De Sorong au parc national de Raja Hampat

C’est un grand soulagement de quitter enfin Sorong pour le parc de Rajah Hampat (çà signifie les 4 rois) qui s’étend jusqu’à 100 milles au nord .

Mais avant d’y arriver, nous faisons étape dans une baie étroite de la côte ouest de Batanta. On mouille en pleine forêt équatoriale complétement abritée de tout les vents. Les arbres des 2 rives hébergent des milliers d’oiseaux et leur chants s’élevant dans le silence de la nature est pour nous un vrais plaisir après la cacophonie urbaine de Tampa Garam. Si quelques uns de ces chants nous semblent familiers, la plupart de des cris et sifflements nous sont parfaitement inconnus,

Avant la tombée de la nuit un pêcheur est venu nous dire bonjour mais la conversation c’est limitée au langage des gestes, ils ne parlent pas un mot d’anglais et nous nous pas plus d’Indonésien.

C’est un grand bonheur de se retrouver seul dans cette nature vierge…

… ou presque

L’Indonésie est immense pays de 250 millions d’habitants ou la consommation prime encore sur la protection de l’environnement et le manque d’éducation et d’infrastructure dans ce domaine est flagrant. Les pluies torrentielles et le courants font le reste: la bouteille de soda laissée ici ou là se retrouve rapidement en mer.

Rajah Ampat c’est quelques grandes îles et des dizaines d’autres, plus petites. Partout il y a des baies abritées ou on peut ancrer en sécurité même si certaines sont très profondes. Cela permet d’avancer par petites étapes, 10 à 15 milles par jours, c’est vraiment cool. Par contre on est à l’équateur, il fait très chaud et il faut bien se protéger du soleil qui est redoutable.

Les fonds sont magnifiques très clairs et très poissoneux. Ce matin, ici à Besir, les raies mantas sont venues jouer avec nous autour du bateau

Depuis que nous avons quitté l’Océanie tropicale pour l’Asie équatoriale tout est différent y compris les gens, les bateaux de pêche , les maisons et même les courants qui ne s’inversent pas avec la marée et qui sont très mal documentés.

Nous remontons tranquillement vers le nord et nous passons l’équateur une première fois.

Escale pour la nuit au lagon « 4 G » (Pulau Mutus ainsi surnommé car c’est l’une des rares îles à disposer d’un relais) si petit au milieu de nul part mais si mignon. Il est entouré non pas de corail mais de banc de sables. Au matin alors que nous sommes encore au lit, un pêcheur vient nous réveiller pour vendre une superbe langouste: çà vaut le coup de se lever!

Un autre mouillage sympa à Minyaifun entre deux îles. Quand il n’y a pas de grains, le vent est en général plutôt faible, pour ce déhaler entre 2 îles on se contente du spi seul.

La rencontre des courants entre les îles génère par endroit des concentrations de déchets (essentiellement plastiques) et de bois flottés pouvant aller de la petite branche à l’énorme tronc d’arbre: prudence de rigueur.

Le cinquième jours nous arrivons à l’île la plus célèbre et sans doute la plus spectaculaire de cette région: Wayag

C’est un labyrinthe de pains de sucre baignant dans une eau limpide. Nous sommes dans le sanctuaire du parc, il est donc interdit de pêcher aussi pas d’autochtones, cet amas de rochers escarpés couvert de végétation semble de toute façon parfaitement inhabitable. En plus, par ces temps de COVID les touristes et les bateaux de plongée qui fréquentent normalement ces eaux sont complètement absents. Nous sommes absolument seuls dans ce décor de rêve: c’est magique!

oui mais voilà Domi c’est fait abimé un orteil il y a déjà quelques temps mais depuis deux jours sa jambe a enflée, ce n’est pas joli à voir et les soins sur la blessure ne suffisent manifestement pas. Pour savoir quoi faire et éviter que çà ne s’aggrave il appelle le Centre de consultation médicale maritime (CCMM) au CHU de Toulouse par iridium. Le verdict tombe: antibiotique à forte dose pendant sept jours! On s’y attendait Malheureusement, à bord, nous n’en avons que pour 2 jours, il nous faut donc retourner rapidement à Sorong .

