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Croatie : Arrivée dans la rivière de Dubrovnik

Comme prèvu, un peu avant 17 heures la pluie se calme, on peut partir sans se mouiller. En fait la raison principale de cet horaire étrange est d’éviter d’arriver de nuit à l’autre bout de cette traversée de 250 milles. Nous avons choisi de remonter vers la côte Italienne jusqu’à la hauteur de Brindisi avant de faire route directe vers Dubrovnik. C’est l’itinéraire le plus rapide proposé par notre logiciel de routage (Time Zero, modèle Arpège) mais surtout cet itinéraire nous fait éviter une dépression orageuse au large de l’Albanie et nous permettrait d’aller facilement nous mettre à l’abri à la marina de Brindisi si la météo venait à se détériorer plus rapidement que prévu.

Nous longeons la côte Ouest de Corfu. Le vent de SE prévu est en fait encore très variable et ne s’établit tout à fait que vers minuit. Le trafic maritime est assez dense dans le détroit d’Otrante et il n’y a pas de dispositif de séparation de trafic, c’est un peu dans tous les sens mais tous les navires passent loin de nous.

Dans la matinée nous captons un réseau 4G ce qui nous permet de télécharger les fichiers météo (nous n’avons plus d’Iridium). La météo est plutôt bonne avec du vent de Sud 18 à 20 nœuds et peu de houle nous pouvons donc empanner et mette le cap sur Dubrovnik. Mais la mauvaise surprise est que ce que nous croyons être un réseau Italien était en fait Albanais et donc hors forfait (l’Albanie n’est pas encore dans l’EU): l’addition est salée (60 euros pour 4 Mo, merci Orange). L’idéal eut été de faire la route directe plein vent arrière avec le foc tangoné mais juste à ce moment là, notre pilote automatique refuse de fonctionner correctement en mode vent. Pour éviter le risque d’empannage intempestif, on préfère donc tirer des bords entre 150° et 160° du vent en mode auto en ajustant manuellement en fonction des variations de la direction du vent. Ça veut dire un peu plus de route et plusieurs empannages mais nous restons dans les temps du routage.

Il est 10:00 le samedi 13/05/2023 quand nous apercevons la côte enveloppée de nuage. Un bon grain (25 – 30 nœuds + pluie torrentielle) nous cueille juste devant le phare de Grebeni qui marque l’entrée de la rade. En principe il faut aller au quai de la douane/capitainerie pour faire les formalités (même si elles sont très réduites pour les ressortissant de l’EU) et payer la taxe de navigation. Mais avec ces grains violents çà ne nous enchante guère de nous retrouver plaqués contre un quai. Je téléphone au capitaine du port (plus discret qu’à la VHF) pour lui demander si c’est vraiment nécessaire. Je vous vois à l’AIS me dit-il, vous arrivez de Grèce donc pas de problème vous pouvez aller mouiller ou vous amarrer où vous voulez, vous passerez me voir plus tard dans la journée en taxi ou en bus, n’oubliez pas d’apporter les documents du bateau et vos certificats d’aptitude. Whaou ! Merci monsieur ! Çà c’est une bonne nouvelle. Au même moment le vent et la pluie de calme et nous apercevons le port et le pont suspendu qui enjambe la rivière Dubrovaka.

C’est là que nous allons, tout au fond de l’estuaire. Un bon abri en prévision du mauvais temps prévu. Il y a une grande marina (très chère, pas pour nous) mais juste devant (il y a déjà beaucoup de monde à l’ancre) et de l’autre côté de la rivière devant la vieille abbaye (où nous avons trouvé de la place) il est possible d’ancrer gratuitement bien abrité du mauvais temps à venir. L’endroit s’appelle Prijevor. Nous avons mouillés dans 8 de fond, avec 50 m de chaîne. Le courant est fort et après deux jours de fortes pluie qui ont provoqué, nous le saurons plus tard, de graves inondations dans le pays, il atteint près de 3 nœuds. Le vent a soufflé à plus de 35 nœuds en mer, ici nous aurons au maximum 25 nds et encore seulement pour quelques heures et toujours dans le même sens que le courant. Après 4 jours de ce traitement notre ancre (Rocna Vulcan 25kg) était solidement enfoncée dans le fond et n’a jamais dérapé. Nous verrons en la relevant (il a fallu la retourner au moteur) que le fond est composé de sable compact très collant. Autre bonus, c’est de l’eau parfaitement douce (rivière) qui était certes boueuse au pic de la crue mais assez claire les autres jours : très bon pour débarrasser la carène d’éventuels mollusques et autres algues marines.

