On ne s’ennuie pas chez Bismarck

Dimanche 17 octobre, nous sortons de la mer de Bismarck en milieu de journée et retrouvons les eaux du Pacifique Sud à deux degré de latitude sous l’équateur. Notre sortie a d’ailleurs été saluée ce matin par un grain mémorable. C’était au levé du jour, content d’avoir évité tous les orages de la nuit, nous avancions sur la route dans un vent d’une douzaine de noeuds au largue tribord amure. J’était seul sous la véranda, Anne, ayant fini son quart 1/2 heure plutôt, dormait à poings fermés dans sa couchette. Le vent a tout d’abord faiblit quelques instants sans changer de direction puis les voiles ont pris brusquement à contre. Il a fallu en quelques minutes, empanner la grand voile, rouler le foc, enlever la retenue, seul c’était un peu chaud et pour tout dire je commençait à m’emmêler les pinceaux, même si, fort heureusement on avait gardé un ris toute la nuit par égards aux grains menaçants tout au tour de nous. Réveillée par le raffut, Anne est apparue dans le cockpit dans le plus simple appareil (vive les climats chauds!) et, à deux, en moins de 5 minutes nous étions parés bâbord amure juste à temps car le vent montait à 30 noeuds venant exactement de la direction opposée d’ou il soufflait quelques instant plus tôt. Nous avons été récompensés de cette brillante manoeuvre par une formidable douche gratuite (d’où l’intérêt de ne pas s’habiller avant de sortir) avec remplissage express de tous les seaux et recipients que nous avons pu trouver.
Ceci dit, c’est le seul grain sérieux que nous avons essuyés depuis le passage du détroit de Vitiaz. N’allez pas penser pour autant que ces quelques jours passés sur les flots Papous aux accents Prussiens aient été mornes ou ennuyeux. Pas du tout, les conditions météo ont été dans l’ensemble plutôt bonnes nous permettant de progresser à la voile la plupart du temps et même de nous offrir quelques bords de spi bien agréables.
Si les journées sont relaxantes, les nuits sont plus inquiétantes avec feux d’artifice non-stop garanti. On se fait un peu l’impression de stars de cinéma sur le tapis rouge du festival de Cannes aveuglés par les flashes des photographe (au cas où: on oublie pas de sourire). Nous ne sommes pas loin de l’équateur et sans surprise, la tendance orageuse est bien là avec, pour les connaisseurs, des valeurs de CAPE presque tout le temps supérieurs à 2000J/kg sur toute la zone que nous traversons (rouge très, très sombre sur les gribs). Mais les grains orageux semblent, en majorité, s’amasser sur la terre sans développer beaucoup d’activité directement sur notre route.
La pêche va bien aussi. A peine sortis du détroit, un gros barracuda est venu se prendre à notre ligne. Pas le plus succulent des poissons à mon goût mais la ration quotidienne de protéine était assurée pour plusieurs jours et avec de bonnes sauces on s’est bien régalés
Sur la mer de Bismarck il y a beaucoup de traffic commercial. Principalement des vraquiers se rendant vide en Australie ou en revenant chargés de minerais vers la Chine la Corée ou la Japon, des transporteurs de gas naturels (LNG) sur les mêmes destinations et les inévitables porte-containers et leurs milliers de « boites » plus ou moins rouillées. Mais il y a suffisamment de place pour ne pas se gêner, certains se détournant légèrement pour nous laisser passer, d’autre engagent même la conversation à la VHF comme cet officier chinois du Shangai Express.
Et puis il y a les thoniers senneurs qu’on voit illuminés comme des villes en pleine nuit (mais sans AIS) et dont un hélicoptère (ils s’en servent pour repérer les bancs de thons) viendra nous tourner au tour quelques minutes en nous faisant bonjour.
Mais surtout il y a les îles volcaniques. Je peux vous confirmer que ces cônes de roches culminant parfois à plus de 1000m sont bien des volcans et qu’ils ne sont sûrement pas tous éteints. Nous avons, en effet, pu assister en direct à une l’irruption de celui de l’île Kadovar, magnifique panache de fumée et colonne de cendre projetée dans l’atmosphère, impressionnant…

PS: pour voir des photos, revenez sur cette page d’ici une dizaine de jour: depuis le bateau via l’Iridium, nous ne pouvons pas charger grand chose, on se rattrapera une fois à destination.

