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Un grand voyage à la voile autour du monde

Patmos 2: Le monastère de St Jean et la Chora

Le 12/11/2023 nous quittons Matezana le matin de bonne heure et de bonne humeur. Au cap Exopetra le vent se lève OSO et un courant d’un bon nœud aide a nous propulser rapidement sur la route. Il fait un temps superbe et à l’heure du thé nous sommes amarrés le long du quai à Skala (Patmos).

Lundi matin le vent à viré au NNO 25 nœuds avec des rafales et surtout beaucoup de pluie. En fait toute cette eau tombe à pic ! Nous n’avons pratiquement pas eu de pluie depuis notre départ d’Italie le pont et le gréement sont couvert de sel et de poussière (le coup de sirocco à Paros). Là il pleut tellement dru que çà vaut un bon karcher. Nous en profitons pour peaufiner le planning d’hivernage et dans la journée nous recevons la confirmation du Leros Boat Yard (Moor & Dock) : ils vont nous sortir de l’eau Jeudi. C’est une excellente nouvelle car le week-end prochain s’annonce encore très très venté et pluvieux.

Mardi matin le temps est redevenu magnifique.

Nous prenons le bus pour monter à la Chora visiter le monastère/forteresse de St Jean (vous vous rappelez : le meilleur pote à Jésus).

Que cache ces imposants remparts ? Nous nous attendons à l’habituelle cour intérieur d’une citadelle. Mais passé le portail c’est la grande surprise : c’est un labyrinthe de chapelles, d’escaliers, de couloirs voûtés de petites salles et de logements imbriqués les uns dans les autres sans aucune logique évidente mais pour le plus grand plaisir des yeux.

Le musée est malheureusement fermé. Il abriterait une collection unique d’icônes anciennes, de reliques et d’objets de culte dont certains remonteraient à l’époque du séjour du saint évangéliste (appelé aussi le théologien) sur l’île.

Nous finissons par une longue ballade dans les ruelles de la Chora, que nous avions déjà parcouru en avril, avant de redescendre par le bus de 12:00h.

Comme le temps est magnifique et le vent léger et bien orienté on préfère partir tout de suite pour Leros plutôt que de risquer d’être plaqués au quai par le vent de SE prévu demain. C’est super ! Toutes les écoutes et autres manœuvres ont été abondamment rincées par la pluie d’hier et sont maintenant bien sèches grâce au beau soleil de la matinée. Il va sans dire que nous profitons de cette courte traversée pour les lover et les rentrer à l’intérieur.

Il en va de même pour les voiles d’avant : aussitôt arrivés dans la baie de Partheni et amarrés au corps mort du chantier, nous les affalons et les plions comme çà tout est sec et propre, près à passer l’hiver sans risque de moisir. Entre temps, le chantier nous à re-confirmé que ce serait bien Jeudi matin à partir de 08:00, nous avions essayé de les convaincre que Mercredi aurai été encore mieux mais finalement leurs opérateurs de levage n’étaient pas disponibles avant Jeudi.

Astypalaia

Nous quittons les Cyclades pour le Dodécanèse. Le vent reste faible toute la journée et les 34 milles jusqu’à la baie de Livadia (île d’Astypalaia se font moitié au moteur, moitié à la voile, mais il n’est que 15:45 quand nous mouillons encore à temps pour aller à terre et monter jusqu’au village d’Astypalaia et sa citadelle qui surplombe la baie.

Ici la saison est bien terminée, il n’y a pas grand-chose d’ouvert et les planches ont été clouées sur les fenêtre des nombreuses locations.

La citadelle est assez particulière. Contrairement à la plupart de celle que nous avons vu jusqu’à présent, ce n’est ni un monastère fortifié ni une place forte Vénitienne mais plutôt un village fortifié que les habitants ont construit au début du moyen âge pour se protéger des attaques de pirates. L’ensemble ainsi que beaucoup de maisons du village sont en cours de restauration.

