La Palma, traversée jusqu’aux îles du Cap Vert

Mardi 31 juillet :

Dernier jour du mois, mais c’est aussi le dernier jour de vacances pour Domi ensuite c’est la retraite …

Aujourd’hui, spi toute la journée, le temps est maniable (expression voileuse signifiant qu’on peut porter toute la toile et faire les manœuvres sans difficultés) même si le vent n’arrête pas de changer de direction. Il faut être attentif, le pilote est réglé pour suivre le vent et nous ne voulons pas aller aux Bermudes. Le soir au moment de ranger le spi dans sa chaussette (le vent doit monter un peu cette nuit on préfère anticiper), le bout qui permet de la descendre se prend dans le radar. Petite panique à bord surtout que le vent avait forci. On réfléchit vite et finalement il est préférable de le couper. Bon choix le spi descend et le bout aussi. Domi n’aura pas à monter au mat. Le soir au calme on se rappelle avec Domi tous les bateaux que nous avons visité avant de jeter notre dévolu sur celui-ci. Le REVA 42 a tout de suite été notre coup de cœur et nous ne sommes pas déçu : c’est vraiment un bateau super pour vivre et naviguer. Il est vivant, rapide à toutes les allures et très confortable.

Mercredi 1 Aout :

Commencer sa retraite en arrivant aux Iles Canaries c’est beau non ?

Le pont est rincé à l’eau de mer, la nuit fut un peu plus agitée que d’habitude. La houle s’est levée houleuse avec un bon vent. Pas facile dans ses conditions de trouver rapidement le sommeil. Pourtant l’homme de quart pique du nez aussi nous changeons souvent et finalement nous réussissons à dormir par tranche de deux heures chacun. Au petit matin, l’île de La Palma, la plus à l’ouest de l’archipel est là. Nous découvrons son sommet à 1800 mètre qui émerge au dessus de la couche nuageuse. Nous savons qu ‘en approchant le vent va forcir : nous arrivons dans la zone d’accélération crée par la forme de l’île. Ça devient plus sportif juste avant le petit déjeuner. Nous prenons les devants et réduisons la grand-voile d’un puis de deux ris. Le vent continue à monter, nous enroulons le foc, remplacé par la trinquette, beaucoup plus petite. La vitesse de notre bateau ne réduit pas pour autant, nous partons en surf sur les vagues à plus de onze nœuds. Le vent montera à trente trois nœuds dans les rafales. C’est un phénomène heureusement très localisé.

Le cap est passé, nous lofons gentillement pour arrondir la pointe de l’île et, nous sommes à l’abri, tout redevient calme. A cette endroit de l’île les plantations de bananes sont de petites parcelles en terrasse suspendues à la falaise. Beaucoup sont recouvertes de film plastique (cela leur permet de moins mettre de pesticide sur les fruits ainsi de vendre le produit bio). Il est midi déjà et nous rentrons à la marina de Tazacorte. C’est un port facile d’accès par tout les temps car bien abrité des vents et de la houle. (Je le recommande à tous les marins qui passe par cette île).

Pour éviter de succomber à la tentation de faire la sieste, nous nous activons comme on peut. Domi a loué une voiture pour 24 heures à 18 heures. Nous partons faire nos courses en vue de la prochaine traversée à Los Llanos la ville à côté qui dispose d’un Lidl et d’un hyper Duplo. Nous rentrons vers 21 heures, le plein de nourriture fait pour plusieurs semaines (espérons nous) et, à peine avalé quelques crevettes avec un verre de vin du pays (le premier jour de retraite çà s’arrose quand-même !), exténués nous nous couchons sans demander notre reste…

Jeudi 2 Aout :

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Ballade dans l’île : comme toujours les voisins de pontons sont une source de renseignements inépuisable et il y a toujours une information ou un conseil à échanger. En discutant, ils nous disent que d’ici la ballade la plus belle et la plus accessible c’est de monter à la Caldera de… et l’astuce du jour c’est de s’arrêter au bureau du parc national pour réserver le matin pour l’après midi : il n’y a que 20 places pour les voitures et on ne peut pas monter sans réservation. Au bout d’une heure de ballade dans cette montagne à voir absolument, le brouillard tombe et nous ne verrons finalement pas grand chose. Petite anecdote : hier, Domi a reçu un message des impôts de Loches et il doit les rappeler. C’est tout en haut du belvédère qu’il va finalement les contacter, quel affreux… (ben quoi ? il y avait du réseau !)

