Quarantaine à rallonge et liberté surveillée

Vendredi n’était pas le bon jour pour arriver. Les prélèvement du test PRC ont bien été effectués le matin même mais les résultats n’avait aucune chance de revenir du labo avant que tout le staff, ici à Denarau, soit en week-end. La patrouille de la marine qui passe voir comment nous allons 2 fois par jour nous recommande de profiter du beau temps et de nous relaxer, lundi on sera libérés. On profite de ce temps mort dans ce mouillage paisible pour un grand nettoyage. Frigo, cuisine carré, salle de bain, planchers, coffres, cockpit, filières et chandeliers, coque au-dessus et en-dessous de la flottaison tout est briqué, astiqué, désinfecté, dérouillé. Rien n’était d’ailleurs bien sale (la carène était encore parfaitement nickel – pas étonnant que çà glissait si bien) mais maintenant c’est carrément immaculé. Ces activités sont complétées par un peu de matelotage (ajustement des bastaques et anneaux bosse de ris) pour Domi, de couture pour Anne (robe et chemisier en tissus imprimé acheté à Papeete) et pas mal de lecture, de baignade et de repos pour tout le monde.

Lundi matin nous sommes fin près à attaquer la dernière partie des formalités : celle qui doit se dérouler à terre. Le zodiac rouge de la patrouille de la marine sort du chenal et viens vers notre zone de quarantaine mais au lieu d’échanger quelques mots gentils avec nous comme ils le font d’habitude, ils nous évitent et passent sans même un regards pour aller voir les autres bateaux: bizarre bizarre… Ils feront ce manège 2 fois dans la matinée toujours en nous ignorant. Finalement, dans l’après-midi nous recevons un mail de notre agent nous indiquant que le résultat des tests n’est toujours pas arrivé, ce que nous confirme aussi la marine qui daigne enfin nous parler lors de leur tournée de fin d’après midi : demain 10 heures nous disent-ils. On grogne un peu contre les cafouillages administratifs mais vu comment çà se passe en Polynésie dite Française, on a pas trop de leçons à donner.

Mardi 20 juillet 2021 10:00 le zodiac de la marine arrive avec à son bord le représentant du ministère de la santé qui doit nous libérer. Toutefois, avant de le laisser monter à bord, je lui fait préciser ce qu’on aura le droit de faire et quelles seront les limitations. J’avais entendu ou lu que si nous débarquions sur Viti levu et particulièrement la région de Nadi ou se trouve Denarau, on ne pourrait aller ailleurs sans une nouvelle quarantaine de 14 jours. Pas du tout nous dit-il, une fois la fameuse clearance et le cruising permit (littéralement permis ou de naviguer) établis nous pourrons aller partout dans l’archipel et débarquer sans aucune autre quarantaine ou restriction d’aucune sorte (en fait on apprendra plus tard que partout signifie dans toutes les îles à l’exception de Viti Levu, l’île principale qui nous est strictement interdite dans sa totalité). Quelques coups de tampon plus tard il nous donne la clearance médicale (libre pratique) on peut aller à la marina continuer les formalités.

La marina est au fond d’un petit bras de mer séparant l’île de Denarau de la mangrove. Leca, notre agent est au bout du ponton et nous prend les amarres. Il va aussitôt chercher les représentants des autorités. Ils sont 3 (douane, immigration et bio sécurité) chacun y va de son formulaire (heureusement déjà pré-remplis et transmis à notre agent avant le départ de Tahiti) et de ses coups de tampon, nous, nous n’avons qu’à signer par-ci par-là. Quand même, le représentant de la bio-sécurité ne veut pas être venu à bord pour rien. Avez vous de la viande à bord nous demande-t-il ? Seulement en conserve , faites voir; il inspecte notre stock de conserve et confisque les denrées interdites : 2 citrons, une gousse d’ail, 3 boites de pâté Hénaff pur porc (les vrais bretons comprendrons mon désarroi) et trois boites de saucisses de poulet d’une marque néerlandaise inconnue garanties halal mais complètement insipide (on avait trouvé que çà avant de partir de Tahiti) bon débarras, ai-je cru sur le moment, mais le tour des 2 supermarchés du coin, dans l’après-midi, nous a vite amenés à les regretter ces pauvres saucisses! Tout le reste : conserves, graines, kéfir, mère de kombucha, mayonnaise, beurre, reste de fromage, oignons, plants de menthe et de basilic bien en évidence sous le nez du contrôleur, a été accepté. En à peine un quart d’heure les formalités sont terminées et nous avons notre fameuse clearance. Pour le cruising permit et le fameux drapeau bleu il faudra encore attendre un jour ou deux mais ce n’est pas de notre ressort. Pour l’obtenir, notre agent doit se rendre au bureau de l’administration qui gère la relance économique (Fijian COVID safe recovery framework) et qui a créé cette « Blue Line Initiative » permettant au yacht et bateaux de plaisance étranger de continuer à venir au Fiji et de naviguer normalement dans tout l’archipel afin d’éviter l’effondrement total de l’industrie du tourisme dont dépend pour une part très importante la balance commercial Fidjienne.