Jeudi, la matinée se passe en bricolage et nettoyage sur le bateau. J’enlève la rouille sur le portique arrière et les balcons. L’après-midi nous allons nous balader dans l’oasis de Livadia. Le terme oasis est ici tout à fait approprié. Les collines qui nous entourent sont très arides alors que la vallée est plutôt verdoyante compte tenu de la saison. Ce que nous croyons être une rue est en fait le lit d’une rivière et les vergers et les habitations qui la bordent, sont protégés par de hauts murs et de portes étanches. Quand il pleut et que la retenue d’eau située plus haut dans la vallée est pleine, l’eau doit monter rapidement. Dans les vergers on voit de petits canaux d’irrigation. Malheureusement beaucoup de ces exploitations semblent plus ou moins abandonnées, les propriétaires tirant sans doutes de meilleurs revenus des locations touristiques.

Vendredi en prévision du mauvais temps prévu pour le week-end nous nous déplaçons pour aller nous amarrer au port d’Astypalaia. Nous préparons nos amarres et pare-battage mais une fois à l’intérieur on s’aperçoit que toute la place est prise par 3 ou 4 petits bateaux de pêche amarrés le long du quai là ou l’été il y a jusqu’à une douzaine de plaisanciers « cul à quai » : la saison est bien finie, les locaux on repris leurs places !

Nous poussons donc jusqu’à la baie de Vlychada. L’endroit est superbe et semble bien abrité. Par contre, compte tenu des profondeurs qui augmentent très vite à quelques dizaines de mètres du rivage, il faudrait idéalement ancrer et tirer des amarres à terre. Mais une telle opération semble très difficile à réaliser en raison de la forme des roches pointues aux arrêtes acérées et difficile d’approche en annexe en raison des très nombreux oursins. Tant pis nous y resterons seulement pour la baignade et le déjeuner. Les fonds sont superbes et poissonneux et nous avons même le privilège d’apercevoir deux phoques s’ébattrent juste devant nous. Oui ! Il y a des phoques en mer Egée. Ce seraient parait-il des phoques moines (pas étonnant vu le nombre d’abbayes et de chapelles qu’il y a sur ces îles)

Du vent d’Ouest assez fort est attendu pour la nuit et la journée suivante et comme d’habitude dans le région il fera le tour de la baie en commençant par le Sud (voir même du SSE) et que ça tournera jusqu’au NNO pour finir OSO pas facile de trouver un abri dans ces conditions. Il y a bien le « lac » de Vathy au nord de l’île qui est protégé de tous les vents mais sa sortie va se retrouver juste dans l’axe du vent et de la houle quand on voudra en ressortir dimanche. Nous revenons donc un peu en arrière pour ancrer dans la baie de Maltezana. En fin de soirée, le vent tourne comme prévu assez brutalement du SE au NW et l’ancre met quelques mètres à raccrocher après s’être retournée. Pour être plus tranquille nous remouillons et veillons un peu. Au matin Anne va plonger pour voir si l’ancre est bien enterrée dans un espace sans algues : elle l’est. Après réflexion nous aurions sans doute été plus confortable en nous amarrant à l’intérieur du petit quai dans la partie nord de la baie.

Astypalaia semble une île très attachante avec ses nombreuses baies très découpées et son relief beaucoup plus varié que les îles avoisinantes je pense qu’on pourrait y passer pas mal de temps mais la date choisie pour permettre à Rêve à Deux de prendre ses quartiers d’hiver approche et justement ce dimanche on a un très bon créneau au pour remonter rapidement sur Patmos et Leros.

Anafi

21:45 le mardi 7 novembre 2023, après une traversée sans vent depuis Thira, nous ancrons devant le port d’Anafi à l’abri de la jetée des ferries. L’abri doit être assez médiocre dès qu’il y a de la houle mais aujourd’hui c’est parfait en plus l’ancre accroche parfaitement dans le fond de sable bien plat.

Au matin nous découvrons les hautes falaises et le village perché tout en haut de la plus haute colline. La vue est superbe et l’endroit semble adorable, loin des sentiers battus.

On a bien envie d’y rester jusqu’au lendemain mais d’une part la montée presque à pic jusqu’au village nous décourage un peu et surtout l’abri très relatif du mouillage compte tenu de la houle de Sud Ouest qui devrait s’amplifier dans la soirée nous invite à ne pas tenter le diable.

Nous profitons du tout petit temps pour longer au plus près la côte vertigineuse de l’île et régaler nos pupilles de la multitude de couleurs et de formes de ces roches.

