Pacifique: la grande traversée

IMG_2603dernier regard sur le port de Puerto Montt

Jeudi 7 mars 2019 :
Après le passage de la police des frontière hier en fin d’après-midi pour tamponner nos passeport (sortie du territoire chilien), ce matin c’est deux marins de l’armada qui viennent vérifier si notre armement de sécurité est bien conforme et que tout est ok à bord avant de nous remettre le ZARPE (autorisation de naviguer) jusqu’à lîle de Pâques. Tout y passe, gilets , bouées, fusées mais aussi cartes, miroir, enfin bref tout . A 9 heure 30 comme ils n’ont rien à redire nous pouvons enfin larguer les amarres. Les petits gars de la marina nous à partir et nous disent un au revoir dans toutes les langues qu’ils connaissent.

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Belle sortie, pas de vent , nous glissons sur l’eau et profitons des derniers moments du canal . Le temps n’est pas encore tout à fait rétabli après le passage du front des jours derniers et un grain se dessine à l’horizon. Une racha nous attend à la sortie du canal mais nous n’avons pas de toile et elle passe sur nous en un quart de seconde. Nous ne sommes pas pressé ni stressé , nous avons décidé d’aller passer la nuit juste avant la sortie du golfe d’Ancud afin d’être à pied d’œuvre demain pour prendre le canal Chacao (passage qui sépare Chiloé du continent)à l’étale de marée haute sans avoir à se presser. Nous mouillons chenal Abtao dans l’après midi. L’endroit est joli mais nous ne débarquerons pas à terre l’annexe étant déjà pliée et rangée dans le grand coffre bâbord arrière pour la traversée. De toute façon, il nous reste encore mille petits détails à régler avant le grand saut et nous n’avons que jusqu’à demain midi pour cela.

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Vendredi 8 mars 2019 :

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La nuit ne fut pas si tranquille qu’on pouvait l’espèrer. L’alarme de mouillage c’est mise à sonner deux fois quand le courant c’est inversé le temps que l’ancre raccroche et le vent soufflant en rafales courtes, l’éolienne n’arrêtait de tourner, de s’arrêter de recommencer jusqu’à ce que Domi se lève lui coupe le sifflet. La matinée est consacrée à mettre en place l’hydrogénérateur (qui n’avait pas servi de puis notre arrivée au Chili : trop de kelp…) et à ranger toutes les taux de voiles et autres housses de protections, stocker le pare-battage et tout ce qui ne va pas servir pour la traversée. Il est midi et demi. Il est tant de partir et de mettre les voiles vers le passage. Nous avons calculé le temps que nous allions mettre (un vrai casse tête), nos deux guides sont assez vagues et les heures de renverses au différent points critique du passage ne sont pas indiquées convenablement. Il semble cependant s’accorder sur un point : être à l’étale de marée haute (qui ne dure que quelque minutes) au niveau du Roca Remolinos et nous calculons que l’étale devrait être à 14:50

Nous sommes en vive eaux et le coefficient et de 80 = 6 mètres de marnage induisant un courant pouvant atteindre 9 nœuds dans la partie la plus étroite du passage donc prudence.

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Finalement même si cela reste impressionnant tout se passe très bien et nous arrivons à 14 :50 précise, tip top avec zéro courant juste pour la renverse. Il y a plein de ferry qui nous coupent le passage, on se fait tout petit, mais ils passent devant derrière nous sans que nous ayons à faire quoi que ce soit.

Et puis plus rien plus de vent ni de remous , ni de vague, la mer est comme un lac. Nous progressons entre 8 et 9 nœuds dans ce canal étroit avec 6 nœuds de courant dans les fesses … heureusement que nous sommes dans le bon sens.

Jusqu’à la pleine mer le courant reste fort et nous éjecte à vive allure de ces eaux intérieures ou nous avons passé les deux dernier mois vers l’immensité de l’océan Pacifique.

Passé l’abri des derniers îlots et de la pointe nord-ouest de Chiloé, la houle est là, creuse (2,80 m), croisée et donc pas très agréable. Mais nous nous éloignons très vite de la côte et avec les grandes profondeurs, elle s’allonge en devenant moins désordonnée. Dominique prend un demi Mer-Calme pour assurer le coup en attendant de retrouver ses jambes du large. Nos copains les phoques et les dauphins sont là à nous tourner autour, comme pour nous dire au revoir et sans doute aussi parce qu’ici la mer serait poissonneuse.

