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A propos Rêve à Deux

Un grand voyage à la voile autour du monde

De l’île de Poros à Epidaure

Nous quittons la baie de Poros mais nous ne sommes pas seuls dans la petite passe: en même temps que nous sortent un super yacht de 50 mètres et le “Speed Cat” à destination du Pirée que nous éviterons de prendre pour un homme des fois que les dauphins qui nous suivent songent à nous noyer. Ceux qui ne se rappellent plus du poème peuvent toujours le relire ici.

A la sortie du chenal une toute petite brise de Sud Est se lève juste ce qu’il faut pour nous déhaler tranquillement vers l’île de Aigina. Comme nous approchons de l’île, le vent se renforce et nous passons rapidement devant le petit port de Pedrika pour aller nous abriter pour la nuit dans la petite crique de Profitis Ilias.

Le lendemain c’est le calme plat de chez plat et c’est au moteur que nous couvrons les 10 milles qui nous séparent de la vieille Epidaure (Archaia Epidavros ou Palaia Epidavros) heureusement il y a des îles au paysages grandioses sur la route.

Quand nous arrivons il n’y a que deux autres bateaux dans le port et en plus c’est des vrais plaisanciers pas des charters. Une aubaine ! On va pouvoir se mettre à quai. En plus le voisin nous apprend que le maître de port a pris ses quartiers d’hiver et qu’en conséquence, l’amarrage, l’eau et l’électricité sont gratuits. C’est d’ailleurs le premier endroit ou nous avons pu échanger avec d’autres vrais navigateurs depuis que nous avons repris la mer le 24 Septembre, performance de notre Rêve à Deux, endroit visités par les uns et les autres, tout y passe.

Nous étions venus ici il y a 12 ans (par voie terrestre avec Mamie – Grand MERCI à Adrien et Miriam pour nous avoir fait connaître cet endroit) et rien ne semble avoir changé dans le village tout juste une couche de peinture blanche sur la façade, un peu défraîchie à l’époque, de l’hôtel où nous avions dormi. Pas étonnant les ruines antiques ont bien tenue 2,5 millénaires!

Parce que bien entendu, c’est pour çà que nous sommes là : revoir le fameux théâtre antique. Il n’est qu’à une quinzaine de km il faut donc trouver le moyen d’y aller. Le taxi à 45 Euros, non merci ! Il y a parait-il des bus. On essaie de trouver les horaires sur le site de la companie (KTEL) qui indique que pour pouvoir faire l’aller et retour dans la journée il faudrait partir à 7:30 et acheter ses billets à l’avance. C’est un peu tôt mais bon, le site ouvre à 08:00. Le soir nous passons au bureau de la compagnie pour acheter les billets et on nous dit non non, ce bus ne passe pas par le site mais il y a 2 autres à 8:30 et 10:30. Le tiket c’est 1,60 Euros et vous le prenez dans le bus. A 8:30 nous sommes là l’employée du bureau est aussi le chauffeur du bus.

Le site est toujours aussi magnifique, et en cette saison et à cette heure nous sommes très peu nombreux. Un théâtre de cette taille pour pratiquement nous tous seuls, c’est quelque chose. Nous allons même jusqu’à tester l’acoustique du lieu (parfaite comme il se doit : du haut des gradins on entend parfaitement une personne parler doucement au milieu de la scène). Mais discipline discipline, on se fait rapidement rappeler à l’ordre par un coup de sifflet de la gardienne : on ne badine pas avec l’antiquité interdit de chanter ou de danser dans l’arène.