Les marchés à Sorong

Un fois la quarantaine passée et tout la paperasserie administrative terminée, nous n’avions pas l’intention de ne pas passer plus de temps ici à Sorong. On s’est contenté du weekend (les autorités sanitaires nous ont relâchés comme prévu vendredi en fin d’après-midi) pour faire le ravitaillement avant de partir découvrir l’archipel de Rajah Ampat, le fameux parc national dont tout le monde parle tant. Nous reviendrons nous réapprovisionner dans un mois et nous aurons peut-être le temps de faire plus ample connaissance avec Sorong .

Nous louons une voiture avec chauffeur pour quelques heures (le prix est le même qu’une course de quelques minutes en taxi dans une ville moyenne française). Il faut courir d’un bout à l’autre de cette ville tout en longueur pour trouver un ATM qui accepte nos cartes et distribue plus de 1 million de roupies (60 euros) à la fois, acheter un téléphone pas cher (la douane nous demandait une taxe de 120 euros pour que le nôtre soit accepté sur les réseaux indonésiens) et passer aux supermarchés. Mais ce qui est vraiment intéressant ici se sont les marchés. Au premier, il n’y a pas une grande activité , nous sommes dimanche matin. C’est très bien pour nous, pas de bousculade ni stress, mais les étalages sont hauts en couleurs particulièrement ceux des légumes et du poissons.

Le deuxième marché est plus typique et c’est un vrai labyrinthe ou l’on vend absolument de tout. Contrairement à ce que nous pensions, dans ces marchés on ne semble pas marchander, les prix annoncés sont à prendre ou à laisser. Par contre on a la très nette impression que certain commerçants font des prix « spécial touristes » certes encore très abordables en regard des prix européens mais nettement plus chers que ceux proposés aux locaux.

Le point de repère pour retrouver Iki, notre chauffeur, c’est la mosquée. A Sorong trois religions principales sont présentes. Traditionnellement les Papous (nous sommes en Papouasie Occidentale) sont protestants adventistes tandis que les indonésiens venus s’établir ici sont en majorité musulmans, il y a aussi une minorité catholique. La musique est présente partout et depuis très tôt le matin jusqu’à tard dans la nuit les chants se font entendre qu’ils soient prières, karaokés ou chansons populaires et, juste où faux, tout le monde chante …

Nous passons sans transition des fruits aux vêtements et chaussures continuons par la vaisselles décorées …`

… pour finir par les couturiers

Nous compléterons nos courses en épicerie est conserves dans deux supermarchés qui ne sont pas trop mal achalandés si on ne cherche pas de produits occidentaux. Parmi les produits introuvables on notera les fruits secs, céréales petit déjeuner, biscottes ou crackers, on trouve du pain de mie mais c’est une denrée de luxe. Mais ce qui frappe surtout c’est la présence d’emballages plastiques, des rayons entiers de friandises emballées individuellement, des sacs distribués généreusement au caisse. Ceci combiné à l’absence de système de collecte des déchets: chaque quartier semble se débrouiller pour brûler ses ordures d’une façon ou d’une autre, d’éducation environnemental (les enfants de la marina était très surpris quand nous leur avons demandé de ne pas jeter les papiers des bonbons qu’on venait de leur donner par terre) et aux pluies torrentielles fréquentes fait que tout ces emballages et autres sacs plastiques se retrouve très vite à la mer. Dans le bassin de Tampa Garam nous en avons ramassé tous les jours des dizaines et en pleine mer les courants en charrient des milliers…

A la marina de TAMPA GARAM

Arrivée à la marina après une nuit ancré à l’extérieur pour attendre la marée haute

l’entrée est très étroite et il n’y a pas beaucoup d’eau même à marée haute, mais à l’intérieur c’est la protection totale! Par contre cette excellent protection veut dire aussi pas de petite brise pour rafraichir ni pour chasser les insectes..

Tous les jours après l’école les enfants du village voisin viennent prendre leur bain dans le bassin de la marina . Les plus grand s’occupent des plus petits et tous savent nager . Ils adorent parler une autre langue et nous échangeons quelques mots , ils sont vraiment plus doué que nous …

Village lacustre derrière la marina

Heureusement que nous avons un taud de soleil, la journée il fait 35° à l’ombre. Le soir nous le changeons contre le taud de pluie et très souvent l’orage nous apporte de la fraîcheur pour la nuit.

