Grande Terre, l’île principale de Mayotte est reliée à Petite terre par la barge, c’est comme çà que les habitants du département appellent les bacs (sorte de ferries) qui font des allers et retours plusieurs fois par heure entre Mamoudzou, le chef lieu du département et Dzaoudzi. Dzaoudzi (maintenant réunie à la commune de Labattoir) à longtemps été la capitale du territoire car perchée sur son rocher elle était plus facile à défendre que Mamoudzou. La deuxième ville de Petite Terre est Padmanzi, c’est là que se trouve l’aéroport où les avions arrivent de métropole et de la Réunion mais aussi du Kenya, de Madagascar et même d’Afrique du Sud.
Notre première ballade (de la façon très relax dont nous marchons on ne peut décemment pas parler de rando) sera le tour du Lac Dziani. Il est enchâssé au fond d’un ancien cratère volcanique. Son eau est deux fois plus salée que la mer et sa composition chimique se rapproche …de celle du savon, une absence d’oxygène et des micro algues qui se nourrissent de gaz carbonique et de méthane. Il donne un aperçu de ce que les océans ont pu être il y a 3 milliards d’années d’où son surnom de Jurassique. Sa couleur verte fluo ajoute à son mystère et à sa beauté.
En en faisant le tour par le sentier aménagé nous avons découvert non seulement ce lac si particulier mais en plus, des vues incroyables sur tout le lagon Est.
Les pentes sont couvertes de robiniers (Robinia pseudoacacia), d’acacias (Acacia auriculiformis) et de faux mimosas (Leucaena leucocephala), espèces non endémiques et considérées comme plus ou moins invasives mais bon! Ces arbres sont tout de même beaux à regarder!
Sur les pentes côté terre, il y a des cultures (tarots, bananes , papayes) et aussi quelques vaches.
le Cardinal
au retour nous passons au marché couverts pour quelques fruits et légumes (très beau mais très chers) et profitons du retour des pêcheurs pour leur acheter un beau morceau de thon frais.
Non on ne va pas vous raconter qu’un grand cervidé d’origine canadienne s’est échoué sur une plage de ce département français proche de l’archipel des Comores! Caribou (s’écrit parfois karibou ou karibu) signifie bienvenue en Mahorais (langue dérivée du Swahili) c’est donc par ce mot que les bénévoles de l’ACMH (le club de voile local) nous ont accueilli.
départ de la Réunion
La traversée depuis la Réunion c’est passé sans histoire. Nous avions pris de la marge pour être sûr de passer le cap d’Ambre au bon moment et avec les meilleures conditions possible (voir fin de l’article précédent) et du coup** on a pu naviguer relax sans avoir à pousser la machine sur toute la première partie. Par contre on a été surpris par le courant que les modèles RTOFS et Copernicus qui nous donnait favorable sur une grande partie du parcours et qui s’est avéré contraire la plupart du temps. Bien sûr à partir d’une cinquantaine de mille avant le fameux cap il était bien avec nous, avec une force de 2 à 3 nœuds comme indiqué, C’est un des grands mystères de l’Océan Indien : la trajectoire tortueuse des courants ! Pourquoi en plein océan, le courant peut être Est Ouest à un endroit, dans la direction opposée à quelques milles de là et perpendiculaire un peu plus loin ? Difficile d’optimiser la route dans de telles conditions, la plus directe reste donc la meilleure option. Autre surprise, nous sommes remontés de 23°S à moins de 12°S et pourtant, la nuit, la température restait plutôt fraîche, nous contraignant à fermer la portière de notre véranda et à mettre une petite laine. Il a fallu passer de l’autre côté du cap et commencer à redescendre vers Mayotte pour trouver des températures plus chaudes.
Dimanche matin à encore environ 6 heures du cap d’Ambre les gros nuages sombres, accompagnés de grains pouvant aller jusqu’à 28 à 30 nœuds nous ont incité à réduire la voilure et rester sous toilé. Mais en milieu de journée, pour le passage du cap proprement dit, ciel parfaitement était dégagé avec un vent de Sud Est stable d’une vingtaine de nœuds, un bon courant portant et une mer belle. Des conditions idéales pour cette zone réputée difficile, qu’elle chance me direz vous, sans doute, mais surtout on s’est présenté pile au bon moment, celui pour lequel nous avions choisi cette date de départ illustrant une nouvelle fois l’intérêt de ne pas hésiter à partir dès qu’un bon créneau météo se présente. La lumière sur la côte aride de cette péninsule était magique. On n’aurait bien aimer visiter Madagascar mais le pays est toujours fermé pour les voiliers, dommage !
