Samedi 21 mars 2026 vers 09:30 nous quittons notre mouillage préféré de Petit Ilet et mettons le cap sur Saint Pierre. Le corps mort, réservé via Navily, n’est pas des plus facile à prendre (les bouées sont fixées à la chaîne mère par deux aussières très tendues un vrai piège pour les quilles à bulbe. Nous complétons notre approvisionnement en fruits aux deux supérettes de la ville. On aurait bien voulu aussi une ou deux boîtes d’œufs mais c’est la pénurie totale, ils ne sont même pas sûr d’en avoir la semaine prochaine.




Ha oui ! On ne vous a pas encore dit mais on à finalement choisi notre destination. Nous avons décider de quitter les Antilles et de rentrer à Lagos (d’où nous sommes partis début octobre). Je vous entend d’ici : « vous êtes fous c’est encore un trop tôt pour la traversée, il faut laisser passer toutes les tempêtes qui se forme en ce moment sur la côte américaine, les Açores vont être impraticables. »







On est bien d’accord avec vous c’est pour ça qu’on ne va pas prendre la route habituelle via les Bermudes et le Açores, on va y aller directement au près contre l’alizé.
Depuis quelques temps j’avais commencé à étudier les conditions météo envisageables sur notre trajet retour. Pilot Charts et NullSchool comme précédemment (voir cet article) mais pas grand-chose de plus à en tirer qu’on ne savait déjà : pour la route classique le mois de mai est la meilleure solution. Par contre on a réussi cette fois-ci à simuler des routages de la traversée complète sur les années précédentes en utilisant les gribs historiques ECWMF disponible en téléchargement gratuit sur le site de l’organisation (contrairement à leur gribs prévisionnels qui ne sont pas accessible au public).
Bref, cette étude nous a montré qu’une traversée suivant plus ou moins l’orthodromie était possible en une trentaine de jours même en mars avec bien sûr beaucoup de près mais avec des conditions de mer et de vent généralement modérées pour peu qu’on prenne soin de se glisser dans la zone parfois étroite entre le plus fort de l’alizé au sud et les systèmes dépressionnaires ou les calmes de la dorsale anticyclonique au nord.
Et en tous cas les prévisions du jour, tous modèles confondus, pour les 15 prochains jours sont excellentes, alors, en ce dimanche matin 22 mars, on y va !













La côte de Saint Pierre à Grand’Rivière au nord de l’île est très belle avec les pentes boisées de la Montagne Pelée.


Le passage du Canal de la Dominique se fait très vite grâce au courant de marée favorable mais il s’inverse rapidement remplacé par un courant océanique beaucoup plus fort et nettement plus contraire qu’indiqué sur les prévisions RTOFS et Copernicus. 50 milles parcourus sur le fond le premier jour 70 le suivant à ce train là ce n’est pas un mois qu’on va mettre mais deux. Heureusement le courant disparaît presque totalement le troisième jour et la moyenne remonte a un niveau plus raisonnable. Autre sujet d’inquiétude : les sargasses. On croise d’immense banc difficile à éviter de jour impossible la nuit. On en rencontrera pratiquement jusqu’à la longitude de Madère. Quand le vent le permet on fait des 360o ou on laisse le bateau reculer dans un virement de bord pour les décrocher de la quille de l’embase et du safran. Plusieurs fois il a fallu plonger pour les dégager car ses amas piègent souvent des cordages ou des grands morceaux de plastique. Ces courtes plongées nous aurons aussi permis de constater que les deux poissons pilotes qui nous suivaient fidèlement depuis Tobago (on les avait baptisé Tanguy et Laverdure – les moins jeunes comprendront) nous avaient abandonnés. Heureusement pour eux ! On était un peu inquiet de savoir comment ils allaient supporter la traversée et surtout les eaux plus froide de l’autre côté de l’océan.


Pendant cette traversée nous n’avons jamais eu plus de 25 nœuds de vent (la plupart du temps c’était plutôt 15 ou moins) ni des creux de plus de 3 mètres. Le bateau n’a pas tapé et nous avons toujours bien dormi entre les quarts et bien profité de nos repas. On a même pu faire quelques heures sous spi dans une dizaine de nœuds de vent à mi-parcours et passer les trois derniers jours avant l’arrivée au portant. Nous n’avons pas eu, non plus, beaucoup de calme plat (seulement quelques heures de moteur) par contre les prévisions météo et les routages étaient tous les jours une nouvelle surprise avec des routes proposées allant du Cap Vert aux Açores. On s’est finalement contenté de surveiller les mouvements des dépressions et de l’anticyclone pour rester en zone sûre ce qui nous à fait passer juste au sud de Madère.





Nous avons croisé très peu de navires sur cette route, 2 ou 3 cargos et un paquebot identifiés à plus de 20 milles par l’AIS et une nuit, un plaisancier faisant route au nord (droit vers le mauvais temps) qui a dû nous appeler en VHF pour éviter la collision (à notre décharge son AIS ne portait pas à plus de 100 m et n’a donc déclenché notre alarme qu’après son appel et il n’avait que des feux de balcons peu visible)




72 heures avant le passage de Madère nous avons accueilli notre premier passager clandestin : une colombe tropicale. Elle était plutôt mal en point, l’air épuisé et toute ébouriffée. On la laisse se reposer à l’arrière du cockpit et elle repart . Le lendemain une autre vient et accepte de boire un peu d’eau et de manger les graines de sésame qu’on lui offre. Au fil du temps elle s’enhardit et vient jusqu’à nos pieds sous le dog-house pour chercher à manger. Elle reste avec nous quelques jours. Au large de Madère elle a bien repris ses forces et commence à voleter autour du bateau. Elle nous quittera finalement seulement en plein milieu de la DST du cap Saint Vincent a une trentaine de milles de Lagos.












Mais elle ne sera pas la seule passagère. Juste quand nous passons Madère, pourtant à une cinquantaine de nous avons la plaisir d’accueillir un chardonneret qui vient faire des gros câlins à Anne suivi deux heures plus tard par un martinet qui fonce directement au fond de la cabine et vient farfouiller dans nos filets de rangement au-dessus des banquettes du carré.On est en pleine période de migration et les oiseaux reviennent en Europe.


Le passage de Madère sera aussi la récompense de nos efforts car après tout ce près c’est un petit vent portant qui nous propulse jusqu’à Lagos où nous arrivons le jeudi 23 avril en début de soirée soit 31 jours de traversée pour 4058 milles parcourus (route directe 3105 milles). C’est loin d’être un record mais finalement c’était très cool.

Vendredi matin nous avons juste le temps de dégréer les voiles d’avant et de ranger un peu. Nous avons rendez vous à 17:00 pour la mise à terre. A 16:30 nous sommes sous le travelift. Mais, problème, ce n’est pas le modèle habituel, il est en panne et celui-ci est beaucoup plus petit. Après plusieurs essais infructueux (ils ont même essayé de nous lever incliné sur l’avant) nous sommes finalement contraints d’enlever le pataras et démonter l’éolienne. Cette tâche accomplie, Rêve à Deux est rapidement sorti de l’eau et calé sur ses bers. Pas besoin de nettoyage au karcher, la carène et l’hélice sont nickel grâce au séjour dans les eaux acides des rivières en Guyane et au Suriname elles ont été parfaitement décapées et n’ont nécessité aucun nettoyage depuis.


Quelques jours de nettoyage et de rangement et nous prenons le bus pour notre traditionnelle pause estivale dans la campagne tourangelle. Nous retrouverons Rêve à Deux fin septembre pour de nouvelles aventures.