La marina était jadis entourée d’un complexe hôtelier de luxe (Tampa Garam Beach resort) mais le business a périclité. Il n’y a que la piscine et quelques bungalow qui fonctionne encore, le reste tombe en ruine et s’est transformé en un grand terrain de jeu pour les enfants.

Mais bon, l’endroit est sûr (pas de vols) et pour une quarantaine de cinq jours….

De Savusavu à Sorong: les photos

Avant de partir nous sommes allés à l’hôpital de Savusavu pour faire un test PRC (Covid)

Dernier petit resto avant le départ le lendemain (vous noterez sur le menu que la langouste est presque au même prix que le hamburger; 14$ fidjiens = 5,74 Euros )

Salut les Fidji

A peine sortie des îles que l’on pêche une petite bonite

Approche des îles Salomon

« Cloud Atlas »

Pour changer, un barracuda et de bonne taille

Volcan Kadovar en éruption

On est pas tout seul sur cette route , il faut surveiller !

L’orage nous cerne de tous les côtés, un fou vient se poser sen haut de notre mat et restera avec nous jusqu’au matin sans faire de dégâts sur nos precieuses girouettes

Et la série n’est pas fini jusqu’à Sorong ils nous suivent et nous lâchent pas Il fait très chaud et humide

Arrivée par calme plat à Sorong après 26 jours et 3200 milles

Quarantaine à Sorong

Malgré les calmes nous avons reussi à arriver Samedi 23 Octobre en début d’après-midi. En surveillant de prés le niveau de liquide de refroidissement et en recyclant la fuite nous avons même reussi à utiliser un peu le moteur pour nous affranchir des calmes blancs des derniers milles. 3200 milles bouclés en 26 jours dans beaucoup de petit temps et de vents très variables, on s’en est pas trop mal tirés.
L’entrée de la baie est sillonnée d’embarcation de pêche, pirogues individuelles primitives ou long boat à moteur. Première nuit au mouillage. Après tous ces jours avec pour seul bruit, celui de la mer et du vent, le choc de se retrouver soudain entourés de haut parleurs est brutal. Entre l’appel du muezzin, le karaoké du coin et le prêche continu de l’église adventiste on s’en prend plein les oreilles.
Il faut attendre la marée haute du lendemain matin pour rentrer à la marina de Tampa Garam. Wick (propriétaire du chantier Helena Marina en amont de la rivière qui coule au fond de la baie et qui gère celle-ci aussi) nous attend sur le quai et Paul du bateau Exacalibur vient avec son zodiac pour nous guider à l’entrée et amener nos haussières à terre.
Le terme marina est un bien grand mot, en fait un bassin rectangulaire, abritant quelques vieilles épaves, entouré de ce qui a dû être un hotel/resort de luxe mais dont une moitié seulement est encore en service et l’autre se délabre rapidement. Il y a tout de même 6 voiliers amarrés là dont quatre sont occupés. Loin de la brise du large, la température (34°C) devient écrasante. Sans rien faire on transpire en permanence nous obligeant à boire des litres d’eau pour compenser et éviter la déshydratation.
Lundi matin à 10:00 Ayu est là avec les officiels du service de santé/quarantaine. Ils nous demande de les rejoindre à terre. Après avoir manipulé des liasses de documents dont nous avons signé plusieurs pages on nous fait des test rapides qui bien entendu sont négatifs. On peut se balader dans l’enceinte de la marina, çà nous permettra de nous dégourdir les jambes (après 26 jours de mer çà fait un bien fou), mais pour en sortir et être complètement libérés , il faudra attendre le deuxième test , Vendredi .
L’après-midi nous avons la visite de l’immigration. Ils viennent à bord et repartent avec nos passeports. Entre temps, Diana et Bruce du catamaran Toucan nous ont gentiment proposé de nous faire quelques courses et nous ont ramené fruits et légumes qui commençaient à faire défaut après presque un mois en mer.
Pour les remercier et faire connaissance nous les avons invité à bord pour l’apéro. Di et Bruce naviguent dans le coin depuis 2 ans et sont une mine de renseignements utiles. Bruce nous donne une copie de la base de donnée qu’il a créée à partir des infos sur tous les endroits où ils ont mouillé. On passe une soirée très sympathique avec eux. Comme vous le voyez, cette quarantaine de 5 jours ne commence pas trop mal!
Pendant ce temps là, Ayu est revenue avec nos passeport tamponnés et la carte SIM qu’on attendait avec impatience. Malheureusement pas moyen de la faire fonctionner. Nous apprendrons plus tard (merci Dominique de Seayou) que le téléphone doit être au préalable enregistré par la douane. Douane qui ne pourra venir nous voir que Jeudi puisque ce Mercredi 26 Octobre est férié.
Donc pour plus d’images sur ce blog ou les appels WhatsApp à la famille et aux copains il va falloir patienter encore un peu…