De Salomon à Bismarck

Détroit de Vitiaz, Mercredi 13 Octobre 2021.
Moins connu que d’autres détroit célèbres comme Cook ou Torres, il est cependant très emprunté par le traffic commercial de l’hémisphère nord vers le Pacific sud. Depuis ce matin on a en moyenne 6 cargos visibles à l’AIS dont 4 en visuel direct et on est encore a une trentaine de milles du passage le plus étroit. Ce passage marque la transition entre la mer des Salomons et celle de Bismarck. Dans le coin, les pointes et les caps portent des noms comme Blucher, Hardenburg, Scharnhorst, Vincke ou encore Peschel, vestiges, sans doute, du rêve colonial tardif et éphémère de nos voisins d’outre Rhin.
Nous sommes à la latitude de 6°S, depuis Dimanche, les sombres grains orageux qui nous pilonnais et nous menaient la vie dure on fait place à un ciel dégagé, une mer d’huile et malheureusement le vent qui va avec, c’est à dire un souffle très faible. Mais sur une eau aussi lisse, 5 noeuds suffisent à Rêve à Deux pour avancer à 3 ou 4 avec sa carène encore parfaitement propre (on vient de piquer une tête pour vérifier). On alterne donc quelques heures de moteur avec quelques heures de voile en profitant au maximum de la moindre risée, on a même re-sorti le spi chaque fois ou le vent était portant. Des conditions donc pas désagréables du tout et qui nous permettent de bien récupérer de la fatigue de la semaine dernière. A noter tout de même la température élevée: 35,4°C à l’ombre quand j’écris ces lignes: les gourdes d’eau sont remplies (et bues) plusieurs fois par quart et tous les hublots et capots sont ouverts en permanence.
La côte Sud-Ouest du détroit est noyée dans la brume, pourtant à quelques km à l’intérieur, les sommets culminent à près de 3000m. De l’autre côté, les îles de la Nouvelle Bretagne et de Umboi d’aspect volcanique, sont bien visibles. C’est dommage de ne pas pouvoir s’arrêter et explorer cette région, mais on commence à se faire une raison: COVID ou pas, de toute façon on aurait jamais eu le temps de tout voir, au moins, maintenant, c’est plus facile, pas de longue délibération et de choix cornéliens: on va ou c’est ouvert…