Santorin

Le coup de vent est passé. On a enregistré des rafales jusqu’à 38 nœuds. La température est montée à 29°C, le ciel s’est obscurcit, pas à cause des nuages mais d’un espèce de brouillard -on comprendra le lendemain que c’était du sable. D’abord de Sud Ouest, il à rapidement tourné au sud puis Sud Est pour revenir au Sud Ouest en se calmant. La mer n’a pas levée et l’ancre n’a pas bougé. Quand on a été nagé une fois le vent calmé, on a vu qu’elle avait complètement disparu, enfoncée dans le sable jusqu’à la chaîne.

Lundi 6/11/2023, les prévisions sont excellentes pour les prochains jours. Nous quittons Paros à destination de Santorin. Nous passons entre Paros et Naxos dans un vent de Sud Ouest d’une douzaine de nœuds puis nous longeons la côte Est d’Ios. Cette grande île très montagneuse semble très peu peuplée du moins sur cette côte pourtant on aperçoit des plages superbes. Escale pour la nuit dans une petite anse abritée moins de 2 milles au sud de la pointe St Georges. Au fond de cette anse il y a un hôtel de style plus ou moins Art Nouveau qui se fond assez bien dans le paysage mais qui est loin d’avoir le charme du style grec traditionnel. L’anse n’a pas de nom sur la carte d’après Google elle s’appellerait Palaria Papa (le plage Papa) et l’hôtel serait le Calilo un établissement de grand luxe mais il est fermé la saison étant déjà finie. Au matin nous repartons pour couvrir les 14 milles qui nous séparent de Santorin. Il n’y a pratiquement pas de vent mais encore un peu de houle. L’entrée dans la caldera est assez magique. Une caldera, c’est en fait le trou immense laissé par l’explosion d’un volcan. Ici dès qu’on pointe son étrave entre les île de Thira (aussi appelée Santorin) et Thirasia (qui ferme à moitié le côté Ouest du cratère) on se rend bien compte de se qui a pu se passer et à quoi pouvait ressembler l’île avant son explosion : quelque chose sans doute assez similaire à Ios ou Naxos. On découvre tout de suite le village d’Oia accroché tout en haut de sa falaise et on se demande comment les gens on eu le courage de revenir habiter sur cette île après une telle explosion qui ce serait produite au 16ème siècle Av J.C. et dont les tsunamis associés ont détruit la civilisation Minoenne en Crète et dans tout l’archipel. Surtout que le volcan est toujours actif comme en témoigne l’île Nea Kameni, un îlot de lave abritant des sources chaudes au milieu de la caldera.

Avec un tel relief pas question bien entendu de laisser filer l’ancre et d’aller à terre : à l’exception de quelques amas de roches volcaniques formant un petit plateau au pied des falaises, c’est plus de 100m de fond à quelques mètres de la paroi. Nous avons donc réservé une bouée de corps mort. Le propriétaire du corps mort n’est pas là pour nous accueillir mais il nous envoie un soit disant marin en barque pour nous aider à nous amarrer. Mais sa compétence s’avère plus que douteuse. Il n’y a ni vent ni houle mais il réussi à mettre l’amarre qui devait maintenir notre arrière à terre dans notre hélice. Domi plonge et arrive à dégager. Mais quelque chose s’est tordu et l’hélice reste bloquée : plus de moteur. La perspective de rester bloqués ici ou de repartir sans moteur nous inquiète au plus au point. Le marin s’en fout, il veut ses 50 euros (le prix exorbitant de la nuit au corps mort). On lui dit qu’il nous a mis dans la M…e et qu’il n’est pas question de payer tant qu’on a pas réparé. Au bout d’un moment il s’en va en vociférant.

Domi met sa combinaison de plongée et on sort le narghilé. En fait c’est l’anode du sail drive qui s’est tordue sous la tension de la corde et qui c’est encastrée entre le moyeu de l’hélice et l’embase.

Pas question de tout démonter sous l’eau. La seule solution est de découper l’anode par petits morceaux sans attaquer le moyeux. Au bout de 2 heures l’hélice est libérée, le moteur tourne normalement.

« Du coup » on a plus trop envie de rester là. On à raté le dernier bateau pour Oia, l’endroit ou nous sommes amarrés est plutôt moche. Le village de Thirasia tout en haut de la falaise ne semble pas avoir le charme de celui d’en face et la montée est hyper raide. On décide de faire le tour complet de la Caldera et de continuer directement jusqu’à l’île d’Anafi 25 mille à l’Est. On devrait pouvoir y arriver en début de nuit.

