Quarantaine à rallonge et liberté surveillée

Vendredi n’était pas le bon jour pour arriver. Les prélèvement du test PRC ont bien été effectués le matin même mais les résultats n’avait aucune chance de revenir du labo avant que tout le staff, ici à Denarau, soit en week-end. La patrouille de la marine qui passe voir comment nous allons 2 fois par jour nous recommande de profiter du beau temps et de nous relaxer, lundi on sera libérés. On profite de ce temps mort dans ce mouillage paisible pour un grand nettoyage. Frigo, cuisine carré, salle de bain, planchers, coffres, cockpit, filières et chandeliers, coque au-dessus et en-dessous de la flottaison tout est briqué, astiqué, désinfecté, dérouillé. Rien n’était d’ailleurs bien sale (la carène était encore parfaitement nickel – pas étonnant que çà glissait si bien) mais maintenant c’est carrément immaculé. Ces activités sont complétées par un peu de matelotage (ajustement des bastaques et anneaux bosse de ris) pour Domi, de couture pour Anne (robe et chemisier en tissus imprimé acheté à Papeete) et pas mal de lecture, de baignade et de repos pour tout le monde.

Lundi matin nous sommes fin près à attaquer la dernière partie des formalités : celle qui doit se dérouler à terre. Le zodiac rouge de la patrouille de la marine sort du chenal et viens vers notre zone de quarantaine mais au lieu d’échanger quelques mots gentils avec nous comme ils le font d’habitude, ils nous évitent et passent sans même un regards pour aller voir les autres bateaux: bizarre bizarre… Ils feront ce manège 2 fois dans la matinée toujours en nous ignorant. Finalement, dans l’après-midi nous recevons un mail de notre agent nous indiquant que le résultat des tests n’est toujours pas arrivé, ce que nous confirme aussi la marine qui daigne enfin nous parler lors de leur tournée de fin d’après midi : demain 10 heures nous disent-ils. On grogne un peu contre les cafouillages administratifs mais vu comment çà se passe en Polynésie dite Française, on a pas trop de leçons à donner.

Mardi 20 juillet 2021 10:00 le zodiac de la marine arrive avec à son bord le représentant du ministère de la santé qui doit nous libérer. Toutefois, avant de le laisser monter à bord, je lui fait préciser ce qu’on aura le droit de faire et quelles seront les limitations. J’avais entendu ou lu que si nous débarquions sur Viti levu et particulièrement la région de Nadi ou se trouve Denarau, on ne pourrait aller ailleurs sans une nouvelle quarantaine de 14 jours. Pas du tout nous dit-il, une fois la fameuse clearance et le cruising permit (littéralement permis ou de naviguer) établis nous pourrons aller partout dans l’archipel et débarquer sans aucune autre quarantaine ou restriction d’aucune sorte (en fait on apprendra plus tard que partout signifie dans toutes les îles à l’exception de Viti Levu, l’île principale qui nous est strictement interdite dans sa totalité). Quelques coups de tampon plus tard il nous donne la clearance médicale (libre pratique) on peut aller à la marina continuer les formalités.

La marina est au fond d’un petit bras de mer séparant l’île de Denarau de la mangrove. Leca, notre agent est au bout du ponton et nous prend les amarres. Il va aussitôt chercher les représentants des autorités. Ils sont 3 (douane, immigration et bio sécurité) chacun y va de son formulaire (heureusement déjà pré-remplis et transmis à notre agent avant le départ de Tahiti) et de ses coups de tampon, nous, nous n’avons qu’à signer par-ci par-là. Quand même, le représentant de la bio-sécurité ne veut pas être venu à bord pour rien. Avez vous de la viande à bord nous demande-t-il ? Seulement en conserve , faites voir; il inspecte notre stock de conserve et confisque les denrées interdites : 2 citrons, une gousse d’ail, 3 boites de pâté Hénaff pur porc (les vrais bretons comprendrons mon désarroi) et trois boites de saucisses de poulet d’une marque néerlandaise inconnue garanties halal mais complètement insipide (on avait trouvé que çà avant de partir de Tahiti) bon débarras, ai-je cru sur le moment, mais le tour des 2 supermarchés du coin, dans l’après-midi, nous a vite amenés à les regretter ces pauvres saucisses! Tout le reste : conserves, graines, kéfir, mère de kombucha, mayonnaise, beurre, reste de fromage, oignons, plants de menthe et de basilic bien en évidence sous le nez du contrôleur, a été accepté. En à peine un quart d’heure les formalités sont terminées et nous avons notre fameuse clearance. Pour le cruising permit et le fameux drapeau bleu il faudra encore attendre un jour ou deux mais ce n’est pas de notre ressort. Pour l’obtenir, notre agent doit se rendre au bureau de l’administration qui gère la relance économique (Fijian COVID safe recovery framework) et qui a créé cette « Blue Line Initiative » permettant au yacht et bateaux de plaisance étranger de continuer à venir au Fiji et de naviguer normalement dans tout l’archipel afin d’éviter l’effondrement total de l’industrie du tourisme dont dépend pour une part très importante la balance commercial Fidjienne.

Bon çà y est me direz vous, il vous faut encore attendre votre drapeau bleu pour partir mais à part çà, çà y est vous êtes libérés des contraintes de la quarantaine, vous êtes en terre Fidjienne et vous pouvez enfin profiter de ce merveilleux pays. Ben… en fait non pas vraiment… Denarau est une petite île séparée de la grande par la mangrove et les autorités ont attribué récemment à cette parcelle de leur territoire un statut spécial: c’est la zone de quarantaine contrôlée pour les visiteurs étrangers arrivant dans le pays par l’aéroport international de Nadi dont on voit les pistes au fond de la baie (le seul aéroport international du pays). Du coup on est coincé. Il y a un pont qui relie Denarau à la terre et sur ce pont il y a un poste de contrôle et si on le franchit et qu’on revient, on est astreint à 14 jours de quarantaine avant de pouvoir quitter l’île à nouveau. Ne me demander pas sur quelle logique repose ce règlement, surtout si une fois partis de la marina on est sensés pouvoir aller n’importe où dans le pays, mais c’est comme çà. Donc à part se balader sur les quelques km de route ombragée qui bordent le terrain de golfe il n’y a rien à faire ni à voir. Le reste, particulièrement le bord de mer, n’est qu’hôtels de luxe et résidences privées de grand standing protégés par de lourds portails métalliques et barbelés rasoirs. De toute façon , notre agent nous à prévenu : interdiction de séjourner ici plus de 5 jours (sinon nouvelle quarantaine -voir plus haut). Je dirais qu’au vu de notre première sortie de reconnaissance terrestre de cet après midi le risque que nous voulions rester plus longtemps est extrêmement limité…