Incertitudes et fin du Pacifique Sud

Nous approchons du but, encore une grosse centaine de milles est nous serons à Sorong. Arrivée demain donc? Pas sûr du tout! Ici les prédictions de vent sont pour le moins fantaisistes et comme nous sommes pile-poil sur l’équateur, le régime pot au noir est de rigueur: alternance de calme et de grains. En plus, le relief de la côte très escarpé crée des perturbations complexes dans le flux des masses d’air. Hier soir nous avons identifié un sommet à près de 3000 m et ce matin nous longeons une côte qui n’est pas sans rappeler celle du Nord de la Galice. Comme si les caprices d’Eole ne suffisaient pas, depuis une semaine, nous n’avons plus la resource de s’aider du moteur pour traverser les calmes, il a une fuite de liquide de refroidissement (vase d’expansion fêlé – lui aussi, je vous le disais bien qu’il n’y avait pas que moi) on préfère donc éviter de s’en servir. Aucune clarté non plus sur ce que va devenir le courant equatorial du Pacific Sud qui nous a bien aidé depuis le détroit de Vitiaz (jusqu’à 1,5 noeuds de bonus): se partage-t-il entre la mer des Molluques et celle de Ceram? S’inverse-t-il? Mystère! les Pilots charts ne sont pas très claires sur ce point. Nous avons assisté hier soir à sa rencontre avec le courant de marée sortant de la baie de Cenderawasin: une veritable rivière à 60 milles en pleine mer, changement brutal de vitesse et de direction du courant et une grande quantité de branches, de tronc d’arbre et autres détritus sur la zone de transition. Pas facile donc de faire des prévisions d’arrivée dans ces conditions.

Alors on fait de la voile intense, on est pas tout à fait en mode Figaro mais pas loin. Ce n’est pas tant qu’on cherche la performance à tout prix mais les changements de direction et de force du vent sont tels que pour ne pas rester sur place ou pire, revenir en arrière, il ne faut pas hésiter à manoeuvrer, empanner au bon moment pour profiter du grain, prendre un ris quand la raffale s’annonce plus forte, virer à la refusante, renvoyer de la toile dès que çà molli et même hisser le spi si aucune menace ne plane à l’horizon. D’habitude je note scrupuleusement toute manoeuvre ou changement de cap sur le livre de bord mais pour la journée d’hier je me suis contenté d’écrire: nombreux virements de bord et empannages. Inutiles de vous dire qu’on ne dort pas beaucoup, mais quand on y va c’est du béton!

Incertitude aussi au niveau de la clearance.

En passant le détroit de Vitiaz nous avions reçu un mail d’Ayu notre agent à Sorong nous disant que l’immigration lui avait dit que nous pourrions pas entrer chez eux par ce port malgré nos visas déjà acceptés. Il fallait obligatoirement aller à Nunukan (côte Nord Est de Bornéo, juste à la frontière avec la Malaisie), l’un des deux seul point d’entrée en Indonésie pour les étrangers arrivant par mer, l’autre étant sur une petite île juste en face de Singapour…1200 milles de plus, aucun détail sur mes cartes mais apparement un estuaire de rivière avec des courants épouvantables. S’en suit un échange de mail dans lequel nous évoquons le fait qu’on aurait pas assez de vivres, fuel et eau pour aller jusqu’à là bas et que de toute façon on a pas les cartes nécessaires, et que, donc, par mesure de sécurité il faudrait bien qu’ils nous acceptent. La réponse est revenue quelques jours plus tard: Vous êtes les bienvenus à Sorong. Merci Ayu! On pourra aller directement à la marina quand on arrive ce weekend, les officiels passerons nous voir Lundi et on devra faire une quarantaine de 5 jours à bord avant de pouvoir descendre. On verra bien à quelle sauce on va être mangé, on vous tiens au courant.