Là dernière partie de la traversée a été très agréable dans une mer plutôt plate et un ciel sans un nuage avec juste quelques heures de moteur pour retrouver l’alizé après la zone de calme générée par le dévent de Madagascar.
Arrivée dans le lagon mardi 02/08/2020 en fin de matinée, 920 milles en moins de 6 jours malgré les courants et la voilure toujours très conservatrice. Appel VHF à Mayotte Traffic Contrôle pour signaler notre arrivée (« du coup** vous avez prévenu le Maitre de Port que vous arriviez? »). Le courant de la marée descendante sortant de cet immense lagon est assez fort, jusqu’à 3 nds dans les passages étroits mais ne crée apparemment pas de barre ni même de remous. Les passes sont très bien balisées et les alignements bien visible. Caroline de l’ACHM nous trouve un corps mort libre pas trop loin du club et des pontons de Dzaoudzi. Et c’est là que nous faisons nos premiers pas sur l’île. Jérôme nous inscrit comme membre invités du club ce qui nous donne le droit d’utiliser gratuitement le corps mort pendant 15 jours (après c’est 20 EUR/mois!) et les facilités du club. De là nous prenons un taxi (collectif, 2EUR/personne) pour l’aéroport où se déroulent les formalités d’arrivée. En guise de formalités c’est juste un tampon de la PAF (Police de l’Air et des Frontières) sur notre déclaration d’entrée (à renvoyer ensuite au Maître de Port), le douanier nous dit que çà suffit et qu’il n’y a pas besoin du sien.
Nous rentrons à pied histoire de nous dégourdir les jambes et de découvrir un peu les environs. Arrêt à la boulangerie et au quai des pêcheurs où nous achetons une belle tranche de thon. On termine la journée au club. Domi interroge des membres pour essayer d’en apprendre un peu sur cet archipel notamment sur les choses à voir et les bons mouillages; c’est ainsi qu’il découvre l’existence du Parc Marin de Mayotte qui a installé des corps morts un peu partout autour de l’île principale et des îlots (https://parc-marin-mayotte.fr). Moi je suis en grande discussion avec André, le charpentier de marine au passé passionnant qui a roulé sa bosse du Vanuatu à ici en passant par Tours, La Charente et surtout Madagascar. Nous rentrons à bord pas trop tard, la traversée à beau avoir été cool, on a du sommeil à rattraper !
**du coup: expression française actuelle utilisée systématiquement et à de nombreuses reprises dans toute conversation par les milléniums et, de plus en plus, par les plus vieux. Elle est sensée établir un lien de cause à effet entre 2 parties d’une phrase en replaçant des locutions comme donc, de ce fait ou par conséquent, comme dans « j’aime pas les épinards du coup j’ai pris des frittes » mais souvent la relation est beaucoup plus ténue comme dans « du coup vous faites quoi là ? ». Cette fois nous y avons même eu le droit à la VHF, les temps changent et « du coup » notre langue évolue...
C’est en mars 1986, que nous avons découvert l’île de la Réunion . C’était à la base un voyage professionnel pour Dominique que nous avions complété par des vacances en accord avec Philippe, son boss de l’époque. C’était aussi notre premier voyage hors d’Europe. A l’époque, les dépliants de l’office de tourisme la présentait comme l’île spectacle. Autant vous dire que côté spectacle nous n’avions pas été déçus. Bien sûr il y avait des milliers de choses à voir, du bord de mer au volcan en passant par les cirques de Mafate, Cilaos et autres pitons vertigineux. Mais en Mars 1986 la comète de Halley passait à sa périphérie et la Réunion était précisément le point où elle était le plus proche de notre planète. Savants et astronomes amateurs du monde entier était venus pour l’observer depuis les plus hauts sommets ce qui donna à notre vol depuis la métropole un air d’expédition scientifique. Même nous, béotiens sans lunette ni télescope avions pu la voir plusieurs soirs à œil nu. Après ce phénomène astronomique, c’est un phénomène météorologique de grande ampleur qui est venu nous voir: un cyclone passa tout près de l’île déviant fort heureusement sa course au dernier moment, nous évitant les vents les plus dévastateurs mais libérant une quantité phénoménal d’eau sur la région. Et enfin, cerise sur le gâteau, la veille de notre départ, le volcan entra en irruption et de l’avion qui nous ramenait en métropole, nous avons pu le voir cracher son magma jusque dans la mer. Ces coulées de lave auraient agrandi l’île de quelques hectares supplémentaires. Après un tel traitement, 36 ans après, on se demandait un peu ce que ce bout de France perdu au milieu de l’océan Indien allait nous réserver pour notre deuxième visite.