Le centre commercial de la marina est complètement déserté. Les trois quart des boutiques sont fermées. Pas un touriste ni un visiteur en vue. Les seuls personnes rencontrées sont des gens qui travaillent sur place. Les quelques magasins toujours ouverts appliquent très strictement les directives de protection contre le COVID19, port du masque, désinfection des mains, prise de température avant d’entrer (rassurez-vous pas le truc au mercure à se mettre dans le derrière mais thermomètre électronique sans contact ultramoderne), scan du codeQR du commerce avec l’application « Care Fiji » à l’entrée et à la sortie (comme nous n’avons qu’un téléphone pour deux, l’autre est obligé de remplir manuellement ses coordonnées dans un registre), distance de 2m minimum et nombre de clients présent à l’intérieur limité en fonction de la taille du commerce. Le tout est très strictement contrôlé par un vigile à l’entrée du magasin. Il y a 2 ou 3 restaurants ouverts mais on ne peut pas y manger c’est juste pour la vente à emporter. Par contre on peut prendre son plat et aller le manger de l’autre côté de la place à la terrasse d’un autre restaurant qui lui est fermé et qui est tout à fait déserté. Les deux supermarchés de l’île offre un choix très limité de denrées, un peu de congelé et très peu de frais mais il paraît qu’ils sont plutôt bien achalandés par rapport à ce qu’on va trouver ailleurs dans le pays. Il va falloir qu’on améliore rapidement nos compétences de pêcheurs si on veut manger correctement.

Le 14 juillet 2021 n’a pas eu lieu sur Reve à Deux

Nous sommes déjà dans l’archipel des Fidji mais encore à plus de 270 milles de l’arrivée .(c’est grand les Fidji!) C’est sûr, venant de Tahiti, arriver sur la côte la plus à l’ouest des Fidji est un peu un non-sens mais au moins le pays est ouvert aux plaisanciers… alors si les autorités nous demande de faire 200 milles de plus pour nous accueillir, pas de soucis, on les fait avec joie!
L’entrée dans l’archipel se fait par un temps de rêve. Bon, un peu brumeux ce qui ne nous a pas permis de bien voir les îles, mais grand soleil quant même, la mer est plate et un vent établi de sud-est d’une dizaine de noeuds était au rendez-vous. Nous avons à faire, les pavillons de quarantaine et de courtoisie sont hissés et dans la cuisine les dernières provisions fraiches sont préparées et cuisinées pour les prochaines 24 heures. Tout le frais qui n’est pas consommé finit dans la poubelle des douanes comme en Nouvelle Zélande, pas question de gaspiller! Les conditions sont idéales pour le spi, il a été hissé, cette fois-ci sans anicroche, et nous tire la plus grande partie de la journée. On est d’autant plus content d’en profiter que nous savons que demain le front froid va nous amener des conditions nettement moins agréables. Mais en fin de journée il faut nous rendre à l’évidence: malgré tout nos efforts et même si nous réussissions à maintenir une moyenne supérieur à 8 noeuds sur les prochaines 24 heures il ne sera pas possible de rejoindre Port Denarau demain avant la nuit. Il va donc falloir, au contraire, ralentir pour arriver au petit matin le jour d’après. Le vent monte toute la nuit. Nous avons anticipé avec 2 ris dans la grand-voile et le foc à moitié enroulé. Mercredi 14 juillet il fait un temps presque aussi execrable que chez nous à Betz le Chateau ou fait extraordinaire, le traditionnel feu d’artifice a dû être annulé. Ici, le vent de sud souffle à plus de 25 noeuds avec des rafales à 35, beaucoup de pluie, pas de visibilité et une mer hachée avec des vagues abruptes et très courtes et bien sûr une température plus fraîche 25°C au lieu de 31 à la mi-journée). Heureusement en franchissant la ligne de changement de date nous sommes passés directement du 13 au 15 juillet: pas de fête nationale à célébrer ou à annuler pour nous cette année!
Malgré tout il faut maintenir la vitesse en dessous de 6 noeuds pour ne pas arriver trop tôt: et ce n’est pas facile, Rêve à Deux par en surf à plus de 8 noeuds à chaque vague un peu plus haute que les autres. On affale la grand voile mais le vent monte encore et on va toujours trop vite, mais comment on freine sur cette luge?. On finit avec seulement la trinquette à moitié enroulée et même comme çà on est encore souvent trop rapide mais toujours très confortable. L’estime nous prévois une arrivée à l’entrée de la passe vers 3 heures (locale) ce qui serait parfait pour le courant et la marée et puis, le temps de faire les 15 milles qui séparent la passe du mouillage, le jour devrait être levé. Mais à 3:00 la visibilité sera-t-elle suffisante pour voir les feux de l’alignement et la mer suffisamment calmée pour risquer l’entrée?
A l’heure prévue on se présente devant la passe. Dehors le vent souffle encore a 25- 30 noeuds par contre la mer, sous le vent de la côte, s’est bien aplatie. Les feux rouges de l’alignement sont bien visibles. Seule la balise marquant la fin du récif au nord de la passe n’est pas éclairée mais reste visible au radar. La passe est très large et parfaitement calme et le vent venant de la côte n’est plus que de 10 noeuds. Franchis ce passage, c’est le lac. Il ne nous reste plus qu’à suivre la côte à l’intérieur de ce gigantesque lagon pendant un peu plus de 3 heures pour atteindre notre but.
A 07:30 nous jetons l’ancre dans la baie de Port Denarau au point indiqué pour la quarantaine (en plein milieu de cette immense baie et à un bon mille de la côte) après 2200 milles parcourus en 14 jours et 14 heures dont toute une journée en freinant des 2 pieds.
Nous essayons à maintes reprise de contacter la Marine Fidjienne à la VHF sans succès. C’est une priorité car se sont eux qui gèrent la quarantaine, décide si le temps passé à la mer peut-être décompté et donne le feu vert aux service sanitaire pour venir faire les tests PRC qui détermineront la suite des formalités à l’issue des quelles on nous remettra enfin le pavillon bleu qui nous permettra de naviguer partout dans l’archipel sans autre formalité. Mais au bout d’un moment et une vingtaine d’appels, c’est finalement la responsable du port de plaisance qui nous répond: ne vous inquiétez pas je préviens la Marine, ils viendrons vous voir rapidement nous dit-elle. Et de fait, 30´ plus tard ils sont là sur leur gros Zodiac rouge. Très sympathiques, ils prennent des nouvelles de notre voyage, nous rappellent la procédure et notent les détails de notre traversée. Ils confirment que dés qu’ils auront prouvé grace aux données AIS que nous ne sommes arrêtés nulle part en chemin ils devraient pouvoir confirmer que nous avons bien déjà passé le temps nécessaire en quarantaine. Une heure après ils sont de retour. Ils nous remettent une carte SIM pour pouvoir téléphoner en cas d’urgence et sont accompagné de l’infirmière et de son collègue venu faire les tests PRC de fin de quarantaine, preuve que nos données AIS leur ont donné satisfaction. L’introduction du coton tige dans nos narines, sans être agréable est bien moins douloureuse que la dernière fois au labo de Tamalou. Les résultats seront disponibles dans 2 ou trois jours nous dit-elle. Il faudra donc attendre encore un peu avant de quitter ce mouillage mais on ne s’en plaint pas, l’endroit est très calme (5 bateaux ancrés dans une baie qui pourrait en recevoir des centaines) l’eau limpide (on est autorisés à se baigner mais pas à mettre une annexe à l’eau) et la vue magnifique.
Quelques jours de repos après cette traversée nous feront de toute façon le plus grand bien,dis-je en baillant!