Passage animé de la mer des Salomon

Dans l’article précédent nous vous avons expliqué notre decision stratégique de passer par la mer des Salomon et le détroit de Vitiaz (entre La Papouasie Nouvelle Guinée proprement dite et l’île de la Nouvelle Bretagne) plutôt que de contourner l’archipel des Salomon par l’est. Nous aurions pu passer aussi par la grande Barrière l’Australienne, traverser le détroit de Tores puis remonter entre l’Indonésie et la Papouasie, comme nos amis de Seayou mais ils partaient de Nouvelle Calédonie c’était donc le choix logique pour eux.
Pendant nos deux premiers jour dans cette fameuse mer des Salomon, nous n’avons eu qu’à nous féliciter de ce choix. Ciel bleu, mer plate vent 3/4 arrière d’une dizaine de noeuds, météo parfaite sans front ni dorsale, c’est sous spi léger à 6 ou7 noeuds que nous avons doublés San Cristobal la première grande île de cet archipel dont les sommets se détachaient sur l’horizon. Çà nous fait mal au coeur de ne pas pouvoir s’arrêter, toutes ces îles restant strictement fermées aux étrangers depuis le début de l’épidémie.
Rêve à Deux adore ces conditions autant que nous et profite de chaque risée pour accélérer. Prudents, par principe, nous envoyons le spi et le gardons jusqu’à la limite de 15 noeuds de vent et l’affalons avant la tombée de la nuit pour le remplacer par le foc tangonné, il n’y a pas de lune ces jours-ci et de toute façon il y a trop de nuages pour y voir suffisamment. Il fait chaud (34° le jour 31° la nuit)et humide et si mercredi matin nous nous réveillons avec un super ciel bleu, au fur et à mesure que la journée avance, les petits nuages d’apparence inoffensive qui passent au dessus de nos tête s’amoncellent au-dessus de l’île de Guadalcanal (célèbre pour une fameuse bataille de la guerre du Pacifique et les épaves qui en tapisse les fonds) pour se transformer en gros cumulus bien noirs, pleins de pluie. Ils s’agglutinent comme un essain d’abeille pour former des orages à la nuit tombées éclairant la mer sur toute sa surface: un sacré bazar. Pour l’instant çà se passe dans notre est, le ciel semble rester plus clément sur notre route. Mais en cours de nuit nous commençons à subir de brusques changements de vent, puis des orages et de violentes averses de pluie passent sur nous. Jeudi matin la situation s’améliore suffisamment pour passer une bonne partie de la journée sous spi mais dans l’après midi la situation commence à nouveau à se dégrader. Le premier grain sérieux nous cueille encore sous spi juste au moment ou on remonte la ligne avec une jolie bonite. Le poisson est hissé à bord sans encombre mais on a pas le temps d’ajuster le pilote et on se fait un joli départ au lof. On rétabli la situation et on rentre le spi à toute vitesse pendant que le vent continue à monter. Trop risqué, il restera dans son sac jusqu’à ce qu’un temps plus homogène s’établisse. Le reste de la journée, toute la nuit et une grande partie du lendemain ne sont qu’une succession de grains violents et de calmes agités, le vent n’arrête pas de changer de direction, parfois de 60° à 160° en se renforçant de 10 à 27 nds en quelques minutes, parfois sous un nuage de pluie bien noir que l’on voit arriver de loin, parfois sans raison apparente. Au début, on avait certes décidés de ne plus utiliser le spi dans ces conditions mais on restait au taquet: grand voile haute avec retenue de bôme, foc tangonné pour garder le meilleur compromis cap vitesse possible, empannages fréquent pour rester sur le bord favorable parce que bien sûr malgré toutes ces variations l’axe moyen du vent est plein vent arrière. Mais tout çà c’est un sacré boulot: nous passons de zéro à deux ris en quelques secondes et nous n’arrêtons pas d’enrouler et dérouler le foc, tangonner, re-tangonner, changer la retenue de bôme de côté. En fin de nuit on décide de simplifier un peu les manoeuvres, on reste sous GV à un ris et foc et on tire des bords à 150° du vent, plus de retenue de bôme ni de tangon à manipuler dans les empannages, on enroule juste le foc dans les surventes. Mais le pire est quant il n’y a plus de vent entre les grains: la grand-voile bat bruyamment sous l’action du clapot désordonné créé par ces grains venant de partout, mettant le matériel à rude épreuve. Alors, à l’aube du troisième jour, on craque, à quoi bon s’épuiser dans ces manoeuvres incessantes et risquer de casser du matériel, on n’est pas à un jour près surtout que devant la météo nous suggérerait plutôt qu’il vaudrait mieux ne pas arriver trop tôt au détroit de Vitaz pour le passer dans les meilleures conditions. On explore même la possibilité de passer entre Bougainville et la Nouvelle Bretagne pour rejoindre la route extérieure évoquée plus haut mais le détour serait de plus de 200 milles avec aucune garantie de rencontrer de meilleur conditions. Donc ce sera navigation la plus cool possible jusqu’à ce qu’on soit sortis de ce mer…r, à savoir sous foc seul que l’on enroulera déroulera en fonction du vent et appuierons d’un peu de moteur dans les calmes: on est pas des boeufs!
Pourtant tout va bien à bord et malgré tout ce raffu quant c’est l’heure de dormir chacun notre tour nous nous écroulons dans notre couchette épuisés par l’exercice et la chaleur (34° le jour 31° la nuit) heureusement l’eau ne manque pas et c’est à poil sous une douche chaude que nous faisons la plupart des manoeuvres . Le thon pêché avant hier et les légumes frais qui nous restent nous permettent encore des repas succulents et excellents pour le moral (Domi, le gourmand, proposait de prendre pour slogan: Rêve à Deux – le bateau où on mange le mieux).
Pour résumer notre vision de la mer des Salomon d’un point de vue météo: une zone instable d’eaux chaudes soumise à des influences continentales et océaniques complexes, on ne s’étonne pas que c’est précisément ici que se forme un grand nombre des cyclones qui sévissent chaque année sur le Pacifique Sud…
Et la bonne nouvelle est que nous venons de franchir la mi-parcours après seulement 11 jours de mer depuis Savusavu et qu’il ne nous reste plus que 450 milles pour sortir de cette mer des Salomon et entrer dans celle de Bismarck.