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Nous passons en mode gréement de retraité et pour économiser la grand voile que nous affalons et restons sous foc et trinquette en ciseaux (non tangonnés) le vent de sud d’une vingtaine de nœuds nous poussant dans la bonne direction. C’est les quarts de nuit qui commencent et Domi part se reposer dans la couchette du carré (que nous appelons la couchette du vampire) bien coincé entre le coussin et la toile anti roulis. Le bateau bouge de trop et dans la large couchette arrière et il n’arrive pas à se caler.

20 h 30, Le couché du soleil est une splendeur de couleurs. Il laisse aussitôt place à la lune qui disparaît à son tour rapidement à l’horizon. Mais elle est à son premier quartier et pour commencer une traversée c’est une bonne chose car elle va grossir un peu tous les jours et nous accompagner chaque nuit un peu plus. Le ciel clair nous offre sa plus belle panoplie d’étoiles.

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La route que nous avons choisi pour contourner la zone de vent contraires et perturbés qui s’établit entre nous et Rapa Nui (l’île de Pâques) nous fait passer à proximité de l’archipel de Juan Fernandez ou se trouve l’île de Robinson Crusoé çà rallonge un peu mais ainsi nous resterons dans un vent portant modéré.

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09 Mars 2019 :

Plein vent arrière, voiles en ciseaux , nous longeons les côtes du Chili et à 13 heure nous sommes à la hauteur de Valdivia. Nous aurions pu nous y arrêter mais notre escale de Puerto Montt nous a déjà permis de visiter la région des lacs et la météo nous prévoit des conditions t à ne pas laisser passer pour pour la grande traversée . Aussi nous passons cette ville sans regret. C’est aussi là que nous laissons les 40 ièmes rugissants derrière nous. La remontée vers le nord se fait d’ailleurs déjà sentir l’eau de la mer est à 17° et la nuit les températures sont de 16°.

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10 Mars 2019 :

Nous nous sommes éloignés de la côte pour éviter l’anticyclone où le vent est nul mais il joue avec nous et remonte en même temps, nous sommes contraint d’affaler les voiles et de mettre le moteur pour une partie de la nuit. A 1100 tours il nous propulse à 3,5 – 4 nœuds, c’est toujours mieux que de rester sur place à se faire balloter dans la houle. Nous arrivons enfin à contourner cette bulle sans vent et sur le matin nous reprenons le rythme du portant dans 15 / 20 nœuds de vent.

 

A bord la vie s’organise. Chacun a retrouvé ses marques et s’est habitué au mouvement du bateau. Les quarts s’enchainent autour des moments de sommeil, de la météo à charger et à analyser, des repas à prendre ensemble, les mails à lire et à répondre, sans parler de la toilette et du ménage toujours nécessaires à terre comme au large. Mais il y a aussi les moments cool passés à lire ou à écouter de la musique ou tout simplement à buller en regardant la mer.

Ce soir, j’ai préparé une ligne avec le rapala qu’un copain de Domi lui a offert pour son départ à la retraite. On l’a filé à l’arrière, à 6 – 7 nœuds, on est à la bonne vitesse, et avec tous ces oiseaux qui volent autours de nous (principalement des pétrels mais encore quelques albatros) il devrait il y avoir du poisson

 

11Mars 2019 :

Domi a décidé de tangonner ce matin pour faire route plein vent arrière, c’est plus confortable ainsi. Pour l’instant la mer est trop confuse et le vent pas assez stable en force pour mettre un spi.

La ligne nous offre son premier thon de trois kilos que je vide et débite directement dans le seau sans répandre une goûte de sang à l’extérieur (où presque)cela change de la boucherie de la première fois . Nous en mangeons une partie le midi à la tahitienne avec des pommes de terre et ce soir en rôti. Et il en reste encore pour plusieurs repas. Du coup j’ai remonté ma ligne.

 

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12 Mars 2019 :

C’est sous une pluie fine que l’aube pointe à l’horizon. Il n’y a plus de vent, on se résout à mettre le moteur. Le grib du matin ne prévoit pas grand changement pour la journée mais finalement la pluie cesse et le vent revient très vite, modéré, cool quoi !

Notre route est maintenant assez directe au nord ouest. L’après-midi nous détectons un bruit dans le bateau à la hauteur du mat. C’est une vibration qui semble venir de la quille ? C’est sans doute du kelp on un filet qui c’est pris dans la quille et que nous trainons? Bon que cela ne tienne un bon 360 ° devrait nous en débarrasser. Chose dite chose faite et le bruit a disparu par contre on a rein vu sortir à l’arrière du bateau.

