En route vers les Malouines

Vendredi 2 novembre :

C’est reparti ! Toutes les formalités ayant été faites la veille, nous larguons les amarres vers neuf heures le vendredi matin. Nous ne sommes pas les seuls à prendre la mer, un Boréal 47 Géorgien (ex république soviétique) quitte le port une bonne heure avant nous. Le vent a soufflé assez fort les deux jours précédents mais ce matin, la mer est de nouveau calme, il y a juste un petit vent pour nous remettre en jambe, et permettre à nos estomacs de se réadapter à la houle du large. Progressivement le vent monte mais nous l’avons par le travers au début puis ¾ arrière. Nous prenons un ris puis deux mais gardons le foc et l’enroulons quant le vent devient trop fort. Nous sommes bien sous le dog house (Bon dieu quel est bien notre véranda !) qui nous protège du froid et des embruns. Au milieu de la nuit nous enregistrons notre record de vitesse depuis le départ des Sables : 14,2 nœuds, il y avait 37 nœuds de vent. Le bateau se comporte super bien, il ne tape pas, l’étrave soulage bien dans les vagues (nous n’avons pas remplis le réservoir d’eau avant pour çà, 300 kg de moins, çà se sent), rien ne bouge à l’intérieur. Toute la nuit, nous avons le droit à un véritable feu d’artifice, il y a du planctons comme jamais je n’en avais vu auparavant, la nuit est noire, le ciel est bas, de temps en temps, il pleut mais la mer autour de nous est éclairée de milles feux, chaque crête de vague, notre sillage ou les dauphins qui passent sont autant de gerbes d’étincelles vertes et or. Sans doute une forte concentration de plancton où peut-être du krill ? C’est impressionnant, féérique et magnifique mais malheureusement pas photographiable. N’oublions pas que nous sommes sur la route des baleines. Sur le matin le ciel se dégage et le dernier croisant de lune monte sur l’horizon. Enfin le vent se calme. La mer est encore remuée par cette nuit agitée mais fini par elle aussi s’aplatir.

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Samedi 3 Novembre :

Voilà une journée comme on aime passer sur l’eau, un petit temps avec juste assez de vent pour que le bateau glisse. On se repose chacun notre tour d’un long quart de trois heures sous une couette bien chaude. La toilette est soignée et le bateau est bien rangé. On profite au maximum de ce répit pour tout remettre en place. D’après les routages, nous devrions arriver aux Malouines d’ici 10 à 12 jours. La route directe n’est que de 1000 milles (1852 km) mais nous devront faire plus de 1200 milles. En effet, entre nous et l’archipel, il y a une zone de très mauvais temps avec des vents à plus de 55 nœuds et nous avons choisi de longer la côte Argentine au moins jusqu’à la péninsule de Valdés pour l’éviter, le chemin des écoliers en quelque sorte … Des centaines d’oiseaux nous accompagnent, des petits guillemots en plus des albatros et des sternes habituelles. Ici et là on aperçois une nageoire qui fait des signaux au dessus de l’eau : des otaries (phoques, lion de mer ?) en pleines mer ? je ne pensai pas qu’elles pouvaient aller si loin de la côte nous sommes quant même à 30 mille (nous en verrons plus tard à 200 milles de la terre). Nous pêchons comme elles deux magnifiques maquereaux (ils profitent bien par ici, ils ont la taille). J’en fait un cru ce midi (tout frais pêché) et l’autre grillé le soir avec du riz et des poireaux. En Touraine c’est la fête chez Joëlle et François, les enfants à Sandra, mamy et Sophie sont avec eux. Nous profitons de la vacation journalière sur Iridium pour échanger les nouvelles.

Samedi 3 Novembre :

Voilà une journée comme on aime passer sur l’eau, un petit temps avec juste assez de vent pour que le bateau glisse. On se repose chacun notre tour d’un long quart de trois heures sous une couette bien chaude. La toilette est soignée et le bateau est bien rangé. On profite au maximum de ce répit pour tout remettre en place. D’après les routages, nous devrions arriver aux Malouines d’ici 10 à 12 jours. La route directe n’est que de 1000 milles (1852 km) mais nous devront faire plus de 1200 milles. En effet, entre nous et l’archipel, il y a une zone de très mauvais temps avec des vents à plus de 55 nœuds et nous avons choisi de longer la côte Argentine au moins jusqu’à la péninsule de Valdés pour l’éviter, le chemin des écoliers en quelque sorte … Des centaines d’oiseaux nous accompagnent, des petits guillemots en plus des albatros et des sternes habituelles. Ici et là on aperçois une nageoire qui fait des signaux au dessus de l’eau : des otaries (phoques, lion de mer ?) en pleines mer ? je ne pensai pas qu’elles pouvaient aller si loin de la côte nous sommes quant même à 30 mille (nous en verrons plus tard à 200 milles de la terre). Nous pêchons comme elles deux magnifiques maquereaux (ils profitent bien par ici, ils ont la taille). J’en fait un cru ce midi (tout frais pêché) et l’autre grillé le soir avec du riz et des poireaux. En Touraine c’est la fête chez Joëlle et François, les enfants à Sandra, mamy et Sophie sont avec eux. Nous profitons de la vacation journalière sur Iridium pour échanger les nouvelles.