Pas de soucis pour aller à terre en annexe, notre moteur électrique s’est avéré suffisant pour remonter le courant qui devient moins violent quand on se rapproche de la berge, on a aussi trouvé un petit quai ou on pouvait la laisser bien à l’abri du courant et des rafales.

Pour rejoindre la route principale, il faut passer devant l’abbaye et remonter sur la droite après 50 m. Il y a un arrêt de bus un peu plus bas. Les bus (lignes 1A et 1B) passent toutes les 20’ dimanche compris.

Les arrêts sont très pratiques qu’on aille au port (Gruz) ou dans la vielle ville (Pole). Il y a même un arrêt juste à la porte d’un grand supermarché très pratique pour faire les courses parce que , par contre, là ou nous sommes mouillés il n’y a rien à proximité à moins de débarquer à la marina ce qui n’est parait-il pas toujours accepté.

Les formalités à l’Autorité Portuaire se sont déroulées comme sur des roulettes. Le fonctionnaire que j’avais eu au téléphone ce matin à recopié les données de l’acte de francisation dans son ordi, a jeté un vague coup d’œil à ma licence VHF, nous avons payé 83 euros par carte bancaire sur son terminal (taxe annuelle de sécurité et environnement qui permet de naviguer en Croatie jusqu’au 31/12 même si on sort du pays entre temps) et en 4’ chrono nous étions ressortis. Autant pour les récits courtelinesque lu sur les blogs et les commentaires de Navily. Nous avions déjà payé en ligne la taxe touristique (1,33 euros/jour/personne) soit 47,88 euros pour nous deux jusqu’à la fin du mois (si nous l’avions prise pour le bateau çà aurait coûté 185 euros : en équipage réduit vaut mieux prendre la taxe individuelle). Finalement, les taxes à payer pour naviguer en Croatie reviennent moins cher que la taxe ETPAI Grecque…

Voilà pour le côté pratique de notre arrivée en Croatie, maintenant, coincés à terre par le mauvais temps nous sommes des touristes ordinaires qui vont profiter du dimanche pas trop pluvieux pour découvrir la fameuse cité médiévale mais çà c’est l’article suivant !

Paxos

Paxos, parfois aussi appelé Paxoi (rien à voir avec le chou chinois pak choi ici c’est plutôt les olives), est l’un des plus beaux joyaux des îles Ioniennes.

Nous sommes partis de Preveza sans vent et nous avons dû utiliser le moteur pratiquement pendant tout le trajet (un peu moins de 30 milles, une des rare fois où on a utilisé le moteur pendant toute le trajet). Première escale à Mongonissi à l’extrémité sud Est de l’île. C’est une petite baie presque fermée bordée de petites résidences éparpillées dans la verdure. Il y a aussi une plage et deux restos encore fermés à cette époque. Pourtant avant que le soleil ne se couche, la baie est pleine de voiliers à l’ancre, une dizaine de bateaux que la baie peut contenir, une majorité de propriétaires mais aussi quelques bateaux de location. Mais ici tout se passe à merveille et chacun prenant soin de mouiller en respectant une distance suffisante des ancres des voisins. A terre, les ruines d’une chapelle Byzantine d’un côté et de l’autre un tout petit bras qui se faufile entre les roches jusqu’à la mer face à Antipaxos, l’île voisine. Après la balade, et une soirée tranquille, nous passons une nuit très paisible.