 

Rencontre insolite si loin des côtes : un phoque se prélasse à la surface de l’eau la queue en l’air. Dans les airs des pétrels tournent inlassablement en faisant des loopings acrobatiques en se croisant à quelques centimètres sans jamais se toucher . Petits nuages de perturbations se soir sont apparus ? pourtant rien n’est annoncé de catastrophique au niveau météo, à suivre…

Effectivement des nuages plus importants se forment autour du bateau et le soir nous voyons des grains passer pas très loin mais pour nous, le vent reste à peu près le même .

 

13 Mars 2019 :

 

Malgré les quarts et les siestes, nous passons finalement beaucoup de temps ensemble et nous avons de longues discutions sur tout et rien à la fois, la vie avant le départ, la famille, les amis , mais aussi les projets sur la suite du voyage . Nous avons mangé la dernière baguette achetée à Puerto Montt et nous n’avons pas envie de passer tout de suite au biscottes aussi je prépare mon premier pain de la traversée. Cette fois-ci j’y ai ajouté un peu de farine de seigle et il est très bien réussi bien levé, bien cuit croustillant et moelleux à souhait. j’en ai aussi profité pour faire un cake, ce qui permet d’optimiser au maximum l’utilisation du four.

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14 Mars 2019 :

Nous recevons vos mails et nous nous partageons les réponses. Maman ne manque jamais de nous envoyer un petit mot de soutient et de nous raconter sa journée. Nous avons aussi Elisabeth de Miopalmo qui nous envoie son résumé toute les semaines. Là ils sont dans le Beagle et la pêche au saumon à l’air de bien donner. J’aime bien lire son récit qui à la fois est pleins de détails et d’anecdotes . Par contre nous n’avons plus de nouvelles de Libertaire, Où sont ils actuellement ? Sont ils devant nous sur la route de Papeete où sont ils encore à Valdivia ?

 

 

Vendredi 15 Mars 2019 :

Nous sommes en plein océan pacifique. J’ai du mal quelque fois à réaliser le parcours que nous avons fait depuis que nous sommes partis des Sables en juillet dernier. Poussé par notre désirs impérieux de découvrir de nouveaux paysages, de nouveaux continents, de faire de nouvelles rencontres et d’avancer pour être au bon endroit à la bonne saison, nous sommes allés très vite mais nous avons du faire des choix et passer à côté de plein d’endroits sans doutes aussi beau que ceux que nous avons vu. Et aujourd’hui encore nous sommes face à un cruel dilèmne, le routage optimal nous fait passer 200 milles à l’ouest de l’île de Robinson Crusoé. Allons nous faire le détour pour découvrir cette île unique quitte à perdre quelques jours sur la traversée ? (nous sommes de toute façon très en avance) ou passer notre chemin et continuer sur notre belle trajectoire. On en discute, on relis les blogs des voiliers qui y sont passés récemment et on re-vérifie la météo avec une attention toute particulière pour la houle. Le verdict tombe, la houle est forte, le mouillage risque d’être inconfortable et le temps annoncé n’est pas beau alors que devant nous les conditions d’une traversée facile semblent réunies. Tant pis, nous n’irons pas ! j’ai un gros regret mais il y a tant à voir, il faut faire des choix.

L’océan se réchauffe très vite à cause d’el Niño elle est déjà plus chaude que l’air ambiant (20°C). autre signe, le plafond nuageux et bas.

 

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Samedi 16 Mars 2019 :

Les voiles en ciseaux depuis bientôt trois jours et le bateau jusqu’à présent avançait bien avec un vent de 13 à 19 nds , mais ce matin on se traîne. Domi prépare le spi que nous n’avons pratiquement pas sorti dans les canaux. Nous envoyons le spi lourd qui va nous permette de tenir sous un vent plus soutenu si le vent monte et surtout, remonter jusqu’à 120° du vent pour suivre la rotation annoncée sur les gribs. Effectivement une légère brise au début nous propulse gentillement puis monte progressivement sans dépasser les 16 nds. Notre route nous place à 140° du vent. Juste ce que nous désirons et à 7 /8 nds nous assurons notre avance par rapport aux gribs.