En approche des Fidji

Lundi 12 juillet 2021, après bientôt 12 jours de mer nous sommes encore à 370 milles de Port Donerau notre destination mais seulement 80 de l’entrée de l’archipel des Fidji: les îles Lau et la passe de Lakeba. Avec le nombre d’îles, d’îlots de pointes et de caps à contourner et de passes à franchir, les 3 prochains jours vont plus s’apparenter plus à une croisière côtière sans escales qu’à une traversée océanique. Une grande vigilance et une navigation précise vont s’imposer.

Depuis le dernier article nous sommes passés au large des Samoa Américaine, dont nous avons aperçu les sommets couronnés de nuages, puis des îlots isolés de la parti nord des Tonga toujours à bonne distance pour éviter les eaux territoriales (un contrôle de routine pourrait nous conduire à être obligé d’effectuer une quatorzaine complète à l’arrivée). Pendant tout ce temps nous avons bénéficié d’un bon alizé qui nous propulsait gentiment à huit noeuds dans des conditions relativement confortables si ce n’était pour une mer très courte et croisée. Peu de manoeuvres mis à part les inévitables prises et largage de ris et tangonage dé-tangonage du foc pour suivre au mieux les variations de la force et de la direction du vent. Nous étions super content de l’option choisie pour éviter le gros de la dorsale et faisions déjà des prévisions d’arrivée en milieu de semaine. Mais hier les conditions ont changé, le ciel c’est rempli de gros nuages noirs chargés de pluie et l’alizé a fait place à une succession de calmes (sous les plus grosses averses!!!!) et d’une brise variable ne dépassant guère les 10 noeuds. Dans la nuit les nuages sont devenus plus clairsemés et le vent s’est stabilisé un peu pour finalement s’établir à 180° de la route après une dernière averse, nous contraignant à tirer des bords de grand largue foc tangoné (difficile de faire mieux que 168° du vent). La mer s’étant bien aplatie nous avons même fait une tentative de spi ce matin mais elle a duré à peine une heure. Suite à un problème de hale-bas de tangon dont la deuxième tentative de réparation à suscité une petite engueulade entre nous, pour ne rien abimer, on affale et l’orage passe. Au bout de 12 jours de mer on est un peu fatigués on verra pour modifier le système à tête reposée. Au même moment, comme pour nous conforter dans notre décision le vent est monté à 15 noeuds nous permettant d’avancer quand même à 6-7 noeuds.
Pour l’instant cela nous donnerait une arrivée dans la nuit du 14 au 15 ou le 15 au petit matin(soit en réalité le 16 vu que les Fidji sont de l’autre côté de la ligne de changement de date, nous allons donc encore perdre un jour…). Mais entre temps il y a un nouveau front froid qui s’avance vers nous rapidement et qui va encore modifier la donne en poussant des calmes devant lui et du vent fort derriére. Difficile donc de faire un prognostic précis: affaire à suivre…

Point Alfa, changement de cap et carte vermeil

Çà y est, hier vers 17 heures nous avons atteint comme prévu cette endroit précis où le vent devait changer de direction et nous permettre de contourner la partie la plus perturbée de la zone de convergence s’étirant des Samoas aux Australes. Identifiée depuis plusieurs jours sur nos routages, nous avions baptisé ce point « Alfa ». Ce n’est pas encore la mi-parcours puisqu’à cet endroit il nous reste encore 1280 des 2240 milles de la route choisie mais c’est la fin de la première étape, celle effectuées tribord amure cap nord-ouest dans un bon alizé bien soutenu. Désormais nous serons bâbord cap sud-ouest au moins jusqu’à notre entrée dans les eaux Fidjiennes.
Mais l’alizé n’est clairement pas encore établis ici et c’est une légère brise d’est qui nous pousse doucement en direction des Samoas Américaines où, pas plus qu’à Suwarrow que nous venons de contourner, nous ne pourrons nous arrêter. Par contre à cette vitesse (à peine 5 nds) pas d’inquiétude pour la quarantaine, on ne risque pas d’arriver avant la fin des quatorze jours réglementaire. Pas grave, à par la chaleur (32º à l’ombre en milieu de journée 29º la nuit) on ne fatigue pas.
Mais que vient faire la carte vermeil dans tout çà? Votre serviteur et co-skipper préféré vient non seulement de franchir la latitude 165ºOuest mais aussi d’entrer dans çà soixante-cinquième année (vous êtes bien-sûr tous invités à venir boire un verre à bord ce soir – mais ce sera keffir ou kombutcha les boissons alcoolisées étant interdites en navigation – boire ou conduire il faut choisir). 65 ans et donc bénéficiaire potentiel de cette fameuse carte vermeil qui offre gratuité ou réductions importantes dans les transports en commun de notre beau pays. Je songe d’ailleurs à écrire au ministre des transports (responsable aussi pour la plaisance) afin de lui demander d’étendre cet inestimable avantage aux voiliers avec, pourquoi pas, des reductions chez les ship chandlers de toute la planète. Le soleil, il tape un peu aujourd’hui… à moins que ce ne soit l’âge?

Quarantaine en mer

Cinq jours déjà que nous avons pris la mer et près de 750 milles parcourus dans une mer d’abord confuse, croisée et très courte puis faisant place à une houle longue beaucoup plus confortable. Côté vent, une fois sortis du dévent de Moorea, l’alizé nous a gâtés: il a fallu attendre la fin du troisième jour pour remplacer la trinquette par le foc et le quatrième pour renvoyer toute la grand voile et trouver les conditions très agréables dans lesquelles nous naviguons depuis hier soir. Du vent donc mais il faut quand même signaler que nous naviguons en mode quarantaine: on ne va pas essayer d’exploser les compteurs sur la traversée pour avoir à finir notre quatorzaine en isolation sous la surveillance de la marine Fidjienne à l’arrivée (le temps passé en mer compte). En parlant le quatorzaine, nous aurions à la refaire entièrement à l’arrivée si jamais il nous prenait l’envie de nous arrêter dans l’une de ces îles paradisiaques que nous passons sagement bien au large. La dernière terre que nous ayons vu est Maiao, petit attoll 40 milles dans l’ouest de Moorea. Nous aurions bien aimés passer quelques jours sur Huahine, Taha, Raiatea ou Bora Bora mais pas question: si les autorités venaient à l’apprendre…. Même frustration pour demain quand nous passerons 80 milles au nord de Suwarrow ce petit paradis terrestre perdu au milieu du Pacifique (fermé de toute façon).
En parlant du Pacifique: le 2 juillet 2021 à 20:00 nous avons recoupé la trace que nous avions laissée le 25 septembre 2019 en route de Bora Bora vers Niué… nous avons bouclé le tour du Pacifique sud ouest en 21 mois dont 15 chez les Kiwis. Où la prochaine boucle nous mènera-t-elle?…
Depuis Tahiti nous naviguons tribord amure ( nous avons toujours reçu le vent du côté droit du bateau) mais d’ici 24 à 48 heures, il va falloir empanner pour plonger vers notre destination. Nous serons en principe assez nord pour éviter le gros de la zone de convergence et la partie la plus active du front. Mais choisir l’instant idéal pour ce changement de cap ne sera pas chose facile. Trop tôt, on risque de retomber dans la zone perturbée et d’avoir un angle trop ouvert par rapport au vent, défavorable s’il est faible, trop tard on fait trop de route inutilement et on risque de se retrouver à un angle trop serré, inconfortable si le vent est fort. Je pense qu’on va encore passer pas mal de temps sur les gribs et les cartes météo dans les heures qui viennent…