A une certaine distance, les villages perchés sur leur falaises font penser à de la neige sur les sommets. L’île principale semble d’ailleurs très peuplée, de quoi peuvent vivre tous ces gens ? Le relief se prête mal à toute forme d’agriculture et l’absence de vrai port ne doit pas rendre la pêche très active, plumer le touriste semble l’occupation la plus probable… En attendant on se régale des paysages minéraux des coulée de lave de Néa Kameni et des falaises de Thira. La lumière du soleil couchant accentue encore la palette de couleur des roches allant du rouge sombre presque noir au blanc immaculé.

Nous n’auront finalement pas posé le pied sur Santorin mais on en aura pris plein les yeux et au moins on aura pas été déçu par une ville sans doute très touristique.

Paros: ballade dans les rochers

Le coup de vent est prévu pour la fin de l’après midi. On a encore le temps d’aller faire un tour à terre.

D’après Google, il y aurait des ruines Mycéniennes tout près. A terre on trouve effectivement les panneaux indiquant le site.

Nous le suivons donc d’abord sur la petite route puis sur un sentier contournant l’escarpement rocheux surplombant le mouillage.

Et là nous avons du louper quelque chose parce qu’on a pas vu l’ombre d’une ruine (peut-être étaient-elles si ruinées qu’elles n’en faisaient plus…) Par contre, on s’est retrouvé dans une espèce de canyon ou il restait quelques marres et où les rochers érodés laissaient supposer que quand il pleut l’eau doit s’écouler en un torrent assez impressionnant.

La végétation de cette petite vallée rocheuse étaient tout à fait intéressante. Mais le vent commence à se lever, il est temps de rentrer au bateau.

Paros: Naoussa

Le ciel est nuageux mais le vent prévu n’est pas encore au rendez-vous. Les eaux calmes et transparentes de la baie sont un vrai miroir. Nous avons encore une bonne journée devant nous avant que le temps ne se gâte vraiment. C’est l’occasion d’aller visiter Naoussas.

Du fond de notre anse de Plastiras on peut assez facilement débarquer au petit ponton du club de sports nautiques mais le village est à 4 km de l’autre côté. La bonne nouvelle est que la route qui fait le tour de la baie est praticable en trottinette (chose rare dans les îles) un bon moyen de gagner du temps en économisant nos vieilles jambes.

Naoussas est une vieille ville charmante et surprenante. Comme tous les vieux villages de ces îles, c’est un dédales de ruelles étroites serpentant entre des maisons blanches et bleues avec une chapelle à tous les coins de rue.

Mais à la différence de la plupart des villages des Cyclades, perchés à flanc de coteau ou au sommet de la plus haute colline, Naoussas, pourtant aussi entourée de collines à la pente assez raide, s’est construit sur un terrain pratiquement plat avec une seule butte peu élevée ou trône l’église principale du village.

Le vieux port de pêche, protégé par sa digue ou l’on peut encore voir les ruines d’un vieux fort vénitien est adorable.

Il n’y a plus de touristes mais les restos sont encore ouverts, on en profite pour se faire un bon repas thon frit salade grecque. On termine la ballade par un passage au supermarché AB pour remplir le frigo.

Nous rentrons au bateau bien fatigué de cette journée. Les fichiers météo du soir nous indique que le coup de vent se décale encore d’un jour : on pourra encore se balader demain.

De Kythnos à Paros

Nous n’osons pas rester plus longtemps dans la jolie crique de Fykiada. Le vent doit tourner au Sud Ouest en fin de journée pour devenir assez fort les jours suivants. Dans la matinée, nous contournons donc la partie nord de Kythnos pour aller à Loutra. Nous allons voir au port mais toutes les places le long du premier quai sont déjà occupées et nous ne sommes pas emballés à l’idée de mouiller cul à quai entre 2 catas dans le petit bassin du port : on y serait sans doute bien mais s’il y a du vent pour repartir demain matin ça risque d’être une prise de tête.

Nous préférons nous rabattre sur l’anse de Agios Eirinis et nous ancrons au milieu de son bras Est puis nous tirons nos 2 haussières à terre sur la rive Sud, parfaitement abritée sous la parois rocheuse. Quand nous étions passés ici au printemps, nous étions amarrés à la rive Nord mais il y avait beaucoup de roches affleurantes, ce côté-ci est beaucoup plus franc.