Le lendemain, mercredi 10/05/2023 nous levons l’ancre pour aller dans la baie de Làkka au nord de l’île. Nous ne préférons ne pas nous arrêter à Gaïos, le port principal et «capitale» de l’île bien que ce soit, parait-il, un très joli village, car il est beaucoup trop fréquenté par les charters et les bateaux de promenade, si bien qu’il est difficile de trouver une place à quai même en ce début de saison.( de Mongonissi il est possible de rejoindre cette ville à pieds, 3 km, peut être la prochaine fois )

Làkka est une baie fantastique, protégée de tous les vents sauf du Nord Est (ça tombe bien il n’y en a pas de prévu dans les prochains jours), entourée de collines verdoyantes avec les maisons de l’adorable petit port/village de Làkka blotties au fond. Cerise sur le gâteau : les fonds de sables bien plats de 3 à 4 mètres permettent de ne pas mettre beaucoup de chaîne (20 m max.) et donc de réduire le rayon d’évitage ce qui et important parce qu’ici aussi il y a beaucoup de bateaux. Il y a même la flottille d’un rallye amarrée le cul au quai du village.

Làkka est tout petit, mais il y a tout ce qu’il faut. Pas seulement les bistros et restos du quai et autres magasins de souvenirs ou de bimbeloteries pour touristes mais aussi deux supermarchés, une boulangerie et même une quincaillerie avec un peu d’accastillage de base. Un sentier fait le tour de la baie. On va s’y balader jeudi matin : un endroit super ! Vive les vacances.

Les jours derniers, Domi a envoyé des demandes pour stocker Rêve à Deux au sec, pendant notre absence cet été, à de nombreux chantiers et marinas du Nord de l’Italie, de Croatie et de Slovénie et nous commençons à recevoir les réponses. Parmi celles-ci il y en a plusieurs qui émanent de ports Croates qui ont sûrement dû nous prendre pour des milliardaires en Super Yacht mais il y a tout de même 3 offres assez raisonnables (Montfalcone et Grado, pour l’Italie, Pula pour la Croatie). On peut donc songer à pointer notre étrave vers le nord de l’Adriatique. Mais quand partir ? Encore une petite escale à Corfu et on y va ? Pas une bonne idée ! Dans 2 jours il y du très mauvais temps (vent très fort et grosses pluies) qui est prévu sur toute la zone Ionienne et Sud Adriatique. On ne pourra pas reprendre la mer avant mercredi prochain : une bonne semaine de perdue ! Par contre si on part en fin d’après midi on a un bon créneau de vent portant modéré et relativement ensoleillé et les routages nous font arriver à Dubrovnik samedi matin avant que ça ne dégénère. Comme on est en EU et la Croatie aussi: pas besoin de faire des formalités de sortie et comme on a acheté du pain frais ce matin on est près à partir, il n’y a plus qu’à attendre que la pluie qui a commencé à tomber vers 14 heures cesse (c’est prévu pour 17:00) et lever l’ancre…

Le canal de Lefkas et le golfe d’Amvrakia

Aujourd’hui, nous avons l’intention de remonter le canal de Lefkas et de pousser jusqu’à la petite mer intérieure du golfe d’Ambracique (Amvrakia).

Départ de Méganisi sur une mer lisse comme un lac, nous n’aurons pas le moindre souffle d’air jusqu’à l’entrée du canal de Lefkas (Lefkada, Leucade). Avant l’arrivée des Corynthiens vers 650 av. JC, Lefkas était une péninsule rattachée au continent par une isthme marécageux. Ce sont eux qui ont commencer à creuser le canal, les infrastructures actuelles datent des années 1950. Le canal est étroit et peu profond (4 à 6 m au sondeur) et terminé au nord par un pont flottant reliant l’île au continent et ouvrant toutes les heures. Les Vénitiens puis les Ottomans ont fortifié l’entrée nord du canal et construit la ville au pied de laquelle s’étend maintenant une gigantesque marina.