La porte de Nord Vanuatu

Toute traversée bien préparée comporte des portes virtuelles ou il faut décider de la route à prendre pour la suite du parcours. Pour nous cette première porte était matérialisée au sud par les îles Torres et au nord par Vanikolo avec deux possibilités, franchir cette porte et passer à l’ouest des Salomons pour remonter le long de la côte de Nouvelle Guinée ou continuer vers le nord en contournant cet archipel au large par l’est. La route « ouest » est plus courte de 75 milles (soit 2,5% du trajet total) et elle passe entre de grosses îles bien cartographiées au lieu d’une multitude d’atolls et autres récifs n’apparaissant sur l’écran qu’au zoom maximum pour la « est » mais c’est aussi une route trés fréquentée par les cargos contre seulement quelques pêcheur à l’est (d’autant qu’on ai pu en juger sur Marine Traffic avant le départ). La décision finale s’est faite hier avec le dernier routage météo: 80 cm de houle et vent modéré portant à l’ouest contre 2 à 3 mètres de houle et vent très variable à l’est. Y a pas photo, par la route ouest nous passerons donc… En plus toute la journée d’hier on a vu s’empiler les nuages et passer les trains de grains dans notre nord est: peu engagent. On était juste dans la zone de transition entre les deux systèmes matérialisée par une dorsale, ce qui nous a quand même permis de nous prendre quelques beaux grains accompagnés de pluies diluviennes sans doute pour nous donner un avant goût de ce qui nous attend dans la zone équatoriale…
On a donc mis le clignotant à gauche avant la nuit pour franchir la porte et là, nous sommes vent de travers dans 10 noeuds de vent sur une mer quasiment plate avec un ciel assez dégage. C’est reposant, d’ailleurs nos corps ne s’y sont pas trompés et on s’est octroyé chacun à notre tour un quart couchette de 4 ou 5 heures de sommeil ininterrompu…
Mais, me direz vous, cette première partie a-t-elle été si fatigante que çà? Pas réellement, juste comme un début de traversée habituel où on se contente plus ou moins des 2 heures de sommeil entre chaque quart de nuit additionnées de quelques moments de repos supplémentaires grappillés par-ci par-là au cours de la journée. Ajoutez à çà que nous étions vent arrière dans un vent d’une vingtaine de noeuds très instable en direction (notre trace digne d’un breton en retour de fest noz en témoigne) nous contraignant à des empannages fréquents avec à chaque fois le foc à tangonner et la retenue de bôme à remettre plus quelques réductions de voilure pour parer aux grains. Mais ce n’est que du plaisir: on est en pleine mer, on navigue et on est bien.

Cap sur l’Indonésie

Marathon couru à la vitesse d’un sprint, en 7 jours nous avons réussi à boucler toute la paperasse nécessaire à notre entrée en Indonésie, obtenir les visas**, faire les tests PCR et récupérer les certificats correspondants, réparer la cloison longitudinale du coffre arrière (qui avait céder sous le poids combiné des jerrycans de gasoil, de l’annexe et du foc de rechange), faire le plein de vivres, d’eau, de gasoil et de gaz pour une longue traversée (plus de 3000 milles), dénicher et télécharger les cartes et guides nécessaires pour cette région du globe, confectionner un pavillon indonésien, nettoyer le bateau de font en comble, boucler les articles en retard sur le blog et sans oublier bien sûr la préparation de la route (c’est fou le nombre de récifs et d’îlots à peine émergés qu’il va falloir éviter dans cette partie de l’océan – heureusement nous ne sommes plus à l’époque de Lapérouse mais les cartes vectorielles sont traitres: il faut parfois zoomer au maximum pour les voir apparaître) et l’étude de la météo et des routages.
On pensait en avoir jusqu’à au moins Mardi mais finalement Lundi après-midi on est prêts. Un rapide passage ou bureau de douane pour la clearance départ et à 17:30 on largue les amarres pour une nuit de navigation tranquille entre les îles: de Savusavu il y a une bonne journée de navigation avant d’atteindre la pleine mer, idéal pour se mettre en jambe et récupérer un peu de la fatigue de cette semaine de folie. Depuis c’est du vent arrière de 20 à 25 noeuds dans une mer très courte çà bouge un peu mais on avance bien. Comme on est très chargés en ce début de traversée, on évite de porter trop de toile tout en gardant une vitesse suffisante pour ne pas se faire rattraper par les vagues.
Notre but est Sorong au Nord-Ouest de la province Indonésienne de Papouasie Occidentale. Les routages nous font passer par la mer des Salomons et le détroit de Vitiaz (Nouvelle Guinée) à confirmer ce weekend quand nous atteindrons le nord de l’archipel de Vanuatu, affaire à suivre…