Tahiti c’est fini Fiji c’est parti

Comme prévu le début de la semaine a été plutôt speed.
Lundi 11:00 passage au labo pour le test CPR (COVID). Rapide mais trés douloureux le taoké (docteur en Tahitien) était une vrai brute. 12:30 passage à la douane pour faire la sortie du bateau, arrêt au retour à la source Vaimato pour remplir quelques bidons d’eau à boire. Dans l’après-midi on télécharge les résultats sur le site du labo et les transmettons à Josephine, notre agent au Fiji. Pas de soucis nous dit-elle vous aurez vos autorisations demain.

 

Mardi: approvisionnement frais au Carrefour de Taravao (oui on a pris du saucisson et du camembert), rangement et préparation finale du bateau pour le départ et à 17 heures, appel whatsapp de Joséphine qui nous confirme qu’elle a l’autorisation: on peut y aller!
Mercredi 30 juin 2021 de bonne heure et de bonne humeur on part pour l’aéroport de Faa: non, on a pas décidé d’y aller en avion, mais il faut passer par la police des frontières pour sortir du pays… Et là sueurs froides: vous avez la clearance nous demande le brigadier. Celle de la douane? bien sûr, tenez! Non la douane on s’en fou (texto) on a besoin de celle du port de Papeete. Mais on est pas à Papeete on est à Taravao. Vous êtes à Tahiti c’est pareil il faut que vous alliez au port autonome à Fare Ute faire la clearence avant de revenir ici. Discussion, le chef arrive: ne vous inquiétez pas on va leur demander de la faire par email pendant que vous remplissez les papiers. Ouf! on a eu chaud.
A midi nous sommes de retour a Taravao, dernières petites courses avant de rendre la voiture. Déjeuner rapide à bord, dégonfler et nettoyer l’annexe, finir de mettre le bateau en condition « large » et à 15:50 nous levons l’ancre. Il est 17:00 quand nous sortons de la passe de Tapuaeraha. Le soleil se couche derrière les sommets de l’île enveloppés de gros nuages noirs.
Dehors un bon vent d’Est (le fameux alizé qui c’est tant fait désiré cet saison) nous propulse rapidement jusqu’à 23:00 puis se transforme en un souffle tenu (4 à 6 noeuds) qui ne suffit plus à nous déhaler dans cette mer très confuse. C’est sans doute dû au dévent combiné de Tahiti et de Moorea dont nous avions pourtant pris soin de passer à bonne distance. Il nous faudra quelques heures de moteur pour nous dégager et enfin retrouver l’alizé timide d’abord puis retrouvant tout son souffle en début d’après-midi et nous propulsant enfin efficacement et dans la bonne direction.
Cette bonne direction ne sera cependant pas pour nous la route directe: une zone de calmes et de vents contraires associés à un front nous barre la route au niveau des Cook. Pour l’éviter il va falloir remonter vers le nord jusqu’au au niveau de Suvaroff et peut-être même plus haut. Affaire à suivre…


Taravao : tourisme terrestre et parcours du combattant

Mercredi 16 Juin 2021 au mercredi 30 juin

Bouclée en 2 jours, la traversée de 380 milles depuis Raivavae s’est avérée comme prévu très rapide mais aurait pu être inconfortable pour beaucoup de bateaux. A 130° d’un vent de 20 à 30 noeuds dans cette mer croisée de 3 m et très courte Rêve à Deux est très à son aise sans qu’on ait besoin de torcher de la toile. La plus grande partie du trajet c’est faite sous grand voile à deux ris et trinquette cette dernière étant remplacée sur la fin par le foc qu’on enroulait ou déroulait au gré des variations de la force du vent. Pour l’occasion on avait remisé la moustiquaire et ressorti la «portière d’hiver» pour être bien au sec sous notre véranda (fortes pluies et vent 3/4 arrière).

L’apparition de la côte de la Presqu’île et de ses falaises et de ses aiguilles vertigineuses entre les sommets cachés dans de gros nuages noirs est un moment magique. Dans cette mer formée de Sud et de Sud Est, le franchissement de la passe nous inquiétait un peu mais le vent est complètement tombé à quelques milles et la passe de Tapuaeraha est large et très profonde (les plus grands paquebots la franchissent) praticable par tout les temps et à n’importe quelle heure de la marée. C’était tout de même intéressant de voir les rouleaux de chaque côtés…

Port Phaéton est une baie parfaitement abritée, coincée entre l’île de Tahiti proprement dite et la Presqu’île. Cette baie est sans doute le mouillage le plus sûr de tout l’archipel: un vrai lac. On compte une cinquantaine de bateaux au mouillage mais on pourrait sans doute y mettre le double.

Dans une crique sur la rive ouest il y a une petite marina mais bien sûr elle est pleine comme un œuf. Au fond de la baie se situe Taravao qui est la ville la plus importante après bien sûr l’agglomération urbaine de Papeete ce qui veut dire qu’on a tout ce qu’il faut à quelques minutes du mouillage (débarquement à la marina – 2km du centre commercial ou à la cale de mise à l’eau des vaas au fond de l’anse – 200m seulement) super marché Carrefour, Super U, magasin de bricolage (ACE), accastillage (Sin Tung Hin Marine), banques, gare routière (bus pour Papeete), pharmacies, hôpital, location de voiture (garage de Taravao) etc.

Pour nous le but de cette escale est triple: 1) visiter l’île côté terre 2) faire réviser le radeau de survie et acheter du matériel de remplacement 3) décider que faire pour la suite de notre voyage.

Après avoir exploré les ressources du coin à pied jeudi , vendredi matin nous louons une petite voiture pour explorer l’île.

Cap sur Papeete via la RT1 côté sud la route suit bien sûr le bord de mer, c’est plutôt joli, on traverse plusieurs villages, il y a beaucoup de circulation bien qu’on soit en fin de matinée. Première étape à Marina Taina (juste avant l’aéroport de Faa) pour déposer notre radeau de survie chez le ship qui va la réviser (Tahiti yacht Accessories). Il est midi et la faim se faisant sentir on s’offre une petite folie: le restaurant presque gastronomique de la marina. La marina est complètement pleine, très peu de chance qu’une place se libère avant très longtemps. Un des locataires longue durée est le Fleur Australe de Philippe Poupon qui parait tout petit entre 2 énormes yacht de luxe.