 

Dimanche 17 Mars 2019 :

Sous spi toute la nuit, quel pied : le vent est stable et nous avançons super bien .

Le matin grande conversation dans le cockpit sur la suite du voyage. Ce n’est pas facile de choisir la route et de s’y tenir quant nous sommes en période de transition (Ici il faut partir à tel période mais là c’est trop tôt pour arriver et puis il y a el nino ? ). Quelle route prendre ? La plus directe où faire un détour ? pourrons-nous nous arrêter ? Que de questions sans réponse .

Mais nous arrivons toujours à nous entendre et à avancer, notre force à tous les deux et que quoi que nous décidions nous le décidons ensemble, nous n’avons pas de contrainte, de temps, nous sommes largement à temps pour commencer la Polynésie dans les meilleures conditions. La Polynésie est un terrain de jeu tellement vaste avec ses escales de rêve et ses pièges. Nous consultons des tas de blogs et de guides pour nous faire une opinion sur les meilleurs endroits mais aussi les plus sécurisés . Au vu des cartes météo Michel que nous fait passer tous les jours et des gribs sur 16 jours que Domi arrive à télécharger, nous sommes trop tôt pour aller tout de suite aux Gambiers. Idéalement, il faudrait passer au moins 10 jours à Rapa Nui, quitte à faire le tour de l’île, pour attendre qu’un temps plus stable s’établisse. Rapa Nui est un endroit à ne pas manquer mais il y a beaucoup de houle de prévu, pourrons nous y débarquer ???

La journée se passe agréablement avec douche à l’arrière du bateau et fabrication de pain et de cake . Le temps s’y prête et la mer est plate .

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Lundi 18 mars 2019 :

Nous avons des nouvelles d’Assina par Mamy . Elle laisse sa voiture chez elle et va à Paris faire un stage pour son travail . En France la vie continue et nous sommes là à profiter de la mer à l’autre bout du monde. Nous étions toujours à l’heure du Chili, il est temps de changer d’heure et de prendre l’heure de Rapa Nui, nous avons maintenant 6 heure de retard par rapport à la France. Le temps est idéal pour le spi, Domi est ravi et aime sentir son bateau frémir sous les accélérations de cette voile. Avec la chaussette ce n’est plus un problème de le hisser ni de l ‘affaler ses 125 m2. Nous avons rattrapé notre retard avec le routage et nous avançons à vive allure.

 

Mardi 19 Mars 2019 :

Nous avons un petit problème avec le pilote qui ne veut plus tenir le mode vent. La mer est plutôt hachée et nous avons toujours cette houle qui donne du roulis au bateau. Nous passons sur le « vieux » pilote et laissons l’autre un peu se reposer. Une remise à zéro s’impose et le revoilà reparti. Il y un peu trop de vent pour utiliser le spi en toute sérénité (on est pas en course et on est un peu surchargés…) De plus le vent à adonné et nous sommes à nouveau plein vent arrière. Nous tangonnons donc les voiles en ciseaux. Le bateau est plus stable, à l’intérieur les mouvements sont moins saccadés et çà devient moins sportif de faire la cuisine sans rien renverser. Nous sommes maintenant au 29° sud et pour la première fois nous apercevons des poissons volants dans le grand pacifique. Nous sommes bien sous les tropiques. Cirés, polaires et sous vêtements chauds sont remisé au placard pour un bon moment, place au shorts et teeshirts pour quelques mois.

 

Mercredi 20 Mars 2019 :

Nous ne nous lassons pas de regarder la mer mais bien sûr les moments privilégiés sont le levé et le couché du soleil. Ce sont les moments ou la lumière change rapidement et que l’horizon se drape de couleurs extraordinaires passant du jaune le plus clair au bleu outremer le plus foncé ou du au bleu turquoise au rouge sang en passant par l’orange le plus rutilant, ce soir, Domi croit même avoir aperçu le rayon vert mais je crois qu’il a été trop influencé par Jules Vernes. La nuit aussi, la lune joue avec les nuages qu’elle éclaire de couleurs argentées et or qui se reflètent sur l’immensité de l’océan. Sur la mer il y a toujours du mouvement. Ici c’est un banc de poissons volants qui s’éparpille par dessus les vagues sans doute pour échapper à un prédateur qui reste lui invisible sous la surface. Là c’est un pétrel solitaire qui plane inlassablement de vague en vague. Et quand il n’y a rien il y a encore la mer et ses vagues allant de la grosse houle a l’ondulation presque imperceptible qui sans relâche berce le bateau et l’équipage.

