Route Australes

Comme vous avez pu le lire dans l’article précédent nous avons quitté Mangareva dimanche 30 juin en fin de journée. Raivavae notre destination pour cette courte traversée (700+ milles) fait partie, avec sa voisine Tubai et la plus lointaine Rapa, de l’archipel des Australes, poussières sur la carte du Pacifique, ainsi nommé en raison de sa position dans le sud de le Polynésie. De ce fait, leur climat est influencé par le passage des dépressions du même nom qui en hiver ( juin – septembre) franchissent parfois les 30°sud et génèrent un temps plus perturbé et parfois un peu plus frais…
La première nuit et la première journée se sont déroulées au près dans un vent assez faible (6 noeuds) d’ouest puis sud-ouest et une mer confuse peu propice au performances: sur 24 heures depuis le départ nous avons parcouru moins de 100 milles. Mais, comme prévu sur les routages, lundi en fin de journée le vent vire progressivement au sud puis sud-est en se renforçant toute la nuit 10, 14, 19, 25. Rêve à Deux, tout content s’ébroue et accélère, vent de travers c’est son allure favorite.
On terminera quand même mardi matin sous 2 ris et trinquette. Puis dans l’après-midi le grand beau temps s’établi et on peut renvoyer de la toile. On est maintenant au largue, puis avant la nuit, plein vent arrière dans 12 noeuds de vent foc tangonné: des conditions de rêve pour une nuit étoilée comme nous en avons rarement vu.
Mercredi même topo si ce n’est que l’alizé se renforce une peu et met un peu de sud puis de nord dans son est nous obligeant successivement à dé-tangonner, re-tangonner puis finalement empanner pour rester sur la route. Le pilote est exclusivement utilisé en mode vent pour suivre les variations et éviter les empannages intempestifs: donc attention permanente pendant les quarts pour rester sur la route et ajuster les réglages de voilure.
Jeudi matin l’alizé nous abandonne et dans cette mer toujours confuse les voiles battent. Il est 7 heures du matin et il nous reste encore plus de 220 milles à parcourir, nos espoirs d’arriver vendredi soir avant le passage du front orageux s’effritent à vue d’oeil. Mais les gribs indiquent clairement que ce n’est qu’une petite bulle et que nous devrions retrouver rapidement un vent plus soutenu et, en effet, après quelques heures passées à essayer de maintenir une vitesse minimum, le vent de nord est 10 12 nds revient à 142° de la route. Parfait pour le petit spi asymétrique qui est aussitôt envoyé. La vitesse augmente à 7 – 8 noeuds et nos espoirs reviennent: on peut encore le faire et la perspective de rentrer de nuit ou pire, en plein orage (27 nds et des precipitations de plus de 10mm/h annoncée pour la matinée de samedi) nous donne de ailes. Toujours sur spi, Les 10-12nds se transforme en 15-17 à la tombée de la nuit mais on garde le spi pour engranger des milles jusqu’au moment ou il refuse franchement en forcissant encore d’un cran. Nous sommes à 130° du vent par cette force c’est un peu trop serré. Il est 2 heures du matin on fait des pointes à 12 nds dans les surfs: il est temps d’affaler le spi. La manoeuvre se passe comme sur des roulettes (il suffit de bien descendre à 170° du vent le temps de « chaussetter »)et, le foc envoyé, nous reprenons notre route.
Entre temps le vent continue de refuser et on se retrouve à 110° toujours à la même vitesse (8 nds). Peu avant midi l’horizon se couvre et de gros nuages noirs chargés de pluie passent à proximité. On se prépare pour le vent qui normalement devrait accompagner ces grains mais ici tout est différent: le vent tombe presque complètement en tournant vers la droite. Le temps qu’on s’interroge sur la meilleure option: remettre le spi ou passer cette molle au moteur, le vent revient et ne nous lâchera plus jusqu’à l’arrivée. A l’heure de déjeuner les nuages nous laissent entrevoir les sommets de l’île, déjà bien haut sur l’horizon et à 16:15h nous franchissons la passe.
Malgré la lenteur du premier jour et les conditions très variées (nous avons navigué a toute les allures et utilisé pratiquement toute les combinaisons de voilure possible) nous aurons mis 5 jours pour avaler les 738 milles du parcours. Vous l’aurez deviné: on adore tous les deux faire de la voile et cette traversée nous a comblés.
On est ravi d’être arrivé à temps d’autant plus qu’à peine franchie la passe un gros grain accompagné d’une pluie torrentielle vient cacher la beauté du paysage magnifique de cette île et rendre tout son sens au verbe mouiller qu’on a pu appliquer ici autant à l’ancre qu’à l’équipage…
Mise en place des tauds et du récupérateur d’eau de pluie (avec ce qui est annoncé pour les prochaines 24 heures il devrait y avoir largement de quoi remplir les reservoirs et faire la lessive), texto aux amis de Rikitea pour les rassurer de notre arrivée, gratin de citrouille avec un verre de vin pour arroser l’arrivée et nous sommes au lit. A suivre…

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