Remontant vers le nord, nous n’étions que 2 bateaux, par contre dans l’autre sens c’était la foire d’empoigne. Les quelques voiliers de propriétaires bien respectueux des règles de navigation dans ses chenaux étroits (rester sur tribord vitesse, limitée à 5 nœuds) étaient sauvagement doublés par des bateaux de location (monocoques et catamarans, une bonne vingtaine au total) à fond au moteur, ne se préoccupant absolument pas de ce qui pouvait venir en face (nous en l’occurrence) pendant que leurs équipages (99 % mâles) fraîchement débarqués de l’avion (= aussi pâles que des cachets d’aspirine) éclusaient des bières dans le cockpit en rigolant. On dirait bien que la saison a commencé…

A la sortie du canal une gentille petite brise de Sud Est se lève nous permettant d’atteindre agréablement l’entrée du golfe. Le chenal dragué commence assez loin en mer et de chaque côté les profondeurs sont faibles. Du côté sud c’est la ville de Perveza de l’autre côté c’est l’aéroport d’Aktion et la Marina Cléopatra, l’un des plus grands stockages de bateaux à sec de Grèce.

A l’intérieur, tout au long des rives de cet immense golfe on voit beaucoup de fermes à poissons, l’eau verdâtre et trouble contraste avec le bleu limpide auxquel nous nous étions habitués. Toujours sous voiles, nous allons jusqu’à Vonitza ou plus précisément la baie de Koukounitza (çà ne s’invente pas) bien abrité du vent, qui a tourné à l’ouest et souffle maintenant à 18 nds , derrière l’îlot boisé éponyme et sa jolie chapelle.

Promenade à Vonitza l’après midi. La ville, sans doute aussi détruite par l’un des tremblements de terre qui ont affecté la région durant la deuxième moitié du siècle dernier, ne présente pas grand intérêt. Il subsiste peu de bâtiments anciens à part peu être le clocher d’une église et sa sacristie. Certaines rues sont pimpantes même si elles n’ont pas de style particulier mais dans d’autres les bâtiments sont très mal entretenus. En plus, nous sommes Dimanche : tous les commerces sont fermés. Sur le quais les habituels restos mais moins orientés touristes qu’ailleurs, en ce dimanche, la clientèle semble exclusivement locale.

Le port est dominé par une imposante citadelle Byzantine. Je suis un peu fatiguée et préfère rester en bas. Domi a envie d’admirer la vue de la haut. Arrivé à la porte quand la jeune gardienne lui demande 2 Euros pour le prix de l’entrée il s’aperçoit que j’ai gardé le porte-monnaie. Vous n’allez pas redescendre lui dit elle, je vous offre le ticket. Il est persuadé que c’est grâce à son charme, je pense plutôt qu’elle a eu pitié d’un vieux papy mal rasé.

Triple enceinte de mur d’une épaisseur impressionnante (les tremblements de terre qui on détruit la ville ne les ont même pas fendus.) et vue superbe sur le golfe.

Lundi 8 mai, nous allons mouiller à Perveza dans l’anse à l’Ouest de la ville pour visiter et faire quelques courses. Perveza, est bien plus jolie de l’intérieur qu’il n’y paraît quand on la voit depuis l’entrée du golfe. C’est une ville à l’histoire très tourmentée. Elle doit sont développement et son architecture aux Vénitiens. Mais elle a été le théâtre de nombreuses batailles. L’une d’entre elle vit le massacre de la garnison Française et d’une partie de la population locale par les Ottomans en 1798.

Le quai est occupé par de nombreux voiliers visiteurs de toutes nationalités et toute une flotte de bateaux de location mais ceux-ci sont fort heureusement encore en cours de préparation.

Le quartier entourant le port est joliment restauré, les maison anciennes sont rénovées avec goût, les rues piétonnes sont agréables.

Diaporama

Sur les vitrines de l’office de tourisme (fermé, le 8 mai est sans doute célébré ici aussi) une exposition de photos anciennes commémorent le centenaire de l’incendie du quartier chrétien de Smyrne (aujourd’hui Izmir) en 1922 et l’exode massif de réfugiés qui s’en suivi. Beaucoup d’entre eux ont été accueilli dans la région et s’y sont établis.