**Merci à Dominique et Fabienne de SeaYou pour toutes les infos et les coordonnées des agents. Ils sont partis de Nouvelle Calédonie la semaine dernière. Ils passerons par la Grande Barrière et le détroit de Torres pour à priori le même port d’arrivée. Au plaisir de vous y revoir!

Vie de rêve dans le lagon

Jeudi matin (8/9/2021) Nous retournons au mouillage où Pete nous attend pour célébrer nos retrouvailles.

Le lendemain nous retrouvons Letti avec trois autres femmes du village sur la plage. Elles sont venues pêcher depuis sur 2 kayaks. La pêche est pour elle une activité alimentaire de base mais qui semble rester un plaisir (en tout cas elles rient beaucoup. Leur méthode de pêche est assez particulière pour nous: elles se mettent à l’eau avec le filet et le tire en nageant ou marchant si la profondeur le permet pour entourer les poissons. Mais avec le passage du front froid, et le temps couvert il ne fait plutôt frais et le vent n’arrange rien à l’affaire. Il est presque quatre heure et elles sont dans l’eau depuis ce matin, elles sont transies et elles doivent pagayer encore une bonne heure dans leurs vêtements mouillés pour rentrer chez elles. Letti nous propose de nous donner du poisson contre un thé bien chaud à bord pour toutes les quatre. On leur offre un bon goûter avec, gâteau maison, confiture maison et chocolat. Du coup pour nous remercier elles nous offrent un joli snapper et un gros poulpe. Une fois restaurées, réchauffées et presque sèches il est déjà tard, notre voisin Julian de Quokka2 qui a un zodiac puissant les ramène au village avant la nuit.

Nous le dégusterons le poulpe le jours suivant à bord de Quokka2 avec Julian et de Debra lors d’un dîner très agréable en compagnie de Dennis et Natalia. Julian est Kwi et Debra Australienne mais ils vivent en Australie, ils ont fait « fortune » dans l’agriculture avec notamment une exploitation de carottes de plusieurs centaines d’hectares.

Nous avons trouvé deux petites passes au bout de la plage. Ces deux passes ne sont pas praticables par une embarcation même très petite. Elles forment un canyon étroit débouchant sur deux grandes piscines tapissées de coraux de toutes formes et de toutes couleurs. A marée montante une multitude de poissons y rentrent attirant de temps en temps un requin de bonne taille venu y faire son marché. Heureusement aucun n’a semblé s’intéresser à nous il faut dire qu’il y avait tellement de poisson nettement plus appétissants que nous autour.

Pete nous invite à son tour à bord de son cata. Il n’a pas trop le moral. Les Fidji ayant annoncé une ouverture de ses frontières à partir du 1er Novembre, il avait espérer que sa femme puisse venir le rejoindre. Mais voilà, cette ouverture ne concernera pour l’instant que quelques pays privilégiés dont l’Afrique du Sud ne fait pas partie. Il faudra qu’ils patientent encore pour pouvoir se retrouver et continuer leur voyage ensemble. On est arrivés quand même à lui faire passer un bon moment en essayant le sextant de son père et en se promenant sur la plage.

Samedi 11 Septembre, Pete et son Moon Dust nous quittent pour ancrer plus près de la passe ou il veut pêcher pour remplir son congélateur.

Il est rapidement remplacé au mouillage par un Koro Vida grand monocoque Néo Zélandais (Warwick 53) . Dan son skipper est bien connu des autochtones, il fait partie d’un association caritative et il fait des aller et retour entre Savusavu et Fulaga pour apporter des marchandises et du ravitaillement. Et surprise surprise Olivia de Juniper est à son bord. Sur son blog elle explique très bien l’action de Don et comment ils sont reçu. Je vous invite à aller le visiter. Nous passons encore une super soirée en leur compagnie , le lendemain ils reprennent le chemin de Savusavu pour une nouvelle rotation.