Mais ce théâtre si impressionnant soit-il n’est qu’un des éléments de ce sanctuaire d’Asclépios, un immense complexe dédié au dieu de la médecine ou l’on trouve aussi les ruines des temples d’Artémis et d’Asclépios, du Tholos (temple circulaire), de l’enkoimeterion (bâtiment ou l’on mettait les malades pour qu’il soit guéris par les dieux ou leur serviteurs medecins). Le site de l’UNESCO le décrit ainsi : Premier sanatorium organisé, le sanctuaire est important pour son association avec l’histoire de la médecine, apportant la preuve que la croyance en la guérison divine s’est peu à peu muée en science de la médecine. Dans les premiers temps, au IIe millénaire av. J.-C., le sanctuaire fut un site de pratiques thérapeutiques cérémonielles avec associations curatives peu à peu enrichies à travers les cultes d’Apollon Maléatas au VIIIe siècle av. J.-C. puis d’Asclépios au VIe siècle av. J.-C. Le sanctuaire des deux dieux est devenu le centre thérapeutique le plus important du monde antique. Ces pratiques ont par la suite été diffusées au reste du monde gréco-romain et le sanctuaire est ainsi devenu le berceau de la médecine.

Parmi les installations de la période classique se trouvent des édifices qui représentent toutes les fonctions du sanctuaire, notamment cultes et rituels thérapeutiques, bibliothèque, bains, sports, hébergement, hôpital et théâtre. A noter que l’hôpital était conçu pour accueillir des malades très contagieux sans qu’ils risquent de contaminer d’autre patients

Nous rentrons vers10:30. A y réfléchir, on aurait du rester jusqu’au bus suivant (11:45), il y a tant à voire. A bord c’est lessive et plein des réservoirs (il y a de l’eau potable gratuite profitons-en) puis courses dans la soirée. La vieille Epidaure n’est sans doute pas le meilleur endroit pour se réapprovisionner. Il y a bien un super marché AB de bonne taille mais il est sur les hauteurs complètement à l’extérieur du village impossible d’y aller sans un véhicule! On se contente donc des deux petites supérettes proches, du port convenablement achalandées au vu de leur taille mais encore à des prix spécials touristes. Un peu de natation et une bonne douche sur la plage de la pointe pour finir la journée. En fin de journée plusieurs gros bateaux de location (catamarans et monocoques) viennent s’insérer dans les espaces restés libres mais bon çà se passe plutôt bien. Athènes n’est pas loin et les locations se terminent le Samedi et la saison la semaine prochaine.

Vendredi 27 octobre nous restons ici encore une journée. L’idée est d’aller nager au dessus des ruines de l’ancienne cité engloutie d’Epidaure. Elle se trouve à moins de 2 km du port, il faut passer près du petit théâtre antique de la ville, toujours fermé des fouilles étant en cours. On essaie de longer la mer mais des propriétés privées bloquent le passage. On se rabat sur la route. On cherche un peu le long de la plage avant de la trouver. L’eau est parfaitement transparente et dans moins de 2m on découvre ces ruines assez intéressantes y compris de grandes jarres qui servaient sans doute à stocker les denrées dans les entrepôts du port. Il y a des poissons partout ce qui n’est pas si courant dans cette mer et rajoute à l’attrait du lieu. Par contre, je doute un peu que ces petits murs et surtout ces jarres remontent à quelques siècles avant Jésus-Christ… surtout à cette faible profondeur sur une côte pas très protégée de la houle du large.

Poros

A moins de 2 heures de route, 45’ de vedette rapide ou une journée en voilier d’Athènes, Poros est LA destination touristique de la région.

Les quais et les mouillages autour de la ville sont bien entendu bondés surtout que l’étroit passage entre cette île et le continent n’offre pas grand place. Nous trouvons un endroit convenable au Nord Ouest de la ville juste devant l’école Navale au Nord Ouest du quai des bacs.On craignait un peu que de là, il soit un difficile d’aller en ville à cause du passage de ces bacs mais en fait ils ne posent aucun problème car ils ne passent que toutes les 1/2 heures et quand ils arrivent près de leur quai leur sillage est négligeable, à la différence de celui, monstrueux, des « SpeedCat », vedettes rapides et bateaux taxi qui, sont fort heureusement, tous cantonnés sur le quai Sud.

Ce qu’il y a de fantastique avec les villages Grecs c’est que même les plus fréquentés comme ici Poros, ont sût garder leur cachet authentique et leur côté paisible. Les maisons sont comme elles ont toujours été, pas de grands immeubles en béton ou de McDo aux couleurs criardes.

Nous passons une bonne partie de la journée à flâner dans les ruelles encore très calmes : elles s’animeront dans la soirée quand les catamarans de location auront déversé sur le quai leurs équipages assoiffés.