Cela fait seulement 12 jours que nous sommes partis de Puerto Montt , mais c’est déjà loin. Le bateau se n’est pas juste un véhicule permettant de voyager loin. C’est une autre approche, une autre philosophie. Les longues traversée et tout ce temps passé en mer sont des transition permettant de distiller doucement les souvenirs des étapes précédentes tout en nous préparant mentalement jour après jour à la suite de notre voyage au rythme de la température qui remonte, au grès des degrés de latitude qui s’égrainent. Et puis aussi, nous sommes des voileux avant tout, alors, être en mer, glisser vers notre destination sur le bon bord, faire bien avancer le bateau et affiner sans cesse notre trajectoire pour éviter le mauvais temps ou le manque de vent, c’est du pur bonheur.

Jeudi 21 Mars 2019 :

La nuit fut mouvementée , dans les grains de pluie il y a du vent et il faut réduire la voilure mais après chaque grain il y a un calme et il faut tout de suite renvoyer de la toile pour ne pas laisser le bateau sans vitesse. Entre chaque manœuvre, l’un de nous en profite pour aller se reposer mais souvent il faut recommencer moins d’une heure après et à la fin de la nuit, la fatigue se fait sentir.

Domi a remis l’éolienne à tourner, l’hydro est du mauvais côté depuis que nous avons empanné et avec la gite il sort souvent de l’eau et ne donne plus suffisamment. La vibration de l’éolienne entre en résonnement avec celle de l’hydro et semble fredonner une complainte qui devient vite une rengaine lancinante dans notre tête (quelque chose entre « parlez moi d’amour » et le Bro Goz (hymne national breton) Elle tourne sans arrêt sans que nous changer le disque ou appuyer sur la touche pause. Je suis fatiguée je dormirais plus que mon compte pendant la journée.

 

Vendredi 22 Mars 2019 :

Quant je suis de quart le matin je charge les mails , la météo et ça m’occupe bien. Michel notre ingénieur météo de Férrière Larçon nous envoie la météo de la région (cartes américaines et Françaises plus un résumé).El Niño est présent et nous surveillons sont développement dans cette partie du globe. (On dit que c’est une année El Niño quant la température de la mer est supérieure de 0,5°C à la normale, La Niña , quant elle est inférieur de 0,5°C à la normale)Donc cette année c’est el Niño mais soit disant pas très actif. Celà d’éclanche des perturbations dans les courants océaniques, les précipitations et les vent dominants : l’alizé ne s’établit pas et nous avons un léger courant contraire au lieu du courant favorable indiqué sur les cartes. On y peut rien mais cela rend les choix de route plus compliqués

 

Samedi 23 Mars 2019 :

Nous avons eu une nuit très calme et nous en avons profité pour nous dormir chacun notre tour quatre heure d’affilée. Le matin nous sommes en pleine forme , douche pour tout l’équipage . Barbe et cheveux taillés. Je fais un cake avec pleins de petits raisins et fruits confits et un gros pain qui a super bien levé.

Sur L’AIS nous apercevons un cargo à une quinzaine de milles, c’est le premier bateau que nous croisons depuis que nous avons sans le voir quitté la côte Chilienne. Depuis quelques jours nous ne voyions plus d’oiseau mais se soir une frégate nous tourne autour pendant quelques instants.

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Dimanche 24 Mars 2019 :

Nous sommes à 155 milles de l’île de Pâques , nous avons une grosse houle croisée et nous commençons à douter que nous puissions accoster sur l’île . Le vent nous accompagne toujours alors que nous avions peur de calme dans le secteur.

C’est dimanche mais c’est pour nous un jour comme les autres , maman aujourd’hui hui va chez sa sœur Chantal et je suis ravie qu’elle ne soit pas seule , le dimanche ce n’est pas un jour comme les autres , elle s’ennuie un peu , pas beaucoup d’activité dans son quartier.

