Archives de l’auteur : Rêve à Deux

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A propos Rêve à Deux

Un grand voyage à la voile autour du monde

Petite Martinique après le cyclone Béryl

Une composante nord ouest de la houle rend le mouillage de l’île ronde très inconfortable elle devrait tourner carrément à l’ouest d’ici ce soir. Bon on va essayer le lagon entre Petit Saint Vincent et Petite Martinique.

On contourne donc Cariacou par la côte sous le vent dont tous les abris vont être assez inconfortables. On aperçoit devant nous les hauteurs de l’île Union. On rentre dans le grand lagon qui entoure les deux îles et mouillons dans une large zone de sable blanc et plat devant Petit St Vincent. L’île est privée aussi n’essayons nous pas de descendre à terre. Ce n’est que le lendemain soir quand nous achetons un petit thon à un pêcheur venu de Mayreau/Tobago Cays. En papotant avec lui on réalise que nous ne sommes plus dans les eaux de Grenade mais de Saint Vincent. Flûte ! on l’avait loupé celle-là. En fait si Petit Saint Vincent fait bien partie du pays « St Vincent et les Grenadines » la frontière entièrement maritime entre les deux pays n’est pas encore définie et ne figure sur aucune carte. Mais pour être sûr de ne commettre aucune infraction, le lendemain matin de bonne heure et de bonne humeur, nous parcourons les 800m qui nous en sépare pour ancrer juste derrière les très nombreux bateaux de pêche au corps mort devant Petite Martinique.

Le mouillage est convenable mais le vent d’est accélère en passant entre les deux îles de plus, la composant nord ouest de la houle même si elle ne se fait pas trop sentir au mouillage rend le débarquement sur la plage très sportif. Nous faisons tout de même une bonne promenade à terre.

Et tout de suite c’est le choc : C’est précisément ici que le cyclone Béryl a frappé en premier et a détruit totalement ce village de 900 habitants et la totalité des bateaux de pêche avant de s’acharner sur Cariacou. Par miracle personne n’a été tué sur cette petite île. C’était le 01/07/2024. Depuis, 17 mois ont passés, la flotte de pêche a été reconstituée, l’école et quelques résidences (visiblement celles des plus riches) ont été reconstruites où restaurées à neuf. Mais beaucoup sont encore des ruines parfois vaguement rafistolées, parfois carrément abandonnées.

La végétation a aussi beaucoup souffert plus un seul arbre, l’herbe jaunie peine a pousser.

Pour ce qui de la faune, les coraux du recif ont été gravement endommagés, les oiseaux ont beaucoup souffert. Les reptiles sont sans doute l’espèce qui a la mieux résisté comme cet iguane que nous avons croisé sur le bord du chemin.

Photo d’illustration merci à son auteur. On a vu exactement un iguane identique dans le même paysage mais on a pas été assez rapide pour dégainer l’appareil photo avant qu’il ne se sauve.

En dépit de toutes ces traces de la catastrophe, les habitants, toujours aimables et accueillants, semblent avoir pris les choses en main et travaillent d’arrache pieds pour reconstruire leur île . Ils ont retrouvé le moral comme nous avons pu le constater en faisant quelques courses dans les deux supermarchés.

Depuis la pointe on a une bonne vue sur Petit St Vincent et on peut voir que le complexe hôtelier à lui aussi été bien touché et est loin d’être remis en état.

le 01/03/2026

Après 2 nuits à ce mouillage, l’alizé est encore monté d’un cran (25 nds) et le couloir entre les îles renforce les rafales qui montent à 30 nds et lèvent un clapot inconfortable. Nous levons l’ancre pour aller nous abriter sous le vent de Cariacou dont la houle d’ouest c’est enfin calmée.

l’île Ronde

L’île Ronde (Ronde Island) est une île déserte (sans habitant mais pas désertique:)) située au nord de l’île de Grenade.

Pour y aller nous remontons toute la côte de Grenade. La vue des sommets boisés nous fait un peu regretter notre décision de ne pas louer de voiture pour explorer l’intérieur mais bon : on ne peut pas toujours tout faire partout …

Lîle ronde est entourée de nombreux îlots rocheux aux formes impressionantes et aux noms évocateurs. On retiendra « London Bridge » « les Soeurs » « les Tantes » mais le plus drôle est sans doute « Kick’em Jenny » (littéralement : Jenny donne leur un coup de pied).