Repas de midi au restaurant Το Σοκάκι (To Sokaki : la ruelle) un vrai restaurant Grec, je veux dire : un restaurant pour les vrais Grecs, un resto où les gens du coin vont manger à midi quand ils travaillent , pas un de ces pièges à touristes des quais. Cuisine excellente, portions copieuses et prix très très raisonnables, on s’est régalés !.

Ce soir le mouillage est suffisamment calme pour que nous puissions y passer une bonne nuit non sans avoir admiré le coucher du soleil sur la ville.

Au matin, nous nous déplaçons tout de même pour une baignade dans la petite baie dite des « Russes » un peu plus à l’Ouest de l’île.

De Ermioni à Poros

Retour sur Hermione à temps pour aller nous baigner non sans un clin d’œil au passage aux mangeoires à oiseaux accrochées à l’arbre du quai. Sur cette même bord de mer vous constaterez que le phare de l’alignement d’entrée est « made in France » construit à Paris dans les années 30.

Dimanche 22/10/2023, nous repartons d’Ermioni et comme il n’y a pas un souffle on en profite pour aller raser au plus près la merveilleuse côte d’Hydra. Ce relief accidenté et toutes ces couleurs du vert sombre des oliviers et des buissons épineux au gris de la pierraille en passant par le beige des herbages desséchés et le brun noir des roches est grandiose à admirer mais rappelle aussi que la vie ne doit pas être facile sur ce caillou quand on n’est pas un armateur fortuné ou un riche touriste.

Pause devant Vlychos, il y a deux autres bateaux à l’ancre et la profondeur est bonne (7 à 10 m). L’eau est parfaitement limpide mais les fonds sont tellement rocheux que nous n’osons même pas y passer plus que le temps de la baignade de peur que l’ancre ou la chaîne ne restent coincées.

Nous passons au ralenti devant la ville pour bien en imprégner notre mémoire: qui sait, peut-être ne la reverrons nous pas de si tôt : la prochaine fois nous quitterons la mer Égée, le canal de Corinthe sera peut-être ouvert?

De là, toujours au moteur nous mettons le cap sur l’étroit passage qui sépare les îlots Spathi et de Tselevinia. Le vent nous rejoint juste avant le passage et c’est à la voile que nous le franchissons. On jette un coup d’œil dans la baie de Sprathy à la recherche d’un ancrage paisible pour la nuit mais une légère houle d’Est rentre et l’endroit ne nous plaît pas de trop.

Nous trouvons notre bonheur juste avant l’île de Poros : la petite plage de Plaka bien protégée par les îlots Mpourtzi et Lemoni. Le cadre est joli et l’eau est limpide, nous passerons une nuit très calme seuls au mouillage. A moins d’un mille de Poros c’est une aubaine !

Hydra

Habitée au moins depuis l’époque mycénienne, cette île aride et escarpée resta longtemps en marge de la mythologie et de l’histoire. Désertée pendant le moyen âge à cause des attaques de pirates elle fut repeuplée par des réfugiés albanais (Arvanites) au XVIème siècle. Son histoire maritime commençe XVIIème siècle par le développement d’une flotte marchande qui lui permit de commercer avec l’Orient, la Mer Noire et l’Occident pour atteindre son apogée sur la deuxième moitiè du XVIIIème et le tout début du XIXème. On raconte même que pendant la révolution française et l’empire ses navires livrèrent des cargaisons de blé Ukrainien au port de Marseille. Pendant la guerre d’indépendance de la Grèce en 1821 les riches familles d’armateurs Hydriotes jouèrent un rôle prépondérant dans la défaite des Ottomans en mettant leurs flottes et leurs fortunes à la disposition de la révolution. A l’avènement de la marine à vapeur Hydra ne sut pas s’adapter et quitta la scène du commerce maritime. L’île attira par la suite (et attire toujours) de nombreux artistes, peintres, chanteurs et autres personnages célèbres. L’île est entièrement interdite aux voitures (sauf les services de secours et services municipaux) en dehors de la marche à pied, le seul moyen de transport, c’est à dos de mule.

