Archives mensuelles : décembre 2025

Traversèe vers le Brèsil

Mardi 25 novembre 2024 On a rempli tous les jerricans à la station service de la marina on ne sait jamais il est fréquent de rencontrer des calmes entre ici et l’équateur. Et pour la suite du voyage ce ne sera pas forcément évident de refaire le plein que ce soit au Brésil, en Guyane ou même aux Caraïbes.
Juste avant midi on décolle du ponton. Mais une rafale nous pousse et on se prend la ligne d’une pendille dans le safran. Par acquis de conscience on ancre dans la zone de mouillage et je plonge pour vérifier qu’il n’y a rien de coincé ou d’abîmer: tout va bien. On profite d’être à l’ancre pour casser la croûte et c’est parti pour le grand saut.


Une grosse dizaine de bateaux ont quittè Mindelo à peu près au même moment. Tous mettent rapidement cap au sud ouest pour parer la pointe sud de Sao Atao et infléchissent leur course plus à l’ouest. Un seul arrondi la pointe sud de Sao Vicente et met cap au sud-est: c’est Rêve à Deux!
Nous allons chercher le point où l’alizé de nord-est passe la main à celui de sud-est sur la plus petite distance possible. Depuis plusieurs jours nos routages situent ce point au même endroit. Tous les modèles indiquent aussi que cette route évite le gros des orages. (Pour les routages des traversées océaniques, nous utilisons le modèle GFS avec une maille de 23 km que nous comparons avec ICON, on vérifie ensuite les données des autres modèles (ECWF, Météo Blue) avec Windy. GFS s’avère le plus fiable sur ces grandes distances alors qu’en navigation côtière il l’est beaucoup moins car sa grille est trop large et il tient très peu compte du relief et des phénomènes locaux).
Ça fait un assez grand détour par rapport à la route directe mais on devrait bénéficier de bonnes conditions et surtout on se positionne suffisamment à l’est pour éviter d’avoir à louvoyer dans l’alizé du sud-est.
Et tout se déroule comme prévu. Nous alignons les journées de 150 à 170 milles. Le vent oscille entre 12 et 22 nds, un peu de pluie quelques éclairs au loin sur l’horizon mais sur nous, rien. La transition entre les deux alizés est bien à l’endroit prévu et le vent tourne progressivement du NE au SE sur une trentaine de milles en faiblissant mais sans vraiment s’éteindre complètement. Nous appuyons au moteur pendant ces quelques heures car la mer reste assez formée. Les images satellites fournies par Windy nous montre sortant du pot au noir un petit trou de souris bien dégagé mais entouré de masses nuageuses.

Au passage de l’équateur nous enregistrons 4 jours d’avance par rapport à notre passage de 2018.
Le 05/12/2025 vers 01:30 nous arrivons dans la baie de Fernando de Noronha. Il y a de houle là c’est supportable. Par contre le mouillage est couvert de vedettes « promènent touristes ». C’est la pleine lune nous avons donc une bonne visibilité pour voir les bateaux mais pas suffisante pour repérer les bouées inoccupées à moitié immergées et prolongées par de longue aussières flottantes. Nous ancrons donc dans 25 m d’eau dans la partie extérieure de la zone de corps morts. On verra demain matin quand il fera jour s’il y a de la place plus près .


Au matin on vérifie la météo et une houle de Nord de 2,60m est prévue pour la soirée. Il n’y a que deux voiliers à l’ancre devant les brisants. Vaton, un autre voilier qui était là jusqu’à hier et que nous avons contacté par Navily nous annonce que les pêcheurs lui ont annoncé la houle et qu’il a préféré repartir. Par contre les conditions sont idéales pour continuer sur Jacaré. On hésite un moment et finalement on décide de se contenter de cette vue magnifique de cette île sublime et de continuer jusqu’au continent. Si on ne traine pas en route on devrait même pouvoir arriver juste avant l’étale de marée haute.