Nous avons enfin trouvé le temps de réparer notre canoé il s’était décollé entre le boudin du fond et celui d’un côté (sans doute trop de soleil pour la colle). Je l’ai cousu et nous avons ensuite collé deux bandes de chaque côté pour étanchéifier (colle 2 composants). Après 48 heures de séchage premier essai: Il n’a plus l’air de fuir. Du coup on s’offre une grande tournée d’exploration du lagon.

3 messages tombent coup sur coup sur l’iridium. C’est Dominique et Fabienne de Seayou et deux agents que nous avions contactés: çà y est, l’Indonésie vient de rouvrir ses frontières. C’est une excellente nouvelle et nous en nous sommes tout excités mais aussi un peu triste de quitter si vite ce havre de paix où la vie semble si belle et sans soucis. Mais il faut se faire une raison. La saison des cyclones approche et personne ici n’oublie les dégats et les victimes des deux derniers. On voit la peur subie et la tristesse due au pertes dans les yeux des habitants dès qu’on en parle. Il serait inconscient de notre part de prendre le risque de rester ici alors qu’une autre solution existe maintenant. Il est donc temps de remettre les voiles pour Savusavu pour complèter les demandes de visas, faire les dernières formalités administratives et refaire les provisions avant de partir pour l’Indonésie.

La dernière journée à Fulaga se passe à ranger tout le matériel, changer d’anodes d’hélice et nettoyer la carène bien comme il faut avant de revenir sur Savu Savu . Charlotte et So sont à la pêche dans le lagon elles viennent nous dire au revoir, prendre une dernière tasse de thé avec nous et échanger un beau crabe qu’elles viennent de pêcher contre 2 pots de confiture (il n’y en a plus au magasin et le prochain bateau est dans 4 semaines) Les larmes aux yeux elles nous souhaitent bon voyage . Pete vient de revenir et il est là aussi pour nous dire au revoir.

A l’heure de la marée haute , nous reprenons la passe qui sans le moindre nous semble bien plus facile qu’à l’aller, il n’y a pas beaucoup de vent et la mer est plate aussi la nuit sera douce est calme nous glissons sur l’eau à a peine 4 noeuds mais rien nous presse , nous sommes à temps pour continuer le voyage.

Le village de Muana-i-cake, la capitale de Fulaga

Ici, contrairement à la plupart des îles ou nous sommes passés depuis notre arrivée au Fiji, il n’y a pas de restrictions sanitaire et on peut aller à terre. Mais qui dit pas de restriction veut aussi dire respect scrupuleux de la tradition. La première chose à faire est donc de nous rendre au village pour faire notre « Sevusevu » (offrande traditionnelle au chef du village). La météo annonçant un passage de front pluvieux et venteux pour les jours suivant nous décidons d’y aller tout de suite après déjeuner et nous déplaçons le bateau de quelques milles pour aller ancrer devant le chemin qui mène au village de Muana-i-cake à un quart d’heure de marche l’autre côté de l’île (il y a trois villages sur l’île mais c’est ici que réside le chef responsable de toute l’île) . A peine arrivés, deux femmes en canoë viennent nous souhaiter la bien venue. Ensuite, Aquilla le pêcheur nous accompagne jusqu’à au village en nous faisant traverser des jardins potager . Ici Pas de masque , pas de panique vis à vis de l’épidémie, les voileux sont les bienvenus. Tous les villageois ont reçu la première injection et attende la deuxième dans quelques semaines .

Aquilla nous confie au bons soin de Letti. Elle même était venue de Savu pour rendre visite à sa famille quant la pandémie à refermé Viti Levu. Elle est donc bloquée là depuis presque 6 mois et ne pourra pas rentrer avant Novembre si le gouvernement confirme la fin du confinement comme prévu. Notez qu’elle n’a pas du tout l’air de se plaindre de la situation. Pour nous elle se transforme en guide affable et compétente et nous mène à travers le village en nous présentant à toute la population et en répondant gentiment à toutes nos questions.

Les enfants nous font de grands honneurs et égaillent notre journées de leurs sourires radieux . Depuis mars , ils n’ont pas d’école. Parmi les mesures confinements décidées, le gouvernement a décrété la fermeture de toutes les écoles du pays. Ils restent donc ensemble à jouer toute la journée à travers le village les plus grands s’occupant des plus petits.