En venant du large la ville fait penser à un théâtre antique dont les gradins ne seraient pas garnis de spectateurs mais de fortins, moulins à vent, maisons, villas d’époque, chapelles et autres édifices et dont la scène serait le port où se joue le ballet incessant des yachts, vedettes à passagers et bateaux taxis. C’est super joli mais on est tout de même content de ne pas avoir essayé de venir ici avec Rêve à Deux.

Notre vedette se faufile avec dextérité dans ce tohu-bohu pour accoster juste devant l’entrée du monastère de la Dormition de la Vierge, une cathédrale abritant des reliques et entourée d’un cloître à 2 étages.

De là nous montons à la villa de Lazaros Kountouriotis. La vue de la ville depuis la terrasse est époustouflante. Léguée par la famille du célèbre armateur au musée national l’imposante demeure est aménagée comme elle l’était au début du siècle dernier, cuisines comprises. Elle abrite des collections de costumes traditionnels et de peintures modernes avec les œuvres de Periklis et Constantinos Byzantios ainsi que des peintures et aquarelles de Panagiotis Tetsis tous trois natifs ou enfants adoptifs de l’île. Les œuvres que nous avons peut-être le plus appréciées dans ce musée sont celles de Vangelis Kyris and Anatoli Georgiev. Réalisées en 2021 pour le centenaire de la guerre d’indépendance, il s’agit de photographies mettant en scène des modèles vêtus de costumes traditionnels locaux du XIXème siècle. Les photos en elles-même sont très belles mais ce qui les rend si particulières est qu’elles ont été tirées sur toile et que des parties importantes des costumes ont été brodées à la main pardessus le cliché; difficile à rendre sur un écran mais les originaux méritent le détour.

Nous finissons notre matinée culturelle par la visite de la demeure et de l’atelier du peintre Panagiotis Tetsis situé à quelques ruelles de là et dont l’entrée est comprise dans celle du musée, complétant ainsi notre immersion dans l’Hydra de la fin du vingtième siècle.

On redescend en flânant dans ces ruelles magiques. Ici tout à été fait pour ne pas casser l’ambiance par une surabondance de boutiques de souvenirs ou de luxe (comme à Mikonos) ou de cafés et restaurants (ceux-ci sont concentrés sur le port). Tout à l’air authentique et serein.

Pour ne pas perdre trop de temps, nous achetons une salade à emporter et une boisson à la supérette du coin pour un pique-nique improvisé sur un banc du port. Flânerie encore d’un bout à l’autre du port et il est déjà temps de reprendre le bateau pour Ermaioni la tête pleine de toutes ces superbes images

De Porto Héli à Ermioni (Hermione en Français).

Porto Chéli est sans doute le mouillage le plus sûr de toute la région. Une baie circulaire ouverte seulement par son chenal d’accès orienté plein Ouest. Un fond plat de sable de très bonne tenue et une profondeur de 7 à 3 m. Le tout entouré de rives boisées et construites avec des collines très basses en arrière plan: aucun risque de rafales catabatiques. Escales pratiques aussi grâce au grand super marché AB juste derrière la Marina et à la station service tout près du bord avec son petit ponton bien pratique pour amener les bidons annexe. Par contre si l’entrée de la baie et le paysage sont agréables (si l’on excepte les quelques hôtels en béton qui bordent sa rive Est), la ville elle-même ne présente aucun intérêt.

L’orage prévu est finalement passé en plein milieu de la nuit accompagné de quelques rafales bien senties et de pluies diluviennes qui ont eu l’avantage de bien rincer le pont qui n’avait pas vu l’eau douce depuis Monfalcone.

Jeudi 19 octobre 2023 on quitte Porto Chéli en tirant quelques bords entre Spetsai et le continent puis vers l’île Dokos ou nous mouillons devant la petite plage de galets tout au fond de la grande baie de Skiros. Pour une fois nous sommes seuls et nous profitons sans contraintes de l’eau parfaitement limpide.