Et c’est exactement ce qu’on fait. Et une trentaine d’heures plus tard vers 16:30 nous ambouquons le chenal extérieur. A 17:15 le 6 décembre nous remontons la rivière et nous arrivons à Jacaré juste avant la tombée de la nuit. Trop tard pour aller directement au ponton, nous ancrons un peu à l’écart les bouées de corps morts étant trop difficile à attraper.
Et là on est immédiatement immergés dans l’ambiance Brésilienne. Samba à fond sur tous les bateaux qui passent que se soit des vedettes privées ou des barges-resto. Çà tombe bien c’est l’anniversaire de ma co-skippeuse unique et préfèrèe.

Cap vert: Mindelo (Sao Vicente)

Les gribs nous donnent un créneau très favorable pour franchir le pot au noir en partant Mardi Il est donc temps de rejoindre Mindelo pour faire les courses et les pleins d’eau et de gasoil en vue de traversée vers le Brésil. Et çà tombé bien le rallye ARC est parti avant hier il doit y avoir de la place à la marina.


Une fois passé le dévent de Sao Nicolau le vent de Nord nous pousse rapidement vers Sao Vicente. La vue des îles est superbe notamment celle de Santa Lucia, inhabitée et classée parc naturel.


Quand nous arrivons dans la rade de Mindelo c’est un peu la surprise. Nous y avions fait escale début août 2018 ce qui est bien sûr au plus bas de la saison: nous n’étions que 3 bateaux de passage alors que maintenant il y en a des dizaines à l’ancre et plus d’une certaine au pontons. (Les participants de l’ARC on vite été remplacés. Mais en fait tout à changé: hôtels et bâtiments administratifs sur le front de mer, nouvelle gare maritime, 2 jetées supplémentaires au port etc. Les pontons de la marina ont été triplés ou quadruplés, etc.etc.
Par contre dans la baie les vieilles épaves à moitié coulées sont toujours là.
Le centre historique n’a lui guère changé si ce n’est que presque tous les bâtiments ont été restaurés.
Lundi nous faisons les courses.


La marina nous a dit que l’eau des pontons n’était pas potable (peut-être à cause des graves inondations dues au cyclone Erin fin aout) nous avons donc acheté 8 bonbonnes de 10l au supermarché pour remplir 1 des réservoirs. Le supermarché n’est pas loin mais çà fait tout de même quelques allers et retours.
La fenêtre météo se confirme on fait donc aussi les formalités de sortie pour partir demain (entrée et sortie pour la police maritime ici, ils sont fermés le dimanche)Et l’ après midi on à même le temps de flâner en ville:

Cap vert  » Sao Nicolau »

Sao Nicolau est une île au relief beaucoup plus élevé que Sal. Le meilleur mouillage de l’île est à Tarrafal du moins tant que le vent se maintient au secteur Nord à Est et reste modéré. Par vent fort de violentes rafales tombent paraît-il des falaises.
Sur la plage du port, un rasta sympa et parlant bien français garde les annexes pour 10 ou 20 escudos suivant la durée et la taille.
Le village de Tarrafal n’est pas très grand mais il dispose de plusieurs supérettes d’une quincaillerie et de deux banques. Il y a aussi une usine de conserves de thon, sans doute le plus gros employeur de l’île.
Paradoxalement le bureau de police n’est pas à proximité du port mais sur une colline à l’autre bout de la ville vers le sud-est (ouvert 24/7)
L’attraction de l’île est sans aucun doute ses hauteurs verdoyantes et la ville de Ribera Brava.


Dés le lendemain matin nous prenons un aluguer (mini-bus taxi collectif). Pas d’horaire fixe bien sûr, il part quand il est plein (9 à 10 passagers) le prix de la course dépend de la distance pour Ribera Brava c’est 100 escudos (10 euros)
La montagne est très belle et très verdoyante sur sa face nord. La papaye devrait être le symbole de l’île, il y en a dans tous les jardins et sur la moindre parcelle de terre cultivée! Pas mal de canne à sucre et aussi quelques bananes mais aucune culture intensive, le paysage reste intacte. On aurait aimé aller marcher un peu sur les sentiers dans la montagne. Une prochaine fois peut être.