 

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Lundi 25 Mars 2019 :

« Terre terre »

Rapa Nui est là devant nous. Bout de rocher au milieu de rien

Nui signifie « grand » dans les langues polynésiennes, et donc celle que nous connaissons comme l’Ile de Pâques s’appelle en fait la grande Rapa. Ce nom lui aurait été attribué au XIX° siècle seulement par les marins tahitiens qui trouvaient qu’elle ressemblait à l’île de Rapa, située au sud des Iles de la Société. A ce titre, ce serait donc un nom plus récent que celui de Paasch-Eyland, qui a été attribué par Jacob Roggeveen, l’explorateur néerlandais qui fut le premier européen à reconnaitre l’île, lors du dimanche pascal de 1722. Pourtant, et malgré ses dimensions relativement modestes (une vingtaine de kilomètres de long environ), grand est un épithète qui convient bien à ce bout de terre émergée. Grande est la renommée de cette île, grand est son isolement géographique, grands sont les mystères quant à son histoire, et grands sont les moais – les statues qui la symbolisent plus que tout. Le débat reste ouvert quant au nom originel de l’île, mais l’appellation la plus probable serait Te pito o te henua, c’est-à-dire « le nombril du monde ». Il se pourrait que ce nom signifie que l’île aurait été le cordon ombilical entre le monde des vivants et des esprits. (Merci à Fleur de Sel pour ce moment culturel bien documenté que nous nous sommes permis d’emprunter à leur excellent blog)

La première sensation que nous avons en l’apercevant ce matin c’est qu’elle n’est pas si nui (grande) que cela, peut-être de la taille de Belle-Île. Au fur et à mesure que nous nous rapprochons, nous découvrons ses grandes falaises , ses sommets volcaniques et ce paysage parsemè de petits cratères , quelques arbres ont réussi à pousser faisant penser à quelques cheveux irisés sur des têtes rondes . Nous arrivons sur la côte nord, nous la longeons en essayant de nous approcher le plus possible. La houle déferle sur les rocher. La baie ou La Pérouse c’est ancrè en visitant l’île au 18éme semble impraticable. Dans la baie d’Anakena, réputée comme étant le meilleur mouillage de l’île il y deux voiliers , le premier quitte le mouillage en roulant bord sur bord et le deuxième fait des saut de cabri en tirant sur son ancre au rythme de la houle . Non vraiment ça nous dit rien de mouiller là surtout que le vent et la houle nous portent à la côte. Pourtant l’endroit est magnifique et nous réussissons à nous approcher suffisamment pour apercevoir les moais (le fameuses grandes statues) dos à la mer à l’ombre de palmiers surplombant la seule plage de l’île.

Nous passons la pointe de l’île espérant une amélioration quant à la houle du large. Pourtant c’est pareil voire pire elle n’est pas plus abritée que de l’autre côté. En effet une grande houle de sud ouest, séquelle de tempêtes sévissant dans les quarantièmes se croise avec une autre houle de nord et la mer du vent d’est : il n’y aura pas de mouillage abrité nulle part sur l’île. Nous appelons l’armada qui nous confirme «  pas de possibilité de débarquer , le port est fermé et eux même ne peuvent pas sortir pour procéder aux formalités » il nous propose de rester quelque temps à proximité de l’île qu’il puisse nous prévenir si la mer se calme. D’après les gribs ww3 la hauteur et la direction des diverses houles ne va pas changer sur la zone dans les 5 jours prochains. Pas question pour nous d’attendre tout ce temps en jouant à saute mouton sur les vagues de plus d’ici là une perturbation orageuse avec des vent de nord ouest devrait remplacer le vent d’est rendant toute traversée vers la Polynésie moins agréable. La décision est prise ensemble nous allons pas attendre ici, tant pis pour les moais, on reviendra les voir plus tard en avion, on continue vers l’ouest. Oui mais… du coup on est beaucoup trop tôt pour les Gambiers, d’ailleurs, les cartes Américaines montrent un dépression tropicale en formation sur Pitcairn. Notre destination sera donc les Marquises ou il n’y a pas de risque de cyclones. On est à mi-chemin par rapport à Puerto Montt : encore environ 2000 milles à parcourir

Nous hissons le spi et c’est à 8 nœuds que nous laissons disparaître cette petite île perdue dans l’immensité bleue du pacifique et nous informons l’Armada par e-mail que nous quittons leur juridiction et continuons sur le marquises.

 

Réaction immédiate de l’autorité locale : vous ne pouvez pas quitter le territoire chilien comme çà, vous devez faire les formalités de sortie autrement vous êtes dans l’illégalité. On leur explique que nos passeport ont bien reçu le tampon de sortie donc de ce côté là pas de soucis. Le seul problème maintenant est que le bateau est toujours en admission temporaire et qu’il , aussi Domi passe des e mail pour régulariser la situation auprès des autorités compétentes.

 

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