Passage de la Mer Rouge en Octobre 2022

Quelques constatations et réflexions utiles pour les voileux qui auraient l’intention de tenter le passage.

Contenu:

Préparation du voyage

Le bateau doit être en parfait état : depuis Tanga en Tanzanie jusqu’à Chypre (première escale « facile » après le sortie du Canal de Suez) c’est un parcours de près de 4000 milles dans un environnement très difficile sans réelle possibilité de réparation. Il faut donc faire un checkup approfondi avant le départ (gréement, voiles, instruments etc.). On risque aussi d’y rencontrer beaucoup de calmes (ou plus précisément être obligé de progresser pendant les périodes de calme, en Mer Rouge, la navigation étant souvent impossible ou très difficile quand le vent souffle) et par conséquent de solliciter fortement le moteur : une bonne révision avant le départ mais aussi une carène bien propre sont indispensables.

Nous avons nettoyé la carène en plongée (merci Copper Coat) et fait l’entretient moteur au mouillage à Tanga avant de partir

Autre aspect fondamental, il faut bien se renseigner sur la situation du moment dans les zones traversées, l’évolution des formalités (visas, vaccinations et autres restrictions) dans les pays où on compte faire escale volontaire ou en cas d’urgence. Il existe un groupe privé (pour des raisons de sécurité évidentes) sur Face Book appelé « Red Sea Passage ». Il contient des tonnes de renseignements utiles accumulés depuis plusieurs années par tous ceux qui ont entrepris cette traversée. Pour y avoir accès, il faut contacter Wade, l’administrateur : wade@joana.ca

Et bien sûr, la plus grande partie du parcours se fait dans la zone dite à haut risque (High Risk Area: HRA). C’est là qu’au cours des 2 dernières décennies ont eu lieu de nombreuses attaques de pirates, jusqu’à 2020 principalement d’origine Somalienne mais plus récemment Yéménite. La plus grande prudence et une vigilance de tous les instants sont donc très fortement recommandées. Il est aussi vivement conseillé de s’inscrire auprès des organismes responsables de la sécurité dans la région et de suivre leur recommandations: UKMTO, MSCHOA (opération Atalante) et pour les navigateurs Français, notre Marine Nationale (MICA Center et ALINDIEN). L’inscription se fait très facilement sur leurs sites respectifs quelques jours où même quelques semaines avant le départ, c’est entièrement gratuit.

Illustration: Maritime Security News

Traversée de la zone à haut risque ( HRA)

Nous rendions compte quotidiennement de la situation et de notre position à : Watch keeper UKMTO, MSCHOA, MICA Center, ALINDIEN et MRCC Griz Nez (Comme nous l’avons toujours fait avec Griz nez depuis le début de ce voyage, au cas ou nous aurions à déclencher notre balise EPIRB vu que c’est ce MRCC qui reçoit les messages de détresse de toutes les balises enregistrées en France) . Un seul e-mail standardisé pour tous. Watch keeper UKMTO répond systématiquement (accusé de réception automatisé) ALINDIEN et Gris Nez souvent, MSCHOA et MICA Center demandent parfois des précisions.

Crédit photo: Marine Japonaise, base d’Atsugi

De ces forces de sécurité, nous n’avons vu que l’avion Orion P3 de la marine Japonaise patrouillant dans le golfe d’Aden. Nous avons échangé quelques mots par VHF avec lui à chacun de ces 3 passages. Nous avons également entendu des bulletins d’avertissements réguliers diffusés par un navire de guerre Japonais dans la même zone. C’est tout : aucune surveillance visible dans l’océan Indien, ni dans la mer Rouge.

Nous n’avons fait aucune mauvaise rencontre.

Les seuls contacts que nous ayons eus, étaient au large de l’Érythrée, avec de gentils pêcheurs yéménites voulant vendre leur pêche ou l’échanger contre de l’eau douce.

La zone à haut risque est supprimée à partir du 01/01/2023 et le mandat de l’opération Atalante se termine. Le risque de pirateries ou d’attaques est certes beaucoup plus faible qu’il y a quelques années mais demeure tout de même (voir ici https://www.ukmto.org/indian-ocean/recent-incidents). Il est donc toujours recommandé de s’inscrire auprès du MSCHOA, MICA Centre et du Watch keeper UKMTO. d’être attentif et de bien garder ses distances de la côte somalienne et de la côte Yéménite.

Vents et courants :

La majeure partie des voiliers qui remonte la Mer Rouge le font de Février à Avril. Ce n’est pas que les conditions soient plus favorables sur cette mer pendant cette partie de l’année (elles sont pratiquement les mêmes toute l’année et jamais vraiment favorables) mais la mousson souffle dans le bon sens pour entrer dans le golfe d’Aden en venant d’Inde, des Maldives de Malaisie ou d’Indonésie. Mais si, comme nous, vous venez de la côte Africaine de l’océan Indien la bonne saison est de mi-Septembre à fin Octobre.

Selon les données historiques, pilot charts (disponibles ici) ou Nullschool (https://earth.nullschool.net/) c’est le moment où la mousson du nord-ouest est encore active le long de la côte somalienne mais génère des conditions plus maniables dans la région de Socotra. Plutôt (de Juin à Septembre) les vents sont violents autour de Socotra plus tard (à partir de Novembre), l’alizé de Nord Est rend difficile la remontée de la côte Africaine.

Océan Indien

Nous avions planifié de quitter la Tanzanie vers le 20 septembre pour pouvoir contourner Socotra durant les premiers jours d’octobre. Et c’est exactement ce jour là que les GRIBS GFS à 16 jours (pour ce qu’ils valent) nous donnaient le meilleur créneau. Pendant tout le trajet, de Tanga à Socotra les prévisions GFS ce sont révélées exactes, nous n’avons jamais eu plus de 20 nœuds et toujours un courant favorable ou dans le pire des cas neutres.