Letti nous conduit à la maison du chef. Nous remettons notre offrande de kava à son adjoint (le Turaga ni koro) qui la présente au chef en récitant les formules traditionnelles. Le chef accepte notre offrande de la même manière. A chaque phrase tout le monde doit taper une fois dans ses mains. Il nous confirme ensuite que nous sommes les bienvenus dans son village, son île et son lagon, que lui et ses concitoyens feront leur possible pour rendre notre séjour agréable. Il nous rappelle les règles et les usages à respecter (comme par exemple de ne pas donner de boisson alcoolisée aux jeunes qui pourraient venir nous en demander ou respecter le repos dominical en n’allant pas à la pêche). Il nous demande aussi la taxe de 50 $FJ (20 euros) qu’il a institué avec l’aval du gouvernement pour tous les bateaux entrants dans le lagon. L’argent ainsi collecté permet de financer une partie les travaux nécessaire pour reconstruire tout ce qui a été détruit par le passage du dernier cyclone (Yasa en décembre 2020) et l’achèvement de la salle municipale construite grâce à une donation d’un plaisancier Australien .

Le village est super bien entretenu l’herbe est taillé ras et chaque chose a son utilité, rien n’est perdu.

La salle municipale est presque fini elle sera bientôt équipée de panneaux solaires ici pas de fil électrique, pas d’internet , et pas de téléphone portable ni de TV juste une liaison internet par satellite à l’école en cas d’urgence. Pas de véhicule motorisé juste une bouette que l’on pousse le long du petit chemin pour le transport des marchandises .

Le village compte plusieurs sculpteurs très habiles qui transforment le bois en objets utiles ou artistiques souvent incrustés de nacre provenant des coquillages locaux .

Les enfants de Lo, l’infirmière de l’île prennent leur bain. Il pleut assez souvent, l’eau est donc relativement abondante. C’est agréable de se baigner en jouant à son aise!

Lo est une personne adorable. Une de ses responsabilités en tant qu’infirmière est de contrôler que tous les visiteurs venant sur l’île satisfont aux exigence de santé (quarantaine et vaccination). C’est avec la plus grande gentillesse et beaucoup de tact qu’elle nous a timidement demandé nos papiers qu’on s’est bien entendu fait un plaisir de lui montrer. (la méthode est sans doute bien meilleur que le traditionnel « z’avez vos papiers! » auxquels nous, français avons été habitués.)

Mais Il se fait tard et il nous faut rentrer au bateau avant la nuit , et en plus les moustiques vont bientôt sortir pour attaquer et dans les sous bois ils sont parait-il féroces.

Retour au bateau nous croisons les derniers villageois qui rentrent au village après leur journée au potager ou à la pêche. Ils nous saluent de grands Bula Bula et s’arrêtent pour échanger quelques mots.

Fulaga: Le paradis existe, on y est entré.

Paysage idylliques dont ces quelques photos sont loin de rendre toute la splendeur surtout qu’ il a fallu se faire violence pour quitter le chenal des yeux et prendre l’appareil photo tellement la passe est étroite et impressionnante. (surtout quand on ne se présente pas à la bonne heure… voir la fin de l’article précédent). Le récif affleure de chaque côtés nous laissant à peine la place pour passer avec nos 4,30 de large.

Heureusement on a vu un gros cata entrer juste avant nous alors on se dit que côté largeur, pour nous, çà devrait le faire. Mais lui a très peu de tirant d’eau alors que chargés comme nous sommes on doit être à 2,10 m. Le sondeur nous renvoie une image très chaotique du fond avec des profondeurs oscillant entre 4,50 m et 7,50 m et de nombreux pics très accidentés. Nous retenons notre souffle , tout va bien il faut encore raser le gros rocher qui marque la fin de la passe et c’est passé. Ouf!

Le lagon est parsemé de gros rochers calcaires (sans doute du corail surélevé) au formes tourmentées et sur lesquels s’accroche on ne sait comment une végétation luxuriante. Le terme magnifique n’est pas assez fort, nous n’avons pas assez de nos quatre yeux pour tout regarder… surtout qu’il faut encore en garder au moins une paire pour slalomer entre les patates de corail. Nous arrivons enfin au mouillage de rêve. Imaginez une zone de plusieurs hectares protégée de toute part par l’île elle même ou les îlots rocheux du lagon, des plages de sable blanc bordées de cocotiers et de forêt tropicale, une eau parfaitement transparente, des fonds de sables vraiment plats et fait de bon sable dur et enfin une profondeur de 4 mètres sans aucune patate de corail pour accrocher la chaîne. Par contre, rançon de la popularité de l’île, il y a déjà quatre bateaux ancrés, tous des catamarans dont le Moon Dust de notre ami Pete que nous avion laissé à Vanua Balevu il y a un mois et que nous sommes ravis de retrouver. (Bon c’est plus que ce à quoi on avait pris l’habitude au nord de Vanua Levu mais ce n’est pas non plus la foule de certain mouillages de l’archipel Polynesien )…