Excursion en annexe jusqu’au village de Loutra qui a part les bateaux de plaisance dans le port (dont un grand cata immatriculé en Malaisie et qui fait le tour du monde avec un équipage Japonais) semble totalement mort.

Un seul petit supermarché reste ouvert mais n’a pratiquement plus aucun produit frais à vendre. Le boulanger est en train de nettoyer sa boutique nous lui demandons s’il peut nous vendre du pain qui sont restés sur les étagères derrière le comptoir il nous répond que non, il est fermé et quand nous voulons savoir quand il ouvre il nous répond : début Avril…? Tous les cafés, bars et restos sont aussi fermés, partout, des planches ont été clouées sur les fenêtres des maisons. Ambiance un peu déprimante !

Nuit calme sous nos rochers. Le flux de Sud assez fort se confirme pour le reste de la semaine. Les conditions seront encore très bonnes aujourd’hui et demain mais Il nous faut trouver un bon abri pour la suite. Et ce n’est pas évident ! Des baies ou des ports ou l’on peut se protéger des vents du Nord dans le coin il y en a pas mal et ils sont bien listés dans les guides nautiques de la région. Normal, ici c’est le vent dominant, le fameux Meltem, qui souffle pratiquement tout l’été. Par contre un endroit protégé du Sud surtout si ce Sud passe de l’Ouest à l’Est pendant la nuit, c’est plus rare. Bien sûr on peut toujours se mettre au fond d’une crique ou derrière les digues d’un port l’ancre devant et 2 amarres à terre comme ici mais si le vent tourne brutalement ou la houle se met à rentrer çà peut devenir rapidement dangereux si l’abri n’est pas vraiment sûr. On passe une bonne partie de la soirée à étudier les cartes et les guides en comparant les mérites respectifs de beaucoup de mouillages et nous en venons à la conclusion que l’emplacement le plus adapté pour nous est sans doute la baie de Naoussa au nord de l’île de Paros et plus particulièrement sa partie Sud, l’anse de Plastiras. Nous y avons déjà passé une nuit au printemps. C’est une assez grande baie presque fermée, entourée de terres basses et de quelques collines, offrant une protection adéquate contre les vents et la mer du secteur Est à Nord en passant par le Sud et surtout dans la plus grande partie de l’anse les fonds de très bon sable sont plats à une profondeur entre 4m et 5m, parfait pour pouvoir allonger toute la chaîne nécessaire. Vendu :  c’est là que nous établirons nos quartiers pour le restant de la semaine! Le lendemain 01/11/2023, les conditions sont idéales pour s’y rendre. Le vent souffle du Sud Est à une quinzaine de nœuds et la mer n’a pas encore eu le temps de se former. Les 42 milles qui nous séparent de Paros sont avalés en moins de 6 heures !

Sous le temple de Poséidon

Perché tout en haut de la colline qui surplombe la pointe, il trône majestueux depuis plus de deux millénaires mettant en garde les marins venant du levant et tentant de rentrer dans le golfe Saronique ou saluant et souhaitant bon vent à ceux qui en sortent. De loin la vue est impressionnante même si on devine qu’il doit être en moins bon état que l’acropole ou le temple de Aphaia!

La baie à son pied est bien abritée des vents de secteur Est à Ouest en passant par le Nord et donc du fameux Meltem (le mistral Grec). Nous y ancrons le dimanche 29/10/2023 à 17:00 à la fin d’une journée magnifique mais peu ventée. Trop tard pour monter admirer le coucher du soleil mais à temps pour voir le temple se parer des couleurs mordorées du soleil couchant.

Le lendemain tout de suite après le petit-déj’ nous sautons dans l’annexe que nous laissons sur la plage pour rejoindre la route qui mène à l’entrée du site distant de quelques centaines de mètres.

Le site était déjà célèbre dans la mythologie. Selon la légende, ce serait au Cap Sounion que le roi Égée, père de Thésée voyant le navire de son fils revenir de Crête avec une voile noire aurait mis fin à ses jours en se jetant dans la mer qui porte depuis son nom. En fait Thésée et son père avaient convenu que si par malheur il était tué lors de son fameux combat contre le Minotaure l’équipage arborerait une voile noire, mais dans allégresse de la victoire, Thésée oublia complètement cet accord, provocant involontairement le désespoir et le suicide de son père.