Le courant est fort, nous avons enregistré jusqu’à 3 nœuds. Il pousse vers le NE jusqu’à 150 NM au large de la Somalie. Plus loin de la côte, il peut être contraire et aussi fort. C’est aussi la zone où le vent est le plus favorable. A 200 NM le vent devient très faible. La prédiction des grib RTOFS pour le courant s’est avérée assez précise.

La HRA (tracé rouge sur la carte) s’étendant jusqu’à près de 300 milles de la côte Somalienne, il n’est pas envisageable de l’éviter sauf à se battre contre le courant contraire dans des vents très aléatoires. Pas question non plus de s’aventurer trop près de la côte, les pirates somaliens semblent un peu calmés mais il ne faut pas tenter le diable. Nous nous sommes donc fixé une zone intermédiaire pour notre navigation allant de 100 à 200 milles de la côte (lignes bleues sur la carte). Il est intéressant de constater que notre routage initial (ligne verte sur la carte) passait pratiquement au milieu de cette zone intermédiaire. C’est aussi à peu de chose près la route que nous avons suivi.

Mer d’Arabie

Nous avons atteint Ras Darisha, la pointe la plus Est de Socotra le 29/09/2022 couvrant les 1500 milles depuis Tanga en 9 jours: une première partie de traversée rapide et agréable. Par contre, le contournement de Socotra a été plus compliqué. Le relief de l’île étant très escarpé l’alizé est très perturbé sous son vent. Même à 20 ou 30 milles au large de l’île et on a tout eu, du calme plat jusqu’à des rafales soudaines à 20 nœuds ou plus plusieurs fois par heure : pas de tout repos… Une fois passé la point Ouest de Socotra on a retrouvé un bon 15 à 20 de nœuds de travers bien établi avec un peu de mer.

Maintenant que la HRA va être supprimée, il sera très avantageux de passer entre Socotra et le continent. D’ailleurs, tous les navires marchands à destination ou en provenance de l’Afrique de l’Est que nous avons aperçu à l’AIS ou visuellement empruntaient cette route.

Golfe d’Aden

Dans le golfe d’Aden proprement dit, le vent était assez faible (jamais plus de 10 nds lors de notre passage) mais de direction assez constante. Nous avons pu porter le spi pendant une soixantaine d’heures sans interruption. Mais nous avons également eu de longues périodes de calmes plats, que nous avons affrontées au moteur. La mer était très calme et les courants faibles. Nous sommes restés entre la côte Somalienne et le corridor emprunté par les navires marchands ce qui semblait un bon compromis entre la sécurité (pirates d’un côté et risque de collision de l’autre) et les conditions de vent et de courant.

Pendant toute la traversée du Golfe d’Aden nous avons surveillé les prévisions pour le détroit de Bab El Mandeb et le Sud de la Mer Rouge. Comme elles étaient stables et favorable, nous avons décidé d’en profiter et de continuer sans nous arrêter à Djibouti. L’idée étant d’arriver le plus tôt possible en Méditerranée et bénéficier des conditions encore agréables de l’arrière saison

Mer Rouge

Octobre 2022 s’est avéré un bon choix pour remonter la mer Rouge. A part la température très élevée (air 38°C le jour, toujours >30°C la nuit, mer : 36°C) nous n’avons pas souffert. Nous avons eu presque toujours assez de vent pour naviguer à la voile et jamais plus de 20 nœuds établis (25 en rafale). Au dessus de cette force, le vent lève une mer très courte rendant le près très pénible. Le bateau tape et a beaucoup de mal à atteindre une vitesse décente à un angle de vent raisonnable, mais pour nous, au moteur, çà aurait été pire et il aurait fallu attendre les périodes de calme pour progresser. Nous n’avons pas perdu de temps ni eu a utiliser beaucoup le moteur.

Les courants sont également étonnamment forts dans certains endroits. Ils semblent former de grandes boucles sur toute la largeur de la mer. Le long des côtes égyptiens, ils semblaient pousser principalement vers le sud tandis qu’au milieu et parfois le long de la côte de l’Arabie Saoudite, ils se dirigeaient vers le nord ou étaient neutres ou non existants. Ici, les prédictions données par les gribs RTOFS et Copernicus, bien que montrant des schémas parfois très différents, étaient toutes les deux fausses la plupart du temps.

Dans le détroit de Bab el Mandeb et le sud de la mer Rouge, nous avons eu un vent faible à modéré tournant progressivement du secteur Sud au secteur Nord avant d’atteindre Suakin. Le modèle GFS était extrêmement précis dans cette partie.

Le reste de la mer Rouge s’est fait uniquement au près mais la direction du vent variait du NW au NE : généralement plus W le long de la côte de l’Arabie saoudite, plus E du côté égyptien et pile dans l’axe au milieu. Mais pour toute une journée, le vent était bien de la force indiquée sur les gribs mais, chose exceptionnelle sa direction était à plus de 120° de celle indiquée 180° par les modèles GFS et ICON. Dans le Golfe de Suez le vent était plus ou moins dans l’axe (NW), beaucoup plus fort côté NW (25 – 30 nds) alors que côté Sinaï on avait 15 à 20 nds et une mer raisonnable nous permettant de tirer nos bords dans de bonne conditions.

Cartographie

Nous utilisons Maxsea Time Zero 4.1 avec la dernière mise à jour de la cartographie C.MAP (11/2021).

Les cartes se sont montrées précises et fiables particulièrement pour le détroit de Bab El Mandeb, la côte Soudanaise et le golfe de Suez. La côte Egyptienne, en dehors du golfe de Suez, des environs de Safaga et de Hurgada, est très peu détaillée mais il n’est de toute façon pas recommandé de s’y arrêter (risque de devoir payer un visa ou une amende à des coûts prohibitifs) . Nous n’avons navigué en vue de côtes uniquement pour la remonté du Soudan (effectuée à l’intérieur du récif avec une nuit dans une marsa) et du golfe de Suez (côté Sinaï). Le reste du temps nous sommes resté au large où ,compte tenu du traffic très dense, la visualisation des cibles AIS sur la cartographie et une veille très attentive sont indispensables.

