Siné :Djirnda

Nous remontons le Siné qui au fil des ans est devenu un fleuve bien plus important que le Saloum. Il est navigable assez loin en amont et balisé pour permettre à de petits cargos de le remonter (en une semaine nous n’en verrons pas un seul). Ceci dit avec le changement climatique le courant de ces fleuves diminue et les marées remontent désormais bien au-delà de l’estuaire, augmentant la salinité de l’eau. Ce changement affecte grandement l’écosystème du delta et rend la vie des habitants encore plus difficile (l’eau de certains puits devient saumâtre) sans parler du risque de submersion complète de ces terres à fleur d’eau y compris des villages. Ajoutez à ça, la pollution plastique dont on parlait dans l’article précédent…

Première escale Djirnda. Comme beaucoup de villages ici c’est une communauté de pêcheurs dont l’activité principale est la crevette très abondante dans le fleuve. Les hommes pêchent (surtout la nuit ) et les femmes sèchent et fument le produit.

On ancre en face de la jetée du village mais plus proche de l’autre rive pour ne pas gêner les nombreuses pirogues qui vont et viennent, chargeant ou déchargeant leurs cargaisons ou leur passagers. Un grand ado soufrant de douleurs articulaires vient nous voir sur sa pirogue et nous demande si on aurait un médicament qui pourrait le soulager, ici il sont rares et très chers. On lui donne une boite de paracétamol avec des instructions très strictes de ne pas dépasser 4 comprimés par jour.

Il nous fait visiter son village. Son frère nous raconte que, lui, il aurait bien voulu émigrer en Espagne pour continuer ses études, il a essayé et il est partis en mer sur une pirogue mais ça n’a pas marché.

On rencontre le directeur de l’école. Ils ont 350 élèves du CP au CM2 mais seulement 2 salles de classe pour les répartir. Si la récré est un joyeux brouhaha, une fois en classe, c’est le silence total : discipline discipline ! L’association Voiles Sans Frontière leur a fait don d’un ordi et d’une imprimante indispensable car tous les documents scolaires (textes, exercices, sujet d’examen etc) arrivent maintenant sous forme électronique mais çà consomme du papier et de l’ancre et il n’ont pas les moyens d’en acheter. Alors si vous passez par là penser à apporter quelques ramettes de papier ou du toner pour l’imprimante (voir photo). Du matériel de géométrie est aussi bienvenu (régles, compas, équerres etc). Nous n’avons que quelques cahiers, crayons et règles à offrir mais ça leur fait tout de même plaisir.

Le lendemain matin l’ado à qui nous avons donné du Doliprane vient nous voir en nous disant qu’il va beaucoup mieux. Il nous apporte un grand seau de crevettes toutes fraîches qu’il veut nous donner pour nous remercier mais on insiste pour le payer tout de même. Vu qu’on en avait déjà acheté un kilo sur le quai un peu plus tôt on va pouvoir manger des crevettes toute la semaine :)) ça tombe bien on adore ça .

Un peu plus tard dans la matinée une embarcation du parc naturel vient nous voir pour nous dire très poliment que nous devons partir. Nous sommes ancrés sur un récif artificiel nouvellement créé et classé espace protégé (juste devant la jetée, au beau milieu du chenal…). Il nous suggère d’attendre l’étale car notre ancre risque fort d’être coincée. Le sondeur donnait effectivement des indications assez bizarres mais toujours au moins 8 mètres de profondeur. Dès que la renverse s’amorce on relève donc et l’ancre remonte sans difficulté ouf !