Le mouillage est relativement protégé même si un peu de houle contourne la pointe de l’île et les rafales peuvent être assez fortes et changer fréquemment de direction. L’eau est bien sûr très claire et l’ancre accroche bien sur le fond plat de sable et d’herbe. Nous serons 4 bateaux à l’ancre le premier jour et 3 le deuxième.

Nous pensions trouver une île plus verte mais la végétation a visiblement été très affectée pa le passage du cyclone Béryl il y a seulement 17 mois comme en témoignent les nombreux troncs dégarnis. Nous allons à terre en kayak mais la petite houle rend l’arrivée sur la plage assez sportive et très humide. On voit le début de ce qui devait être un sentier montant vers la colline mais il semble impraticable sans une bonne machette. Faute de ballade on se rabat sur la gastronomie du bord. Au menu de ce soir gâteau de dahl et de pollenta.

Une houle de nord ouest est (encore) en train de se former et la deuxième nuit est moins confortable, il est temps d’aller chercher un autre mouillage.

Saint Georges Le 22 février 2026

La houle de secteur ouest à disparu pour quelques jours c’est le moment d’aller voir ce qui se passe sur la côte sous le vent. Première étape Saint Georges capitale officielle de l’archipel état de Grenade et ville principale de l’île éponyme.

Les 10 milles depuis Port Egmond jusqu’à Saint Georges sont avalés rapidement même si passé la pointe de la Quarantaine on subit des rafales catabatiques assez fortes. Nous prenons une bouée de corps mort à Martin’s Bay et partons faire le tour de la ville en kayak. (pas de possibilité d’ancrage près de la ville où beaucoup de bouées sont disponibles). mouillage tranquille avec de l’eau très claires et tortues nous tournant autour…

La ville a été construite au XVIIème siècle par les Britanniques. Le pays est devenu indépendant en 1974 et est toujours membre de Commonwealth avec le roi Charles III d’Angleterre comme souverain officiel. Depuis la révolution de 1984 matée par l’intervention des US Marines c’est surtout avec les Etats Unis que se font les èchanges.

Dominée par son imposante citadelle la ville aux façades de couleurs vives est à notre avis plus agréable à regarder de loin que de l’intérieur, mais nous étions dimanche et tout était fermé.

Nous n’avons pas demandé le prix de la place au port de plaisance mais au vu des magnifiques yachts classiques çà ne doit pas être donné…

Au matin, nous aurons juste le temps de revenir à terre pour aller faire quelques emplettes au supermarché avant de repartir.

Port Egmond, le trou à cyclone de Grenade

Une houle d’ouest et de sud ouest est prévue pour les prochains jours. Oui vous avez bien lu: o.u.e.s.t. mais comme c’est peu fréquent 95 % des mouillages y sont ouverts si si ça existe aussi aux Caraïbes (mais c’est une houle d’ouest dont on vous parle et pas négligeable 1 métre) , les alizés eux soufflent toujours de l’est avec une mer de 2métres et quelque fois fois plus . Pas le moment donc de commencer la remontée de la côte sous le vent on va en profiter pour explorer une des baies les mieux protégées de la côte sud de Grenade : Port Egmond. L’endroit à la réputation d’être le meilleur trou à cyclone de l’île.

L’entrée de la baie longue et étroite fait penser à un petit aber. Contrairement aux autres baies plus à l’ouest il n’y aucun bateaux à l’ancre ni de corps morts. Ce bras de mer semble se terminer en cul de sac mais en fait il tourne à angle droit pour s’ouvrir sur un bassin presque circulaire bordé de mangroves. Le premier jour nous ancrons juste devant la plage de fort Jeudy située dans le virage avant l’entrée de la mangrove. L’eau est assez clair et le récif tout proche. La plage est principalement occupée par les pêcheurs locaux mais elle est très pratique pour descendre à terre et faire ces courses au supermarché à 500 m de là.