Arrivée à la Réunion et ballade en trottinette autour du port
Cilaos ,le cite n’a pas changé , la nourriture non plus juste beaucoup plus de maisons
On vous a raconté notre arrivée, l’accueil chaleureux à la darse Titan et nos premières courses en ville dans l’article précédent, vous savez donc que la reprise de contact a été bonne.
retour le soir vers la mer pour prendre un bain et profiter des couchés de soleil
La première semaine nous restons à bord pour remettre Rêve à Deux en état de repartir dans les meilleurs conditions possibles. Les shipchandlers du Port sont bien achalandés c’est notre dernière chance avant la Méditerranée pour remplacer les bouts usés et les robinets qui fuient. La mer forte sur la deuxième partie de la traversée a durement éprouvé le matériel et le foc et la trinquette doivent partir chez le voilier pour réparation et consolidation de coutures (la petite Singer du bord n’est bonne à rien sur ces types de tissus). Il faut aussi changer la chaine dont la galvanisation n’a pas résisté à des centaines de mouillages et qui n’est plus qu’un tas de rouille, on aurait du la changer avant de partir des Fidji mais elle n’était pas disponible et en Indonésie de la bonne chaîne calibrée c’est tout simplement introuvable mais ici pas de problème. Et enfin il faut réparer la main courante qui fuit, refaire une fixation pour le frein de bôme qui a cassé dans le dernier empannage à quelques milles de l’arrivée et sécuriser le panneau solaire que le freine de bôme a brisé dans sa chute….
Le volcan dans les nuages, une visibilité meilleur qu’il y a 36 ans
On a tout de même le temps de voir Louis le fils de Bernadette et de Jean Michel nos voisins de Touraine qui travaille à la Réunion depuis un an.
Les réparations étant en bonne voie, pour la deuxième semaine nous louons une 206 Peugeot (une 205 aurait été plus d’époque mais celle-ci datait déjà de 2007) pour faire le tour de l’île et essayer de retrouver les sites qui nous avait particulièrement plu en 1986. Après 36 ans vous pouvez imaginer les transformations que l’île à pu subir . La population qui était alors de 400 milles habitants est passée à près d’un million et il faut loger tout ce monde dans l’espace disponible des plaines côtières. Plus de tit’ cases en taule autours desquelles s’ébattaient volailles et cochons, il faut vraiment grimper dans les coins les plus reculés pour en trouver: tout est remplacé par du béton . L’unique route qui serpentait le long du littoral a été doublée d’une nationale et d’une 4 voies dans les parties nord et sud de l’île. On peut maintenant faire le tour de l’île en une journée sans se presser en évitant toutefois les embouteillages des axes menant St Denis qui sont la véritable plaie de ce département. Plus d’épicier chinois ou l’on trouvait un peu de tout sur quelques mètres carrés mais de gigantesques centres commerciaux, Carrefour, Leclerc, Leroy Merlin, Decathlon etc tout y est la plupart des villes en on même plusieurs: la consommation fonctionne ici à plein: vous avez rêvé d’un produit, il est là et vous tend les bras il n’y a qu’à sortir le porte-monnaie mais les tarifs sont relativement raisonnable compte tenu de la situation de l’île. Par contre les gens n’ont pas changé. Ils sont toujours aussi gentils et accueillants, tout le monde se dit bonjour, il y a toujours un mot agréable. C’est aussi resté le pays de la tolérance où toutes les communautés religieuses ou ethniques vivent ensemble en bonne intelligence.