Nous n’avions pas réussi à nous procurer le Red Sea Pilot (épuisé chez l’éditeur), le seul guide pour cette mer, mais on s’en est passé sans aucun problème. Par contre nous avions bien sûr des images satellites de toute la côte bien utile pour rentrer dans les marsas si le besoin s’en était fait sentir (par exemple si nous avions du nous abriter du mauvais temps …)

Trafic Maritime

Si nous n’avons rencontré que 2 navires entre Tanga et Socotra, la suite du voyage s’est avérée tout à fait différente.

La Mer Rouge et le Golfe d’Aden font partie des zones de trafic les plus denses du monde. Des zones de séparation de trafic sont en place dans le golfe d’Aden, le Détroit de Bab El Mandeb et le Golfe de Suez. Dans les 2 premières nous n’avons pas entendu de contrôle mais la grande majorité des navires marchands s’y conforment. Nous sommes toujours restés à l’extérieur du « rail ». Par contre dans le Golfe de Suez le contrôleur nous a contacté par VHF une trentaine de milles avant Ras Mohamed pour confirmer nos intentions et nous a rappelé à l’ordre, très gentiment, quelques milles avant la zone d’attente de Suez quand un de nos bords nous a amené à mordre la limite du chenal, il nous a ensuite indiqué à quel endroit mouiller.

La zone de mouillage de Suez. Le contrôleur vous indiquera un emplacement où mouiller en attendant une période sans trafic pour rejoindre le Yacht Club ou se déroulent les formalités. Nous c’était le 3C

En mer rouge il y a aussi beaucoup de trafic transversal. Il y a bien sûr les Ferries, RORO et autre cargo assurant la liaison entre l’Egypte et L’Arabie mais il y a surtout les navires qui attendent leur tour dans les zones plus abritées à la limite des eaux territoriales Erythréennes ou Soudanaises pour aller charger aux ports Saoudiens.

Nous avons fait très attention de ne pas interférer avec la route des cargos mais, mis à part une seule fois pour laisser passer un ferry tout en haut de la mer Rouge, nous n’avons pas eu à modifier notre cap pour éviter une collision. Les navires marchands, beaucoup plus rapide que nous ont toujours fait ce qu’il fallait pour passer suffisamment loin de nous.

Un bon AIS (émission et réception) avec une antenne aussi haute que possible (la notre est en tête de mât) et un écran bien lisible (de préférence superposé sur la cartographie) est indispensable. Et bien sûr: veille permanente et VHf allumée comme dans toutes le zones à fort trafic.

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Moteur et carburant

Nous sommes partis de Tanga avec 220 litres dans le réservoir et 200 litres en bidon. C’est la quantité habituelle que nous embarquons pour une traversée océanique. De Tanga à Chypre nous avons utilisé en tout et pour tout 250 litres de Diesel dont 140 dans le golfe d’Aden et le sud de la Mer Rouge, 80 dans le nord de la Mer Rouge et le Golfe et de Suez et 30 dans le Canal pour un temps total au moteur de 157 heures (dont 30 à cause d’une voile d’avant endommagée que nous n’avons pas pu changer tout de suite) sur un temps de navigation total de 29 jours jusqu’à Suez plus 2 pour le canal soit 22,8%. Consommation moyenne 1,6 l/h (le moteur est un Volvo D2-55 (55 ch) que nous utilisons à 1200 à 1500 tr/min) pour une vitesse moyenne de 4,8 nds. Comme nous avons repris 140 litres à Suakin, nous sommes arrivés à Chypre avec encore 110 litres dans le réservoir et 200 en bidons.

Combien çà coûte

Nous avons eu une bonne fenêtre météo et nous avons pu nous rendre directement à Suakin sans nous arrêter à Djibouti. C’est évidemment une économie substantielle et en cette saison la température était de toute façon beaucoup trop élevée pour profiter de cette escale.

Suakin

Frais d’agent, dédouanement compris 250 USD

Nous avons acheté:

140 litres de gazole à 1,50 USD/l = 210 USD

200 litres d’eau purifiée pour 60 USD

Carte SIM (10GO) 30 USD

et dépensé environ 150 USD pour la lessive, l’épicerie, les restaurants et la visite à Port Soudan

Total 700 USD

note sur les espèces au Soudan : les cartes de crédit internationales ne sont acceptées nulle part dans le pays, ni dans les distributeurs automatiques de billets (quasiment inexistant de toute façon) ni dans les commerces. Le seul moyen pour les étrangers d’obtenir de l’argent est d’échanger des dollars US ou si on en a pas assez de demander à quelqu’un dans son pays d’origine d’en l’envoyer par Western Union à la Banque de Khartoum à Port Soudan.

Suez

Frais de transit du Canal de Suez 250 USD après mesurage du bateau, pilotage compris

Dédouanement du port de Suez. 335 USD incluant les frais d’immigration.

Taxes portuaires. 60 USD

Frais d’agent. 80 USD

Frais de port de plaisance. 21 USD (1 nuits) même si ce n’est pas vraiment un port de plaisance, juste un ponton délabré.

Total 746 USD

Ismalia

Port de plaisance pour 2 nuits 42 USD

2 pizzas : 10USD (l’autre choix c’était sandwichs)

Total 52 USD

Pas de pourboire ou bakchich à quiconque (même si le 2ème pilote a bien fait une tentative) donc c’est tout .

Grand total dépensé de la Tanzanie à la Méditerranée : 1498 USD (environ 1500) ou 1250 si on ne compte pas les courses (qu’on choisisse de passer par la mer Rouge ou par le Sud de L’Afrique il faut quand même se nourrir)

Notez que seul les Euros et les Dollars US ou un mélange des deux sont acceptés par tous les agents. A Tanga nous avons pu acheter très facilement des dollars à la banque. Nous avions retiré des euros à Mayotte.