Avec ces quelques dizaines de milles qui nous reste avant l’arrivée à Sorong, s’achèvera notre périple dans la Pacifique Sud. Nous l’aurons parcouru de long en large (comme en témoigne notre trace sur la carte ci-dessous) amassé tant de souvenir merveilleux de paysages extraordinaires et de rencontres inoubliables. Quel sera notre prochain océan? L’Indien? Le Pacifique Nord? L’avenir le dira. Pour l’instant on va déjà entrer en Indonésie et profiter de Rajah Ampat pour quelques semaines…

On ne s’ennuie pas chez Bismarck

Dimanche 17 octobre, nous sortons de la mer de Bismarck en milieu de journée et retrouvons les eaux du Pacifique Sud à deux degré de latitude sous l’équateur. Notre sortie a d’ailleurs été saluée ce matin par un grain mémorable. C’était au levé du jour, content d’avoir évité tous les orages de la nuit, nous avancions sur la route dans un vent d’une douzaine de noeuds au largue tribord amure. J’était seul sous la véranda, Anne, ayant fini son quart 1/2 heure plutôt, dormait à poings fermés dans sa couchette. Le vent a tout d’abord faiblit quelques instants sans changer de direction puis les voiles ont pris brusquement à contre. Il a fallu en quelques minutes, empanner la grand voile, rouler le foc, enlever la retenue, seul c’était un peu chaud et pour tout dire je commençait à m’emmêler les pinceaux, même si, fort heureusement on avait gardé un ris toute la nuit par égards aux grains menaçants tout au tour de nous. Réveillée par le raffut, Anne est apparue dans le cockpit dans le plus simple appareil (vive les climats chauds!) et, à deux, en moins de 5 minutes nous étions parés bâbord amure juste à temps car le vent montait à 30 noeuds venant exactement de la direction opposée d’ou il soufflait quelques instant plus tôt. Nous avons été récompensés de cette brillante manoeuvre par une formidable douche gratuite (d’où l’intérêt de ne pas s’habiller avant de sortir) avec remplissage express de tous les seaux et recipients que nous avons pu trouver.
Ceci dit, c’est le seul grain sérieux que nous avons essuyés depuis le passage du détroit de Vitiaz. N’allez pas penser pour autant que ces quelques jours passés sur les flots Papous aux accents Prussiens aient été mornes ou ennuyeux. Pas du tout, les conditions météo ont été dans l’ensemble plutôt bonnes nous permettant de progresser à la voile la plupart du temps et même de nous offrir quelques bords de spi bien agréables.
Si les journées sont relaxantes, les nuits sont plus inquiétantes avec feux d’artifice non-stop garanti. On se fait un peu l’impression de stars de cinéma sur le tapis rouge du festival de Cannes aveuglés par les flashes des photographe (au cas où: on oublie pas de sourire). Nous ne sommes pas loin de l’équateur et sans surprise, la tendance orageuse est bien là avec, pour les connaisseurs, des valeurs de CAPE presque tout le temps supérieurs à 2000J/kg sur toute la zone que nous traversons (rouge très, très sombre sur les gribs). Mais les grains orageux semblent, en majorité, s’amasser sur la terre sans développer beaucoup d’activité directement sur notre route.
La pêche va bien aussi. A peine sortis du détroit, un gros barracuda est venu se prendre à notre ligne. Pas le plus succulent des poissons à mon goût mais la ration quotidienne de protéine était assurée pour plusieurs jours et avec de bonnes sauces on s’est bien régalés
Sur la mer de Bismarck il y a beaucoup de traffic commercial. Principalement des vraquiers se rendant vide en Australie ou en revenant chargés de minerais vers la Chine la Corée ou la Japon, des transporteurs de gas naturels (LNG) sur les mêmes destinations et les inévitables porte-containers et leurs milliers de « boites » plus ou moins rouillées. Mais il y a suffisamment de place pour ne pas se gêner, certains se détournant légèrement pour nous laisser passer, d’autre engagent même la conversation à la VHF comme cet officier chinois du Shangai Express.
Et puis il y a les thoniers senneurs qu’on voit illuminés comme des villes en pleine nuit (mais sans AIS) et dont un hélicoptère (ils s’en servent pour repérer les bancs de thons) viendra nous tourner au tour quelques minutes en nous faisant bonjour.
Mais surtout il y a les îles volcaniques. Je peux vous confirmer que ces cônes de roches culminant parfois à plus de 1000m sont bien des volcans et qu’ils ne sont sûrement pas tous éteints. Nous avons, en effet, pu assister en direct à une l’irruption de celui de l’île Kadovar, magnifique panache de fumée et colonne de cendre projetée dans l’atmosphère, impressionnant…