Notre coin préféré pour aller nager , la piscine d’eau de mer de Manapany
Les réparations étant en bonne voie, pour la deuxième semaine nous louons une 206 Peugeot (une 205 aurait été plus d’époque mais celle-ci datait déjà de 2007) pour faire le tour de l’île et essayer de retrouver les sites qui nous avait particulièrement plu en 1986. Après 36 ans vous pouvez imaginer les transformations que l’île à pu subir . La population qui était alors de 400 milles habitants est passée à près d’un million et il faut loger tout ce monde dans l’espace disponible des plaines côtières. Plus de tit’ cases en taule autours desquelles s’ébattaient volailles et cochons, il faut vraiment grimper dans les coins les plus reculés pour en trouver: tout est remplacé par du béton . L’unique route qui serpentait le long du littoral a été doublée d’une nationale et d’une 4 voies dans les parties nord et sud de l’île. On peut maintenant faire le tour de l’île en une journée sans se presser en évitant toutefois les embouteillages des axes menant St Denis qui sont la véritable plaie de ce département. Plus d’épicier chinois ou l’on trouvait un peu de tout sur quelques mètres carrés mais de gigantesques centres commerciaux, Carrefour, Leclerc, Leroy Merlin, Decathlon etc tout y est la plupart des villes en on même plusieurs: la consommation fonctionne ici à plein: vous avez rêvé d’un produit, il est là et vous tend les bras il n’y a qu’à sortir le porte-monnaie mais les tarifs sont relativement raisonnable compte tenu de la situation de l’île. Par contre les gens n’ont pas changé. Ils sont toujours aussi gentils et accueillants, tout le monde se dit bonjour, il y a toujours un mot agréable. C’est aussi resté le pays de la tolérance où toutes les communautés religieuses ou ethniques vivent ensemble en bonne intelligence.
St Gilles par mer agitée
Notre périple commence par Cilaos. La route qui serpente dans les gorges est toujours aussi sinueuse et impressionnante. L’église autour de la quelle s’étendait quelques maisons et beaucoup de champs de lentilles surplombe maintenant un centre ville très touristique avec ces restos et boutiques de souvenirs mais rassurez vous, il cultivent toujours leurs lentilles et les sentiers de rando en montagne sont pris d’assaut par les marcheurs malgré le temps froid et pluvieux. Le jour suivant au volcan (que nous avions à peine vu la dernière fois) les nuages de l’alizé, bien accrochés au sommet daignent s’ouvrir quelques instants pour une éclaircie éphémère qui nous permet de faire quelques prises de vue avant de se refermer pour la journée sur ce splendide spectacle. Salazie, Hell bourg, pas grand changement, il fait toujours aussi humide là haut.
Hell Bourg , cascade des mariées au-dessus Salazie, dommage le temps n’y est pas
Quelques unes des belles villas en bois des riches bourgeois de St Denis ont sans doute été converties en resto ou en gite et l’agriculture semble plus intensive. L’une des attractions de l’île, le cirque de Maffat est normalement visible depuis le col des bœufs mais ici encore tout est enfoui dans un épais brouillard. Nous aurons plus de chance de l’autre côté au Maï do ou nous pourrons l’admirer en plein soleil. Des familles habitent toujours au fond de cette endroit le plus isolé de l’île. Les touristes ne peuvent y descendre qu’a pieds où depuis peu en hélicoptère pour les plus riches … Nous avons revu la forêt primaire au nord du cap méchant qui elle n’a pas changée et avons arpenté la côte sud et est en profitant du mauvais temps pour admirer ces énormes vagues venues de l’autre côté de l’océan pour se briser sur les roches noires du littoral volcanique sous cette lumière si particulière de l’hiver austral. Pendant toute cette semaine nous nous serons bien sûr régalés de rougails saucisses, caris poulet, boucannés massalés, samoussas et autres spécialités créoles qui nous paraissent certes moins exotiques que la première fois mais n’en sont pas moins délicieux et toujours aussi copieux!
St Pierre La mer est toujours démontée heureusement que nous ne sommes plus en mer…
Bilan de cette re-découvertes 36 ans après: oui! les gens sont toujours aussi ouverts, les paysages grandioses sont toujours bien là et les pouvoirs publics semblent faire le nécessaire pour protéger de grands espaces de cette nature si particulière tout en aménageant le cœur des villes de façon plutôt agréable à vivre mais le résultat est un peu gâché par cette bétonisation à outrance rançon de la démographie galopante et ces centres commerciaux surgissants à tout les coins de rue à quoi ressemblera La Réunion dans 36 ans?
La foret primaire sur les contreforts au sud du volcan
l’Anse des cascades
Belvédère du Maido le ciel se découvre offrant une vue magnifique tout le cirque de Mafate
St Paul le soir petite cité bien calme
Il est temps pour nous de songer à notre prochaine étape, l’île Mayotte, l’autre département français de cette partie du monde. La difficulté principale du parcours est le passage du cap d’Ambre au nord de Madagascar (Madagascar étant toujours fermé aux voiliers, nous n’y ferons pas escale)à 3 ou 4 jours de mer de La Réunion. Il est célèbre pour ces vents violents, ses forts courants, et sa mer agitée. Les analyses météo nous indiquent un temps favorable sur zone vers le 31 juillet. La date de départ est donc arrêtée au 27/07. Il nous reste une semaine pour faire les provisions et apporter les dernières petites améliorations techniques à Rêve à Deux (oui c’est encore possible…) sans oublier bien sûr l’apéro avec les amis de la darse,Olivier, Magali et Robin.