Quant au lagon, depuis la passe juste devant la marina jusqu’à l’aéroport, ce sont des centaines de bateaux sur corps morts et sur ancre, certains sont habités mais la plupart sont là sans personne à bord depuis le début de la pandémie.

On rentre à Taravao toujours par le RT1 mais cette fois ci côté nord. Cette côte est beaucoup plus escarpée, ici pas de plaine côtière ni de lagon sur la plus grande partie. Comme de l’autre côté il n’y a aucune route qui pénètre à l’intérieur de l’île ou les magnifiques sommets, gorges profondes et végétation luxuriante nous narguent. A Papenoo on voit bien une indication: Parc Naturel mais au bout de 2 km la route empierrée qui suit la rivière est totalement impraticable (on comprend pourquoi ils ont tous des gros 4X4. Le seul point d’intérêt qu’on arrive a visiter côté montagne sera les 3 cascades de Tiarei et encore une seule est en fait accessible (heureusement elle vaut le coup!)

Samedi, on voulait visiter le muséee Gaugin à Papeari (moins de 10 km du mouillage) mais il est fermé depuis plusieurs années et ne rouvrira sans doute jamais.

Par contre, l’immense jardin botanique qui le jouxte est ouvert et parfaitement entretenu. On y trouve des essences provenant de tous les régions tropicales du globe mais la partie la plus fascinante est sans aucun doute la forêt humide qui abrite essentiellement des châtaigniers tahitiens dont les racines sont de vrais œuvres d’art Après un pique-nique rapide nous passons sur la côte sud de la presqu’île jusqu’à Tehupoo. C’est là que la route se termine et pourtant on est même pas encore à mi-chemin de la pointe la plus à l’est de la péninsule. C’est l’un des spots de surf les plus prisés de l’archipel mais aujourd’hui, c’est calme plat aucun rouleau ne vient se briser sur les haut fonds qui bordent la passe. Le bord de mer à des allures de petite station balnéaire avec villas luxueuses et bungalows à louer. Mais juste derrière ce sont de petites exploitations maraîchères. L’ensemble est pittoresque et très agréable. On traverse la rivière à gué pour rejoindre la voiture.

Dimanche, on explore la côte nord de la presqu’île jusqu’à Tautira. Cette côte semble beaucoup plus humide. La route qui pénètre à l’intérieur de la montagne le long de la rivière est privée mais il y a un numéro de téléphone a appeler si on veut y passer. On appelle mais la réponse est très sèche: non on ne passe pas! Dommage on aurait bien voulu voire un peu ces gorges et ces montagnes de près. Tant pis, on se contentera de la côte et on profitera du coucher de soleil sur Tahiti vu de la plage du village.

Mais on a pas utilisé le week-end uniquement pour faire du tourisme. On a aussi recherché comment continuer ce voyage. L’option de laisser le bateau ici dans un port et rentrer en France pour un mois ou deux s’est refermée: aucune place de port, de marina ou de chantier disponible et hors de question de laisser Rêve A Deux seul sur ancre sans surveillance. Et si on essayait de continuer vers l’ouest, peut-être passer encore quelques semaines en polynésie pour visiter au moins Morea et huanine que nous n’avons pas encore vu et de là partir pour les Fiji qui seraient ouvertes… Oui les Fiji çà nous plairait beaucoup. Bien sûr on voudrait éviter d’être bloqué là pendant la saison des cyclones (c’est sans doute l’endroit du Pacifique sud ou il en passe le plus) on verra bien se qui sera ouvert à cette époque là quitte à pousser jusqu’en Thailande) et au pire ils disposent de très bons trous à cyclones ou on peut laisser les bateaux. On se renseigne (internet c’est quand même vâchement pratique,4G plein pot dans tout lemouillage), Véronique notre amie des gambiers nous communique les coordonnées et le blog de leurs amis Fabienne et Dominique qui ont fait le voyage au mois de mai. Finalement çà semble tout à fait faisable.

Le gouvernement des Fiji à mis en place depuis plusieurs mois une procédure spéciale appelée l’initiative «Blue Lin» pour permettre au yachts (très orienté super yachts mais les petits voiliers de plaisance sont aussi les bienvenues) de fréquenter les eaux de l’archipel et faire fonctionner le business local. Les seules mesures supplémentaires par rapport à la procédure habituelle d’avant la pandémie, sont: de passer par un agent (coût 350USD), d’effectuer un test COVID (PCR) 72 heures avant de partir et un autre à l’arrivée et d’arriver obligatoirement à Port Denarau (côte ouest de Viti Levu, la plus grande île – donc le plus loin pour nous. Le texte dit qu’on pourrait aussi arriver à Savu Savu mais çà semble plus compliqué). Il y a aussi une quarantaine de 14 jours mais le temps passé en mer compte – çà tombe bien il y a 2000 milles à faire çà devrait tomber pile poil. On contacte aussitôt un agent (parmi les 3 officiellement reconnus par les autorités) qui nous répond du tac au tac en confirmant la procédure et en nous envoyant tous les documents nécessaires.

Maintenant c’est à nous de jouer pour planifier le départ. D’abord partir quand? Vu le coût des formalités autant y passer le plus longtemps possible et donc partir rapidement, çà tombe bien: l’alizé semble vouloir enfin s’établir à partir du 29 juin donc des vents favorables. Ensuite partir d’où? Avec un test COVID moins de 72 heures avant et des labos habilités seulement à Tahiti et à Moorea, la décision est vite prise. Moorea aurait pu être une option mais il faut de toute façon revenir à Tahiti pour la police des frontières. On partira donc d’ici de(Travao).

On a trouvé un labo à Tamanu (prononcer ta ma nou à ne pas confondre avec t’a mal où…) de ce côté ci- de l’île 20 km avant Papeete et on prend rendez vous pour lundi matin, ils nous promettent les résultats pour le même jour dans l’après-midi.

Par contre pour les formalités de départ ici c’est plus compliqué que sur les îles éloignées (toutes sauf Tahiti et Mooréa) ou tout se passe à la gendarmerie. Ici il faut obligatoirement passer par la douane et la police des frontières , deux administrations bien distinctes.

On commence par se renseigner à la douane à Fare Ute (port de Papeete): c’est facile, on peut venir (sans le bateau;) faire la clearance, quand on veut, quelques jours avant la date prévue pour le départ (si par hasard on en partait pas, il suffit de venir leur rendre le papier). On passera donc lundi après le labo.

La police des frontières (leur bureau est à l’aéroport de Faa) est plus tatillonne. Tout les membres de l’équipage doivent venir à leur bureau avec leur passeport et Il faut obligatoirement partir le jour même. En supposant qu’on ait le résultat du test COVID lundi après-midi et qu’on l’envoie aussitôt à notre agent au Fiji et que ce dernier nous envoie la confirmation du feu vert des autorités mardi, on retournera donc à Faa mercredi matin pour un départ en fin de journée de Taravao.