Bon çà y est me direz vous, il vous faut encore attendre votre drapeau bleu pour partir mais à part çà, çà y est vous êtes libérés des contraintes de la quarantaine, vous êtes en terre Fidjienne et vous pouvez enfin profiter de ce merveilleux pays. Ben… en fait non pas vraiment… Denarau est une petite île séparée de la grande par la mangrove et les autorités ont attribué récemment à cette parcelle de leur territoire un statut spécial: c’est la zone de quarantaine contrôlée pour les visiteurs étrangers arrivant dans le pays par l’aéroport international de Nadi dont on voit les pistes au fond de la baie (le seul aéroport international du pays). Du coup on est coincé. Il y a un pont qui relie Denarau à la terre et sur ce pont il y a un poste de contrôle et si on le franchit et qu’on revient, on est astreint à 14 jours de quarantaine avant de pouvoir quitter l’île à nouveau. Ne me demander pas sur quelle logique repose ce règlement, surtout si une fois partis de la marina on est sensés pouvoir aller n’importe où dans le pays, mais c’est comme çà. Donc à part se balader sur les quelques km de route ombragée qui bordent le terrain de golfe il n’y a rien à faire ni à voir. Le reste, particulièrement le bord de mer, n’est qu’hôtels de luxe et résidences privées de grand standing protégés par de lourds portails métalliques et barbelés rasoirs. De toute façon , notre agent nous à prévenu : interdiction de séjourner ici plus de 5 jours (sinon nouvelle quarantaine -voir plus haut). Je dirais qu’au vu de notre première sortie de reconnaissance terrestre de cet après midi le risque que nous voulions rester plus longtemps est extrêmement limité…

Le centre commercial de la marina est complètement déserté. Les trois quart des boutiques sont fermées. Pas un touriste ni un visiteur en vue. Les seuls personnes rencontrées sont des gens qui travaillent sur place. Les quelques magasins toujours ouverts appliquent très strictement les directives de protection contre le COVID19, port du masque, désinfection des mains, prise de température avant d’entrer (rassurez-vous pas le truc au mercure à se mettre dans le derrière mais thermomètre électronique sans contact ultramoderne), scan du codeQR du commerce avec l’application « Care Fiji » à l’entrée et à la sortie (comme nous n’avons qu’un téléphone pour deux, l’autre est obligé de remplir manuellement ses coordonnées dans un registre), distance de 2m minimum et nombre de clients présent à l’intérieur limité en fonction de la taille du commerce. Le tout est très strictement contrôlé par un vigile à l’entrée du magasin. Il y a 2 ou 3 restaurants ouverts mais on ne peut pas y manger c’est juste pour la vente à emporter. Par contre on peut prendre son plat et aller le manger de l’autre côté de la place à la terrasse d’un autre restaurant qui lui est fermé et qui est tout à fait déserté. Les deux supermarchés de l’île offre un choix très limité de denrées, un peu de congelé et très peu de frais mais il paraît qu’ils sont plutôt bien achalandés par rapport à ce qu’on va trouver ailleurs dans le pays. Il va falloir qu’on améliore rapidement nos compétences de pêcheurs si on veut manger correctement.

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