Mercredi 6 juillet 2022, à 14:00 heure locale, après 22 jours et 10 heures et 3718 milles parcouru sur le fond (80 de plus que la route directe! Comme quoi on a pas mal zigzagué) soit une moyenne de presque 7 nœuds, nous franchissons les digues de la darse Titan du port de plaisance de la Pointe des Galets.
Jour
Date
Distance 24h
Milles parcourus
1
15/06/22
178
178
2
16/06/22
168
346
3
17/06/22
158
504
4
18/06/22
139
643
5
19/06/22
177
820
6
20/06/22
207
1027
7
21/06/22
170
1197
8
22/06/22
146
1343
9
23/06/22
157
1500
10
24/06/22
167
1667
11
25/06/22
154
1821
12
26/06/22
139
1960
13
27/06/22
178
2138
14
28/06/22
156
2294
15
29/06/22
152
2446
16
30/06/22
163
2609
17
01/07/22
172
2781
18
02/07/22
173
2954
19
03/07/22
195
3149
20
04/07/22
180
3329
21
05/07/22
202
3531
22
06/07/22
161
3692
L’accueil et très chaleureux. Le maître de port et son assistant sont là pour prendre nos amarres et nous donner tous les conseil utiles. Comme on est à l’heure et qu’on avait envoyé tous les documents à l’avance les formalités se passe comme sur des roulettes. Le maître de port a déjà notre libre pratique et 20’ plus tard les douaniers nous rendent une visite très rapide : un coup de tampon sur notre déclaration d’arrivée un coup d’œil rapide sur nos passeports et nous sommes libres !
On se précipite donc en ville pour savourer le plaisir de fouler à nouveau le sol national car il n’y a pas d’erreur on a beau être au milieu de l’Océan Indien, nous sommes bien en France. Tout est là pour nous le rappeler : la mairie, la boulangerie, jusqu’aux banques (Crédit Agricole, BNP etc). Mais le plus grand choc ce sont les super marchés. On avait oublié que nos supérettes françaises étaient si bien achalandées. On entre dans le plus proche, le Super U Express: et on est assailli par un gigantesque rayon fruits et légumes (il y a même des courgettes :on en avait pas vu depuis notre départ de Nouvelle Zélande), des congélateurs débordants de viandes et de poissons et de fruits de mer de toute sortes (non ici il n’y a pas que du poulet comme on s’y était habitué) , des produits frais et des conserves à gogo, un immense rayon vin (avec du Chinon), un autre de fromage (le camembert au lait cru çà existe encore!). Inutile de vous dire qu’on c’est acheté de quoi se faire un bon petit dîner à bord et que repus nous nous sommes effondrés dans notre couchette. Nous avons dormis 11 bonnes heures : les derniers jours de la traversée ont été plutôt épuisants !
image1 1
Pendant les jours prochains, tout en continuant à récupérer, on va s’occuper des réparations nécessaires (voiles, écoutes, bosse de ris etc.), remplacer la chaîne d’ancre complètement rouillée et faire les quelques démarches administratives que nous n’avions pu faire de l’étranger.
Une fois tout çà fini, on va aller explorer cette île magnifique, sans doute à partir du 14… A Suivre
Ces derniers jours ont été plutôt mouvementés.
D’abord il a fallu franchir une zone de calme en avant du front créé par la circulation d’air remontant du système anticyclone et dépression juste au sud et la dépression plus au nord. Je dois dire que de ce coup là on s’en est pas trop mal tiré. Des routages précis avec les modèles gfs et icon nous on permis de contourner cette zone en perdant un minimum sur la route directe et sans trop ralentir.
Mais après çà on est rentré dans le vif du sujet: houle de plus de 5 m venant du sud (donc en travers de notre route) se combinant à la mer très courte de 3 m générée par les vents de Sud-Est soufflant entre 25 et 35 noeuds et résultant en une mer qualifiée de très forte par météo France. Inutile de vous dire que dans ces conditions, on a joué la prudence: 3 ris dans la grand voile et trinquette parfois partiellement enroulée, l’idée étant de garder suffisamment de vitesse pour ne pas se faire rattraper par ces vagues très courtes sans aller trop vite afin de garder un inconfort minimum pour l’équipage. Le bateau, accélère, remonte sur la crête, se fait percuter par le sommet qui déferle, tombe dans le gouffre entre deux vagues et çà recommence encore et encore.
