Rencontre à Mindelo

A la marina de Mindelo, il y a peu de bateaux de passage amarrés. L’affluence, ici, commence en novembre quand la saison des cyclones aux Antilles se termine et que les bateaux qui veulent se raccourcir un peu la traversée font escale. En face de nous, des Sud-Africain qui ont achetés leur bateau à Alicante et font une pose de quelques jours avant de retourner directement chez eux. Il y a aussi des Espagnol qui battent le pavillon Belge (taxes moins élevées nous disent –ils). Mais il y a aussi un bateau beaucoup plus intéressant. Son nom, immatriculation et port d’attache s’étale sur sa coque blanche en lettres cyrilliques. Son pavillon bleu et jaune nous indique que c’est un Ukrainien. Que fait-il si loin de chez lui ? L’un des deux membres de l’équipage répare une voile sur le ponton pendant que l’autre s’affaire sur le bateau. Nous avons droit à un grand bonjour en Ukrainien. La ressemblance de l’un de nos deux compères avec Santa Klaus (pére noël) est absolument frappante. Il n’a certes pas l’habit rouge (il est habillé d’une chemise à fleur, d’un short et de santiag de plage mieux adaptés au climat d’ici) mais la grande barbe, les cheveux fillasses blancs, un regard bleu acier rieur : tout est là.. Il vient spontanément regarder notre bateau et nous féliciter dans un Anglais approximatif. Comme tout bon marin il nous demande d’où l’on vient et notre destination? Lorsque la réponse est la Patagonie son visage s’éclaire, oui La Patagonie ils reviennent de là bas ils ont vu le Cap Horn, mais maintenant ils rentrent chez eux. Les bras moulinent pour bien se faire comprendre. Ils ont besoin de raconter leur périple. Pendant trois jours où nous resteront à Mindelo, au hasard de nos conversations décousues dans un Anglais mêlé de mots espagnol, et parsemé de pas mal de russe et d’ukrainien nous allons reconstituer leur histoire par brides.

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Voici donc l’histoire de Grisha et Mishka les deux « crazy pensionneers » (retraités un peu fous, de leur propre aveux) ukrainien et de leur bateau « le Lel » se qui veut dire en Ukrénien abeille mais c’est aussi le nom d’un dieu de leur mythologie .

 

 

IL y a bien longtemps v, une bande de quatre copains de l’université polytechnique de Kiev passent leur loisir à faire de la voile. Ils aident l’un d’eux, Grisha, à construire son bateau. C’est le plus âgé de tous, Quant il était en activité il a participé à la conception et la construction de bateaux de travail. Il est ingénieur électricien de formation mais aussi un génie en voile et architecture navale. C’est un petit bonhomme un peu rond au regard pétillant d’intelligence, même s’il ne parle pas notre langue ni l’anglais, il arrive toujours à se faire comprendre. A Kiev la vie est dure et l’argent et rare mais avec les moyens du bord et l’aide des copains, il construit son canote. Ils récupèrent de aluminium exotique destiné à faire des fusées (alliage d’aluminium et de bore pour les membrures et alu magnésium pour la coque). La coque fait 11 mètres de long, 3,40 de large et a un tirant d’eau de 2.30 avec un bulbe en plomb les formes sont racées et harmonieuses. C’est un bi-safran. Il est équipé d’un mat Selden d’une section étonnement faible à trois étages de barres de flèche et double bastaques. Un troisième safran auxiliaire a été rajouté, à l’origine partie intégrante d’un régulateur d’allure aujourd’hui actionné par un petit pilote électrique (ça c’est pour les voileux). Pour son grand voyage il sera doté d’une protection de cockpit qui lui donne un air de baroudeur des mers. La construction du bateau commence en 1996. Il sera mis à l’eau quatre années plus tard. Les premières navigations sont essentiellement des ballades et des régates sur la Dniepr et la mer noire. Mais le rêve les hantes : ils veulent faire le Cap Horn, l’endroit mythique où tous les grands marins se doivent de passer. Mais le voyage coute cher et même si la retraite d’ingénieur et considérée comme une bonne retraite en Ukraine, çà ne va pas chercher loin (2 à 300 Euros/mois). Finalement avec l’aide de leurs familles et des amis le budget est bouclè. Ils partent à 4 de Kiev en septembre 2016, le Bosphore est rapidement embouqué puis Gibraltar. Ils s’arrêtent au Cap Vert puis au Brésil, (Jacare, Salvador de Bahia Rio grande del Sur). Puis c’est l’Argentine, Mar del Plata ou deux des équipiers rentrent au pays en avion. Pourquoi? Sans doute pour des raisons familiales et financières, nous n’avons pas bien compris. Grisha le capitaine et Michka le fidèle équipier continuent quand même le voyage bien décidés à boucler coûte que coûte leur programme complet : voir le Cap Horn, remonter les canaux de patagonie et faire le tour de l’Amérique du sud pour rentrer en Europe par le canal de  Panama.

