Retour d’urgence vers Sorong

Comme expliqué dans l’article précédent, une petite plaie infectée nous oblige à rentrer sur Sorong pour trouver les antibiotiques prescrits par le médecin. Nous devons y être d’ici deux jours soit une bonne cinquantaine de milles par jour. Autrement dit, compte tenu des conditions générales de vent faible et du moteur que nous devons ménager (la pompe de liquide de refroidissement donne des signes de faiblesse) il va falloir faire de longues journées et profiter de chaque risée pour y arriver. Lundi matin (8/10/2021), première heure, nous levons l’ancre sous un ciel chargé.

A peine sortis du labyrinthe des îlots de Wayag nous sommes vent de travers dans 6 à 7 nœuds de vent d’est. Nous apercevons un grain venant dans notre direction mais comme il ressemble à un grain orageux ordinaire et que nous pensons passer juste devant lui nous n’y prêtons guère attention. Grave erreur! En fait il se dirige droit sur nous et il est précédé d’une rafale très violente (l’anémomètre est monté à 50 nœuds). Rêve à Deux a toute sa toile, pas le temps de réduire ou même de choquer les écoutes, il se couche immédiatement sur l’eau comme un vulgaire engin de plage qui dessale. A l’intérieur c’est l’enfer. Le petit déjeuner que Domi avait préparé (salade de fruits frais et de fromage blanc) et laissé sur le plan de travail de la cuisine en attendant qu’on le mange tout à notre aise une fois en pleine mer dans le petit temps prévu pour ce début de matinée, fait le vol plané du siècle et vient s’écraser sur le tableau électrique de la table à carte. Tout ce qui n’était pas dans un placard fermé ou bien calé à sa place traverse le carré et se retrouve par terre. Heureusement la rafale ne dure que quelques minutes, à peine le temps d’enrouler de foc, le vent est redescendu à 20 noeuds et on reprend notre route normalement, il n’y a plus qu’à nettoyer les dégâts .

Quelques minutes plus tard un grand bruit se fait entendre au niveau du pied de mât : c’est la fixation du hale-bas de bôme sur le mât qui s’est arrachée. Domi pour une fois ne s’énerve pas, nous affalons la grand-voile immédiatement et il remplace le hale-bas rigide par un palan, brélé avec du dyneema sur l’embase du mât. On peut renvoyer la toile (entre temps, le vent s’est complètement calmé) et naviguer comme avant. On verra à Sorong si on peut faire fabriquer quelque chose de plus définitif. Dans ce passage entre Wayag et Kawe le courant traversier est violent et il nous faut avancer aussi vite que possible pour éviter d’être entrainés loin de notre route.

Domi a bien mérité un peu de repos la jambe en l’air pour la faire un peu dégonfler.

Un joli oiseau de mer à tête blanche et au long bec vient se réfugier sur les panneaux solaires en attendant que la pluie cesse.

Nous passons à nouveau l’équateur toujours sans nous en rendre compte. En voyant ces bateau de pêche nous avons l’impression d’être immergés dans une de ces BD de science fiction .

Nous nous arrêtons pour la nuit à notre fameux 4G lagon que nous quittons le lendemain au levé du jour. Le vent n’est qu’un faible zéphire asthmatique mais sur cette mer lisse comme un miroir il nous pousse gentiment à trois ou quatre nœuds. Nous contournons ainsi Gam et nous présentons à la pointe sud-ouest de Mansuar. Et là, c’est l’arrêt buffet! Le vent, pourtant, est monté un peu et nous frisons les 5 nœuds au speedo, mais sur le fond, nous bougeons à peine tant le courant venant du détroit de Dampier est fort. On se maintient en position tant bien que mal en nous disant qu’avec la renverse de la marée le courant devrait s’inverser et comme c’est dans moins d’une heure on peut prendre notre mal en patience. Mais le temps passe et le courant ne se renverse pas. Il ne faiblit même pas, ce n’est pas un courant de marée, c’est une composante du courant équatorial . Finalement le vent d’ouest monte à 10 – 12 noeuds Malgré les gros nuages qui montent sur l’horizon, nous décidons d’envoyer le spi et de 5 noeuds nous passons à 7+, ce qui ne fait jamais que 3 noeuds sur le fond, mais nous passons!

Avant la tombée de la nuit, nous affalons le spi et bien nous en a pris car quelques heures plus tard l’orage gronde à nouveau et c’est sous une pluie battante que nous approchons de Sorong . A deux heures du matin nous mouillons devant le village des pêcheurs de l’île de Ram juste en face de Tampa Garam. Quelques heures de sommeil et nous sommes réveillés par le muezzin du village appelant à la prière du matin. Nous avons tout le temps de préparer le bateau et de rentrer à la marina avec la marée haute à onze heures.

A peine amarrés nous commandons un taxi pour aller à la pharmacie en ville. La pharmacie a bien l’antibiotique prescrit mais, eux aussi, seulement en quantité nécessaire pour trois jours. C’est déjà çà, le traitement de Domi ne sera pas interrompu! On trouvera le complément le lendemain dans une autre pharmacie. Nous en profitons pour dévaliser leur stock de pansements stériles et de quelques autres médicaments qui manquaient à bord.

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