Le cap Sounion n’était pas seulement un lieu sacré ( on y trouve aussi les vestiges d’un temple d’Athéna fermé à la visite) mais surtout une forteresse défendant Athènes des attaques maritimes notamment des Perses. Il est important de se rappeler que la Grèce Antique n’était pas du tout un pays unifié mais un ensemble de villes-états indépendants comme par exemple Athènes ou Corinthe ou encore des îles-états comme Aigina ou Hydra. Si le plus souvent ces états commerçaient pacifiquement il arrivait parfois qu’ils entrent en conflit et se fassent la guerre ou encore s’allient ensemble contre un ennemi commun voire même avec cet ennemi contre l’autre (comme Aigina et les Perses). La vocation religieuse de ces temples est bien évidemment incontestable mais on peut aussi se demander si leur situation et leur architecture imposante n’étaient pas aussi des signaux adressés aux voisins, du genre : je suis le plus fort : le mien est plus balèze que le tien, paradigme éternel du mâle dominant …

Nous passons toute la matinée sur le site. Il est presque midi quand nous rejoignons Rêve à Deux. Le vent de Nord qui souffle est idéal pour une traversée rapide vers Kythnos la première Cyclade sur notre liste. Et c’est sous le regard de Poséidon que quittons cette fois l’Europe continentale.

Les 22 milles qui nous séparent de cette île sont rapidement couverts. Nous atterrissons dans la crique de Fykiada juste au sud du cap Kolona sur la côte Est de l’île. C’est une petite baie bien protégée par l’îlot de Agios Loukas lui-même relié à l’île principale par un banc de sable. De l’autre côté du banc de sable au milieu de la rive Nord de la crique de Kolona il y aurait parait-il une source chaude mais ce soir elle est occupée par 4 ou 5 catas de location et demain le vent devrait tourner au Sud Ouest la rendant sans doute inconfortable, tant pis ! De toute façon avec la température se maintenant aux alentours de 28°C pour l’air et 27° pour l’eau on ne recherche pas du tout l’eau chaude !

Le paysage est très beau mais ce qui nous surprend le plus est que quand nous avions quitté les Cyclades mi-Avril, la végétation sur la pentes des collines abruptes, sans être luxuriante donnait tout de même à l’ensemble une tonalité plutôt verte d’où émergeait quelques touffes plus sombres et quand on s’approchait on distinguait de nombreuses fleurs de toutes les couleurs. Alors que maintenant on a l’impression qu’il n’y a plus que des cailloux entre lesquels expire un peu d’herbe rase jaunie et desséchée…

Au temple d’Achaia (ou Aphaia)

Le mois d’octobre se termine, il commence à être temps de laisser derrière nous le Golfe Saronique pour aller retrouver nos Cyclades mais avant ça, nous voudrions voir encore deux magnifiques temples anciens l’un sur l’île Aigina et l’autre sur le continent

Commençons par Aigina. Nous hissons les voiles juste à la sortie du port d’Epidaure et à part un petit ralentissement quand nous passons sous le vent de Agkistri le vent nous propulse gentiment .

Quand nous arrivons en vue de la pointe Tourlos (Nord Est d’Aigina) nous apercevons le premier temple sur une colline dominant la mer et le problème habituel de la région se pose : où mouiller pour la nuit ? La petite baie avant la pointe est bien protégée du vent d’Est qui souffle ce soir mais elle ne le sera plus en 2éme partie de nuit quand il aura tourné à l’Ouest. En plus elle est à 3km de marche du temple alors que la baie Aigina Marina de l’autre côté de la pointe n’est qu’à 1,5km du site et sera abritée en fin de nuit et demain. Nous optons pour cette dernière en plus il y a un quai, peut-être pourrons nous nous y amarrer. Finalement une houle passait derrière la jetée risquant de rendre l’amarrage inconfortable et nous avons préféré ancrer devant la plage juste à côté. Grand bien nous en a pris ! Vers 20 heures, 7 ou 8 gros catamarans de location sont arrivés pour s’y amarrer: la saison tirant à sa fin, nous avions oubliés que le Samedi soir l’endroit est une destination privilégiée pour les équipages qui viennent de louer leurs bateaux depuis les marinas des environs d’Athènes. Certains ont même essayé de s’amarrer sur le côté extérieur de la jetée, une opération limite dangereuse avec cette houle les poussant sur la jetée.