Détroit de Le Maire, Ushaiïa, retour sur Porto Williams pour faire les formalités d’entrée au Chili et obtenir l’autorisation d’aller au fameux cap.

Ils le verront leur Cap Horn, par 25 nœuds de vent et une houle de 4 mètres. Il font le tour du rocher et parviennent même à faire tamponner leur passeport par le gardien du phare. Ils commencent ensuite la remontée des canaux. Mais voilà on est déjà fin mars, l’été est fini, en hémisphère sud, il est bien tard dans la saison pour commencer la remontée des canaux. Le bateau n’est ni vaigré ni isolé et bien sûr ils n’ont pas de chauffage. Cela n’arrête pas nos deux intrépides ukrainiens. Un bon parka et c’est bon, ils en ont vu de bien pire certains hivers au pays. Mais ils se rende vite conte que subir cette condensation qui dégouline des parois en alu partout à intérieur est une épreuve autrement pénible…. Ils sont au pieds d’un glacier et un matin, il faut dégager la neige et le verglas qui ce sont déposés sur le pont pour ensuite repousser prudemment à la gaffe les glaçons qui entourent le bateau. Mais à la dure comme à la dure, les paysages sont tellement magnifiques, ils sont toujours décider à remonter au moins jusqu’à Puerto Monte. Mais finalement, après quelques grosses frayeurs ils doivent se rendre à l’évidence, leur cartographie électronique (Navionics sur l’ordi du bord, ils n’avaient pas reussi à se procurer de carte Chiliennes) est par trop imprécise pour leur permettre de continuer en sécurité. Trop c’est trop ! pourquoi prendre plus de risque ? Ils peuvent rentrer à la maison la tête haute L’objectif principal est atteint : ils ont vu le Cap Horn c’est suffisant.. Ils reviendront en Atlantique par le canal de Magélan. La route du retour n’est pas facile mais nos deux compères veulent maintenant rentrer pour retrouver leur familles . Grisha, le capitaine, met souvent le moteur pour appuyer la voile. Mircha, aurait bien aimé traîner encore dans ces pays lointain mais bon, il est aussi content de rentrer au pays avec des souvenirs plein la tête.

Lorsque nous les avons rencontrés, ils était à Mindelo depuis quelques jours déjà et ils se préparaient à repartir en faisant quelques petites réparations. Ils avaient rendez-vous le 22 Aout aux Açores avec deux équipiers qui finiraient le périple avec eux.

 

Ils étaient fatigués mais fiers et heureux d’avoir été au bout de leur rêve et d’avoir tellement de choses à raconter à leurs familles. Prêts à repartir ? Peut-être pas tout de suite… au tour d’une bière Miska nous fait comprendre qu’ils s’étaient promis qu’après ce voyage ils navigueraient seulement à la journée et encore, uniquement sur la Dniepr.

 

On s’échange nos adresses mail. Miska nous donne même les numéros de téléphone au cas ou on passerait par Kiev un de ces jours.

 

Un siècle et demi à eux deux un tel périple en moins d’un an sur un bateau maison: RESPECT ! Bon vent et bon retour chez vous.

 

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