Départ de Savusavu pour le groupe Lau

Une courte escale quelques jours à Savusavu pour remplir la cambuse avant de repartir pour les îles nous permet de faire la connaissance d’Olivia, metteur en scéne de documentaires et artiste Américaine géniale au tour du monde en solo sur son Juniper de 10,50m (voir son blog).

Nous allons ensemble à l’ anniversaire d’un autre voileux, celui là Britanique. La fête à lieu au Planter’s club un bar doublé d’un restaurant indien situé à cinq minutes à pieds de la marina en direction de la mer. On s’est bien amusé et on a bien mangé: pour 8 $FJ (soit 3,20 euros) chacun, nous avons dégusté un curry poisson d’une saveur remarquable. Au bar, nous avons fait aussi la connaissance de deux techniciens Français d’Alcatel arrivés ici en Mars pour raccorder le câble sous-marin fibre optique trans Pacifique au réseau telecom de l’île. Normalement ils devaient boucler les travaux en 1 mois maximum mais nous sommes en Septembre et ils était toujours bloqués la faute entre autre aux trois quarantaines qu’ils ont dû subir pour pouvoir travailler.

Le lendemain samedi 4 septembre 2021, la météo étant assez favorable pour aller vers l’est (ce qui est plutôt rare dans la région, nous reprenons la mer pour le groupe Lau et de nouvelles decouvertes .

L’idée était d’aller directement à Vulaga, la perle de l’archipel distante de 200 milles, mais dans l’après-midi, on se rend compte que le vent prévu ne nous permettra pas d’arriver avant la nuit le lendemain et deviendrais un peu trop fort et mal orienté le jour suivant pour un franchissement de la passe étroite en toute sérénité. Nous avons donc mis le clignotant à gauche vers Vanua Balavu et au petit matin, nous jetons l’ancre à Soso Bay (Mbatavu Harbour) . Cette fois-ci nous sommes tout seuls dans la baie (à part le gros yacht à moteur des propriétaires du coin qui est là à demeure) et l’eau est parfaitement limpide. Seul petit désagrément, au couché du soleil, nous sommes envahis de fourmis volantes qui se sont agglutinées sous la véranda nous contraignant au matin à un grand nettoyage pas superflu

Profitant du calme et de l’eau transparente et nous nettoyé la carène en apnée etl’après midi Domi est monté au mât pour changer l’ampoule du feux de mouillage et vérifier le grément. Lundi la météo était cette fois vraiment parfaite pour aller sur Vulaga dans des conditions de rêve (mer plate vent portant de 7 à 9 nds)

Nous sortons du lagon de Vanua Balavu par la passe Tongan au sud non sans avoir profité en route de la 4G du relais de Lomaloma pour télécharger de nouvelles images satellite de la passe et du lagon de Fulaga (sur celles chargées précédemment les détails étaient masqués par des nuages…)

Mardi en début de matinée, après un trajet en grande partie sous spi quand on ne zigzaguaient pas entre le îles et les attols du groupe Lau, nous avons avons embouqué l’étroite passe d’accès au lagon de Fulaga. Petite anecdote, le guide qui nous avait été remis à Denarau ainsi que l’application Sailling Fiji sur la tablette indiquait une renverse du courant dans la passe à mi-marée. Nous avions donc ajusté notre vitesse pour arriver pile poil à cet instant. Sauf que la renverse à en fait lieu à l’étale et le courant sortant était donc à son maximum. Mais tout est bien qui fini bien, la mer parfaitement plate, le vent faible et le courant n’excédant pas 3 nœuds nous ont permis de rentrer sans difficulté mais en serrant tout de même un peu les fesses: 45 m de large pour une passe c’est vraiment très étroit surtout quand l’eau est si clair qu’on voit parfaitement tous les coraux de chaque côté….