Bien que nous soyons un jour férié, la boulangerie, le primeur et le supermarché sont ouverts. Nous trouvons donc tout ce qu’il nous faut pour repartir demain matin.

Meganisi

06/05/2023 Etape du jour, Meganisi une île assez basse à la côte très découpée coincée entre l’île (péninsule?) de Levkas et le continent. Nuit tranquille dans une petite baie au Nord Est avec 2 haussières à terre. Le paysage est encore très différent de ce que nous avions vu jusqu’à présent (encore! ,on se répète).

Nous étions passé par là en 1992 sur un catamaran que nous avions loué avec Maurice du club de plongée des Macareux de Rixensart et sa famille mais on avait un peu oublié comment c’était.

Tout à côté il y a Scorpios, l’île privée du célèbre armateur et milliardaire Aristote Onassis plus connu pour les femmes célèbres qu’il a fréquentées ou épousées (Maria Callas, Jackie Kennedy…) que pour ses navires. A noter qu’il faisait partie des réfugiés chassés de Turquie suite à l’incendie de Smyrne en 1922.

Ithaque

Heureux qui comme Ulysse… Oui, le mauvais temps est bien passé et nous pouvons enfin quitter Killini pour Ithaque la patrie mythique du héros de l’Odyssée.

Le temps est beau et le vent de 9 à 10 nœuds avec quelques calmes que nous devons compenser au moteur. Nous arrivons dans la superbe baie de Vathi en fin d’après midi et nous ancrons dans sa partie Nord Est, pas très loin du quai du petit chantier.

De là, la vue sur le village et les collines est absolument magique avec sa végétation dense d’où pointe les cônes vert sombre des cyprès. Quelle différence avec les paysages arides des Cyclades ! Et sous ce soleil magnifique, après le mauvais temps de ces derniers jours c’est un ravissement pour l’œil. Nous sommes seulement deux bateaux dans cette partie de la baie tandis qu’au village il y a une demi douzaine de plaisanciers à l’ancre et toute une flottille de charters au quai.

Le lendemain matin nous allons faire le tour de la baie à pied. Le village certes pimpant et coquet est plus joli de loin que de près. Entièrement détruit par le terrible tremblement de terre d’Août 1953 il a été reconstruit sans style vraiment défini. Les trottoirs du front de mer sont entièrement occupés par les terrasses des restaurants : les piétons doivent marcher sur la rue.. A noter aussi, ce front de mer qui s’étend autour de la baie sur au moins 2 km et qui constitue principalement un quai d’environ 1,50m au dessus de l’eau ne dispose d’aucun escalier ou échelle pour remonter si quelqu’un tombe à l’eau… Je ne sais pas quelle sont les normes de sécurité en Grèce mais je doute qu’elles soient respectées !

Le soir, en admirant le coucher de soleil sur la baie, un plan commence à se former dans nos têtes : initialement nous avions prévu de laisser Rêve à Deux dans un chantier du côté de Corfu première quinzaine de Juin pour éviter le pic de la saison touristique et revenir mi Septembre et continuer notre exploration vers le nord de l’Adriatique. Mais climatiquement parlant, il serait sans doute plus judicieux d’utiliser les prochaines semaines (nous sommes 05/05/2023) pour remonter tranquillement vers le golfe de Trieste ou le nord de la Croatie et ainsi, une fois la saison passée, pouvoir redescendre doucement vers le sud, battant en retraite devant l’arrivée du froid. Il faut donc continuer à avancer. Nous aurions aimé passer plus de temps dans cette baie magnifique et peut-être aller voir un peu de l’intérieur de cette île magique mais pas de regrets : on reviendra au retour!

Killini

Le temps est morose quand nous arrivons à Killini mais il ne pleut pas. Nous empruntons prudemment le chenal d’accès au bassin pêche et plaisance du port car il est côté à 2 m sur la carte (en fait nous n’aurons pas moins de 3,50 m sous la quille). Killini est un port de ferry très actif avec plusieurs rotations par jour pour Zakinthos et Cephalonia. Mais ils utilisent l’avant port et leurs remous n’affectent pas du tout la darse où nous sommes. Par contre, dans cette darse, il y a très peu de place à quai (ancre au milieu cul à quai) pour les plaisanciers. Il s’agit avant tout d’un port de pêche, l’un des plus importants du Péloponnése. Nous verrons jusqu’à 7 gros chalutiers à quai plus de nombreux bateaux plus petit.

