De Tolitoli à Polewali

Nous sommes le 10/03/2022, ayant pas mal flânés le long de la côte nord de Sulawesi on ne veut pas perdre trop de temps sur la côte Ouest, surtout que les mouillages bien abrités en cette saison de la mousson du Nord-Ouest n’y sont pas très nombreux. Il ne faut pas compter sur les blogs ou les guides pour nous indiquer les bons endroits, très peu de voiliers sont passés par ici au cours de la dernière décennie. Il ne faut pas compter non plus sur les cartes qui, à part sur les quelques ports principaux mis à jour récemment, sont très imprécise et ne montrent aucun détail. Mais en décortiquant les images satellites on trouve tout de même toujours son bonheur. Après un premier arrêt à Dampal Utara (une trentaine de milles seulement de Tolitoli), nous avons donc opté pour une descente rapide en 3 étapes de 100 à 150 milles ce qui permet d’alterner une nuit en mer et une nuit à l’ancre.

Ce premier jour commence par un contrôle de police inopiné et matinal. Nous n’avons pas entendu la prière pour nous réveiller à cinq heures, si bien qu’à 7 heures, quand le fonctionnaire est venu frapper à la coque nous étions encore au lit. J’ai donc été contrôlé vêtu de mon pyjama favoris usé jusqu’à la corde et maintes fois rapiécé: quelle opinion de la France va-t-on donner à ces gens si chaleureux et toujours correctement vêtus!

La plus grande partie de la journée se passera sous spi dans 8 à 10 nœuds de vent de Nord. Puis le moteur prend le relai sur une mer parfaitement plate. A 23 heures, nous franchissons l’équateur: nous étions dans l’hémisphère nord depuis le 27 janvier Bonjour l’hémisphère sud depuis le temps qu’on y traîne c’est un peu comme revenir chez soi… En début de matinées nous ancrons dans une anse bien protégée sous la pointe de Balotupi sur la côte Ouest de la péninsule de Dongala.

C’est très agréable de longer la côte qui est magnifique avec de hautes montagnes en arrière plan, sur une mer calme, avec suffisamment de vent pour se passer du moteur au moins la moitié du temps. Mais il faut toujours être vigilants, de jour, se sont les pirogues à fleur d’eau, de nuit se sont les dispositifs de concentration de poisson (FAD ou Fish Aggregation Device en anglais: des espèces de radeaux rudimentaires, parfois de simple bidons mouillés par des fonds allant parfois jusqu’à 2000m. Les cargos, assez nombreux ne sont pas un problème car ils sont bien éclairés et disposent d’AIS puissant par contre, les plus petits bateaux de commerce local et surtout les remorqueurs tirant de gigantesques barges remplies de charbon sont très mal signalés (AIS classe B au fonctionnement intermittent, pas de feux réglementaires et rien pour signaler la barge. Ces convois font la navette entre les ports charbonniers de Kalimatan (Bornéo) et les centrales électriques réparties le long de la côte, fort heureusement ils avancent très lentement.

Frayeur au milieu de la nuit: le vent faiblit et un contre courant agite la mer, nous n’avançons plus et quand nous voulons démarrer le moteur, rien ne se passe. Domi vérifie tout le câblage, les fusibles et le démarreur mais tout semble normal mais pas moyen de démarrer. On continue à la voile en barrant car à un nœud dans une mer un peu confuse le pilote n’arrête pas de se mettre en alarme. Mais même « à la main » la vitesse est trop faible pour se diriger. Domi va dormir en me laissant me dépatouiller pour essayer de faire porter les voiles . Quand il se réveille une heure plus tard il a une idée: et si c’était la batterie! La tension semble bonne (12,70 V) mais elle chute à 5V dès qu’on actionne le démarreur… Il bricole des câbles pour pouvoir démarrer en utilisant les batteries de servitude qui sont bien chargées mais assez loin du moteur. Au premier essai on entend le démarreur mais les câbles sont d’un trop petit diamètre et n’amène pas assez de courant, il les double et miracle çà démarre!

Etape à Belanbelang, l’endroit est parfaitement abrité avec un chenal d’entrée bien balisé (c’est rare dans ce pays) et serait très joli si le fond de la baie n’était pas occupée par une centrale à charbon. Vous noterez sur la photo du caboteur local son système de gouvernail semblable à 2 avirons disposés de part et d’autre de la poupe. Un tel système à pratiquement disparu des navires depuis le 13ème siècle! Ces bateaux sont des pièces de musée!

Nous repartons au matin pour la dernière partie de cette descente. Le vent est suffisant pour avancer toute la matinée, mais dans l’après-midi de gros nuages noirs s’amoncellent autours de nous. Juste avant la nuit nous affalons la grand voile pour ne pas nous faire surprendre: il n’y a pas de lune, on ne verra pas les grains arriver. Le trafic dans cette partie la plus étroite du détroit de Makassar est assez dense mais sans causer de soucis particulier. Vers Minuit nous contournons la pointe Rangasa et infléchissons notre route pour pénétrer dans cette immense baie au fond de laquelle se trouve Polewali. Nous voyons les lumières. de Magene. et tout de suite après la mer se couvre de lumières, nous nous retrouvons en plein milieu d’une zone de pèche. Plupart des bateaux sont stationnaires, amarrés aux fameux FAD, mais certains se déplacent et d’autres ne sont pas du tout éclairés et nous lance un bref éclair de lampe torche s’il nous trouvent trop près d’eux. La radar s’avère bien pratique pour évaluer les distances dans cette débauche de lumière et voir les embarcations non éclairées. Nous slalomons pendant une bonne heure dans cette flotte improbable.

Vers huit heures nous ancrons dans l’anse de Sapoang une très joie baie bien protégée une dizaine de milles à l’est de Toliwali. C’est l’heure idéale pour un bon petit déjeuner!

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