Agents

Pour entrer au Soudan et pour passer le Canal il faut obligatoirement utiliser des agents. Nous avions choisi, Mohamed Abu Baker à Suakin et le Captain Heebi (Prince of the Red Sea) et ce choix nous à donné entière satisfaction se sont tous les deux d’excellents professionnels et ils ont fait un très bon travail !

Voici leurs coordonnées:

Suakin: Mohamed Ahmed, WhatsApp +249 91 214 2678, mohamedabubaker945@gmail

Suez: Captain Heebi, Whatsapp: 00201005522988, princeoftheredsea@gmail.com

A noter aussi le travail extraordinaire effectué par Mohamed Monsen, responsable de la plaisance au sein de l’Autorité du Canal de Suez pour éliminer toute forme de corruption et rendre le passage de nos bateaux plus agréable et plaisant.

Visas

Au Soudan pour les plaisanciers il n’y a pas besoin de visa tant que vous restez sur la côte, le permis de croisière suffit (compris dans les 250 USD de l’agent). Par contre si vous voulez vous rendre à Khartoum il vous en faudra un et c’est très cher…

En Egypte, si vous ne faites pas d’escale avant Suez il n’y a pas besoin de visa. Par contre si vous faites escale avant dans un port ou une marina (par exemple port Ghalib) ou encore si vous voulez sortir de l’enceinte du Canal il vous en faudra un et il expirera dès que vous sortez du port si bien qu’au port suivant il faudra en reprendre un nouveau. Coût à chaque fois 216 USD/bateau (immigration entrèe sortie) + 25 USD/personne (visa proprement dit) Une courte escale sur ancre et sans descendre à terre pour ce mettre à l’abri du mauvais temps est toléré dans quelques marsas du golfe de Suez. Capt Heebi nous en avait indiqué 4 qui étaient sûres à ce moment là, dans d’autres le risque est de se voir refouler manu militari ou plus probablement « plumer » par des officiels corrompus. On déplore la différence entre ce traitement réservé aux seuls plaisanciers par rapport aux voyageurs aériens qui peuvent rentrer et circuler dans tout le pays sans visa. Mais des voix commencent à s’élever au sein des autorités gouvernementales pour essayer d’améliorer la situation.

Pourquoi passer par la Mer Rouge

D’abord parce qu’on en avait très envie. C’est une région chargée d’histoire et d’aventures (qui n’a pas lu Henry de Monfreid?) Et même si on a pas pu faire les escales qu’on aurait aimer faire, se glisser entre l’Afrique et l’Arabie par la Porte des Lamentations (Bab El Mandeb) ou contempler les hauteurs du mont Sinaï est déjà l’aboutissement d’un rêve.

Ensuite comme nous l’avons partiellement expliqué plus haut, c’est une question de saison. Pour passer par le Cap de Bonne Espérance, il aurait fallu attendre fin Novembre à la Réunion ou à Mayotte pour traverser jusqu’à Richards Bay puis avancer par étape entre les dépressions jusqu’au Cap pour ensuite remonter tout l’Atlantique soit pratiquement le double de route.

Et enfin, nous avions commencé ce tour du monde par une descente de l’Atlantique et un passage en Patagonie, avant de boucler la boucle, nous voulions découvrir la Méditérannée d’Est en Ouest.

Pour terminer: si vous prévoyez de transiter par le canal et la mer Rouge, soyez sûr de prendre les dernières informations concernant la sécurité et les formalités administratives car elles évoluent constamment…

Meilleurs Vœux à tous pour 2023

A toutes et à tous, nous vous souhaitons une fantastique année 2023 avec plein de bonheur et, si vous êtes voileux, de belles navigations sans entrave administrative ni quarantaine. Mais surtout, puisse-t-elle être celle de la paix retrouvée et d’actions décisives pour la survie de notre planète.

Pour nous, elle commencera par notre première pause hivernale depuis bien longtemps… Nous avons laissé Rêve à Deux à la Marina de Rhodes pour rentrer chez nous en Touraine et passer les fêtes en famille. Mais ne vous inquiétez pas, ce ne sera qu’un court intermède, début Mars nous devrions être de retour à bord. Entre temps, continuez à suivre ce blog! En attendant de nouvelles aventures maritimes, on va essayer de publier quelques articles techniques.

Bonne année à tous!

Au revoir Turquie!

C’est un ciel chargé de pluie que nous quittons la Turquie, il faut avouer que depuis quelques jours nous n’avons pas été gâtés par le temps. Toutes les nuits depuis une semaine des orages interminables déversaient des tonnes d’eau sur Fethiye et ses alentours, couvrant de neige les sommets les plus élevés. La température extérieure a chuté à 13 ° la nuit et 19 ° le jour et la petite couette ne suffisait plus pour réchauffer nos vieux os acclimatés aux températures tropicales depuis trop longtemps. Deux couvertures en polaire furent ajoutées. Nous avons même remis en route notre chauffage qui a bien voulu redémarrer sans problème après deux années de repos. Dire qu’il y a une semaine nous nous baignons encore dans cette méditerranée et qu’elle était toujours à 26°…

Nous avons tout organisé pour laisser Rêve A Deux pendant 3 mois à Rhodes (Grèce) le temps d’aller passer Noël en France avec la famille. Les billets sont pris pour le 6 décembre, nous sommes déjà le 27 novembre, il est temps de songer à programmer cette courte traversée de seulement 45 milles.