Le premier Mai est apparemment aussi un jour férié ici, de nombreux commerces sont fermés et les restaurants regorgent de locaux en goguettes. La plage n’est plus praticable submergée sous des tonnes de posidonies mortes. Entre deux averses nous parcourons les ruines de la vieille cité Byzantine. Tout est d’un vert éclatant et les fleurs n’ont pas été encore affectées par les intempéries.

Depuis les vestiges du rempart Nord, on a une vue assez dantesque des sommets de Céphalonia et d’Ithaque soulignés par ce ciel tourmenté qui nous donne plus l’impression d’être en Ecosse ou en Irlande qu’au pays de l’Odyssée.

Le lendemain nous essayons d’aller visiter l’antique Olympie. Il y a des bus, mais les horaires ne permettent pas de faire la visite dans la journée il faudrait dormir à Porgos. Nous essayons de louer une voiture mais le loueur nous demande 70 euros la journée pour une toute petite voiture, kilométrage limité à 130 km (Olympia est a 65 km !) 1.5 le km supplémentaire et 400 euros de caution… devant un tel sens commercial nous l’envoyons poliment balader. Et grand bien nous en a pris : le temps médiocre est devenu franchement mauvais avec pluies diluviennes et très fortes rafales de sud. Bien que protégé par la terre, un bon clapot s’est formé dans la darse et nous avons dû reprendre quelques mètres de chaîne pour écarter le bateau du quai : heureusement qu’on était pas à Olympia.

Mercredi 3 mai, le vent souffle toujours très fort mais il ne pleut plus. On en profite pour refaire le plein de vivre frais et de gasoil. C’est pratique, boulangeries, supermarchés, poissonnier, station service, tout est à proximité. Demain le coup de vent sera passé, nous partirons pour Ithaque.

Kiparissias et Katakolon

Nous sommes passés en mode convoyage. Le but est d’arriver pour ce week-end dans un endroit ou nous soyons bien à l’abri pour laisser passer le coup de vent de Sud annoncé pour ce week-end. Cette partie de la côte du Péloponnèse possède peu de bons abris et les ports et mouillages de Zakinthos risquent d’être exposés à de fortes rafales et à la houles. Les fichiers gribs indiquent une zone beaucoup plus calme autours de Killini. Nous allons donc y aller en trois étapes de 20 à 30 milles.

Il fait beau, le vent très léger et encore au Nord-Ouest. Nous chassons les risées le long de la côte. Il est 16 heures quand nous arrivons devant le port. Nous nous glissons entre les jetées quelques minutes avant une flottille de 12 bateaux de location (la saison commence vraiment). Amarrage le long du quai. L’eau du port est un peu trouble mais on y voit s’ébattre 4 ou 5 grosses tortues de mer. La ville sans doute reconstruite après un tremblement de terre il y a une cinquantaine d’années ne présente pas grand intérêt si ce n’est ses commerces et sa gare. Il y a quelques vestiges plus ancien et les ruines d’une citadelle tout en haut. Le matin nous devons attendre que la flottille quitte le port avant de partir à notre tour : vu leur nombre ils avaient dû s’amarrer sur 3 ou 4 épaisseurs à quai devant nous et un autre bateau arrivé plus tard avait mouillé cul à quai juste derrière. Nous étions donc un peu coincés (Rêve à Deux n’a pas de propulseur d’étrave).