Ribeira Brava la capitale culturelle et administrative de l’île se situe tout au bout de cette route. Construite au début du 18ème siècle, peu de temps après le début de la colonisation portugaise dans une dans une vallée encaissée au nord ouest de l’île mais suffisamment élevée et assez éloignée de la côte pour la prémunir contre les attaques des pirates très fréquentes à cette époque (une autre Ribeira, Grande celle-là, sur l’île de Praia fut pillée et rasée par le corsaire français Jacques Cassart en 1712. La plupart des bâtiments actuels datent du XIXème période ou la ville vécue son apogée avec notamment la construction d’un grand monastère.

Ce fut une belle journée. Le lendemain on ce contente de profiter de la baie et de travailler un peu sur la suite du voyage avec la traversée vers le Brésil dont la date semble se confirmer pour le 25 novembre.

Cap vert « Sal »

Traversée en une cinquantaine d’heures et sans histoire sur un long bord de travers dans un vent de secteur Nord Est d’une quinzaine de noeuds et une longue houle d’à peine deux mètres. Le 15 novembre au lever du jour nous sommes en vue de l’île de Sal et de sa voisine Boa Vista. Nous avons choisis d’arriver par le sud et de remonter le long de la côte sous le vent dont le paysage n’est pas sans rappeler certains endroits des Canaries.


Le port de Palmeira est déjà bien plein. Il faut dire que l’ARC (Rallye transatlantique) ayant bloqué le port de Mindelo avec plus de 100 voiliers, les candidats à une traversée de l’Atlantique sont bien obligés d’aller ailleurs. En plus c’est un mélange de bateaux sur corps-morts et à l’ancre avec, donc, un rayon d’évitement très différent. On se trouve une place juste devant l’extrémité de la première jetée en limite du chenal d’accès. La houle rentre mais elle est suffisamment longue pour ne pas être gênante, le bateau restant bien orienté grâce au vent assez fort.
Nous sommes samedi et nous pensons devoir attendre lundi pour faire les formalités. Mais quand en fin d’après midi nous allons à terre et passons devant le bureau le policier qui en sort nous dit en français: « là on ferme pour aujourd’hui mais revenez demain matin on s’occupera de vous »
Et effectivement le dimanche matin on a pu faire toutes les formalités même si les tampons d’entrée dans nos passeports à demandé un peu de temps, l’appareil de reconnaissance faciale n’acceptant pas nos trombines. Bonne nouvelle, les formalités sont désormais entièrement gratuites.
Il n’y a pas de distributeur d’argent à Palmeira mais les euros sont acceptés partout et Djidna une sympathique Guinéenne qui vend des boubous et des bijoux africains au marché nous échange un peu de nos Francs CFA que son mari encore là-bas sera ravi d’utiliser.

Palmeira est un village propre et coloré. Quelques épiceries dont un chinois assez bien achalandé, des bistrots comme dans tous les ports mais surtout un marchand d’eau potable super bien filtrée où on peut faire remplir ses bidons.

Nous restons 4 jours à Sal pour laisser passer du vent assez fort avec de la houle.
Le samedi 29/11/2025 vers 17:00 nous levons l’ancre et mettons le cap sur Sao Nicolau non sans être passés à la police maritime ce matin pour faire notre sortie de l’île de Sal.

Au Cap Vert les formalités sont les suivantes:

A l’entrée en venant d’un autre pays et à la sortie en quittant le Cap Vert

  1. police maritime: documents du bateau (acte de francisation), assurance, liste d’équipage et passeports
  2. police des frontières: documents de la police maritime, passeports et contrôle biométrique
    Il n’y a pas de douanes, ce rôle est tenu par la police maritime.