Mais les prévisions météo changent tout le temps et à deux jours près le temps calme annoncé devient un coup de vent à ne pas pouvoir prendre la mer. Nous avions prévu de partir le jeudi 1er décembre : tous les modèles consultés pendant le weekend indiquaient que la perturbation orageuse allait enfin se calmer et nous donner des conditions favorables pour ce jour là. Mais lundi, tout avait encore changé: une nouvelle dépression se dessinait à l’horizon nous laissant entrevoir pour le Jeudi une traversée assez rude et surtout de très fortes rafales à l’arrivée. Par contre Mardi, çà semblait vouloir passer même si l’arrivée risquait d’être un peu « olé-olè ». Pas question de risquer d’être bloqués ici, il faut y aller. Nous avons donc avancé le départ de 48 heures pour passer entre les deux dépressions, le créneau était court et çà promettait d’ être, sportif, mais pas infaisable. On est donc descendu à terre pour faire les formalités de départ chez l’agent , en 30′ chrono nos passeports étaient tamponnés et on avait notre clearance (coût de l’opération 65EUR mais, vu l’efficacité, çà vaut le coup). En plus on avait le droit de passer la nuit à l’ancre dans la baie. La nuit a été encore une fois orageuse, au matin il tombe des cordes. Dès que la pluie se calme on lève l’ancre. Ensuite, rien ne s’est passé comme prévu, au sortir de la baie on devait avoir 6 à 8 nds on a eu 15 à 20, au milieu on devait avoir un vent de SE 14 à 18 nds on eu du vent de NW 7 à 10 nds jusqu’à l’arrivée où on devait avoir des rafales jusqu’à 20 nds mais en fait il n’y avait pas un souffle dans le port. Tous les modèles consultés s’étaient « plantés grave »: GFS, ECWF, ICON EU, ARPEGE, Meteo Blue, pas un pour racheter l’autre, si on vous dit que la Méditerranée est imprévisible, je vous confirme que s’est vrai! Nous sommes donc passés comme des fleurs sous un temps plutôt agréable une fois passées les pluies du début.

Deux marins de la marina nous attendaient pour prendre nos bouts. Le port est quasiment vide. Nous sommes bien installés pour encaisser les tempêtes hivernales qui sont parait-il assez sévères ici.

La température est plus clémente, aussi nous avons délaissé les couvertures supplémentaires et nous nous endormons bercé par la houle du port.

Le lendemain il fait un soleil superbe. Nous sortons nos trottinettes pour aller en ville faire nos formalités d’entrée en Europe et ce n’est pas simple même pour nous qui battons pavillon Français . Nous nous rendons d’abord à l’autorité portuaire tout au bout du port Ouest La fonctionnaire enregistre notre entrée et copie passeport, preuve de payement de la taxe sur les bateaux de croisière (voir plus bas), attestation d’assurance acte de francisation et liste d’équipage. Il faut ensuite avec ces mêmes documents photocopiés en 4 exemplaires se rendre à la douane dont le bureaux est sur le quai Est du grand bassin des ferries pour faire la clearance d’entrée. De là il faut ensuite aller à la police des frontières (heureusement sur le même quai) pour le contrôle des passeports (le scanner à mis un bon quart d’heure à bien vouloir fonctionner) et rajouter un coup de tampon sur la liste d’équipage (nos passeports n’ont pas besoin d’être tamponnés, on est européens!). Et finalement il faut revenir à l’autorité portuaire remettre la liste d’équipage dûment tamponnée. Ouf! le parcours est terminé. De tout ce voyage, c’est l’une des entrées les plus compliquées que nous ayons faite juste derrière l’Indonésie et le Brésil. Mais ce n’est pas fini. Avant d’entrer en Grèce il faut payer la taxe sur les bateaux de croisière (TEPAI) on l’avait réglée sur internet avant de prendre la mer une première fois pour décembre comme on croyait partir le 1er et une deuxième fois pour novembre puisqu’on est finalement partis le 29/11. Cette taxe de 8 euros par mètres soit 102 EUR pour nous est a payer tous les mois où le bateau navigue dans les eaux grecques même pour un seul jour et il ne faut surtout pas oublié de la payer sous peine d’une forte amende . On peut en être dispensé pour les mois ou le bateaux est immobilisé au port mais il faut aller à la police maritime demander une dispense, ce que nous avons fait et çà nous a pris encore une bonne demi-heure. Pendant toute cette période d’immobilisation la police garde l’original de l’acte de francisation en gage.

C’était une matinée bien remplie, nous rentrons en longeant les quais. en nous régalant de la beauté des remparts de Rhodes . Puis nous pénétrons dans la vieille ville. Elle est doublement fortifiée et a gardé tout son charme . De début Novembre à fin Mars toute la vieille ville se met en hibernation, les commerces, les boutiques de souvenirs, les cafés et les restaurants ont pratiquement tous mis leur rideau de fer. Seul les musées restent ouvert. nous irons y faire un tour avant de partir s’il nous reste assez de temps.

En fin d’après midi le vent qui soufflait toute la journée s’est calmé. On en profite pour dégréer les voiles et le plier car la météo prévoit de forte pluies pour les jours suivants.

Jeudi, 1er Décembre le vent souffle très fort accompagné d’une pluie diluvienne. Heureusement qu’Anne avait insisté pour partir Mardi!.. On trouve tout de même une éclaircie assez longue pour que le maître voilier vienne chercher nos voiles abimées et qu’on se mette d’accord avec lui sur les réparations à effectuer avant notre retour.

Rêve A Deux est bien amarrée avec des amortisseurs contre la houle, les voiles d’avant sont retirées et il est fin prêt pour passer les trois mois en sécurité seul sans nous .

Turquie: Tlos la métropole lycienne

Comme le temps au large ne semble pas vouloir s’améliorer pour les prochains jours (on comprend pourquoi ici la saison se termine au 15 Novembre) nous avons décidé de louer une voiture et d’aller voir un peu l’intérieur du pays. Notre but: les ruines de l’antique cité Lycienne de Tlos.

Les origines de la ville remonte à plus de 4000 ans. Au 15ème siècle av. JC elle était déjà l’une des plus importantes métropoles de la région. La nécropole dont les tombes sont creusées à même le piton rocheux serait dédié à Bellérophon le cavalier du fameux cheval ailé Pégase. Envahie par les Perses en 540 av. JC, c’est sous leur domination qu’elle connu son apogée. Elle fut ensuite Grecque (beaucoup des construction encore visibles aujourd’hui datent de cette époque) puis Romaine . Les Romains en firent le chef lieu d’une province autonome au premier siècle, ils ont aussi beaucoup contribué à l’architecture de la ville avec notamment le théâtre. Pendant l’époque Byzantine elle est devenue chrétienne avec le statut d’évêché.