Dimanche 4 Novembre :

Après une superbe journée ensoleillée encore plus chaude que la veille (shorts et tee-shirts sont de retour) nous aurons un super orage. Tout a commencé avec un front nuageux juste à l’horizon. Rien de très sombre ni de très inquiétant. Puis le vent tombe complètement et on voit quelques éclairs au loin. On se dit qu’on va essayer de le contourner, on commence par essayer sur tribord vers le large – le GRIB donnait le potentiel le plus élevé (CAPE >2000) sur la côte – mais les éclairs semblent nous suivrent et nous barrent la route. On essaye sur bâbord, pas mieux. Maintenant on est entouré de lumière et d’électricité de toute part, peu de tonnerre, mais quand il tonne il semble indiquer que la foudre est tombée à une dizaine de milles. Toutes les secondes bientôt un éclair illumine un coin du ciel. On y voit comme en plein jour. Puis sans prévenir le vent tourne de 180 ° et monte en l’espace de trois minutes à 20 nœuds il faut faire vite et prendre un ris, puis un deuxième. Une heure plus tard le vent a faibli un peu et nous larguons le deuxième ris pour reprendre de la vitesse. Grand bien nous fasse… une rafale arrive sans prévenir et le vent remonte à 27 nœuds le bateau prend de la vitesse mais ne bronche pas il trace nous donnant le temps de nous retourner et tranquillement nous prenons deux puis trois ris pour diminuer notre vitesse qui a atteint 14 nœuds. Le plancton fait jaillir des gerbes d’étincelles de notre étrave et de chaque vague s’ajoutant au spectacle pyrotechnique. Nous finissons notre nuit à une vitesse raisonnable de 7 à 8 nœuds.

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Lundi 5 Novembre :

Au lever du jour les nuages se retirent laissant place au ciel bleu et à 5 heure du matin le soleil fait son apparition. Nous sommes un peu fatigués par cette nuit dantesque aussi chacun son tour nous rentrons dans la cabine faire un bon gros dodo de trois heures bien mérité. Qui aurai cru que des minous comme nous qui dorment habituellement des nuits de 9 à 10 heures puissent être capable de faire des quarts aussi facilement ? Et de pouvoir se reposer aussi bien dans la journée ?

J’avais oublié de remonter la ligne de traîne hier soir. Au petit matin alors que Domi dort une vingtaine d’oiseaux tournent au dessus de nous, il y a un poisson prit. Mais la mer est encore trop agitée pour que j’aille la remonter seule sur le pont (nous avons un principe à bord, si l’autre n’est pas réveillé personne ne doit sortir de la véranda quand la mer est mauvaise). Ils font des piqués sur lui espérant arracher un morceau et en faire leur petit déjeuner. C’était à parier, un albatros se prend les pattes dans l’hameçon et se retrouve en ski nautique derrière le bateau. Pauvre bête, je l’aurai bien aidé à s’en débarrasser mais il n’y a pas grand chose à faire. Vu son envergure énorme essayer de le hisser à bord risquerait de lui faire encore plus de mal et avec son grand bec de charognard je ne me voyais pas me débattre avec cet oiseaux pour le libérer: trop dangereux pour moi. Au bout d’une demi-heure je ne le vois plus faire ces acrobaties pour rétablir son équilibre sur l’eau, il a réussit tout seul à se libérer. Ouf ! Dans la matinée le vent tombe et le courant s’inverse nous avançons à moins de 3 noeuds sur le fond.