PS: pour voir des photos, revenez sur cette page d’ici une dizaine de jour: depuis le bateau via l’Iridium, nous ne pouvons pas charger grand chose, on se rattrapera une fois à destination.

De Salomon à Bismarck

Détroit de Vitiaz, Mercredi 13 Octobre 2021.
Moins connu que d’autres détroit célèbres comme Cook ou Torres, il est cependant très emprunté par le traffic commercial de l’hémisphère nord vers le Pacific sud. Depuis ce matin on a en moyenne 6 cargos visibles à l’AIS dont 4 en visuel direct et on est encore a une trentaine de milles du passage le plus étroit. Ce passage marque la transition entre la mer des Salomons et celle de Bismarck. Dans le coin, les pointes et les caps portent des noms comme Blucher, Hardenburg, Scharnhorst, Vincke ou encore Peschel, vestiges, sans doute, du rêve colonial tardif et éphémère de nos voisins d’outre Rhin.
Nous sommes à la latitude de 6°S, depuis Dimanche, les sombres grains orageux qui nous pilonnais et nous menaient la vie dure on fait place à un ciel dégagé, une mer d’huile et malheureusement le vent qui va avec, c’est à dire un souffle très faible. Mais sur une eau aussi lisse, 5 noeuds suffisent à Rêve à Deux pour avancer à 3 ou 4 avec sa carène encore parfaitement propre (on vient de piquer une tête pour vérifier). On alterne donc quelques heures de moteur avec quelques heures de voile en profitant au maximum de la moindre risée, on a même re-sorti le spi chaque fois ou le vent était portant. Des conditions donc pas désagréables du tout et qui nous permettent de bien récupérer de la fatigue de la semaine dernière. A noter tout de même la température élevée: 35,4°C à l’ombre quand j’écris ces lignes: les gourdes d’eau sont remplies (et bues) plusieurs fois par quart et tous les hublots et capots sont ouverts en permanence.
La côte Sud-Ouest du détroit est noyée dans la brume, pourtant à quelques km à l’intérieur, les sommets culminent à près de 3000m. De l’autre côté, les îles de la Nouvelle Bretagne et de Umboi d’aspect volcanique, sont bien visibles. C’est dommage de ne pas pouvoir s’arrêter et explorer cette région, mais on commence à se faire une raison: COVID ou pas, de toute façon on aurait jamais eu le temps de tout voir, au moins, maintenant, c’est plus facile, pas de longue délibération et de choix cornéliens: on va ou c’est ouvert…

