une remorque élévatrice hydraulique (slipway trailer) permettant de sortir n’importe quel type de bateau à partir d’un plan incliné. C’est l’endroit idéal pour ce type de travaux.

La Marina est aussi un hôtel, le parking à bateau est une grande pelouse entouré de cocotier et à la fin de la journée de travail on peut aller nager à la plage avant de se doucher et d’aller manger au restaurant de l’hôtel. Un cadre beaucoup plus agréable et relaxant que tous les chantiers ou nous avons pu passer en Europe ou dans le pacifique.

Et ce n’est pas seulement le cadre: çà tient surtout à Peter ancien ingénieur des mines et propriétaire du chantier qu’il dirige avec compétence et dévouement, Soraya, sa fille qui gère le resort et à qui on peut tout demander (même une livraison de CopperCoat …) et tout le staff de l’hôtel et du chantier, de la cuisinière au conducteur du tracteur qui sont d’une compétence et d’une gentillesse exceptionnelle.

Et puis c’est un lieu de rencontres fantastiques. Depuis notre départ de Sorong en janvier, les seuls contacts que nous avons pu avoir étaient avec des Indonésiens ce qui s’est avéré très enrichissant mais les discussions entre navigateurs nous manquaient un peu. En plus les quelques plaisanciers présent à Medana Bay ont tous vécu des aventures maritimes passionnantes.

A commencer par notre ami Pablo le navigateur argentin et son OVNI39 Manragore qui est venu dans le pacifique par le passage du Nord-Ouest (en deux tentatives: lors de la première il perdra son bateau broyé par les glaces). Phillipe, l’ornithologue Allemand sur son Parotia un bateau hollandais en acier à toute épreuve. José et Nathalie sur Nomad, partis de La Réunion depuis 10 ans, ils ont fait du convoyage pendant plusieurs années entre la Malaisie et la Thaïlande et quand ils sont repartis c’était pour se retrouver bloqués ici 2 ans par le COVID et ils en ont profité pour remettre leur bateau en état. Ivy, Martin et Mederik venu pour convoyer Soul Sacrifice, le catamaran d’un ami, immobilisé dans le chantier depuis 2 ans, jusqu’en Australie et qui a du être remis en état de fond en comble avant de pouvoir renaviguer. Adam et Emily, les surfeurs californiens venus il y a deux ans à Bali après un tour complet de l’Amérique du Sud en camping car avec leur enfants, sur un coup de tête ils ont acheté un bateau et apprennent à naviguer entre les îles , Ils passent au chantier pour une remise en état express de Wedimynd. Adam et Deborah deux retraités de Norwich (Est de l’Angleterre), qui avait laissé leur bateau à Medana Bay début 2020 pour rentrer en Angleterre, un voyage à l’origine prévu pour quelques semaines et qui c’est transformé en plus de 2 ans en raison de la Covid les contraignant maintenant à une remise en état complète après cette immobilisation prolongée. Plusieurs autres bateaux dont les propriétaires sont revenu récemment sont d’ailleurs dans le même cas voire bien pire.

A ce sujet, en écoutant les histoires horribles de tout ceux qui ont dû abandonner leur bateaux plusieurs mois dans cette marina de rêve ou ailleurs pendant cette crise sanitaire, nous sommes vraiment content de n’avoir pas eu la possibilité de le faire: entre les cafards, les fourmis les termites, les souris ou les rats, grignotant tout à bord les guêpes, abeilles et autres mouches maçonnes obturant les canalisations et échappement moteurs, la moisissure salissant tout en causant souvent des dommages irrémédiables aux voiles aux vêtements et aux aménagements quand ce n’est pas les moteurs hors d’état faute d’avoir tournés régulièrement et les voiles brûlées par le soleil, les retours à bord sont très douloureux.