L’attraction de la région c’est la fameuse île d’Hydra et sa vieille ville mais tous les mouillages suffisamment proches de la ville pour aller la visiter sont mauvais ou trop fréquentés. Nous décidons donc que nous allons mouiller dans la baie d’Ermaioni d’où part une navette tous les jours pour Hydra, ce sera plus simple.

Ermaioni est un charmant village prolongé par une pointe boisée qui abrite le port avec un un sentier de promenade qui en fait le tour. Le port ce trouve côté baie et c’est là que nous ancrons.

L’eau de la baie n’est malheureusement pas très claire en raison de travaux de dragage sur son côté Nord. Mais de l’autre côté ou sont d’ailleurs la plupart des accès, rampes ou escalier aménagés dans les rochers pour aller se baigner est limpide. Il existe aussi un quai sur la rive sud de la petite péninsule bien pratique quand les vents de secteur nord balayent la baie – ce qui n’est pas le cas en ce moment.

Demain, la vedette pour Hydra part à huit heure…

La Pointe du Péloponnèse et le détroit d’Elafonissos

Dimanche 15 Octobre 2023, matin, nous sommes au large de l’île de Sapienza qui marque l’extrèmité Sud Est du Péloponèse. Il fait beau mais la météo annonçant un bon 30 nds de la pointe de Tainaro au détroit d’Elafonissos en fin de journée nous décidons donc de nous arrêter quelques heures à Koroni pour laisser passer.

Le mouillage du port de Koroni bien calme à notre arrivée est devenu de plus en plus agité dans l’après midi au fur et à mesure que le vent de ENE montait et les rafales contournaient l’escarpement qui protège le port. Mais tous les modèles météo étaient formels dés la nuit tombée le vent serait parfait pour le reste de notre passage. Vers 18 heures nous sommes donc repartis, à temps pour le superbe coucher de soleil. Les rafales à 25 nds qui soufflaient au port ont rapidement fait place à un vent portant de 12 à 15 nds mais la mer pourtant pas très creuse (0,70m) était plein travers à notre route et les vagues très rapprochées donnaient des mouvements vraiment très désagréables : un peu comme quand on se fait rattraper par un sillage de bateau à moteur sauf que là çà ne s’arrêtait pas.

La situation s’est améliorée une fois passé le cap Tainaro mais pour être remplacé par un trafic de cargos très dense une vrai autoroute à l’heure de pointe. Il n’y pas de DST (séparation de trafic) ni de contrôle trafic sur cette zone et si la plupart des navires marchands respectent la réglementation IMO (naviguer sur le côté tribord d’un détroit ou chenal) ce n’est pas le cas de tous et certains ne se gènent pas pour « couper le fromage » et naviguer à contre sens. Ajouter à çà tous les navires en attente dans le golfe de Lakonikos ou sous le vent de Cythère et qui subitement viennent se joindre au trafic et vous avez la recette pour passer une nuit de veille sans avoir ne serait-ce que l’envie de fermer l’oeil. Heureusement ils ont tous l’AIS et répondent volontiers à la VHF quand on a un doute sur leurs intentions (OK sir, red on red!)

Le jour se lève quand nous passons ce détroit d’Elafonissos. Le vent faiblit et la mer se calme et c’est comme sur un lac que nous franchissons le très redouté cap Maléas. Çà y est ! Nous sommes passés en mer Égée et ce très largement dans le temps que nous nous étions fixé en partant de Monfalcone. Sans doute les moines de la petite abbaye perchée sur la falaise ont ils fait le nécessaire pour nous assurer les meilleures conditions possible – qu’ils en soit remerciés !

Le vent en à profité pour passer au Sud Est 7 à 8 nds, juste ce qu’il faut pour longer la côte à la voile en admirant le relief abrupt. Nous dépassons Monemvasia dont on aperçoit la vieille ville fortifiée pour rentrer dans le tout petit port de Gérakas.

C’est en fait une sorte de boyaux en S passant entre et hautes collines et joignant la pleine mer à une grande lagune. On ancre dans la partie la plus étroite du boyaux juste devant le petit village. Au dessus de ce charmant village, des ruines d’origine Minoennes, une sorte de forteresse sans doute, il n’en reste que quelques murs fait d’énormes pierres jointives. Le site est désert, quoi rêver de mieux pour s’installer face à la mer et tailler la barbe de Domi qui commençait un peu trop à le faire ressembler au Père Noël : c’est pas encore la saison !