Inutile de vous dire que le pont est en permanence balayé par les embruns, quand ce n’est pas des cataractes d’eau bouillonnantes. Il n’est pas une minute ou n’apprécions pas le confort apporté par notre « véranda » rigide bien fermée et d’où on peut faire toute les manoeuvres bien au sec. Le pilote automatique qui s’accommode de ces conditions difficiles sans jamais faillir, la plus part du temps en mode vent pour suivre les variations importantes ce qui fait que notre trace sur la carte ressemble un peu à celle d’un breton au retour d’un fest noz.
La vie à l’intérieur s’apparente à un sport de voltige. On a l’impression d’être des cosmonautes en apesanteur sauf que, quand on atteint le creux de la vague, la pesanteur est bien là. Il faut toujours bien calculer son prochain mouvement, ne jamais lâcher la main courante avant d’avoir assuré sa prise sur la suivante. La préparation des repas est aussi un sport à part entière, la recette: faire simple, bien s’organiser et éviter les grandes quantités d’eau bouillante (oubliez les spaghettis!). Mais bon on a réussi à manger tout de même de bon plats chauds à tous les repas et à bien dormir entre les quarts et les manoeuvres. Domi reste grand chef de ces moments là.
Aprés 4 jours de ce régime rockn’roll, c’est avec soulagement que l’on constate que la houle du Sud se calme progressivement pour laisser la place à celle d’Est formée par l’alizé, nous poussant sur la route sans remuer dans tous les sens. L’alizé lui même est toujours aussi instable en force et en direction, le ciel reste couvert avec beaucoup de grains, et la température n’est que de 22°C: bienvenue dans l’hiver tropical.
Nous sommes en fin d’après midi mardi 5 juillet et il nous reste 130 milles à parcourir avant l’arrivée. Le capitaine du port nous a demandé d’arriver avant 15:00 demain pour faire les formalités. Y arriverons nous à temps? C’est pas gagné avec les conditions plus instable prévues devant. Nous laisseront-ils nous amarrer à quai même si nous sommes trop tard pour les formalités ou devront nous tirer des bords toute la nuit devant l’entrée du port en attendant l’ouverture des bureaux? Vous le saurez en lisant notre prochain article!
27 Juin , nos amis Nathalie et José, partis une semaine avant nous sur leur voilier Nomad , sont toujours devant mais on se rapproche. Ils ont pris une route plus sud où ils ont rencontré du mauvais temps et des calmes. Du coup, ils se font secouer aussi par cette mer croisée et cette houle qui s’élève travers à notre route. Eux aussi aimeraient bien s’arrêter à Rodrigue où à Maurice malheureusement les autorités Mauriciennes n’ont toujours pas complètement ouvert leur frontière aux voiliers de passage (autorisation et test PCR avant le départ, nouveau test à l’arrivée etc) les formalités sont compliquées (certains guides recommandent d’utiliser les services d’un agent)… ajoutez à çà le prix des visas et des diverses formalités: pour n’y passer que quelques jours (programme déjà très chargé pour arriver au but qu’on c’est fixé pour la fin de l’année) çà ne vaut pas le coup! On avait déjà grincé des dents aux Fidji et en Indonésie mais c’était pour plusieurs mois. C’est avec regret, mais nous ferons donc l’impasse sur ces deux îles pour cette fois-ci.
La nuit dernière pendant mon quart, il y a eu un grand boum à l’intérieur, cela n’a même pas fait moufter Domi qui dormait mais je me suis précipitée pour trouver la cuisinière toute de travers dans son emplacement. C’est l’une des 2 vis qui servent de cardan (pour l’articuler à la gite) qui a cassé. Au changement de quart, nous avons essayé de la remettre en place provisoirement mais ce n’était pas satisfaisant et elle risquait de sortir complètement de son logement et de faire de gros dégâts au passage: elle pèse au moins 15 kilos. Nous avons attendu qu’il fasse jours et après notre petit déjeuner et nous avons tout démonté . Imaginez le bateau dans une mer houleuse, avançant à 8 noeuds avec une houle de côté, c’est à dire faisant des mouvements saccadés et assez inconfortables et nous deux à l’intérieur, hissant l’engin hors de son logement pour le poser à même le plancher non sans avoir déconnecté la conduite de gaz puis Domi à 4 pattes par terre pour démonter les parois de la gazinière et accéder au fameux boulon qui avait cassé et le remplacer ( ainsi que celui de l’autre côté qui ne valait guère mieux) et moi, fée du logis, profitant que tout soit démonté pour faire un grand nettoyage . Très drôle non?… Et bien, même si quelques noms d’oiseaux sont sortis de la bouche de Domi, ça c’est bien passé, tout est en place et nous pourrons finir notre traversée en mangeant des plats chaud. Vu les vivres qui nous reste après 2 semaine de mer (conserves, pâtes, riz) il eut été très difficile de ne rien pouvoir cuire ou réchauffer!