Il fait encore beau quand nous partons mais au bout de quelques milles nous sommes sous la pluie et le vent tombe complètement. Nous faisons tout le trajet au moteur. Juste avant notre arrivée à Katakolon, le temps à la bonté de s’éclaircir ce qui nous permet de mouiller l’ancre sans l’être nous même. Il y aurait encore à terre les ruines d’un château vénitien, mais la seule utilité du port de Katakolon est d’accueillir les grands navires de croisière qui veulent faire visiter le site de l’ancienne Olympia distant d’une vingtaine de km à leur passager. Le paquebot à quai était le Bougainville des croisières Ponant que nous avions vu la dernière fois quittant le port de Lyttleton en Nouvelle Zélande, le monde est petit. Vue le temps nous ne prenons pas la peine de descendre à terre et passons une nuit très paisible devant la plage bien abrité de la petite houle par les jetées du port.

Le Premier Mai à 7 heures nous sommes sur le pont non pas pour aller défiler avec le kamarades mais pour lever l’ancre et continuer la remontée de la côte vers Killini

Ormos Navarinou

Jeudi 27 avril 2023, nous quittons Finikounda et tirons des bords entre l’île Sapientza et Methoni. Il fait beau, le vent Ouest-Nord-Ouest n’est que de 16 nœuds mais nous prenons un ris et passons à la trinquette pour virer plus facilement dans ce passage étroit en admirant au passage le fameux fort Vénitien.

Nous continuons notre louvoyage jusque dans la baie de Navarino. L’entrée de la baie est grandiose entre le fort Ottoman côté continent et les falaises à pic de l’île qui ferment la baie de l’autre. En plus le drapeau Français flotte tout en haut de l’île. Non ce n’est pas pour célébrer notre arrivée, on est, certes, de fameux navigateurs (oui mes chevilles çà va, merci) mais pas encore à ce point… Notre étendard orne le monument commémorant la bataille de Navarino (Navarin en Français).

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Navarino fut la dernière grande bataille de la marine à voile. Elle s’est déroulée le 20 Octobre 1827 dans cette baie et a opposé la flotte Ottomane renforcée par quelques unités égyptiennes (90 navires) à une escadre alliée Anglo-Franco-Russe (27 navires). La flotte Ottomane était au mouillage, les alliés entrèrent dans la baie et ce positionnèrent face à eux: la baie est grande mais il est difficile d’imaginer autant de grands navires à voile y évoluant. D’abord, rien ne se passa et personne ne donna l’ordre de commencer les hostilités jusqu’à ce que des escarmouches éclatent et que tout se déclenche. Ce fut un massacre les Ottomans perdirent une grande partie de leur flotte et des centaines de marins. La victoire alliée a été une étape décisive de l’indépendance de la Grèce. Il est aussi très intéressant de noter la coopération très étroite et efficace entre les marines Britanniques et Françaises seulement 22 ans presque jour pour jour après la bataille de Trafalgar (21/10/1805). Si cette page de notre histoire pas très connue chez nous et les batailles navales vous intéressent lisez ces articles :

Résumé rapide : https://gr.ambafrance.org/Bataille-de-Navarin

Analyse historique: https://1821.ifg.gr/fr/chapitre-7/#article-2

Article très détaillé et bien documenté: https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Navarin

Plutôt que la marina de Pilos, (la « nouvelle » ville de Navarino) qui a l’air pleine et dont de toute façon l’entrée est très agitée par ce vent de Nord Ouest, nous préférons aller ancrer devant la grande plage de sable au fond de la baie. Nous sommes quatre bateaux à l’ancre, on ne se bouscule pas mais on sent que le début de la saison n’est pas loin.

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Derrière la plage s’étend une immense lagune d’eau salée qui est en partie parc naturel et en partie bassin de pisciculture et marais salants. Mais le plus intéressant et le plus spectaculaire c’est le château fort du vieux Navarino perché à 139 m sur le piton qui domine le fond de la baie.

Depuis le bateau ou même la plage, on ne distingue rien de particulier à part peut-être les restes d’une tour qui pourrait, vu d’en bas, tout aussi bien être un ancien moulin. Mais dès qu’on commence à gravir le piton qui gravi la face Ouest du promontoire (côté mer où soit dit en passant la pente est beaucoup plus douce que celle des falaises vertigineuses du côté lagune) on découvre les murailles d’une imposante forteresse. Celle-ci aurait été construite vers 1280 par Nicolas II de Saint Omer un noble français qui s’était établi dans la région au retour de la quatrième croisade.