Dés l’ouverture le matin nous sommes descendu à terre. Le site est facilement accessible d’abord par une petite rue du village puis un chemin à travers bois. Dès qu’on aperçoit le temple on se rend compte que c’est quelque chose d’extraordinaire. D’abord ce monument imposant est un chef d’œuvre d’architecture et du travail de la pierre encore en excellent état 2500 ans après sa construction. Ensuite du haut de sa colline, on a une vue magnifique sur l’île et sur tout le golfe Saronique de chaque côté.

Le site contient aussi de nombreuses explications sur sa construction, les moyens utilisés pour lever les lourdes pierres taillées sans en abîmer les arrêtes, les assemblages sans mortier etc.

Mais surtout il n’est pas dédié à Zeus ou à Apollon n’y même à Athena, mais à une déesse très peu connue, Aphaia (aussi écrit Achaia ou Aphea) et dont l’histoire est très intéressante : Fille de Zeus, née en Crète, celle qui s’appelait alors Britomaris était parait-il d’une grande beauté et attira la convoitise du roi Minos. Sautant d’une falaise pour lui échapper elle fut prise, au propre comme au figuré, dans les filets d’un pêcheur qui la ramena chez lui à Aigina. Pour enfin échapper à l’assiduité malsaine des hommes, elle demanda à Artemis (sa demi-sœur et protectrice) de la faire disparaître. Ce que fit Artemis en faisant, au passage, une déesse. Et c’est depuis que Britomaris est appelée Aphaia/Achaia qui signifie « l’invisible » . Le temple fut construit à l’endroit où elle aurait disparu.

De l’île de Poros à Epidaure

Nous quittons la baie de Poros mais nous ne sommes pas seuls dans la petite passe: en même temps que nous sortent un super yacht de 50 mètres et le “Speed Cat” à destination du Pirée que nous éviterons de prendre pour un homme des fois que les dauphins qui nous suivent songent à nous noyer. Ceux qui ne se rappellent plus du poème peuvent toujours le relire ici.

A la sortie du chenal une toute petite brise de Sud Est se lève juste ce qu’il faut pour nous déhaler tranquillement vers l’île de Aigina. Comme nous approchons de l’île, le vent se renforce et nous passons rapidement devant le petit port de Pedrika pour aller nous abriter pour la nuit dans la petite crique de Profitis Ilias.

Le lendemain c’est le calme plat de chez plat et c’est au moteur que nous couvrons les 10 milles qui nous séparent de la vieille Epidaure (Archaia Epidavros ou Palaia Epidavros) heureusement il y a des îles au paysages grandioses sur la route.

Quand nous arrivons il n’y a que deux autres bateaux dans le port et en plus c’est des vrais plaisanciers pas des charters. Une aubaine ! On va pouvoir se mettre à quai. En plus le voisin nous apprend que le maître de port a pris ses quartiers d’hiver et qu’en conséquence, l’amarrage, l’eau et l’électricité sont gratuits. C’est d’ailleurs le premier endroit ou nous avons pu échanger avec d’autres vrais navigateurs depuis que nous avons repris la mer le 24 Septembre, performance de notre Rêve à Deux, endroit visités par les uns et les autres, tout y passe.

Nous étions venus ici il y a 12 ans (par voie terrestre avec Mamie – Grand MERCI à Adrien et Miriam pour nous avoir fait connaître cet endroit) et rien ne semble avoir changé dans le village tout juste une couche de peinture blanche sur la façade, un peu défraîchie à l’époque, de l’hôtel où nous avions dormi. Pas étonnant les ruines antiques ont bien tenue 2,5 millénaires!

Parce que bien entendu, c’est pour çà que nous sommes là : revoir le fameux théâtre antique. Il n’est qu’à une quinzaine de km il faut donc trouver le moyen d’y aller. Le taxi à 45 Euros, non merci ! Il y a parait-il des bus. On essaie de trouver les horaires sur le site de la companie (KTEL) qui indique que pour pouvoir faire l’aller et retour dans la journée il faudrait partir à 7:30 et acheter ses billets à l’avance. C’est un peu tôt mais bon, le site ouvre à 08:00. Le soir nous passons au bureau de la compagnie pour acheter les billets et on nous dit non non, ce bus ne passe pas par le site mais il y a 2 autres à 8:30 et 10:30. Le tiket c’est 1,60 Euros et vous le prenez dans le bus. A 8:30 nous sommes là l’employée du bureau est aussi le chauffeur du bus.