Passage animé de la mer des Salomon

Dans l’article précédent nous vous avons expliqué notre decision stratégique de passer par la mer des Salomon et le détroit de Vitiaz (entre La Papouasie Nouvelle Guinée proprement dite et l’île de la Nouvelle Bretagne) plutôt que de contourner l’archipel des Salomon par l’est. Nous aurions pu passer aussi par la grande Barrière l’Australienne, traverser le détroit de Tores puis remonter entre l’Indonésie et la Papouasie, comme nos amis de Seayou mais ils partaient de Nouvelle Calédonie c’était donc le choix logique pour eux.
Pendant nos deux premiers jour dans cette fameuse mer des Salomon, nous n’avons eu qu’à nous féliciter de ce choix. Ciel bleu, mer plate vent 3/4 arrière d’une dizaine de noeuds, météo parfaite sans front ni dorsale, c’est sous spi léger à 6 ou7 noeuds que nous avons doublés San Cristobal la première grande île de cet archipel dont les sommets se détachaient sur l’horizon. Çà nous fait mal au coeur de ne pas pouvoir s’arrêter, toutes ces îles restant strictement fermées aux étrangers depuis le début de l’épidémie.
Rêve à Deux adore ces conditions autant que nous et profite de chaque risée pour accélérer. Prudents, par principe, nous envoyons le spi et le gardons jusqu’à la limite de 15 noeuds de vent et l’affalons avant la tombée de la nuit pour le remplacer par le foc tangonné, il n’y a pas de lune ces jours-ci et de toute façon il y a trop de nuages pour y voir suffisamment. Il fait chaud (34° le jour 31° la nuit)et humide et si mercredi matin nous nous réveillons avec un super ciel bleu, au fur et à mesure que la journée avance, les petits nuages d’apparence inoffensive qui passent au dessus de nos tête s’amoncellent au-dessus de l’île de Guadalcanal (célèbre pour une fameuse bataille de la guerre du Pacifique et les épaves qui en tapisse les fonds) pour se transformer en gros cumulus bien noirs, pleins de pluie. Ils s’agglutinent comme un essain d’abeille pour former des orages à la nuit tombées éclairant la mer sur toute sa surface: un sacré bazar. Pour l’instant çà se passe dans notre est, le ciel semble rester plus clément sur notre route. Mais en cours de nuit nous commençons à subir de brusques changements de vent, puis des orages et de violentes averses de pluie passent sur nous. Jeudi matin la situation s’améliore suffisamment pour passer une bonne partie de la journée sous spi mais dans l’après midi la situation commence à nouveau à se dégrader. Le premier grain sérieux nous cueille encore sous spi juste au moment ou on remonte la ligne avec une jolie bonite. Le poisson est hissé à bord sans encombre mais on a pas le temps d’ajuster le pilote et on se fait un joli départ au lof. On rétabli la situation et on rentre le spi à toute vitesse pendant que le vent continue à monter. Trop risqué, il restera dans son sac jusqu’à ce qu’un temps plus homogène s’établisse. Le reste de la journée, toute la nuit et une grande partie du lendemain ne sont qu’une succession de grains violents et de calmes agités, le vent n’arrête pas de changer de direction, parfois de 60° à 160° en se renforçant de 10 à 27 nds en quelques minutes, parfois sous un nuage de pluie bien noir que l’on voit arriver de loin, parfois sans raison apparente. Au début, on avait certes décidés de ne plus utiliser le spi dans ces conditions mais on restait au taquet: grand voile haute avec retenue de bôme, foc tangonné pour garder le meilleur compromis cap vitesse possible, empannages fréquent pour rester sur le bord favorable parce que bien sûr malgré toutes ces variations l’axe moyen du vent est plein vent arrière. Mais tout çà c’est un sacré boulot: nous passons de zéro à deux ris en quelques secondes et nous n’arrêtons pas d’enrouler et dérouler le foc, tangonner, re-tangonner, changer la retenue de bôme de côté. En fin de nuit on décide de simplifier un peu les manoeuvres, on reste sous GV à un ris et foc et on tire des bords à 150° du vent, plus de retenue de bôme ni de tangon à manipuler dans les empannages, on enroule juste le foc dans les surventes. Mais le pire est quant il n’y a plus de vent entre les grains: la grand-voile bat bruyamment sous l’action du clapot désordonné créé par ces grains venant de partout, mettant le matériel à rude épreuve. Alors, à l’aube du troisième jour, on craque, à quoi bon s’épuiser dans ces manoeuvres incessantes et risquer de casser du matériel, on n’est pas à un jour près surtout que devant la météo nous suggérerait plutôt qu’il vaudrait mieux ne pas arriver trop tôt au détroit de Vitaz pour le passer dans les meilleures conditions. On explore même la possibilité de passer entre Bougainville et la Nouvelle Bretagne pour rejoindre la route extérieure évoquée plus haut mais le détour serait de plus de 200 milles avec aucune garantie de rencontrer de meilleur conditions. Donc ce sera navigation la plus cool possible jusqu’à ce qu’on soit sortis de ce mer…r, à savoir sous foc seul que l’on enroulera déroulera en fonction du vent et appuierons d’un peu de moteur dans les calmes: on est pas des boeufs!
Pourtant tout va bien à bord et malgré tout ce raffu quant c’est l’heure de dormir chacun notre tour nous nous écroulons dans notre couchette épuisés par l’exercice et la chaleur (34° le jour 31° la nuit) heureusement l’eau ne manque pas et c’est à poil sous une douche chaude que nous faisons la plupart des manoeuvres . Le thon pêché avant hier et les légumes frais qui nous restent nous permettent encore des repas succulents et excellents pour le moral (Domi, le gourmand, proposait de prendre pour slogan: Rêve à Deux – le bateau où on mange le mieux).
Pour résumer notre vision de la mer des Salomon d’un point de vue météo: une zone instable d’eaux chaudes soumise à des influences continentales et océaniques complexes, on ne s’étonne pas que c’est précisément ici que se forme un grand nombre des cyclones qui sévissent chaque année sur le Pacifique Sud…
Et la bonne nouvelle est que nous venons de franchir la mi-parcours après seulement 11 jours de mer depuis Savusavu et qu’il ne nous reste plus que 450 milles pour sortir de cette mer des Salomon et entrer dans celle de Bismarck.