En partant d’une île de l’archipel et en arrivant sur une autre

police maritime: documents du bateau (acte de francisation), liste d’équipage et passeports
(Ne pas oublier de faire cette formalités les amendes sont paraît-il très cher)


Avant de se rendre sur les îles classées parc naturel il faut en plus une autorisation à demander à l’IMP
Toutes ces démarches sont gratuites. Les fonctionnaires sont très gentils et ont manifestement reçus des consignes de bien accueillir les plaisanciers.

Retour à Dakar: entre les lignes

Nous avions envisagé la possibilité de pousser notre exploration des côtes africaines plus au sud vers la Casamance.

Mais bien que la saison des pluies soit terminée, les conditions prévues pour les 15 prochains jours sont loin d’être idéales avec de violents orages. Ajouter à ça le stress de se faufiler dans les bolongs de faible profondeur avec des cartes peu précises: depuis 2016 quand nous avons acquis Rêve à Deux jusqu’à aujourd’hui nous avons eu la chance de ne pas encore nous être échoués. On croise les doigts pour que ça continue. Et si c’est pour rester dans le bras principal du fleuve ça ne présente pas grand intérêt. 

Donc après avoir étudié les fichiers météo et tous ce qu’on pu écrire les voileux sur ces endroits, la décision est prise, nous n’irons pas en Casamance ni en Guinée Bissau pour les mêmes raisons et pas en Gambie non plus car il faudrait revenir à Dakar ou aller à Elinkin en Casamance pour faire la sortie du Sénégal. En plus la météo des 7 prochains jours s’annonce idéale sur la route Dakar – Cap Vert 

Vers 13:00 à l’étale de marée haute nous prenons le chenal de sortie puis remontons la côte vers Dakar. Il n’y a pas beaucoup de vent mais juste assez pour zigzaguer entre les très nombreuses bouées de filets. Heureusement il fait jour et ce sont des filets de fond, peu de risques de s’y accrocher. La nuit ne devrait pas tomber avant que nous n’atteignons la hauteur de Saly. Nous avions vu à l’aller que de là à Dakar les pécheurs utilisaient des filets de surface tirés entre 2 bateaux donc a priori une pêche de jour.

Erreur ! Un fois la nuit tombée la mer se recouvre de centaines de barques peu ou pas du tout éclairées sur plusieurs rangées de 5 à 30 milles de la côte. Chaque barque tire un filet de plusieurs centaines de mètres a l’extrémité duquel se trouve une bouée, le plus souvent un simple bidon vide plus rarement une vraie bouée avec un feu clignotant de couleur. Les plus attentifs nous font signe avec une torche s’il pense qu’on risque de passer sur leur filet mais la plupart ne font aucun cas de notre présence. Et ce qui devait arriver arriva. On se prend un premier filet qui fort heureusement se dégage tout seul mais une demi heure plus tard c’est le freinage brutal. Cette fois-ci on est bien accrochés. On enroule le foc et affalons la grand voile.

Il faut couper. La quille se dégage assez facilement mais un morceau semble rester accroché au safran. De nuit avec tous ces filet et le bateau qui dérive Domi n’a pas trop envie de plonger pour aller vérifier. On coupe tout ce qui dépasse à l’arrière. Le safran fonctionne par mesure de sécurité on utilisera pas le moteur avant d’ avoir dégagé le dernier bout. On est en train de finir quand on voit une barque déployer son filet à 3 mètres devant nous , on dérive droit dedans pourtant on est super éclairés (feu de route et feux de pont avant et arrière). On hèle le pêcheur en lui expliquant que l’on dérive sans voiles et sans moteur et qu’on ne peut rien faire pour les éviter mais il ne parle que wolof. Finalement un des marins comprend la situation et ils tirent leur filet quelques mètres plus loin. Pas un signe du pêcheur dont nous avons massacré le filet?