Le lendemain (19/02/2026) nous nous déplaçons pour aller ancrer dans la mangrove. Il y a quelques bateaux dont un gros yacht à moteur mais c’est loin d’être la foule. L’endroit est en effet très bien protégé de tous les vents et aucune houle ne peut y pénétrer. Nous passerons 3 agréables journèes (et nuits) bien au calme dans ce cadre de verdure.

Le plan d’eau est entouré de villas et les seuls points de débarquement possible semblent être les pontons privés de ces demeures. Le plus pratique pour aller à terre se dégourdir les jambes reste donc Jeudy beach. On en profite pour aller se promener sur les petites routes de la pointe Jeudy, mais celle baptisée Harbour View drive qui semblait longer la côte Est de la pointe est interrompue à mi-chemin. Nous aurons tout de même une belle vue sur Calvigny Harbour autre mangrove de cette côte mais peut être un peu moins bien protégée que port Egmond.

Il est intéressant de noter les différences architecturales : en cas de cyclones prefèreriez vous la maison sur échasses ou la demeure de Hobbits ?

Au revoir Tobago, bonjour Grenade

Clearance de départ accomplie dans la matinée avec encore 2 fois plus de papiers à remplir à la main que lors de l’arrivée, nous avons promis aux autorités (en l’occurrence un douanier très sympa) de partir avant la fin de la journée et c’est sur un magnifique coucher de soleil que nous quittons Tobago l’enchanteresse.

La météo prévoyait du vent d’est 20 à 25 nœuds nous n’avons donc même pas pris la peine de hisser la grand voile. Vent arrière dans un tel vent le foc seul devrait suffire largement. Sauf qu’il a fallu attendre le lever du jour et être à 20 milles de Grenade pour que la brise daigne dépasser les 14 nœuds. Par contre une mer creuse et très courte était bien présente tout du long. Traversée lente et inconfortable donc mais à 10.30 le 14/02/2026 nous entrons dans Prickle Bay.

La première vision est un peu un choc pour nous : la baie et remplie de bateaux. Nous n’en n’avions pas vu autant depuis notre départ de Mindelo en novembre dernier. On trouve un corps mort libre tout près du ponton, fermons le bateau et débarquons aussitôt pour faire la clearance d’entrée. Le bureau de douane/émigration est juste là au-dessus du quai. Les formalités sont expédiées en moins de 10’. Tout est facilité par l’application « SailClear » où j’avais rempli notre déclaration d’arrivée la veille avant de partir de Tobago. Le plus long a été de payer les droits (environ 50 EUR tout compris).

Parmi la grosse cinquantaine de bateaux au mouillage dans la baie seulement une douzaine semble en escale tous les autres sont inoccupés, probablement en hivernage. Les baies de la côte sud sont traditionnellement parmi les abris les plus sûr des Caraïbes. La gérante de la marina nous a expliqué que lors du passage du cyclone Beryl en juillet 2004 tous ses corps morts avait tenu mais quelques bateaux avait été endommagés par d’autres dont l’ancre n’avait pas tenu. Nos amis Carole et Daniel avait aussi hiverné leur Folligou à terre au chantier du fond de la baie et il avait traversé l’épreuve sans aucun dommage.

L’après-midi, on va faire un tour dans le quartier. Là aussi c’est un peu un choc culturel, tout est américanisé, on pourrait facilement se croire quelque part dans une petite station balnéaire de la côte Californienne. Tout y est : l’accent des locaux, le style des villas, les gros 4X4. Seule l’étroitesse et la forte pente des routes permet d’en douter. Le lendemain en faisant nos courses dans un grands supermarché nous pourrons d’ailleurs constater que 80 % des produits sont américains, même le pain est made in USA.

Bon, ne crachons pas dans la soupe, l’île est quand même très belle. Par contre nous ne sommes pas chaud pour aller l’explorer en voiture, d’une part les locations sont chères (70 USD/jour pour une petite citadine) et d’autre part deux déplacements en taxi collectif nous ont permis de voir que les locaux conduisent comme des malades.

Ballade au dessus de Charlotteville

Notre séjour sur cette île de rêve ne peut pas s’achever sans monter au belvédère qui surplombe la baie.

L’ascension commence par les rues de la petite ville (village serait plus approprié) passe devant l’école et l’église méthodiste. A partir de là même si on est toujours sur une route carrossable la montée se fait de plus en plus raide. De chaque côté des maisons colorées sont accrochées à la pente.