 

Mardi 6 novembre :

La veille nous n’avons pas beaucoup avancé et nous arrivons péniblement au large de la péninsule de Valdés. Nous calculons notre route et vérifions les GRIBS 10 fois pour être sûre de la suite. A partir de 9 h ce soir nous allons traverser la naissance du gros temps que nous voulons éviter dans sa partie la plus étroite et la moins forte (c’est la raison pour laquelle nous somme là). Le plus gros ne sera pas pour nous mais nous risquons tout de même des rafales à 35 – 40 nœuds (force 8). Nous allons donc nous préparer faire le gros dos pour quelques heures. Nous affalons donc la GV, vérifions que tout est bien amarré à bord et continuons tranquillement sous foc seul qui sera ensuite enroulé et remplacé par la trinquette (le plus petite voile à part le tourmentin) à mesure que le vent forcira. Toute la journée, jusqu’à 20 heures (couché du soleil) il fait un temps sec et beau. Domi est en short et teeshirt. Moi j’ai gardé mon survêtement mais j’ai largement trop chaud. La nuit c’est pas la même chose, la température descend vite et nous mettons couche sur couche. Collant de sport haut et bas, une polaire veste et pantalon, et un petit blouson coupe vent plus un deuxième plus gros, deux paires de chaussettes. Si dans la journée on se prélasse au chaud sous notre véranda, la nuit, on à beau être bien à l’abri du vent et de l’humidité, la température descend tout de même à 11 – 12° (contre 7° dehors).. A l’intérieur du bateau il y a des courants d’air avec la porte qui reste ouverte (on ne peut pas dire que cela sente le renfermé !).

Mercredi 7 novembre :

Toute la journée et doucement le vent monte sans précipitation et s’établit à 30 nœuds avec des rafales à 38. Le bateau sous trinquette seule ne bronche pas et je réussis même à préparer des œufs au lard avec du couscous pour notre dîner. Ces conditions un peu rudes nous donnent bon appétit et apprécions cette nourriture qui rempli bien l’estomac. Toute la nuit le vent souffle, pour avoir le moins de mer possible nous continuons à longer la côte mais pas de trop prêt car les courants de marée sont plus forts et perturberaient notre navigation, nous sommes en marées de vives eaux avec un coefficient de 96 aujourd’hui. Malgré tout le vent contre le courant produit un clapot désordonné qui nous ballotte un peu. Nous arrivons à dormir quatre heures d’affilés, j’ai l’impression que plus on dort sur ce bateau plus nous avons envie de dormir … Je pourrai parler de la mouche Tsé mais ici ce sont des papillons de mites dont le pont est envahis. L’après midi un groupe de dauphins vient jouer avec le bateau. Ils sont nombreux et sont plus petits que les dauphins de nos côtes. C’est toujours un réel plaisir de les voir nager en faisant des sauts au dessus des vagues.

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Jeudi 8 novembre :

Tout redevient calme et après un bon petit déjeuner de fruits frais, nous renvoyons la grand-voile et le foc. Une petite brise se fait sentir et le bateau repart. Nous sommes plein vent arrière et le soleil a du mal à se montrer .Contrairement aux autres jours il fait humide et le pont met du temps à sécher. L’après-midi est chaude la température atteint les 19° et nous sommes obligés d’ouvrir la véranda, il y a 26° en permanence et cela réchauffe un peu le bateau (on reste volontiers dessous à se faire réchauffer nos vieux os). Ce soir nous nous préparons à avoir encore du vent une petite perturbation va passer très vite apportant avec elle des vents assez fort mais ne dépassant pas 30 nœuds.

Dés que le vent se fait sentir nous prenons un ris sans hésiter c’est l’avantage de cette météo précise que nous chargeons toute les 6 heures avec l’iridium. Notre route passe à côté d’une zone de pêche et nous surveillons du coin de l’œil. C’est très impressionnant de voir une cinquantaine de bateau en pêche au chalut qui sont agglutinées dans une zone si petite (les poissons n’ont aucune possibilité de s’échapper). La nuit tombe et nous approchons de cette flotte mais notre route nous fait passer bien à l’écart. Enfin c’est ce nous aurions voulu. D’un seul coup sur l’alarme AIS sonne et 3 bateaux apparaissent en route vers nous à plus de 8 nœuds, et puis trois autres dans le sens opposé et en un rien de temps on a l’impression que tous ces chalutiers qui tournaient entre eux dans une zone bien délimitée se sont donné le mot pour changer de cap et venir couper notre route les uns après les autres ou trois par trois. Et comme ils sont en pêche ils sont prioritaires. Nous quittons notre route qui nous faisait les éviter par le nord puisqu’ils sont maintenant tous par là pour essayer par le sud ou ils semblent un peu moins nombreux. Pas question d’aller dormir cette nuit, nos deux paires d’yeux sont absolument indispensables pour gérer la situation surtout que le vent monte. Nous bataillons une bonne partie de la nuit en enchaînant réduction de voilure et virements de bord pour se sortir de cette souricière. Le vent faiblit tout redevient calme et nous devons refaire les manœuvres inverses pour faire avancer le bateau surtout que la mer a toujours un temps de retard pour se calmer. Au petit jours nous nous éloignons de cet partie de la mer que nous aurions bien aimer éviter et les pêcheurs comme le fait exprès semblent être à nouveau tous rassembles dans leur première zone pour chatouiller les poissons .(à croire qu’ils l’ont fait exprès pour nous embêter). Nous avons du faire un détour de plus de 20 milles et cela nous a fait perdre le « train » de vent dans le quel nous étions, dommage !