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Le site est malheureusement dans un état de délabrement avancé. Il est d’ailleurs en principe fermé au public mais cette interdiction n’est matérialisé par aucune barrière ni clôture. Les remparts on gardé une grande partie de leur intégrité et du chemin de ronde, la vue sur la baie et sur les environs est époustouflante. Nous sommes dans un parc naturel, les chèvres et les moutons ne sont pas venus raser la végétation. Sur tout le parcours nous sommes entourés de fleurs aux couleurs chatoyantes: le printemps est vraiment la bonne saison pour explorer la région, en plus la température est parfaite pour marcher!

L’endroit est magnifique, nous y passons 2 nuits très agréables. Mais les prévisions annoncent une rotation du vent au secteur Sud pour les prochains jours avec un gros renforcement ce week-end, des conditions qui rendraient cette superbe plage pour le moins inconfortable. Il est donc temps d’aller chercher un bon abri.

Finakounda

Petite étape pour contourner le cap Akritas. Nous remontons entre la côte et l’île Schiza dont nous prenons soin de ne pas nous approcher car la zone qui l’entoure est un champ de tir pour les avions de l’armèe. D’après les AVURNAVs que nous recevons sur le NAVTEX, il serait en activité toute la semaine et les mugissements des réacteurs d’avion de chasse que nous entendons dans le ciel sont là pour nous le rappeller.

Nous ancrons devant la plage de Finikounda juste à côté de l’entrée du port. L’attrait principale de l’endroit (à part son mouillage bien abrité des vents de Nord Ouest à Est) c’est sa plage de sable (rare sur ces côtes ou il y a surtout des galets) mais il fait encore un peu frais et à part un camping car à l’autre bout, il n’y a pas un seul touriste en vue.

Dans les rues du village, la moitié des quelques commerces sont d’ailleurs encore fermés. Par contre il y a un très bon super marché un peu à l’intérieur. Même en saison l’endroit doit être un lieu de villégiature familiale plutôt calme.

Pourquoi ne pas avoir pousser quelques milles plus loin jusqu’à Methoni beaucoup plus célèbre grâce à sa magnifique citadelle vénitienne bâtie sur la digue ? Tout simplement parce que la partie abritée de la rade de Methoni nous semblait trop peu profonde (entre 2 m et 2,50 m sur la carte) un comble dans ce pays ou c’est plus souvent l’inverse. Notre choix sera récompensé par la tranquillité du lieu et une nuit très paisible seul à l’ancre.

Koroni

Mardi 25 mai 2023, départ au petit matin de porto Kayio pour quitter la baie avant que les rafales catabatiques ne commencent à tomber des montagnes. On s’y prend tellement bien qu’une fois passé le cap Tainaron (l’une des pointes les plus Sud d’Europe continentale après celles formant la rive nord du détroit de Gibraltar) c’est un vent très léger qui nous fait traverser le golfe de Messiniakos au près serré. Notre escale du jour c’est Koroni sur la rive ouest de cette grande baie.

C’est une jolie petite station balnéaire blottie auprès d’une imposante citadelle Vénitienne. Par le vent modéré de secteur Ouest prévu pour la nuit, le mouillage est excellent. Par contre je n’aimerais pas trop m’y trouver par fort vent de secteur Nord-Ouest à Est Nord Est pour lesquels la digue n’offre aucune protection.

La ville toute en longueur au pied de la colline qui domine le port est coquette avec ses maisons bien restaurées. Elle est aussi très calme, peut-être la saison n’a-t-elle pas encore commencée ici. Connue depuis l’antiquité Koroni a connu son heure de gloire de 1200 à 1500 lorsque les Vénitiens en firent l’une de leur 2 plateformes commerciales et militaires dans la Région (l’autre étant Methoni de l’autre côté de la péninsule).

Les 2 citées étaient surnommées « les yeux de Venise ». Les murs extérieurs côté mer semblent avoir beaucoup souffert, tremblement de terre, érosion ou bombardement, nous ne le saurons pas.