Passage animé de la mer des Salomon

Dans l’article précédent nous vous avons expliqué notre decision stratégique de passer par la mer des Salomon et le détroit de Vitiaz (entre La Papouasie Nouvelle Guinée proprement dite et l’île de la Nouvelle Bretagne) plutôt que de contourner l’archipel des Salomon par l’est. Nous aurions pu passer aussi par la grande Barrière l’Australienne, traverser le détroit de Tores puis remonter entre l’Indonésie et la Papouasie, comme nos amis de Seayou mais ils partaient de Nouvelle Calédonie c’était donc le choix logique pour eux.
Pendant nos deux premiers jour dans cette fameuse mer des Salomon, nous n’avons eu qu’à nous féliciter de ce choix. Ciel bleu, mer plate vent 3/4 arrière d’une dizaine de noeuds, météo parfaite sans front ni dorsale, c’est sous spi léger à 6 ou7 noeuds que nous avons doublés San Cristobal la première grande île de cet archipel dont les sommets se détachaient sur l’horizon. Çà nous fait mal au coeur de ne pas pouvoir s’arrêter, toutes ces îles restant strictement fermées aux étrangers depuis le début de l’épidémie.
Rêve à Deux adore ces conditions autant que nous et profite de chaque risée pour accélérer. Prudents, par principe, nous envoyons le spi et le gardons jusqu’à la limite de 15 noeuds de vent et l’affalons avant la tombée de la nuit pour le remplacer par le foc tangonné, il n’y a pas de lune ces jours-ci et de toute façon il y a trop de nuages pour y voir suffisamment. Il fait chaud (34° le jour 31° la nuit)et humide et si mercredi matin nous nous réveillons avec un super ciel bleu, au fur et à mesure que la journée avance, les petits nuages d’apparence inoffensive qui passent au dessus de nos tête s’amoncellent au-dessus de l’île de Guadalcanal (célèbre pour une fameuse bataille de la guerre du Pacifique et les épaves qui en tapisse les fonds) pour se transformer en gros cumulus bien noirs, pleins de pluie. Ils s’agglutinent comme un essain d’abeille pour former des orages à la nuit tombées éclairant la mer sur toute sa surface: un sacré bazar. Pour l’instant çà se passe dans notre est, le ciel semble rester plus clément sur notre route. Mais en cours de nuit nous commençons à subir de brusques changements de vent, puis des orages et de violentes averses de pluie passent sur nous. Jeudi matin la situation s’améliore suffisamment pour passer une bonne partie de la journée sous spi mais dans l’après midi la situation commence à nouveau à se dégrader. Le premier grain sérieux nous cueille encore sous spi juste au moment ou on remonte la ligne avec une jolie bonite. Le poisson est hissé à bord sans encombre mais on a pas le temps d’ajuster le pilote et on se fait un joli départ au lof. On rétabli la situation et on rentre le spi à toute vitesse pendant que le vent continue à monter. Trop risqué, il restera dans son sac jusqu’à ce qu’un temps plus homogène s’établisse. Le reste de la journée, toute la nuit et une grande partie du lendemain ne sont qu’une succession de grains violents et de calmes agités, le vent n’arrête pas de changer de direction, parfois de 60° à 160° en se renforçant de 10 à 27 nds en quelques minutes, parfois sous un nuage de pluie bien noir que l’on voit arriver de loin, parfois sans raison apparente. Au début, on avait certes décidés de ne plus utiliser le spi dans ces conditions mais on restait au taquet: grand voile haute avec retenue de bôme, foc tangonné pour garder le meilleur compromis cap vitesse possible, empannages fréquent pour rester sur le bord favorable parce que bien sûr malgré toutes ces variations l’axe moyen du vent est plein vent arrière. Mais tout çà c’est un sacré boulot: nous passons de zéro à deux ris en quelques secondes et nous n’arrêtons pas d’enrouler et dérouler le foc, tangonner, re-tangonner, changer la retenue de bôme de côté. En fin de nuit on décide de simplifier un peu les manoeuvres, on reste sous GV à un ris et foc et on tire des bords à 150° du vent, plus de retenue de bôme ni de tangon à manipuler dans les empannages, on enroule juste le foc dans les surventes. Mais le pire est quant il n’y a plus de vent entre les grains: la grand-voile bat bruyamment sous l’action du clapot désordonné créé par ces grains venant de partout, mettant le matériel à rude épreuve. Alors, à l’aube du troisième jour, on craque, à quoi bon s’épuiser dans ces manoeuvres incessantes et risquer de casser du matériel, on n’est pas à un jour près surtout que devant la météo nous suggérerait plutôt qu’il vaudrait mieux ne pas arriver trop tôt au détroit de Vitaz pour le passer dans les meilleures conditions. On explore même la possibilité de passer entre Bougainville et la Nouvelle Bretagne pour rejoindre la route extérieure évoquée plus haut mais le détour serait de plus de 200 milles avec aucune garantie de rencontrer de meilleur conditions. Donc ce sera navigation la plus cool possible jusqu’à ce qu’on soit sortis de ce mer…r, à savoir sous foc seul que l’on enroulera déroulera en fonction du vent et appuierons d’un peu de moteur dans les calmes: on est pas des boeufs!
Pourtant tout va bien à bord et malgré tout ce raffu quant c’est l’heure de dormir chacun notre tour nous nous écroulons dans notre couchette épuisés par l’exercice et la chaleur (34° le jour 31° la nuit) heureusement l’eau ne manque pas et c’est à poil sous une douche chaude que nous faisons la plupart des manoeuvres . Le thon pêché avant hier et les légumes frais qui nous restent nous permettent encore des repas succulents et excellents pour le moral (Domi, le gourmand, proposait de prendre pour slogan: Rêve à Deux – le bateau où on mange le mieux).
Pour résumer notre vision de la mer des Salomon d’un point de vue météo: une zone instable d’eaux chaudes soumise à des influences continentales et océaniques complexes, on ne s’étonne pas que c’est précisément ici que se forme un grand nombre des cyclones qui sévissent chaque année sur le Pacifique Sud…
Et la bonne nouvelle est que nous venons de franchir la mi-parcours après seulement 11 jours de mer depuis Savusavu et qu’il ne nous reste plus que 450 milles pour sortir de cette mer des Salomon et entrer dans celle de Bismarck.

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