Au 19ème siècle un prince Ottoman décida de se faire construire un château au sommet du pic rocheux en utilisant les pierres de monuments antiques: quel gachi! même si de là haut la vue est magnifique.

La taille du stade dont les gradins peuvent accueillir 2500 personnes et les deux établissements de bain d’une taille colossale donnent une idée de l’importance de la ville dans la région.

Après une bonne matinée passée à arpenter ses ruines spectaculaires, la faim se fait sentir. La saison étant finie, beaucoup de resto sont fermés heureusement sur le bord de la route on en trouve un qui est encore ouvert! Et on est bien tombé, c’est un restaurant traditionnel la cuisine est délicieuse et les hôtes fort sympatiques. On assistera en direct à la confection des sufkas les fameuses crêpes Turques plus fines que du papier.

On termine cette belle journée par la visite des gorges de Saklikent.

Nous redescendons dans la vallée. Les routes sont bonnes et bien entretenue. Les vallée sont très cultivées avec beaucoup de plantations d’oliviers et de fruitiers (oranges, citrons) mais aussi beaucoup de serres (tomates et autres fruits et légumes). Autant les montagnes sont grandioses et très particulières, autant ces vallées n’offrent pas grand dépaysement, les villages, d’aspect modestes pourraient être n’importe où en Europe à la seule différence de la mosquée qui remplace l’église.

La journée a été bien remplie! Il est maintenant grand temps de prendre le chemin du retour si on veut avoir le temps de faire quelques courses avant de rentrer au bateau.

Turquie: Fethiye

Du très mauvais temps est annoncé pour la fin de la semaine, le week end et le début de semaine prochaine avec vent fort, orages et pluie. Gemiler est bien protégé mais on risquerait d’y être bloqué un moment. On recherche donc un endroit protégé plus à l’Ouest. Pourquoi pas une marina, de toute façon il faut qu’on aille vidanger notre cuve d’eaux noires avant lundi sous peine d’une amende de 1700 EUR et çà nous permettrait de laisser le bateau quelques jours pour explorer un peux l’intérieur du pays. Mais à Fithiye, la marina est archi pleine et n’accepte plus de visiteurs. Il y a encore de la place à Göcek mais à 129 EUR/nuit non merci. Fithiye accepte que l’on vienne à la station service vider la cuve. La baie semble propice au mouillage on pourra y rester au moins pour la nuit çà ne coûte rien.

Jeudi 17/11/2022, en tout début de matinée, nous quittons donc les fantômes de St Nicolas et de ces moines. On se rend compte au passage qu’ils étaient d’ailleurs bien défendus (ou souvent attaqués). Les ruines d’une église et des restes de maisons et peut-être de fortifications sont encore bien visibles sur l’île de Karacaoren à la sortie de la baie. D’après des archéologues une cheminée spéciale, dont les restes sont encore visible sur l’île, servait à avertir le gros de la communauté de Gemiler que des navires d’apparence hostile approchaient.

Une fois passé les falaises effondrées des imposants caps Dödukkbasi et Burn, le paysage change du tout au tout. Les pentes arides ou poussent quelques rares buissons épineux, font place à d’autres pentes toujours aussi escarpées mais couvertes d’une forêt de conifères assez dense. En pénétrant dans la baie proprement dite le contraste est encore plus fort. La rive sud est bordée d’hôtels et de résidence de luxe et quand on passe la pointe de Paçariz et sa statue de sirène, le paysage prend un peu des allures de lac Italien.

Fethiye est une ville moyenne d’environ 85 000 habitants (hors touristes). En pleine saison le coin doit regorger de touristes si l’on juge d’après les dizaines de caïques et gulet (goélettes locales traditionnelles) alignés le long des quais et de bateaux de location aux pontons de la marina.

Le centre ville, très commerçant est très agréable. Ça fait un sacré bout de temps qu’on avait pas eu l’occasion de faire du lèche vitrine dans une vrai ville, on s’en était pas aperçu mais en fait ça nous manquait.

Une nécropole Lycienne du 5ème siècle av.JC surplombe la ville. Les tombeaux aux airs de temples grecs sont creusés et sculptés à même la falaise. Les façade sont tellement impressionnantes qu’on s’attend aussi à quelque chose de grandiose à l’intérieur, mais non, il y juste une petite cavité peu profonde avec trois banquettes taillées à même le roc. Le manque de confort est largement compensé par la vue du moins tant que la tombe n’était pas scellées. Les défunts inhumés là étaient très certainement des notables ou des princes et devaient surement payer fort cher pour bénéficier d’une telle villégiature! .

Tous les quartiers ne sont pas somptueux tant s’en faut et si une grande partie de la ville semble héberger une classe moyenne vivant dans des conditions similaires à leur homologues Européens, il subsiste encore des quartiers pauvres.

Dans la ville on trouve aussi plusieurs sarcophage de pierre Lyciens de la même époque. contrairement au grecs, les lycien préféraient garder leur morts parmi les vivants. Il y avait donc des sarcophages disséminés un peu partout dans la ville comme celui-ci au beau milieu de la rue (à moins qu’il ne soit tombé du ciel depuis…)

La ville dispose aussi d’un musée d’antiquités rassemblant des pièces retrouvées dans les sites archéologique. C’est une petit musée mais il est bien aménagé et permet de mieux comprendre l’histoire de la région et en plus il est gratuit! Il y a malheureusement beaucoup de statues sans tête et quelques têtes de statue sans corps. Mais il faut comprendre que depuis les Lyciens, ses premiers habitants connus, la région a été soumise à de nombreuses guerres et invasions: les Hittites, les Grecs, les Perses, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Ottomans et j’en oublie sans doute.

Il est déjà 14:30 et nous n’avons pas encore mangé. Nous terminons notre matinée culturelle par un excellent kebab: si on en mange pas ici, on en mangera jamais et puis çà fait quand même partie de la culture (locale).