Nous célébrons notre retour dans cette mer mythologique à la terrasse du café juste devant notre Rêve à Deux à l’ancre.

Au matin la houle d’Est qui s’est levée rentre un peu dans le port. Des conditions instables avec une possibilité d’orages sont annoncées pour les prochain jours. Nous décidons donc de repartir pour Porto Héli (parfois écrit Porto Chéli , on même Khély)

Les îles Ioniennes 2, la descente

Mardi 10 octobre 2023 nous quittons la citadelle de corfou pour mettre cap au Sud. Nous hésitons pour notre étape du soir entre Paxos dont nous avions adorés les mouillages et Antipaxos que nous ne connaissons pas encore. Comme demain nous voulons passer le canal de Lefkas nous choisissons Antipaxos quelques milles plus au sud et nous ancrons dans la très jolie baie de Karavi au Sud Est de l’île. Malheureusement malgré le manque de vent, l’endroit s’avére plutôt rouleur.

Au matin nous repartons, le vent se lève de l’est et monte rapidement à 15 – 20 nds. (heureusement que nous avons quitté la baie!) Un grand bord légèrement débridé nous amène à l’entrèe du canal juste à temps pour l’ouverture du pont à 14:00. Nous ne sommes que 5 bateaux à entreprendre le passage vers le Sud et un seul dans l’autre sens.

La baie formée entre l’île de Lefkas et le continent est toujours aussi grandiose, entourée de ces sommets escarpés culminants à plus de 1000m et 1500m respectivement. Nous tirons des bord dans la petite brise de cette fin d’après-midi jusqu’à la pointe Nord de Meganisi ou nous ancrons tout au fond de la callanque de Bàlos l’une des nombreuses baies bien protégées de cette île paradisiaque.

Le lendemain vent faible à nouveau mais çà m’arrange car je suis en pleine recherches culinaires : je mets la dernière main à ma recette pour produire du Tempeh à bord (publiée ici).

Aujourd’hui nous frôlons la violation du règlement informel que nous nous étions fixé pour ce retour (éviter de refaire escale aux endroits que nous avions déjà visités à l’aller): en décidant de passer la nuit dans la baie magnifique de Vathi à Ithaque. Mais cette fois-ci nous mouillons juste devant le village (la dernière fois c’était devant le chantier à l’entrée de la baie) Ouf ! l’honneur est sauf ! Courses au supermarché (on est juste devant) et lessive à la laverie juste à côté.

Vendredi, peu de vent prévu mais suffisamment pour nous amener tranquillement jusqu’au petit port de Poros sur l’île de Kephalonia à ne pas confondre avec l’île de Poros de l’autre côté du Péloponnèse. Ce petit port très fréquenté en été est aujourd’hui désert et nous nous amarrons le long du ponton: une première, depuis que nous avons quitté Monfalcone nous avons toujours passé la nuit à l’ancre! C’est 12 euros la nuit eau comprise. Ballade jusqu’à la petite station balnéaire de l’autre côté de la pointe et baignade. Au retour nous prenons un pot dans un bistro aménagé dans une grotte à côté du port.

Le lendemain nous partons pour Zakyntos, la plus sud des îles Ioniennes.

Il y a toujours très peu de vent et pendant que j’essaie de capter la moindre risée Domi est plongé dans son ordi étudiant la météo. Nous sommes au milieu du passage entre les deux îles quand il relève la tête de son écran et me dit : j’ai fait des routages avec tous les modèles disponibles : si on passe par l’ouest de Zakyntos on devrait avoir un vent favorable et pouvoir descendre jusqu’à Koroni d’une seule traite et peut-être même passer de directement de l’autre côté du Péloponnèse, si on ne profite pas de ce créneau, il faudra peut-être attendre une dizaine de jours. Banco ! C’est parti !