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Ça ne fait rien, on est bien en montagne et nos jambes demandent d’en faire un peu plus après ces jours de mer. L’île est très belle, verte, et chose étonnante très fleurie (on est déjà début aout on ne s’attendait plus à une végétation déjà desséchée comme nous avions vu sur Porto Santo), passé les bananeraies et les garrigues ou pousse les aloes et autres cactus, il y a pas mal de feuillu (châtaigniers en fleur , et noyer avec déjà des noix ), puis un peu plus haut des sapins de moyenne montagne. Avant qu’il ne pleuve vraiment nous redescendons et reprenons la voiture pour Santa Cruz. La capitale de l’île. Le vieux centre ville historique n’est pas très grand mais très typique avec ces maisons de pierres, ses balcons clos de fenêtres et ces ruelles escarpées.

La ville très colorée s’étend sur la colline autour. Il y a un port et une marina. Nous sommes content d’avoir suivi les conseils du guide nautique en choisissant Tazacorte car la marina de Santa Cruz nous semble très inconfortable, la houle rentre et remue les bateaux amarrés (la mer est pourtant plutôt calme) et en plus il se trouve en pleine ville, entouré d’un boulevard plutôt bruyant.

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Vendredi 3 Aout :

 

Après concertation entre co-skippers, nous reprenons aujourd’hui la mer pour les îles du Cap-verts. La météo assez bonne et ainsi nous pourrons peut-être éviter les orages qui s’annoncent prochainement. Tout est en place les lignes sont mises et nous filons à 5 nœuds sous spi. Pour le repas de midi, un petit maquereau fraîchement pêché avec des pommes de terre et des petits oignons, sieste ensuite chacun notre tour. Cette fois ci nous avons 7 jours de mer et il faut déjà reprendre le rythme des quarts. Une petite mise en jambe pour l’étape suivante qui sera d’une vingtaine de jour. La on commence à ressentir qu’on est vraiment partis, on est bien sur l’eau, en osmose avec notre confortable bateau.

A la tombée de la nuit rangement du spi dans sa chaussette, nous déroulons le foc et le tangonnons pour pouvoir faire route directe.

 

Samedi 4 Aout :

La première nuit s’est bien passée. Elle était étoilée magnifique. La lune s’est levée vers deux heures du matin, j’ai adorée. Le vent n’a pas changé de la veille mais nous commençons à sentir cette grande houle de l’arrière. Ce matin après mon repos je découvre un ciel couvert. Le vent souffle toujours de la même force mais il a adonné et nous devons empanner pour rester sur notre route. Nous avons un problème avec l’hydro. Le bout qui permet de le remonter s’est pris dans son hélice. Après avoir arrêté le bateau nous pouvons démêler les nœuds et attacher ce maudis bout pour que ça ne se reproduise pas.

La vie à bord devient une routine qui se met en place au rythme des quarts. Le brossage des dents est obligatoire après chaque repas comme à la maison mais aussi une douche par jour (où au minimum une toilette de chat au gant de toilette) est très fortement conseillée . Nous ne voulons pas contribuer à entretenir la réputation des marins Français qui sentiraient, paraît-il, mauvais. Les nuits étant toujours plutôt fraîches (oui même ici si proche du tropique) nous mettons un pantalon et un tweet . Il m’arrive même de sortir ma cape en mohairs pour nous recouvrir le dos au plus frais de la nuit. En bas, dans la couchette le drap et la petite couverture sont nécessaire. Nous essayons de respecter l’heure locale pour les repas mais les encas de nuit ne sont pas réprimandés et Domi farfouille souvent dans les placards en quête d’un petit quelque chose à se mettre sous la dent. Dans la journée, nous ne faisons pas grand chose sinon nous reposer, regarder la mer, lire, pêcher, faire la navigation, écrire mon journal et bien sûr encore dormir. Mais rassurez vous, on ne fait pas que se croiser à la prise de quart, nous avons quand même pas mal de moments ensemble. Nous en profitons pour parler de tout et de rien. Domi râle de moins en moins. Les choses se mettent d’elle même en place et il devient de plus en plus cool et reposé sans le stress du boulot et du départ. Cela ne l‘empêche pas d’être vigilent sur la liste des choses à contrôler (qui s’allonge au fur et à mesure que l’on avance) pour être sûr qu’aucun incident mécanique ne viendra entraver la bonne marche du bateau.