Le site est toujours aussi magnifique, et en cette saison et à cette heure nous sommes très peu nombreux. Un théâtre de cette taille pour pratiquement nous tous seuls, c’est quelque chose. Nous allons même jusqu’à tester l’acoustique du lieu (parfaite comme il se doit : du haut des gradins on entend parfaitement une personne parler doucement au milieu de la scène). Mais discipline discipline, on se fait rapidement rappeler à l’ordre par un coup de sifflet de la gardienne : on ne badine pas avec l’antiquité interdit de chanter ou de danser dans l’arène.

Mais ce théâtre si impressionnant soit-il n’est qu’un des éléments de ce sanctuaire d’Asclépios, un immense complexe dédié au dieu de la médecine ou l’on trouve aussi les ruines des temples d’Artémis et d’Asclépios, du Tholos (temple circulaire), de l’enkoimeterion (bâtiment ou l’on mettait les malades pour qu’il soit guéris par les dieux ou leur serviteurs medecins). Le site de l’UNESCO le décrit ainsi : Premier sanatorium organisé, le sanctuaire est important pour son association avec l’histoire de la médecine, apportant la preuve que la croyance en la guérison divine s’est peu à peu muée en science de la médecine. Dans les premiers temps, au IIe millénaire av. J.-C., le sanctuaire fut un site de pratiques thérapeutiques cérémonielles avec associations curatives peu à peu enrichies à travers les cultes d’Apollon Maléatas au VIIIe siècle av. J.-C. puis d’Asclépios au VIe siècle av. J.-C. Le sanctuaire des deux dieux est devenu le centre thérapeutique le plus important du monde antique. Ces pratiques ont par la suite été diffusées au reste du monde gréco-romain et le sanctuaire est ainsi devenu le berceau de la médecine.

Parmi les installations de la période classique se trouvent des édifices qui représentent toutes les fonctions du sanctuaire, notamment cultes et rituels thérapeutiques, bibliothèque, bains, sports, hébergement, hôpital et théâtre. A noter que l’hôpital était conçu pour accueillir des malades très contagieux sans qu’ils risquent de contaminer d’autre patients

Nous rentrons vers10:30. A y réfléchir, on aurait du rester jusqu’au bus suivant (11:45), il y a tant à voire. A bord c’est lessive et plein des réservoirs (il y a de l’eau potable gratuite profitons-en) puis courses dans la soirée. La vieille Epidaure n’est sans doute pas le meilleur endroit pour se réapprovisionner. Il y a bien un super marché AB de bonne taille mais il est sur les hauteurs complètement à l’extérieur du village impossible d’y aller sans un véhicule! On se contente donc des deux petites supérettes proches, du port convenablement achalandées au vu de leur taille mais encore à des prix spécials touristes. Un peu de natation et une bonne douche sur la plage de la pointe pour finir la journée. En fin de journée plusieurs gros bateaux de location (catamarans et monocoques) viennent s’insérer dans les espaces restés libres mais bon çà se passe plutôt bien. Athènes n’est pas loin et les locations se terminent le Samedi et la saison la semaine prochaine.

Vendredi 27 octobre nous restons ici encore une journée. L’idée est d’aller nager au dessus des ruines de l’ancienne cité engloutie d’Epidaure. Elle se trouve à moins de 2 km du port, il faut passer près du petit théâtre antique de la ville, toujours fermé des fouilles étant en cours. On essaie de longer la mer mais des propriétés privées bloquent le passage. On se rabat sur la route. On cherche un peu le long de la plage avant de la trouver. L’eau est parfaitement transparente et dans moins de 2m on découvre ces ruines assez intéressantes y compris de grandes jarres qui servaient sans doute à stocker les denrées dans les entrepôts du port. Il y a des poissons partout ce qui n’est pas si courant dans cette mer et rajoute à l’attrait du lieu. Par contre, je doute un peu que ces petits murs et surtout ces jarres remontent à quelques siècles avant Jésus-Christ… surtout à cette faible profondeur sur une côte pas très protégée de la houle du large.