Vous me suivez – non? Ne vous inquiétez pas, nous non plus au début, mais en faisant un planning sur une belle feuille de papier on a fini par y voir un peu clair. Parce que là vous avez juste les étapes administratives mais il faut y rajouter tout le côté logistique et préparation: refaire les pleins de gas oil, d’eau de gaz, conserves et vivres frais pour la traversée d’une quinzaine de jours, petites réparations ici et là, coup de brosse sur la carène et j’en passe. Çà va être juste mais on devrait être près surtout qu’entre temps on a envoyé tous les formulaires nécessaires dûment remplis et signés à notre agent qui nous à confirmé que si on lui envoyait bien les résultats des tests lundi il devrait nous avoir, sans problème, les autorisations mardi. Croisons les doigts!

( Vive la vie paisible de retraités peinards!)

Bonjour Raivavae (rétrospective)

A peine la passe franchie (bon alignement très peu de courant – attention si vous utilisez des cartes d’il y a quelques années elles sont décalées de plus d’un mille vers le nord) on se fait cueillir dans le lagon par un grain bien musclé accompagné de pluie torrentielle. On nous avait pourtant prévenu: les Australes c’est pas bon à cette époque ci de l’année. Les dépressions du même nom remontent régulièrement au dessus de 30°S et génèrent des vents forts et des précipitations importantes. Et bien nous y voilà!

Mais ce n’est qu’un grain et dès qu’il et passé, le relief spectaculaire de l’île avec ses pics escarpés et ces falaises abruptes apparait entre les gros nuages noirs menaçants s’accrochant aux sommets et la brume inquiétante montant des vallées. Pour un peu, on se croirait revenu à l’ère jurassique et on ne serait pas surpris d’apercevoir un dinosaure (genre T.rex) ou un gros singe (style King-kong) se faufilant entre deux arbres pour nous accueillir.

L’île est entourée par une barrière de corail affleurante du nord au sud en passant par l’ouest sur cette partie il n’ya que 2 ou 3 petits garnis d’arbres (résineux ressemblant à des filaos). Par contre, du sud est au nord en passant par l’est, le lagon est beaucoup plus important, la barrière continue avec de très grands motus. Dans le lagon l’eau est d’une clarté surprenante . A Rairua, mouillés à 200 m devant le quai dans 13 mètres d’eau on voit le fond et on arrive même à distinguer l’ancre et ce n’est pas l’endroit le plus clair du lagon. Nous sommes le seul voilier (mais où sont les copains?)aussi nous avons pris nos aises et joué la sécurité en mouillant avec 70 m de chaîne.
Nous avons hâte d’aller à terre mais la dépression orageuse générant des trombes d’eaux nous y empêche. En peu de temps nous récupérons plus de 200 litres largement de quoi faire (enfin) une méga lessive et le plein des réservoirs.

Dimanche matin, le temps se calme comme prévu et c’est aussi l’arrivée du Tuhaapae, la « goélette » (cargo) qui ravitaille les îles Australes. On le repère à l’AIS avant qu’il entre dans la passe et on l’appelle à la VHF pour vérifier qu’on est suffisamment écarté du quai pour ne pas le gêner. Pas de soucis nous répond-il vous êtes bien là. Aussitôt à quai il débarque ses passagers (Raivavae est avec Tubuai la seule île des Australes disposant d’une piste d’atterrissage, pour les autres il n’y a que la goélette et ses containers).Mais Ici nous sommes dans une île de forte tradition protestante où toutes activités autre que le culte et le repas en famille sont strictement proscrites le dimanche et même si l’approvisionnement est vital, et l’horaire chargé, le bateau de ravitaillement doit s’adapter aux coutumes. Nous aussi nous nous plierons à la règle (discipline oblige): pas de baignade. Mais que voici ? Un foil surf profite du vent encore soutenu pour faire des aller-retour à donf entre la barrière et le quai juste à l’heure du culte, mais c’est le mari de l’infirmière, il doit avoir une dérogation .

L’après midi n’y tenant plus, nous allons à terre nous dégourdir les jambes et explorer un peu les alentours. Sur le quai, l’équipage du Tuhaapae joue aux boules pour tuer le temps. Dans le village, à part les pompiers ,la mairie, l’église, (ils sont protestants mais ils parlent d’église et non temple comme on le fait en métropole), la gendarmerie, il n’y a que quelques maisons par-ci par-là mais pas de restos ni de bistro. La rue et déserte exception faite de quelques jeunes, assis sur les marches le long de la mairie et devant la poste qui profitent du wifi gratuit offert par la commune (le weekend seulement). Çà ne fait rien, l’île est belle et si nous rencontrons très peu de monde la végétation elle, est très dense. Passage de la petite traversière et tour de la peninsule sud-ouest. Quel calme même les chiens et les coqs se font oublier. Le tout donne une impression de beauté tranquille et de sérénité.

Lundi nous réservons la matinée pour les démarches administratives. Nous commençons par la gendarmerie pour déclarer notre arrivée. La brigade de Rivavae est responsable de tout l’archipel des Australes mais ils ne sont que deux : un brigadier chef passionné de voile (mais pas encore pratiquant) et sa jeune collègue (aux yeux bleus si rieurs). Les formalités accomplies ils se transforment en syndicat d’initiative et nous renseigne très gentiment sur tout ce qu’il’y a à voir et à faire sur l’île. Nous en profitons pour discuter de la situation et des rumeurs que nous avons entendues (interdiction du lagon aux voileux et malaise voire tension avec la population). Ils nous rassurent, pendant le pic de la pandémie, beaucoup de bateaux sont venus se réfugier ici, tous dans le lagon Est devant un grand motu semi-circulaire (appelé le motu piscine) abritant un magnifique bassin au fond de sable pouvant accueillir jusqu’à 20 bateaux en les protégeant de tous les vents. Leur présence prolongée (jusqu’à 3 mois) a, certes, créé l’inquiétude des riverains et il y a eu des discussions en vue d’une interdiction mais rien n’a abouti et il n’y a aucune restriction légale quelle qu’elle soit, mis à part que tous les motus sont privés et qu’on ne peut donc pas y débarquer sans la permission du propriétaire. Bon, le lagon Est n’est donc pas interdit mais avant de s’y risquer on va tout de même aller voir à pied histoire de prendre l’avis des anciens du coin. Quelques jours plus tard on profite du beau temps , pour prendre la grande traversière et passer se l’autre côté (foret extraordinaire, vue magnifique). A Vaiuru, les habitants sont occupés à préparer un grand repas. Plusieurs anciens sont là, je leur pose la question sur les voileux et le lagon. Ils sont restés trop longtemps, me disent-ils. Ils ont été là pendant trois mois, pêchant les poissons du lagon et ramassant les coquillages qui servent à faire les colliers Polynésiens. On en saura pas plus, seulement des rumeurs s’amplifiant et résultant en un ras le bol collectif. Mais du coup, ils ont demandé l’interdiction du lagon aux plaisanciers. Et pour eux c’est comme si c’était fait. En fait, la demande doit passer au conseil municipal puis au gouvernement à Papeete mais rien n’a bougé et la demande à peu de chance d’aboutir. Ceci dit nous ne voulons pas mettre de l’huile sur le feux on restera donc sagement dans notre mouillage devant le village de Rairua surtout qu’en dépit de tout çà tous les insulaires que nous rencontrons nous accueillent à bras ouverts.