En parlant de se réchauffer, ce n’est pas le cas de la température extérieure. On atteint péniblement 27 le jour et la nuit on tombe à 24°. Températures estivales idéales me direz-vous. Certes! mais depuis 9 mois nous avons vécus avec une température moyenne supérieure à 32° le jour comme la nuit alors 24 c’est presque la banquise. On a donc remis en place la portière de la véranda et la nuit on dort avec une petite couverture polaire…
Normalement, (mot français signifiant en fait que çà ne va sûrement pas se passer comme prévu) nous sommes en pleine saison de l’alizé du Sud Est, la plus sèche de l’année. Vous imaginez donc une grand beau temps avec une brise bien établie nous propulsant rapidement vers notre destination.
Sauf que sur les cartes « Global Tropical Hazards » de la NOAA, il y a une zone rayée verte et blanche couvrant l’ocean depuis la Nouvelle Guinée jusqu’au sud de l’Inde et quand on regarde la légende, cela signifie des pluies dans le tier supérieur des maximums enregistrés. On vous confirme qu’avec ce qu’on a pris sur la tronche ces derniers jours on doit pas être loin du record historique! Ajoutez a çà une grande dépression Australe dont le bord supérieur remonte au dessus du 30°S et vous avez en plus une mer agitée et des vent forts.
On vous avait laissés après le départ de nos 7 pensionnaires d’une nuit, toute la journée le vent a soufflé ente 28 et 30 nds assez stable a 120° de la route. On en a profité pour battre notre record sur 24 heures enregistrant 207 milles! Le lendemain le vent était très instable tournait sans cesses du Nord au Sud avec des grains et des périodes plus calme, pas très bon pour progresser sur la route directe.
Mardi 21, une semaine déjà que nous sommes partis. Ce matin, le vent semble plus stable et dans la bonne direction, on tangone le foc pour s’apercevoir qu’il est déchiré en haut. vite vite avant le grain, on l’affale, le plie et le range à l’intérieur, ouf il était temps une pluie diluvienne s’abat sur nous. Dans une accalmie, on sort le vieux du coffre le traîne à l’avant et on le hisse (vent arrière, derrière la grand voile çà se passe très bien même dans 18 nds de vent) et on tangone. Plus tard dans la nuit, on entend un grand clac! panique à bord???C’est l’écoute qui maintient le tangon au vent qui a cassé dans une survente. Le temps d’enfiler les harnais la voile libérée a déjà tricoter une belle papillote autour de l’étai. Le vent en profite pour monter à plus de 25 nds et la pluie tombe à verse. Il nous faudra 2 bonnes heures pour tout démêler et enrouler la voile proprement. On finit la nuit sous trinquette. Au matin le vent et la pluie se sont calmés, on renvoie le foc et avant midi, le vent ayant tourné, on le tangone pour s’apercevoir que lui aussi est déchiré (rien de surprenant vu ce qu’il a subit cette nuit). C’est un simple accroc mais il ne faut pas qu’il s’agrandisse, et rebelotte on affale donc, collons un patch et re-hissons et c’est reparti mon kiki. Plutôt physique la navigation dans ces eaux!
Mon coeur pleure une nouvelle fois.
Au mois d’ avril Susi a retrouvé la terre qui l’a vue naître , entourée de ses proches et de ses amis mexicains elle nous a quitté et maintenant c’est Chantal ma tante de Touraine, aimée de tous, petite soeur et confidente de maman, celle qui nous avait soutenu dans notre projet auprès de sa soeur n’est plus.
Leurs morts me laisse un gout amer et je me console en regardant l’immensité de la mer. Au fil de l’eau tous les souvenirs de ses deux femmes exceptionnelles me reviennent en mémoire et me resteront pour toujours.