Puis la route goudronnée cède la place à un chemin de terre. La vue commence à être vraiment intéressante. Encore une maison et une petite plantation de banane avec quelques plans de cacao et le sentier s’enfonce dans la foret.

On note au passage sur le bord du sentier de nombreux gingembre rouge ou canne d’eau (Costus woodsonii). La couleur orange étant à l’honneur en cette saison, il y a aussi dans la canopée de grands arbres fleuris garnis de belles fleurs oranges se sont des Immortelles (Erythrina poeppigiana).

On contourne le piton ou se trouve les antennes et le point de vue, on croise une vache broutant l’herbe sur le côté du sentier puis le sentier rétréci, la végétation devient de plus en plus dense si bien qu’au bout d’un moment il faudrait une machette pour continuer à avancer.

Nous ne sommes plus très loin du but mais il faut nous résoudre à faire demi-tour et redescendre par le même chemin, enfin pas tout à fait, le village a tout de même plusieurs rues. La route est bordée de grands manguiers sous lesquels on ramasse quelques délicieux fruits tombés. On redescend au niveau de la mer et retrouvons notre kayak (plus agréable à utiliser que l’annexe) fourbus mais content de notre ballade.

Charlotteville aura vraiment été un coup de coeur. Une transition parfaite pour passer en douceur du mode Explorateurs des grands fleuves du bassin amazonien à celui de Pirates des Caraïbes.

L’anse de « Pirates Bay »

La baie devant Charlotteville s’appelle Man-of-war bay (baie du vaisseau de guerre) et sa partie nord-ouest, où nous sommes mouillés, Pirates bay sans doute une réminiscence des combats navals du 18ème siècle. La nature entourant la baie est magnifique et plusieurs sentiers permettent de l’explorer et d’en découvrir les merveilles.

Pas de Baie des Pirates sans un beau 4 mâts

Mais avant d’aller nous perdre dans la forêt quelques mots sur le mouillage et les ressources disponibles sur place.

La baie est bien abritée des vents et de la houle dominante (secteur Est). Le mouillage sur ancre est en principe interdit et une vingtaine de corps morts ont été mise en place. On peut les réserver et payer sur https://www.tobago-moorings.com/bookings ce que nous avons fait pour les 2 premières nuits mais le site n’est pas à jour et les bouées sensées être libres sont en fait déjà occupées ou ne sont plus à la place indiquées et contrairement à ce qu’on peu lire sur le plan il n’y a aucun numéro sur les bouées. En fait un préposé (ou se prétendant tel) passe la matin pour se faire payer tout en proposant des arrangements suivant la durée du séjour. Les lignes de mouillage textile sont d’un diamètre suffisant pour de grosses unités (diamètre <30mm) par contre certaines ont été dé-toronnées pour passer dans le flotteur leur enlevant de ce fait une grande partie de leur résistance. Une solution est d’attacher une aussière supplémentaire avec un nœud de prusik à la partie saine de la ligne sous le flotteur.

L’eau est claire (après la Guyane et le Suriname çà fait du bien !) et on peut facilement nager jusqu’au récif de corail qui borde la côte. Mettre la tête dans l’eau claire nous a aussi apporté une très agréable surprise : la carène, le safran et l’hélice sont parfaitement nickel, au moins aussi propre que quand on a mis à l’eau fin septembre et pourtant en partant du Brésil elle était très sale même si je lui avait donné un rapide coup de brosse avant de partir et c’était il y a un mois et demi . L’eau douce acide des fleuves de l’Amazonie est manifestement un nettoyant de carénage très puissant !

Au petit super marché devant la jetée on trouve la plupart des produits de base et sur la place, plusieurs marchands vendent des fruits et légumes tandis qu’un peu plus loin le long de la plage on peut acheter du poisson à la coopérative des pêcheurs. Juste à l’extérieur de la porte du super marché il y a un robinet d’eau (supposée potable) où on peut remplir ses bidons. Il y en avait un autre sur la jetée mais il a été cassé.