On déroule le foc et on reprend notre route au ralenti en essayant d’être le plus visible possible tout en redoublant d’attention et en faisant un grand détour à chaque fois qu’une torche bouge.

Finalement nous arrivons à Dakar en fin de nuit sans autre incident mais c’était très chaud.

Comme nous l’avons dit plus haut les routages sont excellents pour une traversée rapide et confortable vers Sal au Cap Vert. On va donc faire les formalités de départ (en fait juste tamponner les passeports à la police du port) et les courses à Auchan le plus rapidement possible pour pouvoir partir dès demain matin.

Quelques précisions sur les déplacements dans la ville de Dakar. Il y bien sûr les taxi jaunes en général des vieilles voitures des années 90 ou parfois même 80 complètement délabrés et mainte fois fois bricolés. il faut impérativement négocier le prix avant de monter. A titre indicatif une course du CVD au centre ville coûte 200 CFA.  Jusqu’à Ngor ce sera 400CFA. Inutile de prendre un taxi pour la journée si vous avez des choses à faire à plusieurs endroits ça coûtera beaucoup trop cher. On trouve très facilement des taxis partout.

Si vous restez plus longtemps çà vaut le coup de télécharger l’appli Yango, l’équivalent de Uber ici. Les courses sont à peine 50% plus chère mais il n’y a pas à négocier, les véhicules sont très récents, en excellent état et climatisés.

Le xx/12/2025 nous levons l’ancre une fois contourné l’île de Gorée, la côte Sénégalaise s’estompe rapidement.

Nous garderons du Sénégal un souvenir partagé entre le peuple sans doute le plus gentil et le plus accueillant que nous ayons vu, de très beaux paysages et d’un autre côté une très mauvaise gestion de la part gouvernement (infrastructures délabrées ou inexistantes rues défoncées enseignement manquant de tout etc mais palais présidentiel et statue monumentale) et surtout une pollution galopante.

Saloum : Diomar

On reprend notre descente du Siné jusqu’à Dinouar où on entre dans le Saloum.
Une fois passés Djifer puis les marques du chenal d’accès au delta. Il faut descendre assez bas pour contourner le banc de sable et remonter le long de la côte. Nous n’avons pas rencontré mois de 3,50m a mi-marée.


On mouille devant les lodges et on descend à terre pour une petite balade à travers la savane jusqu’au village.
Motos et chevaux sont les seuls véhicules sur cette île.


Dinouar (ou Donouwar) est un village musulman typique avec ses petites maisons aux murs gris sans fenêtre et ses mosquées carrelées.
Les habitants nous accueillent avec leur habituel « bonjour comment ça va »
Un petit chantier construit de magnifiques pirogues en bois. Un local nous dit qu’elles sont souvent utilisées par les passeurs pour essayer de transporter des candidats à l’immigration vers les Canaries.


Au bout des petites jetées des cabanons sans équivoque, ce sont les toilettes publiques elles se déversent directement dans la mer.


Le rivage est aussi couvert de déchets plastiques: tout l’écosystème du delta déjà gravement affecté par le réchauffement climatique et la montée des eaux est en danger d’effondrement imminent.

Siné : Moundé

Le samedi 08/11/2024 nous quittons Foundiougne après un contrôle par un zodiac de la marine sénégalaise. Il sont montés à bord à quatre, le fusil d’assaut au poing (sans doute seulement pour impressionner: les chargeurs n’ étaient pas en place) juste pour voir nos passeports et les papiers du bateau.

Nous pensons aller dans le bolongs de Maya juste au nord de Fanbine. Nous disposons des traces de 2 bateaux y ayant séjourné il y a 2 ou 3 ans. Tous deux indiquaient des profondeurs de l’ordre de 4 m. Mais quand nous nous présentons l’alarme du sondeur se déclenche: moins de 2 m. Nous essayons à plusieurs endroits sur la largeur: même résultat et nous sommes pourtant à marée pratiquement haute. Les fonds doivent se modifier pas mal par ici. Nous ancrons à l’extérieur 1/2 mille devant Fanbine pour la nuit.