 

Dimanche 5 Aout :

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Ce matin Domi à vu son premier poisson volant, bienvenue dans les mers tropicales. Sous notre gréement de retraité(route directe, foc tangonné+trinquette ,sans GV) nous avançons entre 5 et 7 nœuds ,vent très instable en force (de 12 à 23 nœuds) et direction (plus de 30°). Le ciel est une alternance de gros nuages bas et plein soleil. Ce qui fait que la température en profite aussi pour faire le yoyo et varie entre 24 et 29°. Paradoxalement, c’est sous les nuages qu’il y a le moins de vent. On fait avec, on ne se prend pas la tête et essayons d’être patients . On arrivera quant on arrivera …Les gribs (fichiers météo bruts déchiffrables sur l’ordi) sont téléchargés par Iridium le matin et l’après-midi pour nous permettre d’affiner notre route et d’anticiper les changements de vent. L’hydro ne fonctionne pas à plein (avec la houle il est souvent hors de l’eau et les panneaux solaires sont eux aussi souvent caché par les nuages) nous devons faire attention de ne pas trop consommer de courant. Nous basculons sur l’ancien pilote (Ray) afin de revoir les réglages du nouveau (Hercules). Finalement le vent forcit et nous surfons à 8 nœuds sous notre gréement de retraités, bien vu, on a bien fait de ne pas renvoyer de la toile! Les batteries vont enfin se recharger.

20 heure, nous croisons le Nabolsi cargo de 156 mètres remontant vers l’Europe il passe à 3 mille de nous, il transmettra peut-être notre position sur marine traffic ?

 

Lundi 06 Aout :

A 4,00 heure le Karen Maerks nous double en route pour le Cap vert. Au matin Domi part à la cueillette des poissons volants tombés sur le pont pendant la nuit. Aujourd’hui, il n’y en a que trois, juste de quoi améliorer notre déjeuner. Le vent à encore changé de direction. Le ciel est chargé de poussière et le soleil est voilè. Après un bon petit déjeuner nous renfilons nos harnais pour envoyer la GV avec un ris. Le vent est toujours fort 22 nœuds. Quelque minutes de moteur nous aide à garder le bateau face à la vague pendant la manœuvre ainsi nous avons moins de mal pour la hisser .Tout se passe parfaitement et nous reprenons notre route sous foc et GV. Avec ce gréement le bateau est plus rapide et part en surf sur les vagues, avec des pointes de 10 nœuds , l’hydro donne à plein mais les panneaux solaires ont besoin d’un bon nettoyage si on veux qu’ils produisent quelque chose. Domi n’arrête pas de voir des poissons volants mais je n’ai pas encore réussi à en voir un seul, d’habitude je suis la première à voir les choses mais là, rien. Nous repassons sous pilote Hercules et Domi finis de le régler. Il est 10H 30, Domi prend deux heures de repos et je reste à scruter la mer. Ah quand même ! je les vois finalement ces poissons volants qui viennent atterrir sur notre bateau la nuit. Ils ont de grands yeux et de magnifiques ailes très fragiles leur permettant de voler parfois jusqu’à un mètres au dessus de l’eau pour échapper à leur prédateur. Le midi on les mange avec des pommes de terre : super bon ! Dans l’après midi on se prend une bonne une douche dehors, il fait chaud et cela fait du bien de se laver correctement. A la vacation téléphonique du soir, Maman se plaint de la chaleur épouvantable qui sévit en Touraine depuis plusieurs jours , 35° et plus : c’est intenable. On est bien ici avec nos 26° (on est pourtant sous les tropiques, c’est le monde à l’envers). La nuit tombe et le vent ne mollit pas. Nous continuons à faire des pointes à 10 nœuds.