Voilà pour le côté pratique maintenant on peut commencer la ballade. Depuis la jetée, un chemin part le long de la côte vers la plage de Pirates-bay. Passé l’escalier qui y descend, le sentier continue en passant devant deux jolies maisons construites à flanc de coteau jusqu’à une troisième surplombant la baie. Ces villas ne sont accessibles qu’à pied, pour ramener les provisions les propriétaires ont intérêt à être en bonne forme physique ! Là le sentier bifurque pour contourner la propriété et franchir un vallon mais il y a eu des éboulements et nous n’avons pas pu aller plus loin.

Ce qui frappe le plus ici à part la beauté du paysage, c’est la diversité des espèces végétales et leur excellente santé apparente. Il faut dire qu’on est sur la côte sous le vent d’une île bénéficiant d’un climat tropical sans être soumise aux cyclones. Tout semble pousser tant dans les jardins : taro, manioc banane papayes, coco, ananas, cacao, arbre à pain etc que dans la forêt (je n’essaierai même pas de vous citer les essences). On note aussi une forte présence de bambous, si certains sont natifs (Arthrostylidium) la plupart sont des espèce importées invasives (bambou commun et bambou géant) .
Et bien sûr nos chers arthropodes et tout particulièrement ceux de l’ordre des lépidoptères sont au rendez-vous avec de superbes specimens de papillons paon ecarlate (Anartia amathea) et un autre plus discret, sans doute un maestra hersilia!

Coté oiseaux forte présence aussi de nombreuses espèces dont bien sûr des cocricos (Ortalide à ventre roux) l’oiseau national de Tobago, une sorte de gallinacé qu’on entend partout pousser son cri caractéristique mais qu’on arrivera pas à photographier ,

mais on retiendra surtout le joli Jacamar à queue rousse (Galbula ruficauda, premiére photo de cet article).


Le lendemain on a fait une autre ballade pour aller jusqu’au fort de l’autre côté de Man of War bay. Ce n’est pas un sentier, il faut marcher sur le bord de la route heureusement très peu fréquentée mais la vue est superbe. Mais pour cette fois il faudra nous contenter de s’en souvenir dans notre tête, une longue houle de nord ouest s’était levée ce jour là rendant l’atterrissage sur la plage près de le jetée très sportif et nous n’avions pas osé emmener d’appareil photo.

Tobago: formalités et tour de l’île

Les démarches d’entrée à Trinidade et Tobago sont d’un autre âge. Santé, immigration et douanes sont installés dans des bureaux au premier étage du centre médical (en travaux) les fonctionnaires sont jovials et sympathiques.

Vue des fonctionnaires sur le cimetière

Mais il faut compter deux bonnes heures pour obtenir sa clearence. Non pas qu’il faille faire la queue où attendre qu’un fonctionnaire soit disponible non rien de tout ça : il y a juste une énorme liasse de document à remplir manuellement en quatre exemplaires (carbone autorisé pour deux exemplaires seulement) et quand tout est dûment signé et tamponné il faut payer la taxe (normalement gratuit en semaine pendant les ouvertures des bureaux mais en payant dès l’instant où le bateau a mouillé dans la baie du jeudi 16:00 au lundi 9:00…) payable en monnaie locale (le $TT, prononcez dollar titi) mais le seul distributeur de la ville à cesser de fonctionner il y a quelques semaines et ne sera pas remplacé. Ne vous inquiétez pas nous dit le douanier vous paierez quand vous aurez trouvé de l’argent…

On peut retirer quelques dollars au supermarché en payant ses achats par carte et en demandant de débiter un peu plus mais ça n’ira pas loin. Il faut donc aller à Roxborough où il y aurait un distributeur ou a Scarborough la capitale de l’île où il y a plusieurs banques. Autant en profiter pour explorer Tobago. Nous voilà donc à la recherche d’une voiture de location : on demande à des passants près du marché aux poissons. Ils appellent Charles qui est là en train de discuter. Une voiture pour la journée OK c’est 300 $TT, par carte ? non pas possible, mais on n’a pas de liquide non plus, pas de soucis vous allez en trouver a Roxborough vous me paierez en rentrant. Le lendemain matin à l’heure dite il nous attend avec les clés de la voiture. Il ne nous demande pas de permis de conduire ni de passeport même pas notre nom et nous voilà partis sur les routes sinueuses et escarpées de cette île merveilleuse avec une voiture au réservoir presque vide.