7 fous à bord, rendez vous compte! Comme ci çà ne suffisait pas avec les deux timbrés qui constitue déjà l’équipage attitré de Rêve à Deux. On vous situe la scène: nous sommes la nuit du 17 au 18 juin nous sommes quelque part 600 milles au sud ouest de Lombok et 150 milles dans le sud de l’île Christmas: en plein océan indien. La nuit vient de tomber, après les pluies torrentielles de l’après midi, le ciel c’est dégagé et il n’y a plus de vent, nous avons mis le moteur pour recharger les batteries. Tout un coup un grand bruit. C’est un fou à bec bleu (ressemble un peu au fou de bassan de nos côtes bretonnes sauf que son bec est bleu – assez commun dans ces zones tropicales – les experts en oiseaux qui nous lisent, pourrons nous donner son nom exact) qui vient de se poser assez lourdement sur le pont arrière. Il fait quelques tentatives d’équilibre sur le balcon avant de repartir… Deux heures plus tard, un peu de vent est revenu et la mer c’est aplatie, on décide de renvoyer la grand voile et là, surprise, en allumant les éclairages de pont nous découvrons un de ces volatiles confortablement installé sur la têtière de grand voile, on en aperçoit aussi plusieurs sur le balcon avant. Une négociation s’engage avec celui de la têtière qui mettra 10′ et plusieurs tractions sur la drisse avant de daigner quitter son perchoir. Toute la nuit on les entend jacasser et on les aperçoit voler du balcon avant aux panneaux solaires en se chamaillant. Au lever du jour on s’aperçoit que se sont 7 individus qui ont choisi Rêve a Deux comme gite d’étape pour la nuit: 4 à l’arrière sur les panneaux solaires et 3 à l’avant sur le balcon et le bout dehors. Au vu de l’état dans lequel ils ont laissé ce dernier on pense qu’ils l’avaient pris pour les toilettes du bord! Avant que le soleil n’apparaisse tout à fait ils sont partis comme un seul homme. Bande de copains en goguette ou famille nombreuse en voyage la visite d’un tel groupe reste pour nous un mystère mais que de bonheur! Sinon on peut aussi vous dire que ce début de traversée se passe très bien. Vents modérés, mer belle, quelques orages, avalanche de poissons volants sur le pont la première nuit (rapidement transformés en délicieuses rillettes). Quelques prises de ris et autre réglages de voilure, un envoi de spi, beaucoup de temps passé en étude de la météo et en lecture, l’équipage à repris sans difficultés le rythme des quarts et des bons roupillons réparateurs à toute heure.
08:00 Mardi 14/06/2022, nous larguons le corps mort de Gili Air, cap sur le détroit de Lombok notre ultime porte de sortie de l’Indonésie pour la traversée de l’Indien.
Avant de partir de Gili Asahan nous avions rangé tout l’intérieur du bateau pour le remettre en mode grande traversée, vérifié de gréement et contrôlé la propreté de la carène. Nous sommes ensuite remontés sur Medana Bay ou le programme a été plutôt chargé. Samedi 11/06/2022: courses à Mataram pour remplir la cambuse, plein de gaz et de gasoil. Dimanche réparation de la trinquette (point de drisse décousu) et réalignement/resserrage des profils de l’enrouleur, lessive, plein d’eau (eau purifiée en bidons – l’eau du robinet n’étant pas consommable dans ce pays) . Lundi « clearance de sortie » . Sortir d’Indonésie est au moins aussi compliqué que d’y rentrer. Il faut être contrôlé par le Service de Santé, la Douane, l’Immigration et enfin le Maître de Port. A chaque fois bien sûr une multitude de papiers à signer. Heureusement tout avait été organisé de main de maître par Arno à la marina et à 15:30 nous étions libres sans avoir eu à bouger de la Marina ou nous avons peu continuer à profiter du restaurant pendant que les fonctionnaires faisaient leur travail! Cà vaut largement les 1500 K rp (environ 90Euros) qu’ils demandent pour la prestation. Jusqu’à Peter, le propriétaire des lieux qui avait penser à nous acheter de miches de notre pain favori avant de venir au chantier le matin. Un grand merci à lui et à toute son équipe!
16:00 h, annexe dégonflée nettoyée et rangée dans son coffre, nous larguons le corps mort. Mais pas pour aller bien loin, nous sommes en marées de vive eaux, et nous préférons ne pas tenter de franchir la sortie du détroit de nuit contre le courant de marée. On s’arrête donc une dernière fois à Gili Air ce qui nous permet de mettre à jour ce blog et d’envoyer nos derniers messages whattsapp à la famille…
Gili Air le soir
dernière vue du volcan de Lombok . Leur petites embarcations vont nous suivre jusqu’au détroit
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