La porte de Nord Vanuatu

Toute traversée bien préparée comporte des portes virtuelles ou il faut décider de la route à prendre pour la suite du parcours. Pour nous cette première porte était matérialisée au sud par les îles Torres et au nord par Vanikolo avec deux possibilités, franchir cette porte et passer à l’ouest des Salomons pour remonter le long de la côte de Nouvelle Guinée ou continuer vers le nord en contournant cet archipel au large par l’est. La route « ouest » est plus courte de 75 milles (soit 2,5% du trajet total) et elle passe entre de grosses îles bien cartographiées au lieu d’une multitude d’atolls et autres récifs n’apparaissant sur l’écran qu’au zoom maximum pour la « est » mais c’est aussi une route trés fréquentée par les cargos contre seulement quelques pêcheur à l’est (d’autant qu’on ai pu en juger sur Marine Traffic avant le départ). La décision finale s’est faite hier avec le dernier routage météo: 80 cm de houle et vent modéré portant à l’ouest contre 2 à 3 mètres de houle et vent très variable à l’est. Y a pas photo, par la route ouest nous passerons donc… En plus toute la journée d’hier on a vu s’empiler les nuages et passer les trains de grains dans notre nord est: peu engagent. On était juste dans la zone de transition entre les deux systèmes matérialisée par une dorsale, ce qui nous a quand même permis de nous prendre quelques beaux grains accompagnés de pluies diluviennes sans doute pour nous donner un avant goût de ce qui nous attend dans la zone équatoriale…
On a donc mis le clignotant à gauche avant la nuit pour franchir la porte et là, nous sommes vent de travers dans 10 noeuds de vent sur une mer quasiment plate avec un ciel assez dégage. C’est reposant, d’ailleurs nos corps ne s’y sont pas trompés et on s’est octroyé chacun à notre tour un quart couchette de 4 ou 5 heures de sommeil ininterrompu…
Mais, me direz vous, cette première partie a-t-elle été si fatigante que çà? Pas réellement, juste comme un début de traversée habituel où on se contente plus ou moins des 2 heures de sommeil entre chaque quart de nuit additionnées de quelques moments de repos supplémentaires grappillés par-ci par-là au cours de la journée. Ajoutez à çà que nous étions vent arrière dans un vent d’une vingtaine de noeuds très instable en direction (notre trace digne d’un breton en retour de fest noz en témoigne) nous contraignant à des empannages fréquents avec à chaque fois le foc à tangonner et la retenue de bôme à remettre plus quelques réductions de voilure pour parer aux grains. Mais ce n’est que du plaisir: on est en pleine mer, on navigue et on est bien.