Nous avons fait la connaissance de: Maurice, l’agent de la police municipale qui nous a apporté un régime de bananes , plusieurs kilos d’oranges (les plus parfumées que nous ayons goûtés jusqu’ici et qui nous a offert un quart de cochon lors de notre départ; Marguerite qui nous a expliqué comment nous connecter au wifi de la mairie et qui nous a montré la petite traversière; Zélda qui tient une épicerie a Vaiuru de l’autre côté de l’île qui n’avait plus d’oeufs mais plein de gentillesse; de la petite épicerie en face du port qui nous donne des papayes à point, des bananes (encore!) et des pamplemousse gouteux et sucrés je transforme le tout en une confiture au goût délirant, une vrais tuerie…

C’est peut-être là le problème de l’île: les épiceries (ici on dit magasin) ne vendent rien à part quelques conserves. Tout le frais est produit par les habitants pour eux même. Il est hors de question pour eux d’en vendre mais il veulent tout le temps nous en donner. A court terme c’est touchant, à moyen terme c’est embarrassant surtout que c’est difficile pour nous de trouver quelque chose à donner en échange mais sur le long terme c’est carrément intenable.
En profitant d’un temps clément toute la première partie de la semaine nous avons alterné randos sur l’île et ballade en canoë/snorkling. En passant la pointe à l’est du mouillage nous avons découvert une plage de rêve , sable blanc magnifique sur fond de forêt tropicale et montagne en arrière plan. C’est Mahanatoa, le deuxième village de l’île ou se trouvent l’école et le collège. Juste sur la plage il y a aussi une autre église. C’est là que se tient un séminaire réunissant 80 personnes, diacres et pasteurs, venus de toutes les Australes. Ils sont arrivés dimanche par le Tuhaapae et repartent par le prochain dans 10 jours (pas d’autre moyen pour rentrer chez eux). Le séminaire a lieu 2 fois par ans sous l’égide du pasteur Rono. Pour nourrir tous ces gens chaque district de l’île préparent les repas de la journée à tour de rôle.
Mardi c’était le tour de Rairua , le four Polynésien est préparé la veille , on creuse un grand trou dans lequel on fait un grand feu ou on met des pierres de lave. On tue le cochon on le découpe et on le met dans de grandes marmites avec des feuilles de tarots. on emballe des poissons dans des feuilles de bananiers ( des chirurgiens très très bon et qui n’ont pas la gratte). On recouvre le tout de feuillage et des troncs fendu de bananier, on y met les marmites et les poissons emmaillotés dans leur feuilles. La dessus une grande bache puis de la terre pour tout recouvrir. La cuisson à l’étouffé durera le reste de la journée plus la nuit . Ce n’est que le lendemain matin que l’on découvre le tout pour organiser dans les plats . « Tu n’as pas besoin de dents pour manger le cochon tellement il est tendre » nous dit un grand père de son sourire édenté. Tout le monde s’affaire et tout doit être prêt pour le séminaire à midi . Comme jus de fruit du corossol, un fruit délicieux que nous avait fait découvrir Muriel et Tetu sur Rikitea . Je demande à une jeune femme mais, vous, que mangez-vous ce midi . Du poulet et du riz ah c’est largement moins bon que les abats du cochon me répond t – elle en se léchant les babines… Au passage ils acceptent de nous vendre quelques poissons chirurgien (umé)congelés dont on se régalera.
A Mahanatoa nous arrivons à la fin du repas , des femmes endimanchées débarrassent les tables. Il y a beaucoup de restes et ils sont partagés entre eux et aux gens de passages . Gentiment ils nous nous font gouter et nous donnent un plateau tressé en feuille de coco rempli de bananes cuite, tarot, patates douces et châtaignes polynésiennes nous disant que sinon cela ira aux cochons.

Encore deux jours de mauvais temps. Même si entre deux grains de pluie nous aurions sans doute assez de temps pour une courte promenade à terre, nous n’osons pas quitter le bateau tellement le clapot est fort. Samedi le temps s’améliore et une belle accalmie nous permet de passer une matinée paradisiaque en plongée tuba sur un petit récif autour du motu . L’après midi nous allons marcher de l’autre côté de l’île et c’est un pêcheur de bénitier avec qui nous faisons connaissance , il nous vend une petite partie de sa pêche en nous expliquant comment cuire ce coquillage. Sa femme nous prépare deux noix de coco et nous donne une pousse de gingembre.

Dimanche, après le mauvais temps d’ouest de la fin de semaine, le vent d’est-sud-est assez soutenu s’établi. Il devrait souffler pour quelque jours (malheureusement accompagné de fort grains et de pluies) avant de s’effondrer en fin de semaine et repasser au nord-ouest. C’est une opportunité à saisir pour une traversée peut-être pas très confortable ( 3 m de creux annoncés) mais rapide vers Tahiti. On aurait bien aimer rester encore un peu mais le mouillage risque d’être très instable sous les grains et s’il pleut beaucoup, nous n’avons pas envie d’être cloîtrés sur le bateau toute la semaine. La décision comme toujours est vite prise et lundi matin 14 juin 2021 à 11 heures, après un court passage à terre pour dire au revoir à Maurice et aux gendarmes, nous quittons Raivavae sous un ciel couvert et 25 noeuds de vent.

Gambier rétrospective, une destination de plus en plus fréquentée.

On en est partis depuis un moment déjà mais on vous avait promis un dernier article sur les Gambier. C’est un archipel tellement prenant et les gens y sont tellement sympathiques que nous avons eu du mal à en partir. Rien que dans le mouillage de Rikitéa nous étions en permanence entre 15 et 25 bateaux , nous nous connaissions tous et il était rare de passer une journée sans avoir été papoter sur au moins à bord de 4 ou 5 bateaux . A terre aussi nous avons été reçus comme des rois et gâtés de tonnes de papayes, de bananes, d’avocats (mais depuis quelques semaines la saison est malheureusement finie) et de citrons que les habitants de l’île nous offraient généreusement. Nous nous sommes fait des amis Mangaréviens avec qui nous resterons en contact. Nous avons aussi fait un peu de voile dans le lagon pour profiter des mouillages paradisiaques mais le temps très changeant en cette saison et notre tirant d’eau ne nous ont pas permis de les explorer tous. En bref un vrai coin de Paradis même si en cette période de l’année le temps varie beaucoup au passage des front froids(en moyenne un par semaine).

Je vous laisse en découvrir nos dernières photos et j’enchaîne sur quelques réflexions à propos de la fréquentation de l’archipel par les plaisanciers.

Nous sommes avec Rolff et Daniella sur leur bateau « Yello », Rolff nous montre ses perles de culture , une vrais merveille . Il perse lui-même les perles pour en faire des bijoux .