Turquie: Gemiler, l’île de St Nicolas

L’île est cachée tout au fond de la grande baie ou se trouve la fameuse station balnéaire d’Ölüdeniz. Le cadre est grandiose, enchâssé dans de hautes montagnes plongeant dans la mer. En venant du Sud-Est, l’île, ne se voit pas du large, elle se fond complètement dans l’immense falaise en arrière plan. Il faut arriver à quelques encablures pour distinguer l’étroit passage qui la sépare du continent. On mouille au milieu et on tire nos aussières à terre amarrées directement sur les ruines.

Il y a peu d’informations disponible sur l’histoire de cette île, si ce n’est que son apogée s’est située aux environs du 6ème siècle de notre ère. Tous les historiens sont d’accord pour dire que l’île avait une importance religieuse et servait d’étape aux pèlerins qui se rendaient en terre sainte pendant la première partie de moyen-âge (époque byzantine). Selon certains le fameux St Nicolas (celui du père fouettard) y aurait séjourné et y serait mort en 354. Sa dépouille y serait restée 2 siècles avant d’être mise à l’intérieur du continent. D’après d’autres, il s’agirait d’un autre Nicolas… Le mystère n’est pas près d’être résolu!

Elle est littéralement couverte de ruines dont plusieurs églises ou basiliques et une allée couverte de plusieurs centaines de mètres.

Quelques mosaïques y ont été découvertes mais la plupart ont été détruites

Les bâtiments religieux étaient protégés côté terre par une haute muraille (le côté mer est protégé naturellement). Les ruines des habitations et les ateliers des différents artisans s’étalent au dessous et descendent jusqu’au niveau de l’eau ou on distingue encore des vestiges immergés.

Nous sommes tout à la fin de la saison, il n’y a pratiquement plus de touristes et aujourd’hui nous sommes seuls sur l’île et en plus il fait un temps superbe, quelle chance!

Turquie: Fakdere, Yeşilköy et Kalkan

Nous quittons la baie de Kekova avec un vent faible mais suffisant pour avancer. En début d’après midi nous ancrons dans la baie de Facdere, bien dissimulée derrière deux îlots rocheux au fond d’une grande baie aux rives abruptes. Seulement quelques maisons, un sentier de randonnée, le cadre est idyllique mais c’est le cas de toute la côte on commence à s’habituer.

Le lendemain 13 Novembre 2022, nous reprenons notre progression paresseuse vers l’ouest. Nous passons entre le continent et Kastellórizo / Megisti. C’est une île Grecque située à seulement 1,5 milles (3km) de la côte Turque continentale et 70 milles de Rhodes dont elle dépend. On comprend facilement pourquoi les relations entre les deux pays sont si tendues et on fait bien attention de ne pas dépasser la limite des eaux territoriales: on ne veut pas d’ennui avec les gardes côtes ne l’un ni de l’autre pays!

Les quatre premières photos c’est le coté Grec, son village et ses églises et juste en face la Turquie avec ses résidences balnéaires et ses mosqués quel contraste!

Côté continent la côte devient de plus en plus impressionnante du fait de la hauteur des montagnes plongeant directement dans la mer, coupées par endroit de canyons vertigineux.

Nous ancrons dans la grande baie d’Yeşilköy (on a pas encore pu déterminer comment doit se prononcer le S cédille) après une après midi relax et une bonne nuit (encore une) nous traversons la baie pour nous rendre au village de Kalkan, petite station balnéaire nichée à flanc de côteau. Nous ancrons devant la plage juste à côté de l’entrée du port. Les environs sont un peu défigurés par des lotissements de vacances sans cachet mais la vieille ville est jolie avec ses petites maisons au murs blanchis à la chaux et sa vieille mosquée. Plus haut il y a un super marché Carrefour mais il est petit et pas très bien achalandé en produits d’alimentation par contre il dispose d’un rayon alcools avec un très bon choix de vins Turcs: si si çà existe! Ils ne sont pas mauvais du tout et à des prix raisonnables.

Un petite houle venant du large rentre dans la baie rendant le mouillage devant le port un peu rouleur. Nous repartons à Yeşilköy pour la nuit.

Départ aux aurores pour la baie suivante à une trentaine de milles. Nous serons toujours sur la côte de l’antique Lycie mais dans la Turquie d’aujourd’hui nous allons passer de la province d’Antalya à celle de Muğla.

Turquie: baie de Kekova

Kekova est la partie la plus sauvage et la plus isolée de la côte Lycienne. L’île de Kekova proprement dite protège un grand plan d’eau abritant de nombreuses criques et le grand lagon de Üçagiz. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est Kaleköy et sa forteresse perchée tout en haut du piton qui domine la ville. Pour y arriver depuis Gökkaya ou nous venons de passer 2 jours très agréables, on se faufile entre des îles ravissantes et devant quelques baies tentantes,

La forteresse est en vue. Nous avançons jusqu’au pied du village. Il y a les pontons des restos mais il est encore un peu tôt pour songer à déjeuner. Sur la droite il y a un espace où on peu mouiller entre les maisons au bord de l’eau et quelques rochers. Il n’y a pas beaucoup de place mais nous sommes seuls avec un petit bateau de pêche. La vue, sur le site d’un côté et la baie et l’île de Kekova de l’autre, est magnifique.

La matinée n’est pas encore trop avancée, nous avons le temps de monter jusqu’au château par les ruelles étroites (peut-être sentiers serait plus approprié vu la largeur et l’escarpement). De là haut, la vue sur la baie est époustouflante. L’architecture et le style laissent supposer que les fortifications datent de l’époque byzantine (3éme à 12ème siècle de notre ère). Dans l’enceinte et sur les collines avoisinantes, on voit de nombreuse tombes lyciennes (de 2000 av.JC à 300 ap.JC) certaines sont des sortes de sarcophages de pierre au toit arrondi d’autres sont creusées dans la roche des falaises. Nous sommes le 10 novembre, le drapeau en haut du château est en berne pour commémorer la mémoire de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la république Turque mort le même jour en 1938.