Je vous passe nos péripéties bancaires et les DAB sans contact limités à l’équivalent de 30 euros par retrait mais finalement on a réussi à retirer ce qu’il nous fallait et avons fait le tour presque complet de Tobago.

Les paysages sont vraiment sublimes. Le tourisme est visiblement une activité importante mais ici pas de tourisme de masse. Quelques lodges discrètes et jolies villas ici et là, de belles plages aménagées et surveillées mais on est loin de la foule des Antilles. Tout est propre et bien entretenu (pour un pays tropical humide) et le respect de la nature semble bien ancré avec des zones protégées et une immense réserve naturelle occupant tout le centre de l’île.

Il y aurait pas mal de sentiers de randonnées mais faute d’une bonne carte (pas acheté de SIM locale non plus) et de temps (sur ces routes 20 km c’est plus d’une heure de trajet sans les arrêts photos, on se contente de quelques poses pour se dégourdir les jambes comme à Mount Dillon. On prend tout de même le temps d’une bonne baignade sur la plage de Castara (attention ne pas s’endormir sous un cocotier).

Après Paralatuvier Bay on emprunte la petite route côtière qui rentre sur Charlotteville en longeant le parc naturel. Il y a des cascades indiquées mais soit nous sommes passés à côté sans les voir soit nous sommes à la saison sèche.

Végétation tropicale luxuriante d’un côté, vue plongeante sur les criques bleus de l’autre on ne sait plus où donner de la tête.

S’il existe-t-il encore un paradis tropical Tobago pourrait bien être celui là!

A 18:00 nous sommes de retour à Charlotteville, on rend la voiture et payons la location et reprenons notre kayak pour rentrer à bord.

Départ pour Tobago

29 Janvier 2026, on a un bon créneau pour partir, les coefficients de marée sont encore faibles et les prévisions nous annoncent des vents suffisamment modérés accompagnés d’une mer peu agitée.

On profite d’avoir encore la voiture pour passer à la Police Militaire au port de commerce pour faire la clearance de sortie et de pousser jusqu’en ville pour faire les courses aux halles pour le frais et chez Choi’s pour le reste (genre de Super U local avec beaucoup de produits Européens). On rend la voiture, payons la marina et faisons nos adieux à Erik son dévoué propriétaire.

Le mouillage sur corps morts de Domburg (pompeusement baptisé Marina Suriname) s’est avéré confortable est sûr, son ponton pour les annexes est pratique, équipé d’un robinet d’eau potable et protégé de l’extérieur par une grille fermant à clef. A terre il y a tout ce qu’il faut pour passer une escale relaxante. Bien sûr il y a les douches et les sanitaires, une piscine (en cours d’entretien lors de notre séjour) et le River Breeze, le bar restaurant de la marina aussi géré par Erik où on peut manger ou simplement prendre un verre avec les autres plaisanciers (nous étions les seuls français parmi une demi douzaine d’équipages néerlandais fort sympathiques). Mais surtout il y a tous les commerces à quelques pas: un assez grand super marché chinois et 3 autres alimentations (aussi tenues par des chinois), une boulangerie, une station service et, c’est important, un ATM (DAB) acceptant les cartes étrangères.

Une fois tout réglé, il nous reste encore quelques dollars Suriname qui sont rapidement dépensés en denrées essentielles au super marché chinois du coin. On fait attention a ne pas garder ce type de devises inchangeables dans un autre pays.

Il est 15:30 quand nous larguons la bouée. Le courant n’est pas encore inversé mais on voudrait être sûr d’arriver avant la nuit pour ancrer entre les parcs à crevettes un peu en amont de Braamspunt pour passer la barre de jour avec la marée de demain matin.

Nous descendons le fleuve Suriname avec ses villas de luxe, ses pêcheries et ses chantiers navals, passons sous le pont et jetons un dernier coup d’œil à la vieille ville.

Juste avant le confluent avec la rivière Commewijne, dans ce qui ressemble à un petit port de pêche nous voyons un voilier démâté amarré à la berge. Ce voilier, nous le connaissons c’est Dolphino le voilier de José le galicien que nous avions aperçu à el Hierro l’année dernière et à Dégrad des Cannes il y a 15 jours. Que lui est-il arrivé ?