Comme le vent annoncé ne va se lever qu’au Sud-Ouest de l’île, on en profite pour longer au plus près cette côte Ouest de l’île, célèbre pour ses falaises à couper le souffle et sa fameuse plage de l’épave dont les photos ont illustré tant d’affiches et de brochures touristiques.

Une fois passé l’îlot Agios Ioanisos nous nous éloignons de la côte de Zakynthos et comme prévu nous trouvons le vent. La journée se termine sous spi. Mais nous sommes sur la route des cargos, il faut rester vigilants!

Pendant la nuit, une espèce de houle très courte se lève et fait rouler le bateau de façon assez désagréable, surtout pour le matériel, dés que le vent descend en dessous de 12 nds.

Au petit matin nous sommes au large de Methoni et de l’île de Sapienza.

Corfou

Samedi vers 17 heures, nous mouillons juste en dessous de l’impressionnante citadelle, côté Sud…

Par les faibles brises de secteur Nord prévue sur cette partie de l’île pour les prochaine 24 heures, notre ancre bien assurée dans le fond de sable, avec la possibilité de laisser l’annexe au ponton du NAOK (le club de voile de Corfou) nous sommes dans un position stratégique pour aller visiter la vieille ville en toute quiétude.

Il y a des centaines d’articles disponibles sur internet décrivant la ville de Corfou (Kerkira en grec moderne) et racontant son histoire. Pour les plus paresseux d’entre vous, je vous fais la version super courte.

La ville est dominée par deux forteresses imposantes : la Vieille construite au 12ème siècle par les Bizantin et la Neuve (tout est relatif) construite au 13ème siècle par les Vénitiens, (au pied de la quelle nous sommes ancrés) , devant la vieille citadelle un grand parc aménagé en court de cricket, (ce jeux tellement ennuyeux dont sont si friand les anciennes colonies Britaniques) et bordée d’arcades à l’architecture française (genre rue de Rivoli le terrain de cricket remplaçant le Louvre) à l’extrémité de l’esplanade, le grand palais de St. Michel et St. Georges et entre les deux forteresses une ville d’origine médiévale recouvre la colline de son labyrinthe de ruelles étroites et sinueuses à l’atmosphère inimitable, héritage des cultures et civilisations qui s’y sont succédées et mélangées mais surtout grâce au fait qu’à part quelques rues et placettes dont se sont emparés les marchands de souvenirs et les restaurateurs, c’est une cité bien réelle avec de vrais habitants qui y vivent toute l’année pas juste un leurre entretenu pour attirer le touriste.

Côté histoire c’est très compliqué, retenez seulement qu’elle fut fondée par les Corinthien au 8ème siècle av.JC. Carrefour stratégique entre l’Orient et l’Occident sous l’empire romain et surtout après sa scission en 395, elle devint un comptoir important tour à tour pour les francs (croisés), le royaume de Naples et les Vénitiens puis la dernière place forte chrétienne à la porte de l’empire Ottoman. Département Français pendant la révolution et l’empire, colonie Russe pendant quelques temps elle fut finalement placée sous protectorat Britannique en 1814 jusqu’à son rattachement à la Grèce en 1864.

En visionnant les photos que nous avons prises je suis sûr que vous pourrez identifier des traces de toutes ces étapes.

Nous finissons la journée par une expédition réapprovisionnement dans un grand supermarché à la périphérie ce qui nous a permis de tester les transports en commun locaux. Il y a des bus neufs qui vont a peu près partout, le ticket est à 1,10 EUR, la seule difficulté est de comprendre quelle ligne utiliser et à quel arrêt la prendre. Le plan de la compagnie de bus ne montre que les arrêts pas le trajet des lignes : un vrai jeux de piste.

Le soir, rentrés à bord, nous nous régalons d’un superbe couché de soleil sur la (Vieille) Citadelle en buvant un rafraîchissement bien mérité : nous sommes mi-Octobre mais il fait encore bien chaud.

Retour vers la Grèce

Vendredi 6 octobre 2023, à part quelques petits nuages sur les sommets Bosniaques (la Croatie possède le littoral, mais ici, dans le sud du pays, à quelques km de la côte c’est la Bosnie) le temps est magnifique, une légère brise de Nord Est ride à peine la mer. Tous les modèles Météo nous donnent des conditions parfaites pour une traversée rapide et confortable vers la Grèce.