Le midi un repas simple sur une terrasse de café et le soir, petit resto juste en face du bateau.

Jeudi nous traversons la baie pour mouiller (à la patagonne avec des aussières à terre) dans l’anse de Tersane sur l’île de Kekova. C’est une toute petite indentation dans la rive nord de l’extrémité ouest de l’île. Le pourtour de l’anse et ses environs sont couverts de ruines y compris sous l’eau. Certaines paraissent très anciennes d’autres sont typiquement byzantines (comme les restes de l’arche d’une église sur la plage). Nous n’avons pas trouvé de renseignements intéressants sur ce site et son origine mais son nom laisse suggérer que son activité principale était la construction de navires .

Pour laisser de la place aux bateaux touristes qui viennent ancrer tout au fond de l’anse, nous avons mouillé juste à l’entrée du côté sud mais notre ancre n’est pas assez loin pour maintenir suffisamment loin des rochers si la brise de terre qui se lève la nuit souffle un peu plus fort que d’habitude (ici les prévisions météo ne sont jamais très fiable – le modèle français Arpège semble être le plus souvent juste avec en deuxième position ICON EU. ECWMF et GFS sont quand à eux en général carrément fantaisiste pour ce qui est des prévisions côtières.) Pour être complètement rassuré on devrait donc remouiller.

Mais après le repas de midi, on décide que, tant qu’à relever l’ancre et libérer les aussières autant en profiter pour explorer un autre mouillage de cette magnifique baie de Kekova. Nous jetons notre dévolu sur Kisle Bogazy, juste en face, et nous y passons une super fin d’après midi et une nuit très paisible…

Note sur les fond marins de la Méditérranée orientale:

Ces baies sont réputées pour la qualité et la transparence de leurs eaux. L’eau y est effectivement parfaitement limpide et la blancheur du sable leur donne cette couleur bleue turquoise si attirante. Par contre, au niveau faune et flore, comme nous l’avions déjà constaté à Chypre, à part quelques bancs de tout petits poissons, quelques sars égarés et par endroit sur les fonds, des herbiers de posidonie, c’est un peu le désert! Pas de gros poissons, pas d’algues ni même d’oursins sur les rochers et bien sûr pratiquement pas d’oiseau de mer en surface. Après ces dernières années passées dans des eaux tropicales grouillants de vie c’est carrément déprimant. Est-ce que finalement, cette clarté inimitable ne serait pas un signe que cette mer se meurt? Seul signe d’espoir: nous avons tout de même aperçu quelques tortues…

Turquie: de Finike à Kekova

La traversée de Latchi (Chypre) à Finike (Turquie) s’est faite en grande partie dans du tout petit temps avec un vent tout juste suffisant pour nous déhaler à quelques nœuds sans avoir à trop mettre le moteur et surtout deux très gros orages avec éclairs dans tous les sens, pluie diluvienne et surtout violentes rafales montant jusqu’à 35 nds en quelques minutes. Heureusement on les voyait bien arriver ce qui nous a permis de réduire la toile à temps. A noter que les gribs n’indiquait des rafales jusqu’à 20 nds mais pas de tendance orageuse marquée (CAPE < 300 J/kg). Le dernier orage nous laisse peu après le levé du jour en vue de la côte Turque et c’est vers 15:00 Lundi 7/11/2022, sous un ciel encore bien chargé de nuages que nous nous amarrons au quai de la Marina de Finike .

Les formatés sont rapidement expédiées. L’agent que nous avions choisi avant de partir nous attendait sur le quai et avait tout préparé grâce aux papiers que nous lui avions transmis par e mail. Nous n’avons eu besoin que d’une très courte séance de photos à la police avant de pouvoir circuler librement dans le pays. Le prix de l’agent 130 euros tout compris ! quant même…

La marina est très grande et assez luxueuse mais à 74 euros la nuit, elle n’est pas donnée (c’est pourtant l’une des moins cher de toute la côte) alors, comme le dédouanement c’est bien passé on va essayer de repartir dès demain matin. On passe aussitôt au distributeur prendre des livres Turques , on achète une carte SIM à la boutique d’à côté, on fait quelques courses et on lave le bateau. Après une bonne nuit de repos et une bonne douche on refait le plein de gaz oil ( à 1,43 euros le litre au lieu de 2,30 à Chypre, sur 200 litres, çà valait le coup d’attendre) et c’est reparti: à nous la côte Turque .

Cette partie de la côte sud-ouest de la Turquie est bordée d’îles et d’îlots et découpée de baies bien protégées formant un vrai labyrinthe: un paradis pour faire du rase cailloux en toute décontraction surtout quand le temps s’y prête comme aujourd’hui: vent faible, mer plate, ciel bleu limpide et la mer transparente . La moindre crique est parait-il constellée de ruines le plus souvent antiques.

Dans l’antiquité, cette région s’appelait la Lycie. La civilisation Lycienne remonte à 3000 av.JC, ces origines sont assez peu connues des historiens. Il y aurait eu des échanges avec la civilisation Grecque au cours du dernier millénaire av.JC (Rhodes n’est pas loin) ils aurait aussi été envahis par les Perses. Au 3éme siècle apr.JC ils font partie de l’empire Byzantin et sont christianisés puis surviennent les invasions Arabes puis Ottomane.

Sans perdre de temps et mettons le cap sur Kekova et plus précisément la baie de Gökkaya, une petite crique coincée entre plusieurs îlots (Asrili et Kisneli et la terre, une sorte de minuscule port naturel parfaitement protégé, loin de toute route ou habitation: l’endroit idéal pour décompresser un jour ou deux et s’acclimater à l’atmosphère « vacances » que dégage cette côte.

l’endroit est truffé de ruines et de grottes nous avons plaisir à suivre les chemins des chèvres et à explorer les îlots en kayak (ici la grotte de Korsan Magarasi)