Lors de l’une de ces discussions autour du repas du soir nous apprenons que l’hôpital local de Tanjung dispose de vaccins Pfizer alors que partout où nous sommes passés ils n’utilisaient que les Sinovac ou Sinopharm non reconnu en Europe et dans beaucoup de pays. Dés le lendemain on passe donc à l’hôpital et en 10 minutes montre en main nous ressortons vaccinés et nos carnets de vaccination dûment tamponnés. Au moins on sera en règle pour la suite de notre voyage.

On fait aussi une journée courses à Mataram la capitale de l’île de Lombok, essentiellement pour acheter des fournitures pour les travaux mais aussi de l’alimentation et accessoirement une courte visite aux artisans qui travaillent le bambou. La route entre Tanjung et Mataram traverse une zone de forêt montagneuse et passe un col d’où on a un superbe point de vue sur la vallée et la côte. L’endroit est peuplé de très nombreux singes en quête de fruits ou de friandises jetés par les passants.

Et les travaux me direz-vous? çà se passe bien merci! Les petites réparations de la quille au mastic et à l’enduit se font sans problème après un bon décapage. Comme la coque est déjà recouverte de CopperCoat et qu’elle est très propre et en bon état on a juste besoin d’un léger ponçage suivit d’un bon lavage pour appliquer les nouvelles couches. Bien sûr c’est un peu compliqué de faire de la résine époxy (la base du Coppercoat) quand il pleut tous les jours, fait 35°C et 99% d’humidité relative.

Mais à l’aide d’une voile de rechange et de bâches plastiques achetées chez le quincailler du coin on arrive à se protéger tant bien que mal. Comme il faut appliquer les quatre couches « dans la foulée » et que vu la température la résine prend très très vite on divise la coque en 5 zones de surface à peu près égale que l’on fera à raison d’une par jour avec un intervalle de 2 jours pour laisser la résine polymériser complètement et pouvoir déplacer les bâches. Domi applique le produit au rouleau laqueur et je prépare les mélanges résine + durcisseur + poudre de cuivre à la balance de précision, 100g de résine à la fois pour ne pas en gaspiller si elle prend trop vite. L’embase du sail drive et l’hélice seront traitées de la même manière après un bon décapage et 3 couches de primaire époxy anti corrosion.

Pendant ce temps les rotules de safran on été commandées chez le fournisseur en France. Il doit les fabriquer spécialement avant de les expédier mais bon, il ne faut que quelques minutes pour les remettre en place, du moment qu’elles arrivent avant qu’on ait fini tout le reste, pas de soucis. On avait aussi commandé un nouvel IridiumGo en Angleterre pour remplacer le précédent détruit par le gonflement de sa batterie, il est arrivé en moins de 10 jours et on a payé la taxe d’importation directement au chauffeur d’ojek venu le livrer espérons que çà se passe aussi bien pour les rotules!

à suivre….

Polewali 4: adieux les amis nous partons pour Lombok

Note à nos chers lecteurs: ayant commencé notre grand carénage très peu de temps après notre arrivée à Lombok, nous avons pris un peu de retard dans nos publications! Nous vous prions de nous en excuser. Les faits racontés dans cet article se passent entre le 13 et le 17 mars 2022.

Nous avions promis à Syahida et Rival de ne pas repartir sans les faire venir à bord de Rêve à Deux. Après quelques échanges via Whatsapp (en Indonésie personne n’utilise le réseau téléphonique autrement qu’en mode data) nous nous sommes mis d’accord pour Dimanche après midi 16:00. A l’heure dite, Domi va les chercher à terre.

Syahida nous apporte une superbe couverture locale en cadeau. Ils sont tout excités de monter à bord. Dire qu’ils sont ravis et émerveillés est probablement très en-dessous de la vérité . Rival ponctue ses découvertes de « oh my God! » et Saheida ouvre tous les coffres pour découvrir les trésors caché de Rêve à Deux. Il faut dire que pas mal de choses l’intérieur d’un bateau équipé pour faire le tour du monde en passant par des contrées plutôt froides ont de quoi surprendre des habitants d’une région équatoriale. Bien sûr la visite ne peut se conclure que par une grande séance photo sur le pont. Ils se voient déjà voguant sur les océans.