Le lendemain matin nous repartons pour le bolongs suivant: celui de Djirdna mais cette fois nous remontons jusqu’à Moundé. Nous ancrons à l’embranchement et remontons le petit bras en kayak et rentrons dans la lagune à travers la mangrove juste avant l’appontement du village. Et là on a vraiment l’impression d’être dans la savane africaine (en fait on y est même s’il s’agit d’une zone humide).

avec ses baobabs et autres arbres immenses. Quelques enfants viennent nous voir mais on ne s’attarde pas. La marée redescend et on ne voudrait pas avoir à porter le kayak dans la vase à travers la lagune.

Siné : Foundougne

Comme l’ancre c’est bien décrochée du récif artificiel, on en profite pour continuer notre remontée du fleuve Siné. Étape prévue dans un petit bras latéral juste avant Baout 7 milles en amont. La navigation sur cette partie du fleuve demande une vigilance de tous les instants en raison des centaines de filets à crevettes barrant le chenal pourtant bien balisé partout sur pratiquement toute sa largeur. La seule partie visible de ces apparaux de pêche est une pièce de bois de 3 ou 4 mètres soutenue par 2 flotteurs en général munis de pavillons et placés en travers du courant. Parfois plus d’une dizaine sont alignés sur toute la largeur du chenal avec entre eux un espace de quelques mètres. On essaie, pour autant que la profondeur le permette ( chenal assez bien balisé bouées neuves et bien visibles) , de passer entre la rive et le premier ou le dernier filet mais il faut souvent se faufiler entre deux. Apparemment les cordes qui les maintiennent descendent à pic et on peut passer tout près sans rien accrocher. Si, comme on nous l’a dit, il y a de temps en temps un cargo qui remonte il doit faire de sacrés dégâts ou peut-être les pêcheurs sont-il prévenus et dégagent un passage en temps voulu (peu probable!).

Baout n’est pas une option, le bras est assez étroit et le fond remonte brutalement en renvoyant un écho très tourmenté peut-être ont-ils immergé un récif artificiel ici aussi en tout cas on ne va pas s’amuser à ancrer là.

On continue donc la remontée du fleuve qui paradoxalement s’élargit beaucoup quand on arrive à Foundougne. On jette l’ancre dans 10 m d’eau entre la rive nord et une marque du chenal pour casser la croute. Puis on continue la remontée. Le plan d’eau est de plus en plus large. Au fond on aperçoit un pont qui ressemble (en plus petit) au pont de l’île de Ré. Nous apprendrons qu’il a d’ailleurs été dessiné par le même architecte. Sur bâbord c’est un terminal pétrolier flambant neuf (ont-ils prévu une exportation massive d’huile de Karité ou est-ce simplement prévu pour ravitailler la région en essence, mystère…) pendant les quelques jours que nous passerons dans le coin nous n’y verrons pas âme qui vive de là imaginer un montage bien subventionné et très juteux pour quelqu’un….


On ancre devant l’hôtel Indiana comme recommandé par Navily.
Le lendemain matin nous allons en kayak jusqu’au port de la ville situé juste avant le pont en profitant du courant de la marée. La ville est très animée, même si on a raté le marché hebdomadaire du mardi. Nombreux petits commerces assez bien achalandés. Cheikh (prononcez Cher) le propriétaire d’une échoppe de vêtements locaux se porte volontaire pour nous guider et trouver les meilleurs bananes, les papayes les plus succulentes le pain le plus frais( petits pain blancs).


Retour à bord avec la renverse. Le soir apéro sur Twiny le cata en strongal de l’association voiles sans frontières. Ils sont là pour apporter du matériel de première nécessité dans un village isolé du delta.