A condition toutefois de ne pas essayer d’y aller en route directe : le courant et le vent sont contraires au large de l’Albanie.Tous les routages que nous faisons suggèrent la même chose : un bord de largue tribord amure jusqu’à une dizaine de milles au large de Bari, empannage, descente le long de la côte italienne et traversée du détroit d’Otrante sur l’autre bord. Mais pas question de faire escale en Italie car cette fenêtre météo idéale est beaucoup trop courte et risque de ne pas se reproduire prochainement.

(Attention au téléphone portable : bloquez le sur un opérateur Italien où Grec pour être sûr qu’il ne choisisse pas tout seul un réseau Albanais qui sont souvent beaucoup mieux captés dans le coin et qui sont hors UE et donc hors forfait – ça nous a couté cher à l’allée)

Et nous avons rencontré exactement les conditions prévues, des cargos mais toujours très loin et une nuit douce avec un peu de lune.

Samedi en début de nuit nous atteignons l’île Grecque d’ Ereikoussa dont la grande baie bien protégée de ce vent de Nord nous tend les bras et nous ne résistons pas à la tentation de passer une bonne nuit à l’ancre pour repartir le lendemain matin frais et dispos et attaquer l’étroit passage qui sépare l’île de Corfou de l’Albanie.

Pause baignade dans l’anse Agios Stephanos au Nord Est de Corfou (après 2 jours de mer çà fait du bien de se décrasser dans une eau à 27°) . L’endroit a l’air sympa au premier abord mais en fait il est très perturbé par des bateaux à moteur de location qui passent à toute vitesse au ras de nos moustaches et en plus les fonds sont couverts de déchets plastiques. A peine le déjeuner avalé nous repartons donc pour la ville de Corfou proprement dite notre but de toute façon.

De Korkula à la calanque Saplunara (île de Mljet)

Korkula , nous étions déjà passé par là au printemps lors de notre remontée de l’Adriatique mais nous n’avions pas pu nous arrêter assez près de la ville pour aller la visiter. Cette fois-ci nous avons décidé de faire un petit accroc à notre budget pour mouiller dans la baie qui est attenante. L’autorité portuaire nous à fait payer 30 euros pour la nuit à l’ancre. En Croatie c’est comme çà dans beaucoup de sites mais au moins ici le prix demandé reste raisonnable et est perçu par un fonctionnaire accrédité. La petite baie est agréable et plutôt calme même si les vagues des petits bateaux de touristes et autres taxis faisant la navette avec la ville perturbent un peu cette tranquillité.


Korkula est peut être l’une des vieilles villes historiques de Croatie les plus attachantes. Son passé est, bien-sûr, chargé d’histoire. Elle aurait été fondée au 11ème siècle AV-JC par un guerrier Troyen échappé du désastre. La grande majorité des constructions et les fortifications datent de l’époque vénitienne comme en atteste le lion de St Marc présent un peu partout sur les murs. C’est donc avant tout un ancien comptoir vénitien mais elle a été apparemment disputée à Venise par les Génois qui l’ont annexée à plusieurs reprises. Le personnage le plus célèbre de la ville est sans conteste Marco Polo.

Des légendes voudraient qu’il y soit né (ce qui n’a jamais été prouvé) ou du moins que sa famille en fut originaire (plus plausible). Par contre il est tout à fait véridique que capturé lors d’une bataille navale il y fut emprisonné plusieurs années par les Génois alors occupants de l’île. Évidement les bateaux amènent leur lots de touristes mais la saison touche à sa fin et les petites ruelles restent tranquilles. L’impression reste celle d’une petite ville ancienne qui vit encore à son rythme pas celle d’un immense musée/restaurant envahi par la foule comme Dubrovnik .

Ce sera notre dernière ville en Croatie. Demain nous ferons une dernière escale dans la belle calanque de Saplunara à la pointe Sud-Est de l’île de Mljet et si nos routages confirment le créneau favorable, demain vendredi nous attaquerons la traversée de 250 milles jusqu’en Grèce .