Nous passons une nuit tranquille à l’ancre un peu à l’écart du chenal et repartons pour la pleine mer dès le levé du jour.

Peu après la sortie du chenal nous voyons Dolphino se matérialiser sur l’AIS quelques milles derrière nous. Tout de suite on l’appelle à la VHF. Il nous explique qu’il a démâté dans la houle en partant de Guyane, qu’il est arrivé au Suriname au moteur où il a bricolé un gréement de fortune avec lequel il compte atteindre la Martinique pour monter un nouveau mât avec peut-être un court arrêt à Tobago. On lui propose bien sûr de l’aide mais il nous dit que tout va bien. Le lendemain il nous envoie une petite vidéo de son bateau progressant sous son gréement de fortune. Il arrivera à Tobago seulement 36 heures après nous et rejoindra la Martinique 3 jours plus tard. Chapeau !

Screenshot

Pour nous la traversée se passera sans anicroche sur le fameux tapis roulant du courant équatorial avec un vent portant variant de 16 à 20 nœuds qui nous permet de garder la grand voile à un ris et d’alterner entre le foc et la trinquette. Pour optimiser on ne suivra pas la route directe mais une ligne courbe pour maximiser l’effet du courant et garder un angle de 140° à 150° du vent. Pas mal de pêcheurs la nuit mais pas de navire marchand. A 17:30 dimanche 01/02 nous prenons une bouée dans la magnifique baie des Pirates à Charlotteville tout au nord de l’île de Tobago.

Découverte du Centre-Ville de Paramaribo


Si la périphérie de Paramaribo parsemée de zones industrielles et commerciales est avant tout une mosaïque de quartiers résidentiels correspondants aux différentes ethnies fondatrices du pays où les mosquées avoisinent les temples hindous, le centre ville est lui d’un style bien particulier.

On reconnaît immédiatement son origine. Le style fait tout de suite penser à celui des bâtiments du centre des vieilles villes des Pays-bas interprété à la sauce coloniale. Ici pas de briques ni de pierres, tout est construit en bois et bien-sûr les balcons qui agrémentent les façades rappellent qu’on est loin de la grisaille et des températures hivernales de la Hollande.

Ici le travail de restauration est assez remarquable car sous ce climat, entre les moisissures et les termites les constructions en bois se dégradent très vite si elle ne sont pas entretenues avec soin. Cette restauration est d’autant plus remarquable que si le pays est devenu indépendant en 1975 il a connu une période dictatoriale suivie d’une révolution sanglante jusqu’en 1992 ou la démocratie a enfin été rétablie.

Dans ce centre ville sur les bords du fleuve il y a de grandes halles ou le marché se tient tous les jours. Nous y ferons nos courses le dernier jour. Le multiculturalisme a ici a un gros avantage: on trouve à peu prés de tout: fruits et légumes en tout genre bien sûr mais aussi des spécialités liée à un groupe comme par exemple les plantes aromatiques chez les bushnengues (descendants des esclaves) ou du tempeh à l’étal d’un vendeur javanais (non donné aux travailleurs venus d’Indonésie au siècle dernier).

Une des plaies (ou des passions suivant de quel point de vue on se place) des locaux c’est les paris sportifs et les jeux de hasard. Le centre ville a ses casinos et ses salles de jeux qui ne désemplissent jamais mais le moindre quartier, le plus petit hameau a aussi sa boutique où les pauvres gens qui ont économisé quelques dollars peuvent venir les perdre en pariant sur le résultat d’un match de football en Angleterre, de baseball aux USA ou d’une course hippique aux Pays Bas .

Nous rentrons a Domburg par la petite route qui longe le fleuve. Construite en surplomb des terres humides qui l’entoure, l’érosion combinée au passage de camions beaucoup trop lourds, l’ont complètement déformée avec par endroit des ornières de près d’un mètre de profondeur. Pour atteindre Domburg il faut passer sur un pont (fort heureusement interdit au poids lourds) avec pour toute chaussée 2 planches parallèles, pas question de dévier d’1 mm si vous voulez arriver de l’autre côté!.

Le bateau échoué sur la berge s’appelait « Always Forward » (toujours en avant) sans doute a-t-il suivi cette devise une fois de trop…