Murielle et Tetu nous ont ramener des algues , c’est le caviar Polynésien

dernière ballade sur l’île avant de partir pour les Australes

Quand on relit les blogs des voiliers qui ont visité ces îles il y a une dizaine d’années, ils parlaient de 3 ou 4 bateaux au mouillage de Rikitea, et je ne vous parle pas des intrépides venu là au siècle dernier (1990) qui eux était le plus souvent carrement seuls. Depuis quelques années, çà a énormément changé et j’ai peur que nous devenions un peu trop nombreux pour la quiétude de ces îles manifiques. Je crains aussi que cette popularité leur fasse perdre leur authenticité sans parler de la pollution organique engendrée par tant de plaisancier vivant sur un plan d’eau relativement fermé. Tous les jours de nouveaux bateaux arrivent de Panama ou des Galapagos (beaucoup sans autorisation préalable en dépit des restrictions COVID) voir même du Chili et viennent grossir la flotte au mouillage de Rikitea. Heureusement peu restent longtemps, nous sommes presque en hiver et le climat plus tempéré des Gambier devient trop frais pour beaucoup. Après quelques jours ou quelques semaines ils repartent pour Hao et de là pour les Marquises pour y passer l’hiver et pour beaucoup la saison des cyclones (novembre à mai de l’année prochaine). Mais ensuite où irons-t-ils? Quelque soit leur pays d’origine les bateaux peuvent rester deux ans avant d’avoir à payer la taxe d’importation. La Polynésie est un paradis nautique et aussi une destination relativement facile à atteindre depuis la côte ouest de l’Amérique (Panama pour les Européens, Mexique pour les nord-américains) mais la suite du voyage est plus compliquée donc pour beaucoup celà devient une destination quasi-finale. Le problème existe depuis plusieurs années et la pandémie à empiré le phénomène: les bateaux s’agglutinent en Polynésie particulièrement sur Tahiti et les îles sous le vent mais aussi aux Marquises sans pouvoir/vouloir en repartir . Si les pays du Pacifique n’ouvrent pas leurs frontières et que la Polynésie ne s’organise pas mieux cette surpopulation de « voileux » va devenir un problème douloureux c’est certain. Ce n’est pas encore le cas au Gambier dont la population reste dans son ensemble très ouverte aux voiliers mais jusqu’à quand et que peuvent faire les « voileux » pour continuer à être les bienvenus?

Route Australes

Comme vous avez pu le lire dans l’article précédent nous avons quitté Mangareva dimanche 30 juin en fin de journée. Raivavae notre destination pour cette courte traversée (700+ milles) fait partie, avec sa voisine Tubai et la plus lointaine Rapa, de l’archipel des Australes, poussières sur la carte du Pacifique, ainsi nommé en raison de sa position dans le sud de le Polynésie. De ce fait, leur climat est influencé par le passage des dépressions du même nom qui en hiver ( juin – septembre) franchissent parfois les 30°sud et génèrent un temps plus perturbé et parfois un peu plus frais…
La première nuit et la première journée se sont déroulées au près dans un vent assez faible (6 noeuds) d’ouest puis sud-ouest et une mer confuse peu propice au performances: sur 24 heures depuis le départ nous avons parcouru moins de 100 milles. Mais, comme prévu sur les routages, lundi en fin de journée le vent vire progressivement au sud puis sud-est en se renforçant toute la nuit 10, 14, 19, 25. Rêve à Deux, tout content s’ébroue et accélère, vent de travers c’est son allure favorite.
On terminera quand même mardi matin sous 2 ris et trinquette. Puis dans l’après-midi le grand beau temps s’établi et on peut renvoyer de la toile. On est maintenant au largue, puis avant la nuit, plein vent arrière dans 12 noeuds de vent foc tangonné: des conditions de rêve pour une nuit étoilée comme nous en avons rarement vu.
Mercredi même topo si ce n’est que l’alizé se renforce une peu et met un peu de sud puis de nord dans son est nous obligeant successivement à dé-tangonner, re-tangonner puis finalement empanner pour rester sur la route. Le pilote est exclusivement utilisé en mode vent pour suivre les variations et éviter les empannages intempestifs: donc attention permanente pendant les quarts pour rester sur la route et ajuster les réglages de voilure.
Jeudi matin l’alizé nous abandonne et dans cette mer toujours confuse les voiles battent. Il est 7 heures du matin et il nous reste encore plus de 220 milles à parcourir, nos espoirs d’arriver vendredi soir avant le passage du front orageux s’effritent à vue d’oeil. Mais les gribs indiquent clairement que ce n’est qu’une petite bulle et que nous devrions retrouver rapidement un vent plus soutenu et, en effet, après quelques heures passées à essayer de maintenir une vitesse minimum, le vent de nord est 10 12 nds revient à 142° de la route. Parfait pour le petit spi asymétrique qui est aussitôt envoyé. La vitesse augmente à 7 – 8 noeuds et nos espoirs reviennent: on peut encore le faire et la perspective de rentrer de nuit ou pire, en plein orage (27 nds et des precipitations de plus de 10mm/h annoncée pour la matinée de samedi) nous donne de ailes. Toujours sur spi, Les 10-12nds se transforme en 15-17 à la tombée de la nuit mais on garde le spi pour engranger des milles jusqu’au moment ou il refuse franchement en forcissant encore d’un cran. Nous sommes à 130° du vent par cette force c’est un peu trop serré. Il est 2 heures du matin on fait des pointes à 12 nds dans les surfs: il est temps d’affaler le spi. La manoeuvre se passe comme sur des roulettes (il suffit de bien descendre à 170° du vent le temps de « chaussetter »)et, le foc envoyé, nous reprenons notre route.
Entre temps le vent continue de refuser et on se retrouve à 110° toujours à la même vitesse (8 nds). Peu avant midi l’horizon se couvre et de gros nuages noirs chargés de pluie passent à proximité. On se prépare pour le vent qui normalement devrait accompagner ces grains mais ici tout est différent: le vent tombe presque complètement en tournant vers la droite. Le temps qu’on s’interroge sur la meilleure option: remettre le spi ou passer cette molle au moteur, le vent revient et ne nous lâchera plus jusqu’à l’arrivée. A l’heure de déjeuner les nuages nous laissent entrevoir les sommets de l’île, déjà bien haut sur l’horizon et à 16:15h nous franchissons la passe.
Malgré la lenteur du premier jour et les conditions très variées (nous avons navigué a toute les allures et utilisé pratiquement toute les combinaisons de voilure possible) nous aurons mis 5 jours pour avaler les 738 milles du parcours. Vous l’aurez deviné: on adore tous les deux faire de la voile et cette traversée nous a comblés.
On est ravi d’être arrivé à temps d’autant plus qu’à peine franchie la passe un gros grain accompagné d’une pluie torrentielle vient cacher la beauté du paysage magnifique de cette île et rendre tout son sens au verbe mouiller qu’on a pu appliquer ici autant à l’ancre qu’à l’équipage…
Mise en place des tauds et du récupérateur d’eau de pluie (avec ce qui est annoncé pour les prochaines 24 heures il devrait y avoir largement de quoi remplir les reservoirs et faire la lessive), texto aux amis de Rikitea pour les rassurer de notre arrivée, gratin de citrouille avec un verre de vin pour arroser l’arrivée et nous sommes au lit. A suivre…