 

 

Mardi 07 Aout :

Cette nuit nous avons super bien avancé il ne nous reste plus que 240 Milles . Notre repas est assuré pour le midi et pour ce soir. Cinq poissons volants sur le pont et un gros poisson au bout de la ligne que l’on va faire en ragout. On trouve son nom en anglais : « greater amber jack » sur nos fiches mais aucune idée de son nom français.

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16 h , Jusqu’à présent éole était avec nous mais là il nous abandonne sans prévenir la mer qui ne s’est pas encore calmée. Résultat, même si nous avançons toujours a quatre nœuds, les vagues font battre la grand voile malgré la retenue. Nous n’aimons pas çà : pas bon pour le matériel. Il nous reste 200 milles avant les îles et pas d’amélioration en vue… Comme de toute façon nous ne pouvons pas faire route directe, nous décidons d’empanner pour prendre la houle avec un meilleur angle. L’empannage a deux sur un bateau de cette taille, et ce n’est pas une mince affaire quand les voiles sont en ciseaux : il faut enlever la retenue de bôme, rouler le foc, ranger tangon, empanner la grand voile et remettre le tout de l’autre côté. Mais voilà , le vent tourne encore dans le mauvais sens et il faut tout recommencer au bout de 2 heures. Pour assurer le coup on télécharge un nouveau fichier météo qui confirme qu’il n’y a pas plus de vent de l’autre côté …donc pas d’option radicale on va essayer de rester aussi près que possible de la route directe. Les choix en navigation c’est toujours difficile, il faut prendre la bonne option sinon on peut rester planté là à attendre le vent. Le soir enfin le vent ce renforce en venant du bon côté ouf on a finalement pris la bonne option!

Avec toutes ses manœuvres l’équipage est vanné aussi sans concertation des quarts plus longs sont établis pour que chacun puisse récupérer en dormant un minimum de 2 fois 3 heures. J’arrive même à dormir 4 heures d’affilé : quel pieds ! Sommeil de plomb à peine allongé.

Désormais nous avons 3 heures de décalage avec la France Mais nous avons conservé l’horloge du bord à l’heure Française pour être sûr de ne pas manquer la vacation quotidienne avec Mamy.

 

Mercredi 08 Aout :

 

Qu’est-ce-qu’on mange aujourd’hui ! une question que l’on ne se pose pas ici , le soleil à peine levé nous allons ramasser les poissons volant qui ont atterris sur le pont pendant la nuit, au moment du repas on regarde si l’hydro a bien rechargé les batteries et décide si nous pouvons cuisiner des légumes (ceux qui on tendance à murir trop vite) au rice cooker. Le rice cooker (et la bouilloire électrique) nous permettent d’utiliser l’excès de courant produit pour cuisiner et ainsi économiser le gaz. Une bouteille de gaz peut nous faire trois à quatre mois ainsi et comme nous en avons trois à bord nous avons de quoi voir venir. Cela peut sembler surprenant de vouloir économiser le gaz à ce point mais hors d’Europe (même si on considère que le Canaries en font partie), il est impossible de trouver du camping-gaz, il est possible de les faire remplir dans certains endroits si on a les bons raccords mais c’est toujours très compliqué.

A part les rares cargos que nous croisons, pas un voilier sur l’eau. Nous sommes en dehors de la saison pour les bateaux qui vont aux Antilles (c’est la saison des cyclones là bas). Pour eux çà commence à partir d’octobre. On ne devrait pas avoir de mal à trouver de la place dans le port de Mindelo, notre destination sur l’île de Sao Vicente dans l’archipel du Cap vert.

Nous avançons trop vite et le routage nous indique une arrivée dans la nuit. Nous allons ralentir et ainsi arriver sur le matin ,c’est plus facile de jour d’arriver dans un port que nous ne connaissons pas . Nous rentrons donc le spi avant qu’il fasse tout à fait sombre.

Le vent nous aide d’ailleurs bien en tombant en début de nuit et nous pousse gentiment a 4 nœuds sur une mer assez plate. L’estime nous donne désormais une arrivée en début de matinée (heure locale), ce qui serait parfait.

 

 

A suivre

Ecrit par Anne et corrigé par Domi

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