Vendredi 9 novembre :

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Nous avons surnommé cette couchette : la couchette du vampire, on y est coincé on ne peut plus bouger mais on y dort parfaitement même de jour.

 

Cela devient une habitude, en journée nous avons de nouveau grand soleil, chaleur et peu de vent, et la nuit, vent, mer, et froid surtout dans les couchettes où Domi met son bonnet où bonichon, terme employé par mon père il y a bien des années. La température a bien chuté : la nuit 7° dehors, pas plus 15° à l’intérieur. La journée avec elle s’élève facilement a 20°dans le bateau grâce à la véranda. Nous n’avons pas de problème pour faire notre toilette et l’eau du chauffe-eau est bien chaude car nous avons du mettre le moteur pour traverser l’anticyclone. La journée se passe à récupérer de notre nuit mouvementée, nous avons nos réserves de sommeil et en fin de journée nous avons bien récupéré. Nous apercevons des phoques qui se prélassent à la surface de l’eau. J’ai beau mettre une ligne de traîne rien ne mord, au grand dam des oiseaux qui surveillent la ligne en permanence. Nous mangeons nos réserves et jusqu’à présent nous avons encore des légumes et des fruits frais. J’ai commencé à faire germer des graines de luzernes et nous sommes content d’avoir un peu de verdure.

Samedi 10 novembre :

Nous sommes en plein milieu de l’anticyclone et le baromètre est au plus haut 1021 mb. Nous avons une très longue houle qui nous berce gentiment. Ce n’est pas désagréable nous sommes totalement amarinés. Il n’y a pas vent mais nous avons gardé le foc pour poser le bateau par contre la Grand voile est affalée. Nous pensons que nous avons une journée de moteur pour nous sortir de cette zone sans vent et peut-être reprendre un train de vent qui se trouve devant nous.

Dimanche 11novembre :

Nous avançons tranquillement avec anticyclone sous un soleil radieux toute la journée. Nous attendons ce soir à avoir plus de vent aussi nous affalons la Gvoile et tangonnons le foc sous trinquette. Le baromètre est en chute libre et nous sommes a 188 mille des Malouines. Nous avons encore bien profité de cette belle journée mais la température de l’air et de l’eau ont pas mal baissée nous n’avons plus que 13° pour l’air et de 8,5 pour l’eau.

`Lundi 12 Novembre :

Le vent est bien monté dans la nuit, la mer est formée et nous avançons à vive allure vers notre destination.

Domi a fait un petit topo sur les distances parcourues :

-l’Afrique du Sud -3500 milles

-Talmont -6500 milles

-Querguélin -4300 milles

-Australie-5900 milles

-Salvator de Bahia -2450 milles

-Détroit de Le Maire 380 milles

Nous sommes partis depuis 4 mois. Que de chemin déjà parcouru !

Le soir nous ne sommes plus qu’à 70 milles des côtes 100 milles du port.

 

Mardi 13 Novembre :

Les oiseaux nous ont quittés le temps est très maussade, de temps en temps il pleut mais surtout le vent est fort et la mer est dans tous les sens. Nous apercevons enfin la côte en fin de journée juste au couché du soleil.

A 20 heure nous passons le premier Cap. Là juste derrière une dune de sable face à l’océan, une grande communauté de pingouins Impériaux malheureusement il n’est pas possible d’y aller ce soir et par la suite nous apprendrons qu’il est interdit d’y aller pour protéger la naissance des petits.

La mer est de nouveau plate nous sommes à l’abri de la côte mais il y a toujours bien du vent. Devant les passes qui mènent à Port Standley il y a un bateau Français qui rentre et nous montre le chemin. C’est super on va pouvoir rentrer nous aussi en suivant sa trace par AIS car il fait nuit noire. C’est très impressionnant de passer un goulet en pleine nuit.

Voilà nous plongeons l’ancre juste derrière lui en face du port qui est éclairé par des lampadaires. Le jour se lève il est 4 heure 30. Nous allons nous coucher,on l’a bien mérité.

10 jours -16 heures en direct cela fait 1000 milles mais nous avons longé les côtes d’Argentine ce qui nous fait 1300 milles. Ce n’est pas un record mais nous y avons été tranquille dans quelques fois une mer difficile .

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