Le lendemain nous débarquons par l’hôtel Indiana et allons à pied en ville (environ 20′) rien de particulier sur le trajet à part quelques baobabs et autres fromagers pour nous rappeler que nous sommes bien en Afrique.
Sur le bord de la route deux bâtiments neufs mais apparemment déjà abandonnés: une usine à glace et un centre de formation pour mécaniciens ajusteurs tous deux financés par des ONG… Finance-t-on vraiment ce dont le pays à besoin? Ou l’argent va-t-il seulement aux riches promoteurs mais pas aux utilisateurs?

Siné :Djirnda

Nous remontons le Siné qui au fil des ans est devenu un fleuve bien plus important que le Saloum. Il est navigable assez loin en amont et balisé pour permettre à de petits cargos de le remonter (en une semaine nous n’en verrons pas un seul). Ceci dit avec le changement climatique le courant de ces fleuves diminue et les marées remontent désormais bien au-delà de l’estuaire, augmentant la salinité de l’eau. Ce changement affecte grandement l’écosystème du delta et rend la vie des habitants encore plus difficile (l’eau de certains puits devient saumâtre) sans parler du risque de submersion complète de ces terres à fleur d’eau y compris des villages. Ajoutez à ça, la pollution plastique dont on parlait dans l’article précédent…

Première escale Djirnda. Comme beaucoup de villages ici c’est une communauté de pêcheurs dont l’activité principale est la crevette très abondante dans le fleuve. Les hommes pêchent (surtout la nuit ) et les femmes sèchent et fument le produit.

On ancre en face de la jetée du village mais plus proche de l’autre rive pour ne pas gêner les nombreuses pirogues qui vont et viennent, chargeant ou déchargeant leurs cargaisons ou leur passagers. Un grand ado soufrant de douleurs articulaires vient nous voir sur sa pirogue et nous demande si on aurait un médicament qui pourrait le soulager, ici il sont rares et très chers. On lui donne une boite de paracétamol avec des instructions très strictes de ne pas dépasser 4 comprimés par jour.

Il nous fait visiter son village. Son frère nous raconte que, lui, il aurait bien voulu émigrer en Espagne pour continuer ses études, il a essayé et il est partis en mer sur une pirogue mais ça n’a pas marché.

On rencontre le directeur de l’école. Ils ont 350 élèves du CP au CM2 mais seulement 2 salles de classe pour les répartir. Si la récré est un joyeux brouhaha, une fois en classe, c’est le silence total : discipline discipline ! L’association Voiles Sans Frontière leur a fait don d’un ordi et d’une imprimante indispensable car tous les documents scolaires (textes, exercices, sujet d’examen etc) arrivent maintenant sous forme électronique mais çà consomme du papier et de l’ancre et il n’ont pas les moyens d’en acheter. Alors si vous passez par là penser à apporter quelques ramettes de papier ou du toner pour l’imprimante (voir photo). Du matériel de géométrie est aussi bienvenu (régles, compas, équerres etc). Nous n’avons que quelques cahiers, crayons et règles à offrir mais ça leur fait tout de même plaisir.

Le lendemain matin l’ado à qui nous avons donné du Doliprane vient nous voir en nous disant qu’il va beaucoup mieux. Il nous apporte un grand seau de crevettes toutes fraîches qu’il veut nous donner pour nous remercier mais on insiste pour le payer tout de même. Vu qu’on en avait déjà acheté un kilo sur le quai un peu plus tôt on va pouvoir manger des crevettes toute la semaine :)) ça tombe bien on adore ça .

Un peu plus tard dans la matinée une embarcation du parc naturel vient nous voir pour nous dire très poliment que nous devons partir. Nous sommes ancrés sur un récif artificiel nouvellement créé et classé espace protégé (juste devant la jetée, au beau milieu du chenal…). Il nous suggère d’attendre l’étale car notre ancre risque fort d’être coincée. Le sondeur donnait effectivement des indications assez bizarres mais toujours au moins 8 mètres de profondeur. Dès que la renverse s’amorce on relève donc et l’ancre remonte sans difficulté ouf !